vendredi 18 septembre 2015

Migrants : l’Europe des égoïsmes nationaux

LE MONDE 



Editorial du Monde. Il n’y aura pas de politique commune de l’Union européenne(UE) à l’égard des réfugiés fuyant les guerres de la banlieue sud de l’Europe – de la Syrie à l’Irak. Face à une tragédie humanitaire à ses marches, l’UE est incapable d’action collective. Ses vingt-huit membres ne peuvent se mettre d’accord sur les quelques opérations de solidarité et de bon sens proposées par le président de la Commission, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.

LE FRONT DU REFUS D’EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE A EMPÊCHÉ UN ACCORD EN BONNE ET DUE FORME

Au terme d’échanges peu aimables, le front du refus d’Europe centrale et orientale a empêché un accord en bonne et due forme qui aurait ressemblé à une réponse collective de l’Europe. Pas question pour ces pays-là d’accepter le principe d’une répartition, même décidée ensemble, des réfugiés – peu importe le nombre, c’est affaire de souveraineté. Si l’on avait été jusqu’au vote, sans doute y aurait-il eu une majorité qualifiée pour adopter le plan Juncker, mais on n’a pas voulu prendre le risque d’afficher ainsi la division de l’UE. L’Allemagne a dit, mardi matin, qu’elle se résignait mal à cet échec : elle menace les récalcitrants de sanctions financières. Elle a raison.

Laissons de côté le fait que l’attitude des obstructionnistes est peu conforme aux valeurs fondatrices de l’UE : après tout, l’immigration ne fait pas partie, ou seulement très peu, des compétences communautaires. Evitons les leçons de morale qui, venant du monde politico-médiatique, ont peu de chance de convaincre les Etats réfractaires – la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie, la Roumanie, par exemple – et encore moins des opinions publiques dont les hésitations, légitimes, sont exploitées par des partis sans scrupule à d’uniques fins électorales. Tout cela serait contre-productif. De même peut-on comprendreque nombre de pays membres des accords de Schengen, qui instaurent la libre circulation de leurs ressortissants au sein de l’UE, aient provisoirement rétabli des contrôles aux frontières face à un afflux massif et soudain de réfugiés.

Mais il faut bien, pour autant, tirer une conclusion politique de cet échec des Européens à décider ensemble d’un minimum d’action collective face aux drames des réfugiés. Il n’est pas seulement le symbole d’une Europe qui se referme face aux malheurs de l’époque, une Europe qui entend ignorer la tragédie qui frappe à ses portes. C’est le sens de l’Union européenne qui est remis en question. Elle prétend avoir une politique extérieure commune, défendre des valeurs universelles, afficher l’exemplarité de ses démocraties, en somme être autre chose qu’une simple zone de libre-échange.

A ce premier grand test, elle répond par son absence. Elle réagit comme une association d’Etats liés par un accord de marché unique et pas grand-chose d’autre. C’est une régression par rapport à ses ambitions originelles. C’est aussi un aveu d’impotence collective dangereuse. Les guerres du Proche-Orient ne vont pas s’apaiser de sitôt. Même si l’Europe décide d’être relativement indifférente au sort des familles qui fuient la guerre et les persécutions les plus atroces, elle n’échappera pas aux effets déstabilisateurs du chaos proche-oriental. Du seul point de vue de la défense de ses intérêts, elle doit agir collectivement. C’eût été bien de commencer par les réfugiés.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VIKTOR ORBAN, BART DE WEVER, MARINE LE PEN ET TOUS LES AUTRES 

Résumons : C’est le sens de l’Union européenne qui est remis en question. Elle prétend avoir une politique extérieure commune, défendre des valeurs universelles, afficher l’exemplarité de ses démocraties, en somme être autre chose qu’une simple zone de libre-échange.

Au vrai Viktor Orban , Bart de Wever, Marine Le Pen et surtout les Britanniques et leurs alliés atlantistes poussés par Washington (la Pologne notamment leader de la « nouvelle Europe » ) entendent bien opter pour le modèle dit de la zone de libre-échange.

De fait, face au choc de l’arrivée massive de réfugiés sur son sol, l’Europe  réagit comme une association d’Etats liés par un accord de marché unique et pas grand-chose d’autre. C’est une régression par rapport à ses ambitions originelles. C’est aussi un aveu d’impotence collective dangereuse. L’Europe n’échappera pas aux effets déstabilisateurs du chaos proche-oriental. Du seul point de vue de la défense de ses intérêts, elle doit agir collectivement. C’eût été bien de commencer par les réfugiés.

