dimanche 6 septembre 2015

Pourquoi l'UE est-elle divisée en deux sur la question des réfugiés?

MARIA UDRESCU La Libre Belgique




"Je ne veux pas d’immigrés musulmans en Europe." Loin d’être les paroles d’un extrémiste, ces mots titraient fièrement l’éditorial paru ce jeudi dans le grand quotidien roumain "Adevarul". L’ex-président Traian Basescu avait pour sa part déclaré mardi que "la Roumanie devrait refuser de recevoir des migrants. Ce n’est pas notre problème." Bucarest s’inscrit dans la ligne, qualifiée de "scandaleuse"par le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, adoptée par les pays d’Europe centrale et orientale face à l’arrivée des réfugiés et migrants.

Ce vendredi, la Hongrie a adopté une législation renforçant les possibilités de déployer l’armée aux frontières et rendant l’immigration illégale passible de peines de prison. Vendredi encore, les Premiers ministres du Groupe de Visegrad(Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) réunis à Prague, ont réitéré leur rejet de la proposition de la Commission européenne, soutenue par Berlin et Paris, d’établir des quotas de réfugiés par Etats membres. En revanche, Prague et Bratislava ont proposé d’ouvrir un couloir ferroviaire pour réfugiés syriens entre la Hongrie et l’accueillante Allemagne.

Fermeture des gares, constructions de murs, installations de barbelés, gaz lacrymogènes ou inscription de numéros sur les bras des migrants : les mesures adoptées par certains pays de l’est de l’Union sont loin des valeurs de solidarité et humanisme que la chancelière allemande Merkel est bien seule à défendre en Europe. Donald Tusk, président du Conseil européen, a évoqué "une division entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne", ravivant les vieux démons d’une Europe divisée par le rideau de fer.

LE "MAUVAIS" EXEMPLE DE L’OUEST

Une fracture se dessine en effet entre l’ouest et l’est de l’Europe sur l’attitude à adopter face aux migrants. "La crainte à propos de l’islam qui se remarque à l’Est est nourrie par ce qu’ils observent en Europe occidentale. Ils considèrent que le modèle occidental du multiculturalisme est un échec", explique Jacques Rupnik, spécialiste de l’Europe orientale, directeur de recherches au CERI-Sciences Po. "Mais il ne s’agit pas d’un rejet des populations immigrées en général. En République tchèque, il y a plus de 100 000 Vietnamiens, près d’un quart de millions d’Ukrainiens, des immigrés de l’ex-Yougsolavie. Ces immigrations n’ont pas posé problème." Mais, l’islam, c’est l’inconnu. Si la France, la Belgique, l’Allemagne absorbent depuis des décennies, des vagues migratoires venues du Maghreb ou de Turquie - qu’elles ont jadis sollicitées - ce n’est pas le cas à l’est de l’Europe, plutôt confrontée à une immigration en provenance des pays voisins, aux cultures similaires.

LA PEUR FACE À LA DIFFÉRENCE

De plus, en Roumanie ou en Bulgarie, pour ne citer qu’elles, le racisme à l’égard des autres cultures a creusé son nid par rapport aux Roms, comme l’explique M. Rupnik. Nul politicien de ces pays ne monterait au créneau pour défendre les droits de cette communauté, à moins qu’il ne veuille réussir le parfait suicide politique. Au Nord, dans les pays baltes, d’autres facteurs, tels que la petite taille de la population ou le jeune âge de l’Etat, font que "ces migrations peuvent être ressenties comme une vulnérabilité supplémentaire".

Cependant, les pays d’Europe occidentale n’adoptent pas tous, et depuis toujours, une attitude unie et cohérente par rapport à l’immigration. "Ce serait trop simple de dire que la solidarité existe à l’Ouest et pas à l’Est. De plus, l’idée que le multiculturalisme est un échec en Europe, n’est pas une invention des Européens de l’Est. Si aujourd’hui elle prône l’accueil, Merkel l’avait déclaré en 2010. [Le Premier ministre britannique] Cameron a eu des propos similaires, [l’ex-président français] Sarkozy aussi." Que le pays qui n’a jamais remis en cause la solidarité et le multiculturalisme jette la première pierre. 

Maria Udrescu



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L’EUROPE SE DECHIRE SUR LA QUESTION DE LACCUEIL DES MUSULMANS


Et voici que ressurgit le rideau de fer sous une forme nouvelle et à nouveau de caractère idéologique. Les nations européennes issues de l’effondrement de l’ancienne Union Soviétique ne veulent pas d’une immigration musulmane chez eux. Elles estiment que l’échec de l’intégration des Mohammedans en Europe occidentale justifie largement ce refus collectif. La situation devient intenable pour les autorités hongroises débordées: plus de 50.000 migrants, pour la plupart voulant rejoindre l'Allemagne et les autres pays d'Europe occidentale, sont arrivés pour le seul mois d'août en Hongrie.

