vendredi 4 septembre 2015

François De Smet: «La Belgique n’a pas de véritable politique migratoire»

Elodie Blogie

Le Soir

François de Smet est à la tête du Centre Fédéral Migration (Myria), qui fait son entrée ce jeudi dans l’arène publique.

•                                                      François de Smet © Le Soir

François De Smet, docteur en philosophie de l’ULB, a été nommé directeur du Centre Fédéral Migration (Myria) le 15 mars dernier.

MYRIA FAIT UNE ENTRÉE EN FANFARE DANS LE CONTEXTE MIGRATOIRE QUE L’ON SAIT. ESTIMEZ-VOUS QUE NOUS SOMMES DANS UNE CRISE?

Nous sommes dans un moment très important, même si nous ne devons pas confondre les questions migratoires et l’asile. Néanmoins du strict point de vue de l’asile, nous traversons une crise. Tout d’abord, nous sommes face à ce qui est sans doute la plus grave crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale. En conséquence, on observe des flux migratoires exceptionnels, qui doivent trouver une réponse exceptionnelle. D’autant plus que nous sommes face à des gens qui objectivement sont recevables dans le cadre des conventions de Genève. Et c’est bien ce qui me désole aujourd’hui. Si la migration est par définition un sujet conflictuel, dans ce cas précis, faire preuve de la solidarité que les conventions nous imposent devrait au minimum faire l’unanimité !

VOTRE RÔLE EST AUSSI DE CRITIQUER L’ACTION DES POUVOIRS PUBLICS EN LA MATIÈRE. COMMENT L’ETAT BELGE N’A-T-IL PAS VU VENIR CETTE CRISE?

Quand le secrétaire d’Etat à l’asile et la migration, Theo Francken, dit qu’on ne pouvait pas la prévoir, nous ne sommes pas d’accord. Pour être honnête, il faut reconnaître que c’est surtout le gouvernement précédent qui a fermé des places d’accueil: sous l’égide de Maggie De Block, on en a fermé 5.000, quand Theo Francken en a clôturé plus d’un millier… mais jusqu’en juillet dernier! Or, il y avait tout de même certains indices.

LE POLITIQUE S’EST VOILÉ LA FACE?

Le problème est pour moi le suivant: nous avons une politique des étrangers et une politique de l’asile, mais nous n’avons pas réellement de politique migratoire en Belgique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TRANSFORMER LE CERCLE VICIEUX EN CERCLE VERTUEUX


Les thèses du couple Isabelle Serck et Bruno Eliat sont terriblement interpellantes. Elles participent d’un christianisme radical au sens d’un retour à la racine de l’évangile : Mathieu 25 :35 (Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli) et la parabole du bon Samaritain (tu aimeras ton prochain comme toi-même)

Le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne vont pas de soi et exigent  un immense effort sur soi pour aller vers l’autre, l’étranger, le tout autre dont le visage (Lévinas) nous interpelle. Songeons à cette photo terrible d’un enfant mort qui circule sur la toile ou celle de ce père Syrien en larmes qui serre ses enfants sur un zodiac de fortune. 

Que nous dit Bruno Eliat :

« Accueillir l’étranger, c’est se grandir. » 

Accueillir moins mais plus humainement. 

La vérité, se découvre par le vivre ensemble concret avec ces personnes "d’outre-mer" autant ici que dans les pays d’origine.

Notre "fils" syrien qui nous parle de ses compatriotes qui n’ont pas de rapport amical avec les Européens, cloîtrés qu’ils sont dans une position de victimes mal-aimées. Ils n’ont que haine et critiques envers les Européens à la bouche : c’est la conséquence normale. Quelle société préparons-nous ainsi ?

Accueillir des migrants qui veulent travailler, c’est priver de ressources leur pays d’origine.

C’est de notre part du vol ! On vole aux pays pauvres leurs meilleurs éléments ! C’est créer un cercle vicieux de pauvreté, source de guerre. 