Il n’aura échappé à personne que la nouvelle Europe (les Etats qui se sont libérés en 1989 du joug soviétique répugne à ouvrir ses frontières) contrairement à la vieille Europe où Merkel fait la pluie et le beau temps se montre beaucoup plus souple par une forme subtile d’ « altruisme intéressé » (Attali).

Pascal Martin va plus loin dans son édito dans Le Soir :Depuis son retour au pouvoir, Viktor Orban n’a cessé de fouler au pied les valeurs européennes, celles-là mêmes qui ont autrefois permis à ses compatriotes fuyant le communisme de trouver refuge en Occident.

Plus fondamentalement, après les tourments de l’euro et de la Grèce, la désastreuse « gestion » hongroise de l’afflux migratoire révèle  à son tour combien l’Europe unie est fragile parce qu’inachevée, bancale à plus d’un titre.

"il y a peu de différences entre la tactique d'Orban et celle de De Wever »observe Le Vif. Un membre du CD&V compare carrément Bart De Wever à Viktor Orban. Les accusant d'employer les mêmes tactiques. Orban sent sur sa nuque le souffle chaud de Jobbik, le parti fasciste hongrois.  Bart se rend compte que le Vlaams Belang est en train de reprendre du poil de la bête immonde en séduisant l’électoral qui l’a rejoint. C’est dire qu’il se prépare en Europe une  dangereuse confrontation  entre les durs qui entendent endiguer et refouler les flux migratoires et ceux qui se résignent à s’en accommoder. L’issue de ce bras de fer est incertaine mais elle sera déterminante pour l’avenir du vieux continent. Il se pourrait bien que les démagogues Viktor Orban, Bart de Wever, Marine Le Pen et les autres qui surfent habilement sur la vague populiste finissent par l’emporter.

Ce qu'il faut redouter plus que tout, c'est la disparition de l'intelligence au profit d'une culture populiste de confection que l'on donnerait aux populations comme on jette des épluchures aux cochons.

Dans une France en plein désarroi, lobotomisée par l’attentisme hollandiste, le débat intellectuel est profondément affecté par ce nouveau manichéisme. Finkielkraut, Onfray mais aussi Zemmour et son Suicide françaisPolony et son hymne aux provinces oubliées, Bellamy et ses Déshérités, Houellebecq même, deviennent les réceptacles des angoisses et des espérances d'une partie de la population. Des gens qui ne croient pas plus en Le Pen qu'en Hollande, Sarkozy ou Jean-Vincent Placé. «Ces écrivains et ces essayistes se rapprochent du peuple réel à mesure que le Parti socialiste s'en éloigne», explique Jacques Julliard. (Le Figaro)

Bref la France est déboussolée et en somme  aussi désorientée que l’Allemagne après le volte-face de Merkel forcée de céder à la pression des conservateurs jusqu’au sein de sa propre majorité voire même de son propre parti.

Ne parlons pas de la Belgique où le clivage se situe au sein même du gouvernement fédéral qui risque de se disloquer comme est en train de s’évaporer l’Europe des valeurs

Bref l’heure est grave et nos leaders semblent à tout le moins complètement dépassés par la situation. Rien n’est plus périlleux car tout peut arriver dans ce monde devenu incertain, pour ne pas dire totalement imprévisible. L’Europe est à un moment capital de son histoire "S'il ne passe rien à ce niveau, il faut se demander s'il est encore nécessaire d'organiser les neuvièmes élections du parlement européen en mai 2019" écrit le professeur Herman Matthijs.

MG

 


MARINE LE PEN, INVITÉE-VEDETTE D'UN COLLOQUE DU VLAAMS BELANG

Le Vif

L'extrême-droite flamande a convié mardi ses consoeurs européennes pour réclamer le rétablissement des frontières d'avant Schengen, alors que l'Europe connaît un afflux de migrants fuyant les zones de guerre.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans la Salle des guichets du parlement flamand pour un colloque consacré à la souveraineté et qui a pris les allures d'un meeting politique dont la vedette était la présidente du Front National, Marine Le Pen.

La figure de proue de l'extrême-droite française a tenu un plaidoyer pour la souveraineté dont l'ennemi serait "l'euro-dictature" de la Commission européenne. Elle s'en est pris aux "diktats de l'Allemagne" en matière migratoire avant de décrire l'enfer qui attend, selon elle, l'Europe si elle accepte d'accueillir les réfugiés qui se pressent à ses frontières.

La venue à Bruxelles de Mme Le Pen a reçu un large écho médiatique, inhabituel en Belgique francophone quand il s'agit de l'extrême-droite. Les agents de sécurité étaient présents en nombre dans la salle qui a réservé une standing ovation à la leader frontiste. Dans l'assistance, on remarquait quelques anciennes figures du Front National belge (Patrick Sessler, Jean-Pierre Borbouse, Marguerite Bastien).

