samedi 3 octobre 2015

Erdogan à Bruxelles: face à la crise des réfugiés, "la Turquie fait partie de la solution"

Le Vif

Source : Afp

La Turquie pourrait apporter une aide décisive à l'UE pour régler la crise des réfugiés qui fuient massivement le conflit syrien, mais une meilleure coopération entre Bruxelles et Ankara, aux relations difficiles, reste à échafauder, selon des analystes.

 


Réfugiés en provenance de Syrie pour la plupart, arrivant à Istanbul, septembre 2015 © Reuters

L'accélération de la crise syrienne, où la Russie effectue des frappes aériennes depuis mercredi, risque de jeter davantage de réfugiés sur les routes, et c'est dans ce contexte que le président turc Recep Tayyip Erdogan est reçu lundi à Bruxelles par le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Donald Tusk, le président du Conseil européen.

La Turquie joue un rôle pivot: chaque jour, depuis ses côtes, embarquent des milliers de personnes pour les îles grecques de la mer Egée. Une fois arrivées sur le continent, elles poursuivent leur route par les Balkans jusqu'en Hongrie ou Croatie, d'où elles tentent de gagner le nord de l'Europe, en particulier l'Allemagne, dans l'espoir d'y trouver l'asile.

"Dans cette catastrophe migratoire, dans cet exode massif provoqué par la Syrie et maintenant en partie par l'implantation militaire russe qui donne aux gens le sentiment que ça va s'aggraver, la Turquie et l'Union sont dans le même bateau (...) C'est déstabilisant pour eux comme c'est déstabilisant pour l'UE", souligne Marc Pierini, chercheur à l'institut Carnegie Europe.

La Turquie a dit jeudi sa "grave préoccupation" après les premières frappes russes en Syrie. Et le président Erdogan a répété sa volonté d'amener son pays à une adhésion à l'UE, à la peine depuis 2005, y voyant une "stratégie gagnant-gagnant".

MAIN TENDUE

"La Turquie fait partie de la solution", a assuré cette semaine Simon Mordue, haut fonctionnaire de la Commission européenne.

"La Turquie accueille actuellement plus de deux millions de réfugiés syriens, dont 260.000 sont dans des camps et 1,75 sont en dehors de camps. La Turquie a investi plus de huit milliards de dollars pour les loger", a-t-il expliqué. "Nous voyons donc la Turquie comme un partenaire dans cette crise, de nombreux défis auxquels la Turquie fait face sont similaires à ceux que nous affrontons".

Cette main tendue cache mal le malaise des Européens, dont les relations avec Erdogan se sont refroidies depuis quelques années.

Droits de l'homme, liberté d'expression, indépendance de la justice... La liste des griefs adressés ces dernières années par Bruxelles à Ankara est longue. Les Européens, même s'ils reconnaissent à Ankara le droit de lutter contre "le terrorisme", s'inquiètent en privé de l'offensive contre la rébellion kurde du PKK lancée fin juillet et ils regrettent son peu d'empressement à combattre les jihadistes de l'Etat islamique.

En face, le gouvernement islamo-conservateur et M. Erdogan ont fustigé Bruxelles pour son inaction face au problème des réfugiés syriens. Ankara réclame sans cesse une zone de sécurité le long de la frontière turco-syrienne, que l'UE ne voit pas d'un bon oeil.

ELECTIONS

"Cette visite intervient aussi dans une période très troublée en Turquie, avec des élections parlementaires le 1er novembre sur fond de spirale de violence et de détérioration de l'Etat de droit" en raison de raids et d'attaques contre des partis et médias prokurdes, souligne M. Pierini, ex-ambassadeur de l'UE dans ce pays.

Les Européens ont proposé la semaine dernière des aides financières massives à la Turquie et via l'ONU.

Mais la coopération souhaitée par Bruxelles va bien plus loin. Elle porte sur la lutte contre les passeurs sur les côtes turques --alors que le "business" du passage de demandeurs d'asile en Europe devrait au moins rapporter un à deux milliards d'euros cette année, selon M. Pierini-- et sur le demantèlement de filières de faux passeports.

