dimanche 6 septembre 2015

De Wever: "La photo d'Aylan devient un moyen de pression émotionnel"

La Libre


RÉDACTION EN LIGNE 



"Nous sommes punis d'être si généreux. La Belgique est un aimant à réfugiés". Les mots sont de Bart De Wever, interrogé par nos confrères d' Het Laatste Nieuws au sujet de la crise migratoire actuellement traversée par une Europe confrontée à l'afflux de réfugiés.

 

S'il reconnaît que la photo du petit Aylan, échoué sur une plage de Bodrum, lui a donné des frissons, le président de la N-VA "tente d'être rationnel : cette histoire devient un moyen de pression émotionnel afin de plaider pour une politique européenne d'ouverture des frontières"

 

Et Bart De Wever d'ajouter qu'il ne se sent pas coupable : "Je ne veux pas être considéré comme sévère parce que je trouve que les nouveaux arrivants ne doivent pas avoir immédiatement les mêmes droits sociaux que des gens qui ont contribué à notre sécurité sociale durant toute leur vie".

 

"Tout le monde sent quand même qu'ici, il y a quelque chose qui ne va pas?" s'interroge l'homme fort des nationalistes flamands, qui doute de la pertinence des études prouvant les bienfaits de la migration : "Tous ces économistes qui disent que c'est une aubaine pour le vivre ensemble, l'économie et la sécurité sociale, ce sont des foutaises. En tant que bourgmestre d'Anvers, je regarde les chiffres et j'en sais bien assez".



LES PATRONS SE MOBILISENT POUR AIDER LES MIGRANTS 

Bernard Demonty Le Soir

Les entreprises belges vont organiser une grande conférence la semaine prochaine.

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La crise des migrants n’en finit plus. Chaque jour, ils sont de plus en plus à fuir la Syrie ou l’Irak dans l’espoir de rejoindre l’Europe. En Serbie, Le Soir a suivi ces hommes et ces femmes qui traversent les Balkans pour rejoindre l’Union européenne . Pendant ce temps-là, en Belgique, de nombreux acteurs s’activent. Et les chefs d’entreprise vont bientôt passer aux choses sérieuses. «  J’ai décidé d’organiser une conférence réunissant des chefs d’entreprise, des fédérations et des experts en matière de migration. Elle aura lieu la semaine prochaine. L’objectif est de débattre ensemble sur ce que nous pouvons faire. Il ne s’agit pas de demander de l’aide à l’Etat mais de mobiliser les entreprises », annonce au Soir Pieter Timmermans, l’administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Pour le moment, le patron des patrons ne veut pas encore s’avancer sur des mesures concrètes mais il n’exclut rien. Il pourrait s’agir de la fourniture et de la collecte de matériel auprès des salariés de grosses entreprises, d’aide alimentaire, ou des embauches.

De son côté, le gouvernement fédéral a décidé de prendre une série de mesures pour faire face à la crise actuelle. Le bâtiment III du World Trade Center, qui se trouve à proximité de l’Office des étrangers, va être ouvert pour permettre à 500 migrants d’y dormir. Et 97 agents vont également être recrutés à l’Office des étrangers.


 

GUY HAARSCHER: "LA POLITIQUE COMPASSIONNELLE NE MÈNE QU’À LA DICTATURE DE L’ÉMOTION"

DORIAN DE MEEÛS LA LIBRE BELGIQUE 


Le philosophe et professeur émérite de l’ULB donne son analyse de l’actuelle crise des réfugiés. " On doit dénoncer et sanctionner les propos et attitudes les plus insoutenables. Mais il faut éviter de culpabiliser à outrance la population. Il ne sert à rien de traiter de racistes tous ceux qui craignent, parfois irrationnellement, un afflux incontrôlable d’étrangers. C’est faire le jeu de Marine Le Pen." Guy Haarscher est l’Invité du samedi de LaLibre.be. 

Extraits

L’ACTUELLE CRISE MIGRATOIRE EST DEVENUE LE DÉFI N°1 DE L’EUROPE, MAIS EST-ELLE CAPABLE D’Y FAIRE FACE ?

