samedi 26 septembre 2015

Le climat et le narcotrafic au centre du discours du Pape à l'ONU

La Libre

AFP 


 Le pape François a demandé vendredi depuis la tribune de l'ONU des "accords fondamentaux" à la prochaine conférence de Paris pour le climat, et dénoncé la "culture du déchet" et les guerres, dont celle, silencieuse, du narcotrafic. Il faut "que la conférence de Paris sur le changement climatique aboutisse à des accords fondamentaux et efficaces", a martelé le pape, qui a insisté sur ses priorités pour la sauvegarde de la "maison commune", qu'il avait exposées dans son encyclique "Laudato si'" (Loué sois-tu").

François, quatrième pape à se rendre à l'ONU, estime qu'il "existe un véritable droit de l'environnement" devant être reconnu: "chaque dommage à l'environnement est un dommage à l'humanité" et "la crise écologique peut mettre en péril l'existence même de l'humanité".

Il a souhaité le "succès" de l'"Agenda 2030 pour le développement durable" à l'occasion du sommet à l'ONU qui commence ce vendredi.

Le pape argentin a dénoncé "la guerre assumée et faiblement combattue" du narcotrafic, un "conflit, qui en silence, provoque la mort de millions de personnes".

"Le narcotrafic est accompagné par la traite des personnes, le blanchiment des actifs, le trafic des armes, l'exploitation des enfants et par d'autres formes de corruption. Corruption qui a infiltré les divers niveaux de la vie sociale, politique, militaire, artistique et religieuse, en générant, dans beaucoup de cas, une structure parallèle qui met en péril la crédibilité de nos institutions", a-t-ildénoncé.

Abordant enfin un sujet très sensible qui divise à l'ONU les pays occidentaux et les pays du Sud, François a dénoncé "la colonisation idéologique" qui impose aux "peuples" des "modèles de vie anormaux" et, "en dernier ressort, irresponsables".

Il s'agit d'une allusion implicite à la théorie du genre et au mariage gay, qui a beaucoup de défenseurs dans la ville de New York où séjourne le pape jusqu'à ce soir.

Ces styles de vie "sont étrangers à l'identité des peuples". Il a demande à l'ONU de reconnaître "une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme".

Ces propos risquent d'avoir un écho particulier aux rencontres mondiales des familles catholiques, que le pape va clôturer samedi et dimanche à Philadelphie.

Le souverain pontife a critiqué les organismes financiers internationaux qui "soumettent" les pays, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d'exclusion et de dépendance".

"Les plus pauvres sont mis au rebut, obligés de vivre des rebuts", a-t-il dénoncé, énumérant "la traite des êtres humains, le commerce d'organes, l'exploitation sexuelle des enfants, l'esclavage dans le travail, le trafic de drogue et d'armes, le terrorisme et le crime organisé".

Contre l'exclusion, Jorge Bergoglio a demandé aux Etats d'imposer un "minimum absolu" qui aurait, "sur le plan matériel, trois noms: toit, travail et terre; et un nom sur le plan spirituel: la liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l'éducation et les autres droits civiques".

Il a exigé que ce droit à l'éducation vaille "pour les filles, exclues dans certaines régions" du monde.

Avec une virulence surprenante, il a jugé aussi que l'ONU devait s'en prendre aux méfaits d'un "pouvoir technologique", qui franchit "les distances et les frontières". "Une réponse indispensable puisque le pouvoir technologique, aux mains d'idéologies nationalistes et faussement universalistes, est capable de provoquer de terribles atrocités".

François a rappelé "ses appels incessants" pour les chrétiens et les autres minorités" d'Orient et d'Afrique "qui ne veulent se laisser gagner par la folie et la haine" des extrémistes violents.

Il s'est aussi inquiété de "la prolifération des armes". "Il faut oeuvrer pour un monde sans armes nucléaires", a-t-il dit, saluant positivement l'accord des grandes puissances avec l'Iran (sans citer le nom de ce pays) sur son programme nucléaire.