Les leaders du Vlaams Belang qui se sont succédés à la tribune ont discouru sur le même thème sans oublier les refrains classiques du nationalisme flamand: une Belgique qui serait dominée par une élite francophone, des transferts nord-sud opaques, la Flandre qui se libérera en prenant son indépendance, etc.

Le 25 mai 2014, la N-VA a siphonné une grande partie des électeurs du Vlaams Belang. Les oreilles de l'autre parti nationaliste ont donc sifflé mardi, en particulier celles du secrétaire d'Etat à l'Asile, Theo Francken, accusé d'ouvrir "les robinets" de l'immigration. "Avec la N-VA dans le gouvernement, on n'a plus besoin des socialistes", a raillé le président du VB, Tom Van Grieken.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LE CAMP DES SAINTS »

Roger Nols qui l’avait reçu de son ami Jean-Marie- le  King Lear qui ne règne plus sur le FN- offrait ce bouquin à chacun de ses collaborateurs avec l’obligation de le lire. Mon inspecteur pédagogique d’alors qui était sous ses ordres et ceux de son échevin de l’instruction publique m’en fit un éloge dithyrambique. Je l’ai écrit déjà sur ce blog. Je me méfiais. C’était dans les années 80, Marine adolescente était imprégnée de ce livre par l’entremise du cher papa aujourd’hui honni. Je n’ai pas résisté à la tentation de lire ce singulier roman d’anticipation. Ce qu’il annonce est effectivement terrifiant. Mais c’est pure fiction.  Certes Marine a tué le père comme Saint-Georges foudroie le Doudou sur la belle place de Mons, chez Elio. Mais le monstre chaque année renaît de ses cendres et réapparaît. 

Dans l’Oe,uf du serpent  qui décrit le Berlin des années vingt, le grand Bergman nous prévient : le serpent est encore dans l’œuf mais il en sortira bientôt, soyons en persuadés. Pas de doute, la crise migratoire qui menace l’Europe va accélérer sa gestation. La venue de Marine invitée par le Vlaams Belang n’honore pas le Parlement flamand. "Avec la N-VA dans le gouvernement, on n'a plus besoin des socialistes", a raillé le président du VB, Tom Van Grieken Bart De Wever s’énerve en faisant monter les enchères, les électeurs venus du VB n’hésiteront pas à lui planter un couteau dans le le dos. Sic transit… 

MG  

 


L'UN DES LIVRES FAVORIS DE MARINE LE PEN DÉCRIT UNE APOCALYPSE MIGRATOIRE

Par Dominique Albertini  dans Libération

 

La présidente du FN recommande la lecture du «Camp des Saints», livre culte de l'extrême droite, écrit en 1973, par Jean Raspail, royaliste revendiqué.

 L'un des livres favoris de Marine Le Pen décrit une apocalypse migratoire

Elle n’aime pas entendre que le FN «revient à ses fondamentaux». Alors disons juste que ces derniers temps, Marine Le Pen parle moins de l’euro et énormément de l’immigration. Le 2 septembre, la présidente du Front national, invitée sur Radio classique, est questionnée sur l’afflux de migrants aux frontières européennes. Face à Guillaume Durand, elle élève la crise au rang de «submersion migratoire». Et donne ce conseil à«tous ceux qui nous écoutent» : «Lire ou relire le Camp des Saints de Jean Raspail, car les images de cargos déversant des centaines de migrants, c’est  le Camp des Saints».

Le Camp des Saints est un livre que l’on peut apercevoir par-dessus l’épaule de Marine Le Pen lorsqu’elle est filmée dans son bureau de Nanterre, car il y trône en bonne place. Son exemplaire, offert «par un ami» et dédicacé par l’auteur, est une édition originale de 1973. La présidente frontiste l’a lu pour la première fois à 18 ans, et de nouveau «il y a deux ou trois ans». Aujourd’hui encore, elle encense ce roman «visionnaire». Elle n’est pas la seule : quarante-deux ans après sa parution aux éditions Robert Laffont, l’ouvrage de Jean Raspail (écrivain prolifique et royaliste revendiqué, aujourd’hui âgé de 90 ans) reste un livre de chevet pour toute l’extrême droite. 