Surtout, les Européens aimeraient que la Turquie accepte la mise sur pied de procédures d'enregistrement de demandeurs d'asile, qui pourront ensuite être en partie accueillis en Europe, pour éviter qu'ils ne se lancent dans le voyage périlleux sur des embarcations de fortune. Cette idée a été jugée "inacceptable" par le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

Gerald Knaus, directeur du think thank Initiative européenne pour la stabilité (ESI), propose lui une "mesure exceptionnelle" pour soulager à la fois le fardeau turc et assécher la route meurtrière de la mer Egée : "Berlin devrait s'engager à prendre 500.000 réfugiés syriens directement depuis la Turquie dans les douze mois à venir".

En même temps, pour les décourager, l'UE devra systématiquement renvoyer en Turquie les migrants arrivés illégalement en Europe, selon lui.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET LA RUSSIE FAIT PARTIE DU PROBLÈME


On dit, mais que ne dit-on pas, que l’objectif de la Russie serait de déstabiliser l’Europe en l’inondant d’un flot de plusieurs millions de réfugiés syriens. L’Europe est par nature un soft power. Et Barack Obama, par nature, rechigne à bander ses muscles. La Russie en a profité

De toute évidence la Russie qui s’impose comme partenaire de Bagdad fait, de fait, partie du problème. Cela dit, l’empire russe a perdu plus de 20 millions d’habitants en peu d’années et parmi eux les plus opulents. De plus, Poutine doit faire face à la grogne populaire suite aux sanctions imposées à la Russie en représailles contre son ingérence en Ukraine. C’est clair nous sommes à nouveau plongés dans la guerre froide. Déstabiliser Poutine serait aussi dangereux que déstabiliser Assad. 


MG




VLADIMIR POUTINE, OU LA POLITIQUE DE LA CANONNIÈRE?

 

L’édito de Maroun Labaki. Le Soir



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Il faut, toutes affaires cessantes, combattre Daesh ! Le pseudo-Etat islamique, c’est la négation du progrès de l’Homme, c’est une monstruosité d’un autre temps, mais servie par internet et les réseaux sociaux.

De la nécessité d’en découdre avec ces djihadistes furieux, tout le monde convient. On pourrait déjà les affaiblir en les éjectant de certains circuits. Ils vendent du pétrole. Et achètent des armes. Grâce à qui ? Cessons de faire comme si nul, parmi nos alliés de la Péninsule arabique, Golfe compris, n’attisait les braises sunnites…

Pourtant, contre Daesh, la communauté internationale se lève en ordre dispersé. A telle enseigne que le ciel syrien semble être devenu un endroit très dangereux – sans que l’on puisse à cet égard directement incriminer les djihadistes. Les avions de la coalition « américaine » peuvent maintenant y tomber nez à nez avec des chasseurs français (depuis dimanche) ou russes (depuis mercredi), sans compter les appareils de l’armée de l’air de Bachar el-Assad, toujours prêts à larguer quelques barils d’apocalypse sur les pauvres civils syriens.

L’Europe est par nature un soft power. Et Barack Obama, par nature, rechigne à bander ses muscles. La Russie en a profité

A la pagaille s’est ajoutée la guerre psychologique… entre adversaires de Daesh ! Les « Occidentaux » accusent l’armée russe d’avoir délibérément visé d’autres rebelles anti-Assad que les djihadistes de Daesh, ce que le Kremlin nie avec indignation.

Ce samedi 3 octobre, l’Allemagne célèbre les vingt-cinq ans de sa réunification. Il est loin le temps de la Guerre froide. En tout cas, on aimerait tant s’en convaincre ! – et considérer les Russes comme nos voisins, nos partenaires, voire nos alliés dans l’architecture de l’Europe de demain.

On n’en est pas là, hélas ! Que Vladimir Poutine veuille défendre les intérêts de la Russie au Moyen-Orient, et ses bases militaires en Syrie, c’est… de bonne guerre. Qu’il veuille prendre une revanche après l’épisode libyen, c’est déjà moins convenable. Pour rappel : les Occidentaux avaient tiré profit d’un feu vert du Conseil de sécurité, consenti par le Kremlin, pour lancer une guerre totale contre le régime Kadhafi.

Voler au secours d’un tyran aux abois, d’un « déjà paria » ayant plus de sang sur les mains que tous les rebelles syriens réunis, c’est une autre affaire ! Et avec une précipitation qui en dit long sur la débandade de l’armée syrienne…

L’Europe est par nature un soft power. Et Barack Obama, par nature, rechigne à bander ses muscles. La Russie en a profité, l’année dernière, pour porter le fer en Ukraine et annexer la Crimée. Il ne faudrait qu’elle prenne le pli de recourir aux faits accomplis militaires.

 

 

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