Politiquement parlant, l’Europe a tout à perdre si elle n’arrive pas à affronter le phénomène. Les migrations ne vont pas s’arrêter. Tous les murs, barbelés et miradors n’auront qu’un effet : les passeurs imagineront d’autres routes, encore plus difficiles et plus meurtrières. L’Europe se déconsidérera et les migrants seront toujours là. Elle recueillera les fruits du chaos et du déshonneur. Est-ce de cette Europe-là que nous voulons ?

QUEL EST LE DEVOIR MORAL DES EUROPÉENS FACE À L’ACTUEL AFFLUX MASSIF DE RÉFUGIÉS ?

Le problème moral posé par ces migrations dramatiques, que symbolise à lui seul le corps du petit enfant sur la plage de Bodrum, nous submerge. Tous ceux qui conservent au fond d’eux-mêmes un minimum d’humanité sont bouleversépar de telles images. Mais la politique compassionnelle ne mène qu’à la dictature de l’émotion.

Il faut absolument distinguer la morale de la politique. La crise humanitaire nous émeut profondément, et la solidarité manifestée par une partie de la population est aussi admirable que sont méprisables les érucations de l’extrême droite.

Le premier devoir moral consiste à sauver, aider, nourrir, consoler. Cette action concerne tous les migrants : on ne leur demande bien sûr pas à ce stade quel est leur "statut". Il y a des individus en perdition, dont des enfants. L’indifférence en la matière serait intolérable. 

(...)

ON CONSTATE UNE FORTE AUGMENTATION DES PROPOS XÉNOPHOBES OU DE REJET SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX. COMMENT FAUT-IL APPRÉHENDER CES RÉACTIONS DE REPLI SUR SOI ?

On doit dénoncer et sanctionner les propos et attitudes les plus insoutenables. Mais il faut éviter de culpabiliser à outrance la population. Les gens ont peur et se demandent ce qui va se passer. Ce sont souvent les plus précarisés qui entrent en contact avec les nouveaux arrivants, lesquels s’installent dans les quartiers pauvres. Il ne sert à rien de traiter de racistes tous ceux qui craignent, parfois irrationnellement, un afflux incontrôlable d’étrangers. C’est faire le jeu de Marine Le Pen.

(...)



RÉFUGIÉS: QUELLE EST LA VISION BELGE?

L’édito de Béatrice Delvaux.

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J’aurais honte si le 14 septembre les chefs d’Etat et de gouvernement européens n’arrivaient pas à un accord sur un mécanisme permanent de gestion de l’afflux de réfugiés.  » C’est un Premier ministre qui s’exprime. Pas le nôtre, mais celui du grand-duché de Luxembourg. Dans l’interview qu’il nous accorde , Xavier Bettel, « président » de l’Europe pour six mois, dénonce le mur qui se construit en Hongrie et proclame la nécessité qu’il y a d’agir collectivement, solidairement, même si ce n’est pas facile. Pendant ce temps, en Belgique, on « gère » concrètement surtout, avec un gouvernement qui empêche l’urgence de noyer les services existants. Soit le minimum requis dans une crise d’une ampleur jamais vue, dont il faut cadrer tout risque de débordement.

Mais où est la prise de position morale ? Où est le recadrage des propos ou des contre-vérités qui nourrissent un racisme ambiant ? Où sont surtout les déclarations qui donnent la ligne d’horizon et la vision d’un gouvernement sur ce sujet difficile qui déchire les citoyens ? Charles Michel a annoncé vendredi, entre autres, qu’il ouvrait un immeuble avec 500 places , mais que nous a-t-il dit du statut des réfugiés, de l’opportunité d’une attaque militaire en Syrie, de la nécessité ou non de quotas obligatoires, d’obligations imposées aux réfugiés ? Rien. Alors que les Belges ont droit à une déferlante de suggestions, le gouvernement « monitore ». Au citoyen de se débrouiller, avec aussi le danger de la parole libérée et sans contre-feu. La palme du genre revient – à ce stade – à Liesbeth Homans déclarant qu’elle n’accorderait de logements sociaux qu’à des réfugiés prouvant qu’ils n’ont pas d’habitation dans leur pays d’origine . On la recommande chaudement à Mme Homans, cette résidence secondaire à Kobané ! On mettrait cela sur le compte de l’égarement d’un moment, si on n’avait pas fait, à plusieurs reprises, l’expérience de ces propos de café volontaires, où ce qui compte est de marquer des points en visant l’instinct, peu importe l’éthique.