L’histoire est celle d’un million de migrants du sous-continent indien, embarqués sur cent épaves misérables qui échouent sur les plages de Provence. Au nom de «l’humanisme», les élites françaises consentent ou collaborent à ce qui s’avérera une véritable invasion. Les migrants vont coloniser un Sud vidé de ses «Français de souche». Seul un dernier carré de résistants videra ses chargeurs sur l’occupant, jusqu’à tomber sous les bombes du nouveau gouvernement «multiracial». Submersion migratoire, trahison des élites : ces deux traits donnent au livre, selon Marine Le Pen, «une acuité et d’une modernité incroyables»« Il ne s’agit pas de dire que nous vivons le Camp des Saints, nous n’en sommes pas là en termes de volume, veut-elle bien reconnaître. Mais nous commençons à nous en approcher. Mon espérance est bien sûr que la fin soit différente.»

Tout le récit du Camp des Saints est soutenu par une thèse − simple«constatation» selon l’auteur: «L’incompatibilité des races lorsqu’elles se partagent un même milieu ambiant.» Concrètement, écrit Raspail, les nouveaux-venus «couvriront de caca votre terrasse et s’essuieront les mains aux livres de votre bibliothèque». Au fil des pages, le million d’immigrants est traité comme un seul et même personnage : une seule masse grouillante, puante, aveugle et assassine. Quant aux élites qui trahissent, c’est par haine d’elles-mêmes, par lâcheté ou par bêtise. Et toujours oublieuses de «l’extrême vulnérabilité de la race blanche», thème majeur du roman. «Nous mourrons lentement rongés de l’intérieur par des millions de microbes introduits dans notre corps», conclut tristement le narrateur.


Écrit en 1973, sous une législation moins sévère en matière d’incitation à la haine, le livre n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite. Raspail (Photo AFP) a toutefois pris la peine d’insérer, en fin d’ouvrage, la liste des 87 passages qui pourraient lui valoir de telles procédures sous le régime actuel. Chez Robert Laffont, on juge que l’ex-globe trotter «transpose simplement chez nous ce qu’il a vu dans d’autres contrées, des tribus qui se font avaler par d’autres». Réédité en 2011, le Camp des Saints s’est depuis vendu à plus de 60 000 exemplaires.

Dominique Albertini



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DE GAULLE AVAIT RAISON

 De Gaulle avait du mal avec l’ami américain qui lui rendit la vie impossible. Il refusa à raison l’entrée de l’Angleterre en Europe, ce porte-avions US, ce porte–voix de la vision atlantique, libre échangiste hostile à toute ambition fédératrice.  Il voulait l’indépendance de sa pauvre France meurtrie et diminuée, il exigeait sa propre force de frappe et redoutait l’asservissement à l’OTAN sous commandant yankee qu’il chassa de Paris. Bruxelles accueillit l’Alliance à Evere, les premiers pruneaux seront pour nous. Les Bavarois arrogants, les Flamands opulents sont totalement américanisés : mentalité tea-party à la Sarkozy. Bart De Wever est un Américain qui s’ignore plus qu’un flamingant de la quatrième génération. Ils ont foutu la pagaille en Irak qu’ils ont détruit dans le dessein de le reconstruire avec de gros profits, comme l’Allemagne du reste quelques décennies auparavant. Les millions de réfugiés qui affluent aujourd’hui vers l’Europe en sont la conséquence directe.  L’Europe, conçue à l’origine comme un bastion destiné à contenir une invasion soviétique, n’est plus qu’un vassal américain assoupi, lobotomisé qui se délite et sombre dans la médiocrité. Américanisés nous le sommes tous par notre mode de vie : grandes surfaces commerciales, règne de la bagnole, du pepsi-macdo, de la consommation à outrance. 

Il est grand temps de tourner le dos à tout cela. Nous nous sommes laissé endormir par le leurre de la pax americana, remake de la pax romana dont on connaît l’inexorable déclin. Au vrai, l’islamisme nous fait la guerre depuis 9/11/ 2001 au nom d’un anti américanisme mâtiné d’anti modernisme. Il s’agit d’une guerre civile mondiale d’un modèle nouveau qui recrute ses mercenaires jusque dans les banlieues déshéritées de son ennemi juré : les démocraties d’Occident.

Mais leur pire ennemi ce sont le Européens eux-mêmes incapables de voir plus loin que leur langue et leurs frontières qu’ils sont en train de réinstaurer à la hâte en déroulant le fil barbelé comme fit la RDA en 1961. Sans vision commune les nations européennes s’égarent comme les mal voyants de la parabole des aveugles de Pieter Bruegel.

Face au grand exode, la vieille Europe qui a asservi les peuples pendant cinq siècles se découvre sur le tard des états d’âme à la Angela Merkel :" wir schaffen das " aber nein, sie schaffen es nicht.  

L’avenir est totalement incertain, il risque d’être bien sombre pour celles et ceux qui nous suivent.

MG

 

 

 

 

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