mercredi 2 septembre 2015

Ecole : le boom des projets alternatifs

Soraya Ghali  Journaliste au Vif/L'Express


Source : Le Vif/l'express

Qu'attend-on pour sauver l'école ? Au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme dans le privé, des projets innovants et concrets ouvrent la voie. L'enquête du Vif/L'Express.



© Belga

Un mouvement hétérogène - des hypercathos aux tenants de la pédagogie Steiner, en passant par l'école autogérée - et encore minoritaire, mais qui s'agrandit : l'éducation innove et renouvelle les pratiques pédagogiques. Sur le terrain, des expériences passionnantes se multiplient, à l'échelle d'une classe, d'un établissement, ou même d'une ville. Qu'ils relèvent de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou non, qu'ils soient gratuits ou payants, ces enseignements ont chacun un projet particulier : écologique, comme au collège Robert Schuman, à Eupen; ou linguistique, comme dans le réseau d'écoles bilingues Montessori ou à l'école bilingue français-latin Schola Nova, à Incourt.

"Il me semble que l'on ne peut plus faire autrement aujourd'hui, tellement les classes, les niveaux et les environnements culturels sont hétérogènes", estime Marylène Mathias, directrice à l'Institut d'enseignement des arts techniques et de l'artisanat (Iata), à Namur. L'établissement secondaire a ouvert, il y a deux ans, une "filière" d'inspiration Steiner- Waldorf, où on développe à la fois les facultés intellectuelles, artistiques et manuelles. "Les élèves ont des profils d'apprentissage différents", insiste Marylène Mathias. Derrière sa réflexion pointe un constat, récurrent : pour transmettre et évaluer des savoirs, l'école s'appuie sur deux intelligences, "logico-mathématique" et "verbale-linguistique" et passe à côté d'autres. Le point de vue est également partagé par l'équipe du collège Da Vinci, à Perwez. Le tout jeune établissement enseigne sur la base théorique des intelligences multiples. L'idée consiste à rendre le savoir accessible aux élèves selon leurs atouts, en stimulant les différents circuits cognitifs : par exemple, le latin à l'aide de chansons, de récits, de bandes dessinées ou le français grâce à des cartes mentales, sortes de graphiques arborescents utilisés dans le management, de vidéos, de jeux...

Deux exemples parmi d'autres, qui séduisent les parents, de plus en plus nombreux à souhaiter un paysage éducatif plus varié.

C'est dès la maternelle que des modèles atypiques tentent de capter leurs demandes. Ces écoles se bâtissent sur les lacunes du système scolaire. Ainsi il n'existe aucune école bilingue à Bruxelles. L'école Pistache, située à Schaerbeek, propose un enseignement en français et en néerlandais, dispensé alternativement par une institutrice francophone et une institutrice néerlandophone. L'établissement, qui ouvrira dès la rentrée un niveau primaire, veut répondre à une demande parentale de plus en plus importante : le bilinguisme dès la maternelle. Il va plus loin que l'immersion, puisque "l'école n'est ni francophone ni néerlandophone, l'enseignement est complètement bilingue : 50 % en français, 50 % en néerlandais". Coût : 360 euros mensuels, auxquels il faut ajouter 250 euros de frais d'inscription. Pour l'instant, l'école accueille une dizaine d'enfants. D'autres établissements proposent une immersion totale en anglais, à l'exemple de l'école Victoria, à Woluwe-Saint-Lambert. A partir de la rentrée, dès l'âge de 3 ans, les élèves s'immergeront dans l'anglais, avec des institutrices britanniques. La scolarité coûte de 700 à 865 euros le mois, plus les frais d'inscription de 350 euros.

Mais le plus gros atout de ces écoles est qu'elles affirment assurer un suivi personnalisé de l'enfant grâce à des petites classes. A The Little Academy, école maternelle privée au coeur de Mons, pas plus de 14 écoliers par classe. "Ce serait impossible d'avoir un si petit nombre d'élèves dans le public. C'est la seule vraie plus-value par rapport aux écoles "traditionnelles", estime le professeur de l'UMons, Marc Demeuse. Les contributions des familles s'élèvent à 290 euros mensuels.

