mercredi 16 septembre 2015

Réfugiés: une politique à court terme, mais après ?

Mandela lokondo

Étudiant en 2e master 'information et communication' à l'Université Libre de Bruxelles.


Le Vif

Les vagues de migrants en effraient certains, en émotionnent d'autres. Un tel bouleversement démographique divise, forcément, mais ne doit pas nous empêcher d'envisager l'après.



© Belga Image

D'aucuns ne veulent pas de réfugiés, s'insurgent contre leur venue et vitupèrent sans retenue. Nous avons l'exemple de la Hongrie de Viktor Orban, hostile à cet afflux, qui édifie une clôture aux portes de la Serbie. En face, beaucoup font état de solidarité, de commisération, d'abnégation. De toute part, les gestes d'ouverture et de mansuétude vont des plus modestes aux plus farfelus: l'Allemagne, par le truchement de ses dirigeants et même de ses clubs de football, offre des refuges et lève des fonds. Naguib Sawiris, homme d'affaires égyptien fortuné, se dit désireux d'acheter une île en Méditerranée pour recevoir les réfugiés. Et, on ne compte plus les dons en vêtements et victuailles...

RÉFUGIÉS: LES SOLUTIONS À COURT TERME PULLULENT. MAIS QU'EN EST-IL DE LA VISION À LONG TERME ?

Les solutions à court terme pullulent et servent. Mais qu'en est-il de la vision à long terme ? Comment penser l'après ?

Soit les réfugiés restent soit ils repartent. Dès lors, ne conviendrait-il pas de considérer ces deux situations afin de s'organiser au mieux ?

Si les zones à risque connaissent une accalmie, et que ces centaines de milliers d'hommes et de femmes ont la possibilité de rentrer chez eux en toute sécurité, les questions de l'après, précédemment mises en exergue n'auraient pas lieu d'être posées. Rappelons au passage, à ceux qui l'ignoreraient, qui auraient une mémoire défaillante ou qui feindraient de ne pas connaître notre histoire, qu'un scénario identique s'est produit sur le Vieux Continent au début de la Seconde Guerre mondiale, notamment avec ces deux millions de Belges qui firent exode vers la France pour ensuite regagner le royaume quelques mois plus tard.

Si, au contraire, la situation de guerre s'éternise, obligeant les Irakiens, Syriens, Afghans, Érythréens, etc. à tirer un trait définitif sur leur foyer d'origine et à s'installer durablement dans les pays d'accueil, il conviendra de penser et de mettre en place une série de mesures favorables au bon fonctionnement de cette éventuelle nouvelle société hybride. Que ce soit par oubli naïf ou par contournement volontaire, les enjeux socio-économiques, culturels, religieux, les thèmes de l'intégration et du vivre-ensemble ressurgiront sans aucun doute au moment où il sera déjà trop tard, à l'instant où la communauté connaîtra une division irréversible. Du moins, c'est ce qu'il adviendra si l'anticipation de ces possibilités n'est pas d'ores et déjà à l'ordre du jour de nos dirigeants.

L'urgence migratoire à laquelle la Belgique est soumise aujourd'hui surpasse celle des années soixante. En effet, l'année 1964 fut celle où notre pays signa une convention avec le Maroc et la Turquie pour officialiser l'envoi de travailleurs. Bien que préparée et organisée au moment de la signature de cette convention, la Belgique n'a pas toujours su gérer la suite de cette immigration, reléguant, involontairement, les enfants des générations suivantes aux classes sociales les moins favorisées. De ce fait, comment pourra-t-elle éviter de commettre les mêmes erreurs dans cette précipitation, dans ce présent prégnant et égocentrique, dans un contexte d'arrivée de rescapés de la mort non préparé et non organisé ?

Les politiques et les acteurs "courtermistes" prennent-ils le temps de considérer l'avenir dans le cas de cette seconde option ? Le défi de la bonne gestion de l'accueil de ces réfugiés est grand, les enjeux qui en découlent le sont davantage.

Notre époque, celle des réseaux sociaux criards, des chaînes d'informations en continu, des médias traditionnels glosant, des déclarations politiques permanentes, nous engonce dans un désordre inextricable. Si l'individu lambda est asphyxié, imaginons ce que les têtes pensantes au sommet des États européens doivent subir. Réunions, prises de décisions, conférences de presse se multiplient. L'ébullition est permanente. L'arrivée des migrants est constante. Il faut agir ici et maintenant, et ils le font. Cette actualité se révèle contraignante, pesante. Les marges de manoeuvres pour y faire face avec dextérité apparaissent courtes. Le présent nous oblige à le regarder droit dans les yeux et nous pouvons le concevoir au regard de la conjoncture, de l'état d'urgence.

L'effervescence des semaines écoulées et des jours à venir pèse et compte. Faut-il pour autant que le brouhaha actuel nous empêche de réfléchir au surlendemain ?



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« L’ALTRUISME INTÉRESSÉ »

Il a tout à fait raison.

Décidément nos gouvernants ne se préoccupent que d’apporter des solutions dans le très court terme : trouver des lits pour les réfugiés. Le vrai problème est celui de l’intégration.

Jacques Attali constate sur son blog que plus de 200 millions de gens vivent déjà sur un autre continent que celui où ils sont nés. Quels que soient les barrières et les murs dressés, ils seront plus de 500 millions dans ce cas en 2050.

Alors, que faire? La tentation naturelle est et sera de refuser ces « envahisseurs », ces « intrus » ; de pourchasser, d’arrêter, d’expulser ceux qui se glissent illégalement dans les trop rares lieux d’abondance et de paix du monde. Qui peut en vouloir à ceux qui fuient la violence? Qui peut en vouloir à ceux qui prennent peur pour leur tranquillité? Mais fermer les frontières devant les gens entraînera inévitablement leur fermeture, un jour, devant les marchandises, les capitaux et les idées. La dictature et la confrontation en découleront, comme ce fut si souvent le cas dans le passé. De même, ouvrir à tout vent conduirait à des désastres innombrables. Donc, que faire?

Dans l’immédiat, dans le très court terme, il conviendra non seulement d’accueillir, de nourrir de loger ces millions de réfugiés sur le territoire européen. Plus important, il va falloir les intégrer.

Ceux qui sont admis, réfugiés ou migrants, démunis de tout, ne peuvent apporter quoi que ce soit aux pays qui les reçoivent. Et rien ne serait pire que de les laisser à l’abandon, sans leur apprendre une langue de l’Union ni les aider à se former à un métier, à trouver un emploi et un logement, à mettre leurs enfants à l’école.

Aussi, à côté de Frontex, il faut créer Integrex, nouvelle institution européenne dont la mission sera de rapprocher les politiques d’intégration des différents pays de l’Union.

Integrex n’aura pas la charge d’une générosité désintéressée, mais de servir l’intérêt bien compris de ceux qui reçoivent et n’ont pas intérêt à laisser leurs hôtes en déshérence, mais ont tout à gagner à leur enseigner nos règles de vie en commun.

Ce serait même l’occasion de créer, pour ces nouveaux venus, un permis de séjour d’un genre nouveau, proprement européen et non plus national, débouchant à terme sur l’octroi, pour ceux qui l’auront voulu et mérité, d’une nationalité européenne et non celle d’un pays membre. Elle serait attachée au respect de valeurs fondamentales, d’essence européenne, tels les droits de l’Homme, ceux de la Femme, la démocratie. Ces gens, qui risquent leurs vies pour nous rejoindre et apporter leurs forces au rêve européen, non à un pays de l’Union en particulier, auraient toutes les raisons de vouloir, et de mériter, devenir les premiers titulaires d’une citoyenneté européenne, qui serait ouverte aussi à chacun des citoyens des États membres.

 

LES ACCUEILIR D’ABORD, LES INTÉGRER ENSUITE 

UNE SYNERGIE ORIENT-OCCIDENT-AFRIQUE 

Il ne s’agit pas d’attirer définitivement en Europe les immigrants les plus qualifiés dont ces pays auront besoin demain pour se régénérer. Il s’agit bien au contraire d’envisager à moyen terme une synergie Orient-Occident-Afrique et une méthode susceptible de contribuer à la reconstruction et à la modernisation de ce qui aujourd’hui est en ruine. L’Europe n’a aucun intérêt à côtoyer une Afrique, une Syrie, une Lybie vidées de leurs forces vives. Accueillir des migrants qui veulent travailler, c’est priver de ressources leur pays d’origine. C’est de notre part du vol ! On vole aux pays pauvres leurs meilleurs éléments ! C’est créer un cercle vicieux de pauvreté, source de guerre. Aller, en ami, vers ces pays, pour soutenir la société civile, partager un idéal, mettre en valeur les initiatives locales innovantes.

Et tous ceux qui, en Occident, vivent au quotidien le mépris, s’ils sont des hommes, chercheront leur dignité dans la violence. Le bonheur, il est là où des hommes et des femmes luttent ensemble pour un monde meilleur. Là où il y a du sens, de la dignité. Insensée est la politique européenne mal ajustée et sans vision à long terme. (Attali)

Attali ? encore lui suggère d’opter pour l’altruisme intéressé, c’est-à-dire comprendre que la forme la plus intelligente de l’égoïsme, c’est l’altruisme. C’est dans notre intérêt d’être altruiste, de payer nos dettes et de ne pas les laisser aux générations suivantes. C’est notre intérêt de nous occuper de l’environnement ou de recevoir les migrants, comme c’est notre intérêt de les aider beaucoup plus chez eux pour qu’ils n’aient pas intérêt à venir chez nous.

C’est un test de civilisation, un vrai défi humanitaire, une tentative de réenchanter la jeunesse. 

Les réfugiés d’aujourd’hui nous forcent indirectement à réinventer dans l’urgence l’utopie européenne en permanente construction-déconstruction.  

Ces familles et ces individus entassés dans des trains et des bateaux de fortune rêveraient-ils d’une Europe qui n’existe plus, prospère et tolérante ?

Une Europe, qui n’existe plus ou alors qui n’existe pas encore.

A nous de choisir. Mais il faudra choisir vite.

MG

 

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