mardi 20 octobre 2015

Charles Michel vous dit merci

Le Soir

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Retour sur les actions contestées qui ont animé la grève de ce lundi à Liège et sur le rail. Un pari dangereux.



•                                                               L’E40 bloquée ce lundi.

De l’art de se rendre impopulaire. C’est la conclusion qu’il faut tirer du blocage des autoroutes – et des grèves dans les trains – qui se sont déroulés ce lundi. On ne parle même pas des incidents intervenus sur le pont de Seraing dont les circonstances précises restent à éclaircir. Mais il est évident qu’hier, les syndicalistes n’ont pas gagné des points.

Les dirigeants syndicaux, ceux de la FGTB en l’occurrence, visiblement seule concernée, n’ont ainsi pas à tirer fierté ou parti des actions menées. Ils évoquent des « actions isolées », nourries par le ras-le-bol croissant des travailleurs devant l’accumulation de mesures « antisociales » du gouvernement. Marc Goblet hier se refusait ainsi à condamner ces actions, incriminant le gouvernement fédéral qui, avec sa politique, aurait allumé le feu.

Cela correspond à l’évidence à un ressenti. Mais il y a fort à craindre que ce qu’une partie de l’opinion publique retiendra, c’est l’incapacité à maîtriser des troupes qui ont déjà pu exprimer leur ras-le-bol et leurs revendications lors d’une manifestation de grande ampleur la semaine dernière à Bruxelles.

Ce lundi matin, cette énième perturbation dans la circulation des trains avait ainsi de quoi irriter des navetteurs dont le parcours ferroviaire ressemble souvent à un parcours du combattant. Si vous y ajoutez des grèves tournantes – qui font que vous n’en prenez pas pour un mais pour plusieurs jours vu l’exiguïté et l’interconnexion du territoire belge –, il y a de quoi mécontenter les plus empathiques. Il suffisait d’entendre cette interlocutrice à la radio, qui interrogeait «  On ne va quand même pas donner tous nos congés à la SNCB ?  », pour comprendre qu’agrémenter ce blocage du rail, avec la «  petite nouveauté  » du blocage de l’autoroute – non annoncé pour le coup –, n’est pas du genre à consolider la popularité du mouvement syndical.

Que les travailleurs refusent des mesures qu’ils jugent inégales et donc inacceptables est compréhensible et légitime, mais les syndicats doivent se méfier de créer l’inverse de ce qu’ils cherchent, en servant davantage les intérêts du gouvernement Michel que les leurs.

D’autant qu’on ne peut pas invoquer leur musellement ou leur incapacité à s’exprimer. Les 100.000 manifestants de la semaine dernière ont fait passer leur message en marquant les esprits. Si, depuis, le gouvernement s’était assis sur l’accord conclu entre patrons et syndicats, il y aurait matière à une explosion de colère dans les rangs syndicaux. Mais à ce stade, il n’en est rien. Les syndicats doivent prendre garde de miner leur capacité à représenter une population, pour ne plus être vus que comme le porte-voix d’une « corporation ».

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PORTE-VOIX D’UNE « CORPORATION ».

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Béatrice Delvaux ne donne pas, comme la majorité des membres de sa corporation, dans le politiquement correct.  Qu’elle soit remerciée pour sa lucidité, son indépendance d’esprit et son courage intellectuel. C’est une grande journaliste qui donne ses lettres de noblesse à une presse comme on l’aime. Cela nous change du journalisme au garde à vous  qui affadit nos journaux quotidiens et nos medias télévisés au point d’en faire des copier-coller mutuels.

Un forumeur s’indigne La caractéristique de la presse belge (ce qu'il en reste), c'est l'absence totale de sens critique. A la limite, on se contente de reproduire les dépêches d'agences et les déclarations des responsables de la communication de divers intervenants sans y apporter la moindre contradiction. La presse d'investigation n'existe pas en Belgique !