Le Premier ministre n’ose visiblement pas la parole qui tranche et qui indique le cap, gérant cette crise majeure avec la balance d’apothicaire qui lui permet depuis des mois de conserver son attelage. Mais il y a un risque ici d’une tout autre nature et une responsabilité politique d’une autre ampleur que pour le taxshift ou le saut d’index, à ne pas élever la vision, loin des paroles dangereuses.

LOUIS MICHEL: «LES PROPOS DE DE WEVER ET DE DEMOTTE SONT DANGEREUX»

Béatrice Delvaux 
Le Soir

Louis Michel, ancien commissaire européen (en charge de l’aide humanitaire) et ancien ministre des affaires étrangères, n’a pas mâché ses mots lors du Grand Oral La Première Le Soir, à propos de la proposition de Bart De Wever, le leader N-VA, de créer un statut à part pour les réfugiés. «  Je suis totalement opposé à ça. Il faut respecter les conventions de Genève. Je ne me permettrais pas de dire que c’est une proposition populiste mais je pense que même des propos qui ne sont pas populistes peuvent parfois encourager le populisme. Il faut être prudent. Nous avons dénoncé avec une très grande force, vous aussi !, la sortie de M. Demotte. Ces propos sont dangereux. Ce sont de très mauvais signaux à l’opinion publique. Ce genre de propos, quand on n’est pas prudent, donne le sentiment que ceux qui sont occupés à vomir leur bile raciste ou xénophobe ou pseudo-raciste, ou qui sont occupés à crachoter leur peur intérieure, ces gens-là trouvent un écho qui semble leur donner raison »

Louis Michel était encore moins tendre sur Viktor Orban, le leader hongrois qui veut préserver l’identité chrétienne d’une « invasion » de musulmans, construit un mur le long de sa frontière avec la Serbie et refuse de participer à tout mécanisme de solidarité : «  Il y a une confusion aujourd’hui qui est entretenue par des voix puantes telles celle de M. Orban – j’ai du mal à dire son titre ! – qui dirige la Hongrie, qui est le contraire absolu des valeurs européennes. Son pays pourtant a adhéré à l’Europe. » Que faire contre un tel personnage qui sévit sans limites ces dernières semaines ? « Quand on pense que la première force politique du parlement européen, qui détient 75 pourcents du pouvoir (le PPE) dans les institutions européennes, couvre les agissements, les propos de ce personnage qui est tout à fait contraire à ce que l’on devrait être, le PPE accepte ça ! Je vous rappelle qu’à un moment donné M. Haider, qui était du parti libéral autrichien, a été exclu par les libéraux de notre parti parce que pas du tout compatible avec nous »

 

OMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE CHAUD ET LA FROID

 


Kroll a tout compris, comme d’hab.

Chacun y va de son opinion sur le sujet, même Louis Michel qui vole ainsi au secours de son fils coincé par son devoir de réserve de premier ministre d’une coalition dominée par la N-VA dont le premier ténor se lâche sur le mode démago. Tout ceci participe de la musculation médiatique. Guy Haarscher nous incite à raison garder : la solidarité manifestée par une partie de la population est aussi admirable que sont méprisables les érucations de l’extrême droite.

Il s’agit bien de garder la tête froide sans céder à une panique dangereuse. Angela Merkel, en bonne fille de pasteur semble avoir marqué des points en Europe en donnant le ton de la compassion. Elle a marqué des points en Europe mais se heurte à une vive opposition dans son propre pays. 

Le discours démocratique se heurte à la parole populiste qui élève le ton. Les médias soufflent le chaud et le froid. C’est le début d’une crise profonde qui va miner l’Europe dans ses fondements.

Un sursaut est possible comme l’a montré l’attitude hardie de Angela Merkel. Hollande, comme toujours procrastine.

MG

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