Le pape s'est déclaré favorable à une réforme de l'ONU pour "accorder à tous les peuples une participation et une incidence réelle et équitable dans les décisions", notamment au sein du Conseil de sécurité.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PASSER AUX ACTES


De fait, le discours tonique de François annonce une « croisade » en faveur de la paix et surtout de la protection indispensable de l’environnement. C’est au sens chrétien « une bonne nouvelle. » L’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnementReste à savoir si cette belle rhétorique sera de nature à infléchir des réflexes concrets du côté des décideurs tant politiques qu’économiques. Le scandale VW qui a porté un coup grave à l’industrie automobile appelle une prise de conscience éthique. On ne peut que souscrire à l’injonction de nos ministres à passer aux actes. Cela signifie de façon concrète qu’il serait temps que l’Eglise revoie sa doctrine sur la contraception et l’avortement et s’ouvre au recrutement féminin pour le sacerdoce. Il y a loin des lèvres à la coupe.

MG



LES MINISTRES BELGES SALUENT LE DISCOURS PAPAL, SUGGÈRENT À L'EGLISE DE PASSER AUX ACTES

LE VIF

Les trois ministres belges - tous libéraux - présents vendredi à New York ont salué le contenu du discours tenu par le pape François devant l'Assemblée générale de l'ONU, dont l'attention portée aux problèmes globaux, mais en suggérant que l'Eglise catholique mette fin à la discrimination des femmes, mais sans aller jusqu'à préconiser l'ordination de femmes-prêtres.


© Reuters

"Je crois que le discours couvrait vraiment l'ensemble de la matière" en discussion aux Nations unies et dans nombre de forums internationaux, comme la définition de nouveaux objectifs de développement jusqu'en 2030, a déclaré le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, en décrivant une intervention "très concrète". "Il y a évidemment eu quelques moments liés à la religion, c'est assez normal pour un pape", a-t-il souligné devant quelques journalistes dans la foulée du discours du souverain pontife. Le ministre des Affaires étrangères a notamment épinglé un passage en faveur de l'éducation des filles et (de la fin) des discriminations à l'égard des femmes et des jeunes filles. "Ca montre une certaine évolution dans l'Eglise", a-t-il dit en exprimant l'espoir que ce message "va se traduire par des changements réels" dans le monde catholique. Le ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, a lui aussi évoqué "quelques messages importants, comme par rapport à l'environnement" et au réchauffement climatique. "Il a aussi été très clair sur l'égalité des chances entre garçons et filles, comme dans l'enseignement", a-t-il lui aussi faire observer. "J'espère naturellement que cela sera aussi une impuls(ion) pour l'Eglise catholique à faire la même chose, que les hommes et les femmes aient dans cette organisation-là les mêmes opportunités, comme c'est souvent déjà le cas dans le reste du monde", a poursuivi M. De Croo, appelant le Vatican à passer "des mots aux actes". La ministre de l'Energie, de l'Environnement et du Développement durable, Marie-Chistine Marghem, a elle aussi salué le "discours à l'humanité" tenu par le pape, en décelant des "avancées" dans l'Eglise en faveur de l'égalité hommes-femmes.

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS À L’ONU

Publié le 25 septembre 2015

 

 

 

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(…)

Avant tout, il faut affirmer qu’il existe un vrai ‘‘droit de l’environnement’’ pour un double motif. En premier lieu, parce que nous, les êtres humains, nous faisons partie de l’environnement. Nous vivons en communion avec lui, car l’environnement comporte des limites éthiques que l’action humaine doit reconnaître et respecter. L’homme, même s’il est doté de « capacités inédites » qui « montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique » (EncycliqueLaudato si’, n. 81), est en même temps une portion de cet environnement. Il a un corps composé d’éléments physiques, chimiques et biologiques, et il peut survivre et se développer seulement si l’environnement écologique lui est favorable. Toute atteinte à l’environnement, par conséquent, est une atteinte à l’humanité. 