Aller, en ami, vers ces pays, pour soutenir la société civile, partager un idéal, mettre en valeur les initiatives locales innovantes.

Et tous ceux qui, en Occident, vivent au quotidien le mépris, s’ils sont des hommes, chercheront leur dignité dans la violence. Le bonheur, il est là où des hommes et des femmes luttent ensemble pour un monde meilleur. Là où il y a du sens, de la dignité.

Insensée est la politique européenne mal ajustée et sans vision à long terme.


Voilà qui remet beaucoup de chose en question à commencer par la politique d’accueil/non accueil de l’Union européenne. Mis sans doute plus encore notre propre attitude individuelle. Tout ceci nous sort brutalement du ronron de l’été. Pas de vacance pour celles et ceux qui quittent tout pour fuir l’enfer de leur pays.

Sortir du nombrilisme, nous dit-on, mais comment. Bruno Eliat, citoyen engagé, nous indique une voie, radicale et terriblement interpellante, là où docteur en philosophie François de Smet se contente d’un constat factuel : on observe des flux migratoires exceptionnels, qui doivent trouver une réponse exceptionnelle. D’autant plus que nous sommes face à des gens qui objectivement sont recevables dans le cadre des conventions de Genève.

Une réponse exceptionnelle, certes, mais laquelle ?

A chacun de voirjusqu’où il/elle se sent interpellé(e), indigné(e), révolté(e)responsable, concerné(e) par le drame qui se déroule en temps réel sous nos yeux. C’est un test de civilisation un vrai défi humanitaire.

MG



IMMIGRATION : SORTIR DU NOMBRILISME

CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre Belgique



Rwandais, Congolais, Togolais ou Syriens sont accueillis à la maison. J’ai mal d’entendre leurs récits de sans-papiers. Est-ce vraiment le bien des migrants que nous recherchons ? J’en doute. 

Une opinion de Bruno Eliat, citoyen engagé. 

Avec mon épouse et mes quatre enfants, nous avons accueilli deux réfugiés rwandais, un Congolais, puis un papa Mauricien et ses deux filles que nous avons convaincus à retourner sur leur belle île : ils nous en remercient ! Nous avons lutté avec le service de l’immigration pour faire venir trois Syriens (deux musulmans !) dont le seul rescapé de la toute première manifestation en Syrie, et enfin nous est arrivée une Togolaise sans-papiers qui habite encore chez nous. Qu’est-ce que nous les aimons : ils font partie de notre famille ! J’ajoute que mon épouse et moi-même avons vécu notamment au Rwanda comme volontaires-coopérants. Le Rwanda fait aujourd’hui partie de moi qui y suis retourné tant de fois. Mon épouse revient d’une mission au Kivu/Congo pour encourager la société civile. Nous avons aussi vécu un an en Syrie, dans un village chrétien, d’où notre attachement aux Syriens. En Belgique, nous sommes sans cesse en contact aussi bien avec des Africains qu’avec des musulmans. Une profonde amitié nous unit. De plus, j’enseigne dans une école où moins de 10 % sont des Belges "de souche". Et je ne voudrais pas donner cours ailleurs ! C’est sur base de cette expérience bien concrète que j’en arrive à une vision qui combine, j’espère, humanité et responsabilité.

Si les arguments des "non" à l’immigration sont stigmatisés comme égoïstes, ceux des "pour" répondent souvent par des arguments qui ne le sont pas moins. Par exemple, l’argument : c’est bon pour notre économie. La demande du patronat allemand, accueillir presque sans réserve les migrants, n’est-ce pas le rêve d’une main-d’œuvre bon marché, prête à tous les sacrifices, pour ne pas engager les millions de chômeurs européens qui sont trop exigeants ? Est-ce vraiment le bien des migrants qui est recherché ? J’en doute.

Et si on sortait de la logique du "qu’est-ce qui est bon pour nous" ? Je propose deux pistes en ce sens, étayées par mon expérience de terrain. Ces pistes se résument en deux questions :

1. QU’EST-CE QUI EST VRAIMENT BON POUR CES MIGRANTS ? Ils croient que l’Europe est un Eldorado, arrivent ici et découvrent misère, déracinement, et le pire de tout : mépris. Leurs enfants deviennent trop souvent des voyous parce que déracinés. Désespoir. Leur motivation principale pour rester est alors la peur de la honte. Je viens d’avoir ce témoignage-ci : "Un jeune homme d’Afrique de l’Ouest, venu pour s’enrichir et finalement coincé dans une situation humiliante de sans-papiers, lorsqu’il contacte par téléphone ses compatriotes restés au pays, raconte ceci : ‘En deux semaines on a ses papiers et de l’argent de l’Etat chaque mois. Venez ici, on est vraiment bien. " Il se sent obligé de mentir pour garder la face !

J’ai mal de voir ces Rwandais ou Syriens de familles honorables devenir des gens de quart-monde ! Dont, pour certains, le seul sens de la vie devient la consommation formatée par la pub.

J’ai mal d’entendre ces récits de sans-papiers : celui-ci se fait traiter en esclave dans des jobs sous-payés; telles autres ont accepté de se faire violer pour avoir un enfant, dernier atout pour pouvoir rester en Belgique; puis d’autres qui se réfugient dans des milieux sectaires déformant les religions (chrétienne ou musulmane…). Et tant de récits douloureux.

J’ai eu mal quand nous avons accueilli juste pour un repas improvisé du dimanche cet Haïtien rencontré par hasard, qui après plusieurs années passées en Belgique, nous confie : "C’est la première fois que je partage un repas dans une maison de vrais Belges." Un Camerounais qui termine ses études à l’université nous disait la même chose. Puis ce fut le tour d’un étudiant Congolais qui nous disait qu’aucun des étudiants étrangers de son home n’avait été dans une famille belge. Ou notre "fils" syrien qui nous parle de ses compatriotes qui eux aussi n’ont pas de rapport amical avec les Européens, cloîtrés qu’ils sont dans une position de victimes mal-aimées. Ils n’ont que haine et critiques envers les Européens à la bouche : c’est la conséquence normale. Quelle société préparons-nous ainsi ?

2. Autre question que le nombrilisme des Occidentaux oublie de poser : QU’EST-CE QUI EST VRAIMENT BON POUR CES PAYS D’ORIGINE Accueillir des migrants qui veulent travailler, c’est priver de ressources leur pays d’origine. Pays musulmans pour des musulmans; pays d’Afrique noire pour des Africains noirs : ces pays connaissent peu la diversité culturelle et c’est une des causes de la pauvreté. C’est de notre part du vol ! On vole aux pays pauvres leurs meilleurs éléments ! C’est créer un cercle vicieux de pauvreté, source de guerre. J’ai plusieurs amis rwandais qui ont dû fuir leur pays et se sont installés dans un autre pays africain. Ils y font un travail parfois extraordinaire, apportant une ouverture à une nouvelle culture politique et sociale précieuse pour leur pays d’accueil. Ils n’ont pas cherché des solutions de facilité, fuite de leurs responsabilités. Et, malgré leurs difficultés matérielles, ils sont tellement plus dignes et épanouis que tant de leurs confrères chez nous.

ALLER Y SOUTENIR LA SOCIÉTÉ CIVILE

D’autre part, je constate chez les immigrés une tendance à se déconnecter tellement de leur pays d’origine qu’ils deviennent incapables d’y retourner, alors qu’ils en rêvent. Ce qui n’est pas souvent le cas de ceux restés dans leur aire culturelle. Beaucoup développent même chez nous une idéologie haineuse, irréaliste, source de guerre qui ne peut qu’être nuisible à leur pays d’origine quand la guerre sera finie. Ceci n’a d’ailleurs rien à voir avec la religion d’origine : l’Afrique noire n’est pas épargnée par ses ex-ressortissants.

Avec mon épouse, nous avons choisi l’autre option : aller, en ami, vers ces pays, pour soutenir la société civile, partager un idéal, mettre en valeur les initiatives locales innovantes. Non pas avec la mentalité souvent fort raciste de nos coopérants au Congo : "Nous allons vous apprendre comment faire !" Nous croyons un peu vite que nous avons le monopole du bonheur. Mais le bonheur n’est pas dans le luxe ou le confort de l’assistanat. Et tous ceux qui, en Occident, vivent au quotidien le mépris, s’ils sont des hommes, chercheront leur dignité dans la violence. Le bonheur, il est là où des hommes et des femmes luttent ensemble pour un monde meilleur. Là où il y a du sens, de la dignité.

Ce que j’écris ici, je le partage avec mes amis, élèves, collègues "étrangers", et ils sont étonnamment souvent d’accord avec moi. Eux-mêmes me confient spontanément qu’ils trouvent insensée la politique européenne mal ajustée et sans vision à long terme.

Ceci n’est pas un plaidoyer pour une fermeture brutale : accueillir l’étranger, c’est se grandir. C’est un plaidoyer pour l’arrêt d’une immigration insensée, mal régulée ou trop "automatisée", qui n’est bonne ni pour le réfugié ni pour les pays pauvres. Des pistes nouvelles, originales, sont à inventer. Les idées ne manquent pas. Il est urgent d’accueillir moins pour accueillir plus humainement. Comme dit Thomas D’Ansembourg : "Cessez d’être gentils, soyez vrais !" Et la vérité, on la découvre avant tout par le vivre ensemble concret avec ces personnes "d’outre-mer" autant ici que dans les pays d’origine. Pour sortir de notre nombrilisme, apprenons à être réellement proches, en vrais frères, au point de pouvoir nous mettre à leur place.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CHAPEAU BAS





THEO FRANCKEN: "PAS PLUS DE 250 DEMANDES D'ASILE PAR JOUR"

Le Vif

Le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken refuse de faire enregistrer plus de 250 demandes d'asile par jour, malgré les files qui s'allongent devant l'Office des étrangers à Bruxelles, a-t-il indiqué mercredi sur Radio 1 (VRT).



© Belga

"Je ne dépasserai pas les 250 par jour, ce serait intenable et irresponsable", a-t-ilaffirmé, malgré divers appels pour relever ce plafond. "Il y a des limites à tout: à notre capacité, à la manière dont on peut créer rapidement de nouvelles places d'accueil, etc. Nous effectuons déjà 4.000 à 5.000 enregistrements par mois, c'est irréel", a jugé le mandataire N-VA. Theo Francken refuse d'instaurer une procédure d'enregistrement basique pour accélérer le traitement de l'afflux. "L'enregistrement, l'identification, la prise des empreintes digitales, cela doit être réalisé correctement". Et de critiquer à nouveau des pays de l'UE comme la Pologne, l'Espagne ou la Tchéquie, qui accueillent peu de réfugiés. "Ils sont toujours les premiers à réclamer de la solidarité, mais maintenant, c'est nous qui sommes confrontés aux problèmes", résume-t-il. S'il reconnaît que la balle est dans le camp des États membres, il n'en demande pas moins l'instauration d'un fonds européen d'urgence pour soutenir le budget fédéral belge. La commissaire européenne aux Affaires sociales Marianne Thyssen (CD&V) a immédiatement réagi, rappelant que le budget européen pluriannuel prévoyait des moyens à cet effet. Theo Francken se dit en concertation constante avec la Ville de Bruxelles, la Défense et les organisation telles que la Croix Rouge pour gérer l'afflux devant l'Office des étrangers. "Ce n'est pas le moment de se livrer à de petits jeux politiques", dit-il. Le président de la N-VA Bart De Wever a lui proposé de réduire les droits des réfugiés en leur créant un statut spécifique. Interrogé, Theo Francken a reconnu que ce serait illégal aux yeux de l'Union européenne. "Mais on peut tout de même en parler, non? Nous mettons cela sur la table, on verra où ça mènera".

 

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