Ce clivage de caractère idéologique est la plus grand entrave au processus d’intégration européenne. On lira le déchirant reportage du NYT consacré à l’Odyssée des réfugiés Syriens et Afghans à travers l’Europe de l’Est. C’est tout simplement hallucinant : l’enfer de Dante au carré.  "Mes doigts de pied me font mal, je saigne. Nous avons trop marché. Je veux aller jusqu'en Allemagne mais après je m'arrête", a raconté à l'AFP un Syrien de 26 ans, originaire de la ville dévastée de Homs (ouest).

La crise grecque est un épiphénomène par rapport à la mégacrise que provoque l’afflux massif de réfugiés politiques qui fuient l’enfer islamiste en Syrie, en Irak, en Afghanistan. Ce sont  les meilleurs qui partent, ceux qui ont le plus à perdre, bénéficient d’une formation de qualité et parlent anglais. C’est une véritable diaspora. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont intelligents et entreprenants. Sans doute ne resteront-ils pas une fois la paix rétablie dans leurs patries qui brûlent. Une fois de plus, une crise va pousser les pays membres, non à s’isoler mais à s’intégrer davantage, à aller vers une gestion commune des frontières de l’UE.(JAttali) 

MG 


COMME PRÉVU, L’HUMANITÉ EST ET SERA DE PLUS EN PLUS NOMADE. 

 Plus de 200 millions de gens vivent déjà sur un autre continent que celui où ils sont nés. Et, quels que soient les barrières et les murs dressés, ils seront plus de 500 millions dans ce cas en 2050.

Alors, que faire? La tentation naturelle est et sera de refuser ces « envahisseurs », ces « intrus » ; de pourchasser, d’arrêter, d’expulser ceux qui se glissent illégalement dans les trop rares lieux d’abondance et de paix du monde. Qui peut en vouloir à ceux qui fuient la violence? Qui peut en vouloir à ceux qui prennent peur pour leur tranquillité? Mais fermer les frontières devant les gens entraînera inévitablement leur fermeture, un jour, devant les marchandises, les capitaux et les idées. La dictature et la confrontation en découleront, comme ce fut si souvent le cas dans le passé. De même, ouvrir à tout vent conduirait à des désastres innombrables. Donc, que faire?

La politique vise justement à trouver un compromis entre ces deux extrêmes tout aussi inacceptables. En Europe, une politique de fermeture ou d’ouverture  ne peut être nationale, car il suffit d’une anicroche, dans une maille du filet, pour qu’il soit inopérant. Et l’expérience a montré que les barrières sont rarement efficaces et ne font que détourner les trafics. C’est pourquoi l’Union européenne doit inventer de nouveaux instruments. Une fois de plus, une crise va pousser les pays membres, non à s’isoler mais à s’intégrer davantage, à aller vers une gestion commune des frontières de l’UE.

C’est déjà, en théorie, le rôle de Frontex, qu’il faut massivement renforcer, tant sur le terrain du contrôle que sur celui de l’accueil des réfugiés et de leur répartition. Cela ne suffira pas: ceux qui sont admis, réfugiés ou migrants, démunis de tout, ne peuvent apporter quoi que ce soit aux pays qui les reçoivent. Et rien ne serait pire que de les laisser à l’abandon, sans leur apprendre une langue de l’Union ni les aider à se former à un métier, à trouver un emploi et un logement, à mettre leurs enfants à l’école. Et cela doit être fait de façon harmonisée, afin d’éviter les détournements de procédures et de moyens.

Aussi, à côté de Frontex, il faut créer Integrex, nouvelle institution européenne dont la mission sera de rapprocher les politiques d’intégration des différents pays de l’Union. Integrex n’aura pas la charge d’une générosité désintéressée, mais de servir l’intérêt bien compris de ceux qui reçoivent et n’ont pas intérêt à laisser leurs hôtes en déshérence, mais ont tout à gagner à leur enseigner nos règles de vie en commun.

Ce serait même l’occasion de créer, pour ces nouveaux venus, un permis de séjour d’un genre nouveau, proprement européen et non plus national, débouchant à terme sur l’octroi, pour ceux qui l’auront voulu et mérité, d’une nationalité européenne et non celle d’un pays membre. Elle serait attachée au respect de valeurs fondamentales, d’essence européenne, tels les droits de l’Homme, ceux de la Femme, la licite, la démocratie. Ces gens, qui risquent leurs vies pour nous rejoindre et apporter leurs forces au rêve européen, non à un pays de l’Union en particulier, auraient toutes les raisons de vouloir, et de mériter, devenir les premiers titulaires d’une citoyenneté européenne, qui serait ouverte aussi à chacun des citoyens des États membres.

Rien ne serait plus bénéfique à notre vieille Europe, si elle veut bien comprendre que l’intégration des nouveaux venus dans l’espace (les migrants) est aussi importante que celle des nouveaux venus dans le temps (les futures générations). Les uns et les autres sont la condition de notre survie.

j@attali.com

 


LES MIGRANTS ARRIVENT PAR MILLIERS EN AUTRICHE ET EN ALLEMAGNE, LA CRISE VA "DURER" 

LA LIBRE BELGIQUE

Des milliers de migrants affluaient samedi en Autriche et en Allemagne venant de Hongrie, une crise qui va "durer" et sur laquelle il faut "ouvrir les yeux", ont prévenu des responsables européens.

"Nous sommes face à un événement dramatique. La crise est là pour durer", a affirmé la chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Luxembourg.

Au moins 500 personnes bloquées en Hongrie depuis plusieurs jours, dans des conditions éprouvantes, ont entamé samedi une nouvelle marche depuis la gare centrale de Budapest vers la frontière autrichienne, distante de 175 km, selon un journaliste de l'AFP.

Vendredi, quelque 1.200 migrants s'étaient mis en marche vers la frontière avec l'Autriche, poussant les autorités hongroises à conduire des milliers d'autres en bus à la frontière. Mais le chef de la police hongroise a déclaré samedi qu'il n'y aurait "plus de véhicule" pour les migrants.

L'Autriche, qui prévoit l'arrivée de 10.000 personnes dans la journée, et l'Allemagne, qui en escompte jusqu'à 7.000, ont donné leur accord pour accueillir ces hommes, femmes et enfants, qui fuient pour la plupart la Syrie ravagée par la guerre.

"Je me tiens à la frontière avec la Hongrie et je regarde. Le flux (de personnes) se poursuit", a témoigné Hans Peter Doskozil, chef de la police de l'Etat du Burgenland (est de l'Autriche), décrivant des scènes d'exode inédites qui illustrent la pire crise migratoire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L'Autriche avait déjà recensé 6.500 nouveaux arrivants en fin d'après-midi. A la gare de Vienne, les réfugiés drapés dans des couvertures, certains portant des enfants endormis dans les bras, étaient accueillis par une armée de bénévoles munis de nourriture, de boissons, de savons et de tickets de train.

"Mes doigts de pied me font mal, je saigne. Nous avons trop marché. Je veux aller jusqu'en Allemagne mais après je m'arrête", a raconté à l'AFP un Syrien de 26 ans, originaire de la ville dévastée de Homs (ouest).

Côté allemand, les migrants arrivaient par centaines à la gare de Munich, aussitôt conduits vers les centres de la ville, tandis que d'autres trains étaient attendus à Francfort (ouest) et en Thuringe (centre).

La chancelière Angela Merkel a assuré qu'elle visait toujours l'équilibre budgétaire malgré les coûts d'accueil des migrants. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung évalue cette somme à 10 milliards d'euros pour 2015, soit quatre fois plus que l'an dernier.

"Après d'innombrables exemples de traitements honteux des réfugiés et des migrants par les gouvernements en Europe, c'est un soulagement de voir enfin une once d'humanité. Mais c'est loin d'être terminé, à la fois en Hongrie et en Europe", a prévenu un responsable d'Amnesty International.

La situation devient intenable pour les autorités hongroises débordées: plus de 50.000 migrants, pour la plupart voulant rejoindre l'Allemagne et les autres pays d'Europe occidentale, sont arrivés pour le seul mois d'août en Hongrie.

Sur la sellette, le ministre hongrois des Affaires étrangères s'est défendu samedi matin contre les "critiques". "Ce qui s'est passé en Hongrie depuis la nuit dernière est la conséquence, d'abord, de l'échec de la politique migratoire de l'Union européenne", a accusé Peter Szijjarto.

En Méditerranée aussi, les arrivées par centaines en provenance des côtes turques proches se poursuivaient à un rythme soutenu sur les îles grecques d'Egée orientale, et quelque 650 personnes au total ont été secourues en mer.

Sur l'île de Lesbos, qui recueille à elle seule la moitié des arrivants, de brefs incidents ont opposé dans la matinée la police à des réfugiés et migrants qui protestaient contre la lenteur de leur enregistrement, d'après les télévisions grecques.

Collio, dans le nord de l'Italie, les forces de l'ordre sont intervenues devant un hôtel où étaient hébergés 19 demandeurs d'asile pour séparer environ 200 personnes venues apporter des vêtements de quelques dizaines de militants d'extrême-droite.

Sur le terrain diplomatique, à Luxembourg, le ministre autrichien des Affaires étrangères a exhorté l'UE à "ouvrir les yeux", estimant que l'évacuation en bus des migrants par la Hongrie montrait "à quel point c'est le bazar en Europe en ce moment".

Les Européens peinent à s'accorder pour accueillir les 366.000 personnes au minimum qui ont traversé la Méditerranée depuis le début de l'année, selon l'ONU. Quelque 2.800 y ont laissé leur vie.

Le HCR a appelé vendredi à la répartition d'au moins 200.000 demandeurs d'asile dans l'Union européenne. La Commission européenne va proposer la semaine prochaine aux 28 Etats membres de l'UE de se répartir l'accueil de 120.000 réfugiés.

Les images choc du petit garçon syrien Aylan échoué sur une plage turque ont ému les dirigeants européens, dont le Premier ministre David Cameron qui a annoncé samedi que la Grande-Bretagne accueillerait "des milliers" de réfugiés syriens, et fait naître un immense élan de solidarité.

La petite ONG maltaise Moas, responsable d'un bateau de secours au large de la Libye, a récolté 1,5 million d'euros de dons en moins de trois jours, contre un maximum de 10.000 euros par jour auparavant



LE PHOTOGRAPHE BÜLENT KILIÇ PRIMÉ AU FESTIVAL VISA POUR L'IMAGE POUR SON TRAVAIL SUR LES MIGRANTS

Le Vif

 

Le photographe de l'AFP Bülent Kiliç a été récompensé du Visa d'Or News samedi pour son travail sur le passage de réfugiés à la frontière turco-syrienne en juin 2014, lors du 27e Festival international de photojournalisme "Visa pour l'Image" à Perpignan (sud de la France).



Bülent Kiliç a été récompensé du Visa d'Or News samedi pour son travail sur le passage de réfugiés à la frontière turco-syrienne en juin 2015 © BülentKiliç/AFP

Ce prix, le plus prestigieux de ce festival et d'une valeur de 8.000 euros, a été remis lors d'une cérémonie samedi soir au photographe de 35 ans déjà plusieurs fois primé pour son extraordinaire travail sur les terrains difficiles.

Bülent Kiliç s'est déclaré heureux de cette nouvelle récompense. "C'est tellement bon lorsque les gens vous font confiance", s'est-il exclamé par téléphone. "Mais il est temps que je reparte au boulot. Il me reste encore beaucoup à faire, même si ce prix me rend heureux", a-t-il encore dit.

Les images de cette foule de réfugiés se frayant un chemin à travers les clôtures de barbelés au poste frontière turc d'Akçakale, ont fait la une des médias internationaux.

"En moins de dix minutes quelque 20.000 personnes s'étaient entassées, racontait-il récemment. J'ai photographié cette tragédie pendant quatre heures. Presque une personne sur deux avait des bébés dans les bras, criant et essayant de passer à travers la brèche. L'ouverture était si petite que les gens se marchaient dessus pour franchir le poste. Les enfants étaient hissés par-dessus les barbelés. J'espère ne jamais revoir ça", a précisé Bülent Kiliç.

Les reportages de Bülent Kiliç en Ukraine, en Turquie et en Syrie lui ont valu de nombreux prix, notamment au World Press Photo, au prix Bayeux-Calvados des Correspondants de guerre, à l'Association des Photographes de la Presse Nord-Américaine (NPPA), au China International Press Contest (CHIPP).

Il a également été désigné meilleur photographe d'agence de l'année 2014 par le magazine américain Time et le quotidien britannique Guardian.

"Cette prestigieuse récompense vient couronner le travail remarquable de Bülentqui témoigne de la qualité de la production de l'AFP", a déclaré Emmanuel Hoog, Président-Directeur Général de l'AFP.

Bülent Kiliç, photographe turc né en 1979, a débuté sa carrière comme journaliste pour la presse locale. En 2003, il devient reporter-photographe et rejoint l'AFP comme pigiste deux ans plus tard.

Basé à Istanbul, il est actuellement responsable de la couverture photo pour la Turquie.

 

 

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