En second lieu, parce que chacune des créatures, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures. Nous les chrétiens, avec les autres religions monothéistes, nous croyons que l’Univers provient d’une décision d’amour du Créateur, qui permet à l’homme de se servir, avec respect, de la création pour le bien de ses semblables et pour la gloire du Créateur. Mais l’homme ne peut abuser de la création et encore moins n’est autorisé à la détruire. Pour toutes les croyances religieuses l’environnement est un bien fondamental (cf. Ibid, n. 81).
L’abus et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus implacable d’exclusion. En effet, la soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles et les personnes ayant moins de capacités, soit parce que dotées de capacités différentes (les handicapés), soit parce que privées des connaissances et des instruments techniques adéquats, ou encore parce qu’ayant une capacité insuffisante de décision politique. L’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement. Les plus pauvres sont ceux qui souffrent le plus de ces atteintes pour un triple motif grave : ils sont marginalisés par la société, ils sont en même temps obligés de vivre des restes, et ils doivent subir injustement les conséquences des abus sur l’environnement. Ces phénomènes constituent la ‘‘culture de déchet’’ aujourd’hui si répandue et inconsciemment renforcée.(…)

J’élève la voix, me joignant à tous ceux qui souhaitent des solutions urgentes et efficaces. L’adoption de l’‘‘Agenda 2030 pour le Développement Durable’’ au Sommet mondial, qui commencera aujourd’hui même, est un signe important d’espérance. J’espère que la Conférence de Paris sur le changement climatique aboutira à des accords fondamentaux et efficaces.(…)

 

Le monde réclame de tous les gouvernants une volonté effective, pratique, constante, des pas concrets et des mesures immédiates, pour préserver et améliorer l’environnement naturel et vaincre le plus tôt possible le phénomène de l’exclusion sociale et économique, avec ses tristes conséquences de traites d’êtres humains, de commerce d’organes et de tissus humains, d’exploitation sexuelle d’enfants, de travail esclave – y compris la prostitution -, de trafic de drogues et d’armes, de terrorisme et de crime international organisé. L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux.

 

Pour que hommes et femmes concrets puissent échapper à l’extrême pauvreté, il faut leur permettre d’être de dignes acteurs de leur propre destin. Le développement humain intégral et le plein exercice de la dignité humaine ne peuvent être imposés. Ils doivent être édifiés et déployés par chacun, par chaque famille, en communion avec les autres hommes, et dans une juste relation avec tous les cercles où se développe la société humaine – amis, communautés, villages et communes, écoles, entreprises et syndicats, provinces, nations, entre autres. Cela suppose et exige le droit à l’éducation – également pour les filles (exclues dans certaines régions) -, droit qui est assuré en premier lieu par le respect et le renforcement du droit primordial de la famille à éduquer, et le droit des Eglises comme des regroupements sociaux à soutenir et à collaborer avec les familles dans la formation de leurs filles et de leurs fils. L’éducation, ainsi conçue, est la base pour la réalisation de l’Agenda 2030 et pour sauver l’environnement.

En même temps, les gouvernants doivent faire tout leur possible afin que tous puissent avoir les conditions matérielles et spirituelles minimum pour exercer leur dignité, comme pour fonder et entretenir une famille qui est la cellule de base de tout développement social. Ce minimum absolu a, sur le plan matériel, trois noms : toit, travail et terre ; et un nom sur le plan spirituel : la liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l’éducation et les autres droits civiques.

Pour toutes ces raisons, la mesure et l’indicateur les plus simples et les plus adéquats de l’exécution du nouvel Agenda pour le développement seront l’accès effectif, pratique et immédiat, de tous, aux biens matériels et spirituels indispensables : logement personnel, travail digne et convenablement rémunéré, alimentation adéquate et eau potable ; liberté religieuse, et, plus généralement, liberté de pensée et éducation. À la fois, ces piliers du développement humain intégral ont un fondement commun, qui est le droit à la vie, et, plus généralement, ce que nous pourrions appeler le droit à l’existence de la nature humaine elle-même.