Les parents plébiscitent également les pédagogies différentes. Inspirées de Maria Montessori, Célestin Freinet ou Rudolf Steiner, elles ont le vent en poupe. Un engouement dont ne peut que se féliciter Amandine Tuerlinckx, directrice de l'école secondaire Freinet, De l'Autre Côté de l'Ecole, à Auderghem. "L'école n'est pas simplement un lieu où l'on dépose ses enfants. Il doit être vivant." Si chacune de ces démarches a ses spécificités, elles partagent toutes des points communs forts : l'enfant est mis au centre du projet. Tous ces établissements font autrement l'école, mais chacun à sa manière. Ainsi plutôt que de noter l'élève, on lui apprend à évaluer son travail. De même l'élève avance à son rythme, décide des apprentissages sur lesquels il veut mettre l'accent. Ses rapports avec les adultes sont individualisés. Enfin, quelques projets attirent des parents à la recherche d'un encadrement philosophique ou spirituel différent. Il s'agit par exemple d'écoles évangéliques ou musulmanes.

Ces établissements représentent sans aucun doute un capital d'expériences, dont d'autres pourraient s'inspirer.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec la présentation des cursus alternatifs les plus prisés.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CES ÉCOLES SE BÂTISSENT SUR LES LACUNES DU SYSTÈME SCOLAIRE.


Malgré tous les efforts de Joëlle Milquet, le divorce est consommé entre l’école traditionnelle et les parents engagés et soucieux  de préparer leurs enfants au monde qui vient et qui exigera créativité, audace et flexibilité. C’est que pour Edgar Morin un monde nouveau est en train de surgir, ici, là-bas, partout, tandis que l’ancien monde résiste de toutes ses forces et lui met les bâtons dans les roues. Il parle d’oasis de vie et de verdure qui prospèrent dans le désert et dont la masse critique finira, selon lui par provoquer la grande métamorphose. Parmi ces oasis figurent ces écoles dites « alternatives » qui expliquent le gros succès des écoles à projets éducatif originaux.

MG

 


LA CECILIA FORME SES ÉLÈVES À LA LIBERTÉ ET AU RESPECT DE L’AUTRE

AUTOGESTION

En Argentine, l’école La Cecilia forme ses élèves à la liberté et au respect de l’autre

PAR EDITH WUSTEFELD, JOHAN VERHOEVEN  IN BASTA MAGAZINE


Pas de cours obligatoire, pas d’examens, pas de sanctions… Mais un véritable suivi de chaque élève afin qu’il découvre ses potentiels. En Argentine, à 500km au nord de Buenos Aires, l’école de La Cecilia propose depuis 23 ans de « faire l’école » autrement, avec la liberté et le respect de l’autre comme maîtres mots. Reportage vidéo extrait du webdocumentaire « Poder sin poder (pouvoir sans le pouvoir), l’autogestion au quotidien ».

Quand un parent vient inscrire son enfant à la Cecilia pour qu’il y fasse ses études secondaires, Gines del Castillo, fondateur et directeur officiel de l’école, est clair :« En théorie, votre enfant pourrait rester pendant ces cinq années sous un arbre et quand même ressortir avec son diplôme sous le bras... »Gines est conscient qu’il n’y a pas grand risque que ce soit le cas. N’empêche que lorsqu’il raconte cela, lors d’un après-midi de cours, il fait grand soleil et presque tous les élèves sont dehors.

A la Cecilia, dès le secondaire, plus aucun cours n’est obligatoire. Le principe de base, c’est la liberté. « A partir de là, tout le reste se construit, explique GinesOn veut que les jeunes puissent vivre leur vie future en liberté, comme une décision personnelle. Mais pour qu’ils sortent libres de l’école, cela doit se pratiquer à l’école. »

LES ÉLÈVES NE SONT POURTANT PAS LIVRÉS À EUX-MÊMES. Pour Gines, il s’agit de trouver le bon équilibre entre ne pas cloisonner et ne pas les abandonner non plus. Ainsi, les enseignants tiennent des feuilles de présence. Le but n’est pas de contrôler, mais plutôt d’avoir des informations utiles pour pouvoir aider. « Grâce aux présences, nous pouvons voir si un élève ne va à aucune activité et se poser la question : à quoi ne va-t-il pas où il irait peut-être si on lui proposait ? » La dynamique au sein de l’école est donc de sans cesse proposer.