Le drame, aujourd’hui c’est que l’indépendance des princes des medias est doublement menacée : dans le secteur privé par les forces de l’argent qui volontiers lui imposent des œillères au nom du sacro-saint impératif du profit, dans le secteur public par les forces politiques dominantes. C’est sans doute ce qu’on est en train d’observer dans le cas du rédac chef du journal télévisé RTBF.

Un internaute commente :

Il ne faut pas perdre de vue que la RTBF dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles donc essentiellement du PS. Je ne vois pas pourquoi le PS, représenté à tous les étages de la RTBF, ferait un cadeau au gouvernement fédéral. Je pense donc, que Dauriac ne jouait pas le jeu du PS à la RTBF et qu'on a voulu le mettre sur le côté.

 

Le jour où nous aurons en Belgique de la presse d'investigation comme en France, beaucoup de "choses" risqueraient d'éclater au grand jour dans tous les domaines, ce qui explique que certains sont contre ce genre de journalisme.

Tout ceci nous montre le peu de cas que d’aucuns font désormais  de la démocratie en Belgique. Ils jouent avec le feu.

MG

 

EXCLUSIF: AFFAIRE CHRISTIAN DAURIAC: «CE MAIL EST UN FAUX ET JE VAIS LE PROUVER!»

Le Soir

Rebondissement dans la crise qui secoue la RTBF depuis vendredi dernier. Christian Dauriac est sur le point de prouver ce qu’il prétend depuis plusieurs jours.


•                                             BELGA

L’affaire Dauriac tourne autour d’un élément central: un mail injurieux qu’il aurait adressé à un producteur du JT dont se serait alors prestement emparée la Direction des ressources humaines. B. (respectons son anonymat) a de fait reçu un mail de mise au point après une discussion houleuse à propos de La Vie des Belges, une nouvelle séquence annoncée au JT.

Nous avons vainement tenté de le contacter ce week-end en Allemagne pour écouter sa version (plus de dix messages sans réponse de sa part jusqu’à lundi matin). B. a pris quelques jours de congé. «En fait, il se sent instrumentalisé, manipulé par la RTBF, estime Christian Dauriac. Nous nous sommes parlé au téléphone; il semble vraiment désolé de tout ce qui se passe mais je crois qu’il est aussi serré de près par le service juridique de la RTBF. C’est vrai, on s’était énervés et engueulés. Je lui avais reproché de ne pas assez défendre La Vie des Belges que certains voulaient externaliser et que je voulais voir produite en interne avec nos moyens. Mais je n’ai jamais écrit ce qu’on me reproche. À savoir que ton pays a inventé un système dans lequel les gens comme toi méritent de finir. Ce mail est un faux et ce sont des méthodes de voyou.»

Ce mail d’origine aurait été intercepté et caviardé pour le charger, accuse celui qui a été désigné en place publique sans retenue ni réflexion. «Ce mail a été piraté. J’en ai acquis la certitude, poursuit-il. J’ai interrogé un expert informatique chez Orange qui m’affirme qu’il s’agit d’un copier-coller qu’on a modifié. J’ai aussi consulté un spécialiste indépendant de la Computer Crime Unit (CCU): même diagnostic! C’est troublant. Je pense déposer plainte au pénal car quelqu’un voulait me nuire.»

Resté à Bruxelles pour reprendre ses esprits, il attend maintenant une enquête pour déterminer qui, à la RTBF, aurait ourdi ce mail qu’on devra tracer. Il défend cette version, personnelle, répétons-le. La RTBF en fera sans doute une autre lecture. Lundi, il était enfin autorisé à pénétrer dans son bureau puis subitement privé de le faire. Il a remis sa voiture de fonction. Il a été rejoint ce week-end par sa plus jeune fille de 19 ans venue le réconforter dans cette mauvaise passe. S’il obtient gain de cause et parvient à établir l’intention malveillante, la RTBF devra alors en tirer toutes les conclusions.

«J’entends être réintégré dans ma fonction de rédacteur en chef du JT jusqu’à la désignation rapide de mon successeur, projette Christian Dauriac. Je ne veux pas partir ainsi, avec ma réputation salie.»

B.M.

 

 

 

 

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