dimanche 18 octobre 2015

Anne-Marie Lizin, la race des seigneurs

La Libre

PAUL VAUTE 



Le titre de ce portrait est celui sous lequel le réalisateur français Pierre Granier-Deferre adapta au cinéma le roman “Creezy” de Félicien Marceau. On y voit le député du Parti radical Julien Dandieu(Alain Delon) sacrifier tout pour arriver au pouvoir ou s’y maintenir. A cette fin, il aligne tout le monde derrière lui de gré ou de force. Comme il est porteur d’idées novatrices, il ne peut qu’avoir raison contre ceux qui n’y sont pas acquis, et les bousculer sans ménagement.

Dandieu évoque, à bien des égards, celle qui s'est éteinte ce samedi alors que sa carrière politique, comme mandataire en tout cas, avait pris fin officiellement mardi soir. Le Conseil communal de Huy, au premier point de son ordre du jour, avait en effet “accepté” la lettre de démission de la conseillère Anne-Marie Lizin, condamnée notamment à de longues années d’inéligibilité, sauf aboutissement improbable d'un recours à la Cour européenne des droits de l’homme.

Sans doute les Hutois garderont-ils en mémoire ce que le dynamisme du commerce, le développement des services, le rayonnement culturel, un certain bon vivre… doivent à celle qui fut leur bourgmestre pendant un peu plus d’un quart de siècle, même si son action positive fut puissamment aidée par la manne de la centrale de Tihange (un tiers des recettes communales). Mais sur l’autre plateau de la balance, quelle incroyable accumulation d’affaires, de litiges et autres boulettes  ! Elles ont culminé dans l’impasse faite sur une consultation populaire à propos du parc des Récollets, les remous autour de la gestion du centre hospitalier (CHRH), la distribution de tracts électoraux par des membres du personnel communal, des dissidences de plus en plus ouvertes…

Pour prendre une référence qui aurait plu philosophiquement à cette franc-maçonne notoire, elle fut une sorte de Joseph II à l’échelle locale. Comme le despote éclairé de la fin du XVIIIè siècle, elle eut la certitude de la rationalité de ses décisions, au point d’en être aveugle à la complexité des êtres et des choses, de se couper de ceux-ci et finalement d’être rejetée sinon par tous, du moins par beaucoup.

“Tout pour le peuple, rien par le peuple” : telle était sa devise inavouée, qu’elle a partagé avec bien des chefs vénérés des dernières décennies. Pour s’en tenir à la famille socialiste – il y avait des seigneurs dans les autres aussi –, un Edmond Leburton, un André Cools ou un Guy Mathot furent de cet archétype. Le dernier cité en prend justement pour son grade, ces jours-ci, dans le film documentaire “La Bataille de l’Eau noire” où Benjamin Hennot relate, con amore certes, la résistance des habitants de Couvin à un projet de méga-barrage aussi insensé que non pensé, dont celui qui était alors ministre des Travaux publics ne voulait pas démordre.

Aujourd’hui, nombre de municipalistes disent préférer les coalitions aux majorités homogènes, parce qu’elles protègent des tentations et des dérives liées à un pouvoir absolu. C’est une autre génération…



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MORT ET TRANSFIGURATION


Il est fascinant de lire combien est soudain vénérée celle que la presse vilipenda allègrement pendant tant d’années. Faut croire que les racines chrétiennes de l’Europe sont plus puissantes qu’on ne le dit. Un sacrée bonne femme, en somme.  Survivre en politique est un art que très peu maîtrisent comme Hermann Van Rompuy par exemple.

MG  

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