La crise écologique, avec la destruction d’une bonne partie de la biodiversité, peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir, doivent être un appel à une sérieuse réflexion sur l’homme : « L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature » (Benoît XVI, Discours au parlement Fédéral d’Allemagne, 22 septembre 2011, cité dans EncLaudato Si’, n. 6). La création subit des préjudices « là où nous-mêmes sommes les dernières instances… Le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes C’est pourquoi, la défense de l’environnement et la lutte contre l’exclusion exigent la reconnaissance d’une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme et le respect absolu de la vie à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions 

Sans la reconnaissance de certaines limites éthiques naturelles à ne pas franchir, et sans la concrétisation immédiate de ces piliers du développement humain intégral, l’idéal de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » (Charte des Nations Unies, Préambule) et de « favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande » court le risque de se transformer en un mirage inaccessible ou, pire encore, en paroles vides qui servent d’excuse à tous les abus et à toutes les corruptions, ou pour promouvoir une colonisation idéologique à travers l’imposition de modèles et de styles de vie anormaux, étrangers à l’identité des peuples et, en dernier ressort, irresponsables.

La guerre est la négation de tous les droits et une agression dramatique contre l’environnement. Si l’on veut un vrai développement humain intégral pour tous, on doit poursuivre inlassablement l’effort pour éviter la guerre entre les nations et entre les peuples.

(…)

Il faut oeuvrer pour un monde sans armes nucléaires, en appliquant pleinement l’esprit et la lettre du Traité de non-prolifération, en vue d’une prohibition totale de ces instruments.

Le récent accord sur la question nucléaire dans une région sensible de l’Asie et du Moyen Orient est une preuve des possibilités d’une bonne volonté politique et du droit, exercés de façon sincère, patiente et constante. Je forme le voeu que cet accord soit durable et efficace, et qu’il porte les fruits désirés avec la collaboration de toutes les parties impliquées.

(…) Je ne peux m’empêcher de réitérer mes appels incessants concernant la douloureuse situation de tout le Moyen Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie, ont été forcés à être témoins de la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons comme de leurs propriétés, et ont été mis devant l’alternative de fuir ou bien de payer de leur propre vie, ou encore par l’esclavage, leur adhésion au bien et à la paix.

Ces réalités doivent constituer un sérieux appel à un examen de conscience de la part de ceux qui sont en charge de la conduite des affaires internationales. Non seulement dans les cas de persécution religieuse ou culturelle, mais aussi dans chaque situation de conflit, comme en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Libye, au Sud Soudan et dans la région des Grands Lacs, avant les intérêts partisans, aussi légitimes soient-ils, il y a des visages concrets. Dans les guerres et les conflits, il y a des êtres humains concrets, des frères et des soeurs qui sont nôtres, des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées, des enfants qui pleurent, souffrent et meurent, des êtres humains transformés en objet mis au rebut alors qu’on ne fait que s’évertuer à énumérer des problèmes, des stratégies et des discussions.

 

(…)Jamais comme aujourd’hui, […] n’a été aussi nécessaire l’appel à la conscience morale de l’homme. Car le péril ne vient, ni du progrès, ni de la science, qui, bien utilisés, pourront […] résoudre un grand nombre des graves problèmes qui assaillent l’humanité » (Discours à l’Organisation des Nations Unies à l’occasion du 20ème anniversaire de l’Organisation, 4 octobre 1965). Entre autres, sans doute, le génie humain, bien utilisé, aidera à affronter les graves défis de la dégradation écologique et de l’exclusion. Paul VI a poursuivi : «Le vrai péril se tient dans l’homme, qui dispose d’instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu’aux plus hautes conquêtes » (Ibid.).

La maison commune de tous les hommes doit continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme ; des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des abandonnés, de ceux qui sont jugés bons à exclure, parce qu’on ne les perçoit plus que comme des chiffres de l’une ou l’autre statistique. La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine sacralité de la nature créée.

(…)

Nous ne pouvons pas nous permettre de reporter pour plus tard ‘‘certains agendas’’. L’avenir exige de nous des décisions critiques et globales face aux conflits mondiaux qui augmentent le nombre des exclus et de ceux qui sont dans le besoin.(…)

 

 

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