« ÇA RESSEMBLAIT ENCORE TROP À UNE ÉCOLE »

Tous les matins, la journée commence par le quart d’heure de silence. Les chaussures restent dehors, tout le monde s’assoit ensemble dans la grande salle et le silence se fait. L’objectif ? S’arrêter quelques minutes, être au diapason chacun dans ses pensées… Jusqu’il y a peu, le silence était obligatoire. L’assemblée des élèves a décidé que ce ne serait plus le cas, mais a maintenu le principe de ce rassemblement. Gian Luca, 16 ans, explique : « Sinon on ne pourrait pas bien fonctionner, certains seraient complètement déconnectés. »

Au sein de l’école, la parole est très importante. Les conflits se résolvent en discutant, par petits ou grands groupes ; il existe des cours de connaissance de soi, où Gines discute avec un ou plusieurs élèves de différents sujets qui, directement ou indirectement, permettent aux jeunes d’y voir plus clair...

Ce qui est sûr, c’est que les idées ne manquent pas et que les valeurs – avec au premier rang la liberté et le respect de l’autre – sont le fil rouge de l’école. Ce qui n’empêche pas sa centaine d’élèves de partir de l’école avec un diplôme officiel, reconnu par l’État argentin. Par un heureux hasard ou un petit miracle, la Cecilia est en effet passée un jour entre les gouttes et a pu décrocher la reconnaissance officielle qui était pour les fondateurs une condition indispensable au maintien de l’école, afin qu’une fois dehors les élèves soient réellement libres de faire ce qu’ils veulent.

 

« PODER SIN PODER, L’AUTOGESTION AU QUOTIDIEN »


La présentation de cette initiative est extraite du webdocumentaire « Poder sin poder (pouvoir sans le pouvoir), l’autogestion au quotidien ». Ce webdocprésente douze initiatives qui cherchent à mettre en place un agir radicalement démocratique, un fonctionnement horizontal ou encore qui se revendiquent de l’autogestion, en Espagne, en Argentine et au Venezuela. Réalisé par deux Belges, Johan Verhoeven et Edith Wustefeld, le webdoc se base sur un voyage d’un an en Espagne et en Amérique latine entre 2012 et 2013, à la rencontre de plus d’une vingtaine d’initiatives autogérées. Les lieux présentés sont multiples : entreprises récupérées, coopératives, d’écoles, centres cultures, mouvements sociaux, villages… Mais tous ont en commun de fonctionner sans chefs et sans hiérarchie, en expérimentant d’autres manières de fonctionner ensemble.

L’idée du voyage est née en 2011, au moment des campements des indignés en Espagne. À la Puerta del Sol à Madrid, l’organisation horizontale des milliers de personnes qui participaient au mouvement du 15M achèvent de les convaincre. L’autogestion peut amener des réponses à certaines limites intrinsèques au système actuel. Les hommes et les femmes peuvent se réapproprier leurs vies, participer aux décisions qui les concernent, s’organiser ensemble pour s’attaquer aux problèmes qui les touchent.

Au même moment, ils entendent parler de Marinaleda, un petit village espagnol qui « résiste au capitalisme ». Le chemin est vite fait : s’il existe un lieu comme ça, il en existe certainement d’autres ! Sac au dos et caméra en main, ils partent à la découverte d’autres lieux autogérés afin de s’inspirer de leurs fonctionnements différents et montrer que de tels lieux existent et fonctionnent déjà.

Les facettes de l’autogestion présentées dans le webdocumentaire sont nombreuses. Il n’y a pas une recette, une réponse, mais beaucoup d’inspirations et de potentiel dans ces fonctionnements opposés au système hiérarchique omniprésent. Libre alors au visiteur de suivre le chemin qui l’intéresse dans ce documentaire transmedia organisé en cinq grands thèmes : culture, travail, résistance, éducation et autogestion.

 

Aucun commentaire: