samedi 19 septembre 2015

La Révolution démythifiée

La Libre

CRITIQUE LAURENCE BERTELS 



Point de barricades, de Gavroche, de brioches ou de guillotine dans la Révolution française vue par le grand dramaturge Joël Pommerat qui, comme on s’y attendait, balaye les stéréotypes charriés par cet événement fondateur pour la France. Une table de réunion recouverte d’une nappe bleue et ornée de deux maigres bouquets de fleurs, les membres des Etats généraux - l’Eglise, la noblesse et le tiers état - en col cravate, les femmes en tailleur-pantalon et le roi insipide, en costume gris souris… Jamais Versailles n’a autant ressemblé à ce que deviendra l’Assemblée nationale.

"La situation est grave , annonce le premier ministre, le déficit est considérable et le sort de la nation est en jeu." Le clergé doit participer à l’effort collectif. Seul l’impôt unique pourrait sauver la France de la banqueroute. La France ou la Grèce ? Le ton est clinique, les débats semblent être retransmis à la télévision, une correspondante de Madrid commente l’actualité en direct et tente de récolter quelques mots du Roi voire de la Reine, une Marie-Antoinette blonde platine forcément glamour en diable, moulée dans une mini-robe blanche. Des applaudissements nourris, enregistrés et répétitifs fusent de la salle, histoire d’inviter l’applaudimètre aux débats. Et au risque de lasser. Joël Pommerat a choisi d’ancrer "Ça ira (1) Fin de Louis", création mondiale au Manège dans le cadre de Mons 2015, dans le présent et traite la Révolution française sur le ton du débat télévisuel durant lequel chacun coupe la parole à son voisin.

Habitué à insérer la scénographie dans l’écriture du spectacle, qu’elle soit circulaire dans "Cercles/Fictions" ou bifrontale dans "La Réunification des deux Corées", le dramaturge nous avait confié, dans nos éditions précédentes (cf. "La Libre" du 16/9), opter pour une scénographie frontale à savoir habituelle avec le spectacle sur scène et les spectateurs dans la salle. Mais le quatrième mur saute à nouveau, les acteurs surgissent du public, lequel se sent parfois pris à partie. Le ton des débats ne cesse de monter, la création de l’Assemblée nationale s’avère difficile, houleuse voire impossible pendant qu’au dehors le peuple crie famine, gronde, se révolte et s’entre-tue avec une insoutenable cruauté.

Une forme moins convaincante

Les comédiens, tous remarquables, dont le Belge Yvain Juillard, en belle retenue, quant à lui, dans le rôle du Roi, hurlent de plus en plus à l’injustice et confrontent leurs points de vue : "L’heure est-elle encore aux débats métaphysiques ? Que valent la paix et l’ordre quand règne l’injustice ? Peut-on opposer la dictature monarchique à la dictature du peuple ?" L’auteur et metteur en scène français ne donne certes pas de réponses mais ne soulève pas assez de questions, non plus. Si bien qu’on se demande où il veut en venir en démythifiant de la sorte l’élaboration de la Constitution nationale, un texte de référence dont il donne l’impression qu’il a été écrit dans la précipitation et l’improvisation. Orfèvre de l’intime, comme il le prouve encore dans une merveilleuse scène sur fond de Jacques Brel, Joël Pommerat embrasse cette fois une forme épique moins convaincante même s’il reste le grand organisateur du chaos annoncé et assure à merveille la mise en scène et la direction d’acteurs qui tous rivalisent de talent, avec une remarquable distribution féminine. Saadia Bentaïeb, notamment, qu’elle soit secrétaire, noble, membre d’un district et surtout députée Lefranc tient l’assemblée en haleine du haut de ses talons et de sa colère grimpante. Une création théâtrale donc, de la Compagnie Brouillard coproduite par, entre autres, le Manège. Mons et le Théâtre national, maîtrisée et hyperprofessionnelle mais point, hélas, révolutionnaire.

Mons, jusqu’au 18 septembre à 20 heures au Manège. Mons, 1, rue des Passages. Environ 3h30. www.lemanege.com. Rencontre avec Joël Pommerat le 18 septembre à 13h30 au Théâtre Le Manège : centredramatique@lemanege-mons.be

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SOMMES-NOUS EN 1786, 86, 87 ?


Tandis que l’Europe s’enfonce dans une crise aigüe, que notre monde se démonde joyeusement et que des millions de sans-abris font route vers nos capitales j’ai de plus en plus le sentiment que l’on s’approche à grands pas du grand chamboulement. Cette pièce de Joël Pommerat -que je n’ai pas vue-semble procéder du même état d’esprit. Les grands créateurs sont à la fois crise et sismographes de la grande crise qui fait rage. Pour l’instant la révolution en marche serait plutôt conservatrice si on en juge par les succès de Donald Trump, Marine Le Pen et la remontée dans les sondages du Vlaams Belang en Flandre. L’arrivée de l’automne plus frais devrait exacerber les tensions. Et pendant ce temps,  se poursuit en Afrique la folle ronde des roi nègres en uniforme de général. Encore quelques milliers de réfugiés en perspective. En Afrique, il n'est pas rare, en effet, qu'un régime soit balayé par un coup d'ÉtatComme le remarque Le Monde "8 des 54 chefs d'État africains actuellement au pouvoir ont réussi à s'y maintenir à la faveur d'une modification de la Constitution." (en Angola, au Cameroun, au Tchad, en Ouganda, Éthiopie, Zimbabwe, Burundi, Algérie) .

Faut-il vraiment que nous autres Européens nous sentions responsables de cela ?


MG


BURKINA: RIEN "DE DÉCIDÉ" SELON LE GÉNÉRAL PUTSCHISTE

AFP La libre


Le général Gilbert Diendéré, nouvel homme fort du Burkina Faso et fidèle de l'ex-président Blaise Compaoré, a affirmé qu'aucune décision n'avait été prise à l'issue de sa réunion avec les présidents sénégalais Macky Sall et béninois Thomas Boni Yayi dans la nuit de vendredi à samedi à Ouagadougou.

"J'ai eu un entretien en tête-à-tête très fructueux avec les deux chefs d'Etat (...) Je préfère ne pas devancer l'iguane dans l'eau parce que nous n'avons pas décidé de quoi que ce soit pour l'instant", a-t-il déclaré, en utilisant une métaphore africaine.

"Il y a eu des propositions qui ont été faites par ces deux hautes personnalités et nous pensons nous revoir demain matin pour faire la synthèse. Je préfère ne pas donner de détails sur ceux dont nous avons parlé", a-t-il ajouté.

Le président Macky Sall, dirigeant en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), actuellement à Ouagadougou pour tenter de dénouer la crise au Burkina Faso, avait déclaré avant son deuxième entretien avec le général qu'il fallait "créer une dynamique de réconciliation nationale, de pardon, arrêter la violence".

MM Sall et Boni Yayi vont poursuivre leurs consultations samedi et doivent notamment rencontrer à nouveau le général Diendéré.



LE COUP D'ÉTAT, UNE TRANSITION CLASSIQUE EN AFRIQUE

Le Vif Source : Le Monde

En Afrique, il n'est pas rare qu'un régime soit balayé par un coup d'État. Tout comme on ne rechigne pas à chipoter à la constitution pour se maintenir au pouvoir. Le point sur les différents pays africains.


© Reuters

Les arrangements avec la Constitution ne sont pas rares en Afrique comme le remarque Le Monde "8 des 54 chefs d'État africains actuellement au pouvoir ont réussi à s'y maintenir à la faveur d'une modification de la Constitution." Soit en Angola, au Cameroun, au Tchad, en Ouganda, Éthiopie, Zimbabwe, Burundi, Algérie. On y songe aussi très sérieusement en République démocratique du Congo, au Rwanda ou encore au Congo-Brazzaville.

Certains dirigeants sont même au pouvoir depuis plus de 30 ans comme Edouardo Dos Santos en Angola ou Paul Biya au Cameroun, Teodoro ObiangNguema en Guinée équatoriale ou encore Robert Mugabe au Zimbabwe.

Le Burkina Faso baigne dans l'instabilité depuis un an, quand l'insurrection populaire a balayé le régime de Blaise Compaoré. Après 27 ans au pouvoir celui-ci souhaitait briguer rien de moins qu'un cinquième mandat. Mais cette ambition fut stoppée nette par un mouvement de grogne sans précédent. Suite à ces évènements, c'est le lieutenant-colonel Isaac Zida qui s'autoproclame chef de l'État. Ce dernier sera remplacé moins d'un mois plus tard par le diplomate Michel Kafando qui devient chef de l'État intérimaire jusqu'à la tenue d'élection prévue pour 11 octobre 2015. Des élections incertaines depuis ce jeudi 17 septembre et le coup de force de putschistes qui ont placé un général proche de l'ancien président Blaise Compaoré à la tête de l'état.

Qu'un coup d'État sonne le glas d'un régime n'est pas une exception non plus puisque ce fut le cas pour la Mauritanie, le Mali, le Niger, la Guinée, la Guinée Bissau, Le Tchad, le Soudan, la République centrafricaine, l'Ouganda, la république du Congo, la Guinée équatoriale ou encore Madagascar. Par ailleurs, trois pays africains ont été renversés par une révolte populaire. 12 dirigeants africains sont aussi morts au pouvoir et ce n'est pas un hasard puisque la grande majorité des dirigeants africains est âgée. Voire très âgée puisqu'un tiers dépasse même les 70 ans.

En gros, seul 12 pays sur toute l'Afrique ont connu une transition classique lors du dernier changement de régime.

Cependant, petite note d'espoir, un putsch peut être suivi par des élections libres et transparentes précise encore Le Monde. Comme ce fut le cas au Mali, en Guinée ou au Niger. Néanmoins, comme le fait remarquer Le Monde, les élections peuvent aussi être utilisées pour légitimer un pouvoir. Pour preuve "Dans la moitié des cas où un scrutin présidentiel est organisé, la validité de son résultat est mise en cause par les opposants comme par les observateurs internationaux."

 

 

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