dimanche 18 octobre 2015

Une femme politique allemande poignardée par un anti-migrants, "stupeur" de Merkel

LA LIBRE



 AFP

La candidate soutenue par le parti d'Angela Merkel pour la mairie de Cologne, très impliquée dans l'aide aux réfugiés, a été poignardée samedi sur un marché, dans un climat de tension croissante autour de la politique de la chancelière allemande sur la crise migratoire.

Angela Merkel a "exprimé sa stupeur" et "condamné cet acte", a déclaré à l'AFP une porte-parole de la chancellerie. De son côté, le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, s'est dit "profondément choqué" par cette attaque "effroyable et lâche".

Henriette Reker, 58 ans, se trouvait sur un stand d'informations de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) dans un quartier de Cologne où elle faisait campagne pour l'élection municipale de dimanche, lorsqu'elle a été attaquée par un homme de 44 ans la blessant grièvement au cou.

L'agresseur, un chômeur allemand interpellé juste après les faits, "a dit qu'il avait commis cet acte avec une motivation raciste", selon la police qui n'a toutefois pas exclu un acte d'un déséquilibré mental.

Mme Reker, chargée entre autres de l'accueil des réfugiés à la ville de Cologne, a été opérée samedi et son état est qualifié de "stable".

"Recker et Merkel nous inondent d'étrangers et de réfugiés", a dit le suspect à la police, selon le quotidien régional Kölner Stadtanzeiger. Selon le site internet de l'hebdomadaire Spiegel, cet homme, originaire de Bonn, était membre au début des années 1990 d'un parti d'extrême droite allemand interdit depuis. Selon les enquêteurs il n'avait plus de contact avec cette mouvance mais aurait été repéré récemment pour ses commentaires xénophobes sur divers forums sur l'internet.

Dans la soirée les dirigeants et responsables de tous bords politiques de la région ont formé une chaîne humaine "contre la violence" devant l'hôtel de Ville de Cologne.

La chancelière, dont la politique accommodante envers les migrants est critiquée dans son propre camp, doit se rendre à Istanbul dimanche. La Turquie a accueilli fraîchement le "plan d'action" élaboré jeudi par l'UE pour retenir les migrants dans ce pays.

En attendant, le flot de migrants traversant les Balkans à destination de l'ouest de l'Europe se poursuivait. Cependant après la fermeture dans la nuit par la Hongrie de sa frontière avec la Croatie, par où ont transité plus de 170.000 personnes en un mois, les flux passaient à nouveau par la Slovénie.

Ce petit pays alpin a fait appel à l'armée pour une assistance strictement "logistique" pour le transit des migrants vers l'Autriche voisine.

Principalement originaires de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, ils ont été pris en charge de façon "fluide" par les autorités slovènes, s'est félicitée une porte-parole de l'agence onusienne des réfugiés (HCR), Caroline van Buren.

La Slovénie a annoncé qu'elle ne s'opposerait pas au transit vers l'Autriche des migrants acceptant de se faire enregistrer, aussi longtemps que l'Allemagne, destination finale de la majorité d'entre eux, maintiendrait sa politique accommodante à leur égard.

L'UE avait espéré avoir franchi un pas décisif jeudi pour tarir le flux avec son "plan d'action" destiné à inciter Ankara à conserver les migrants sur son territoire. Mais la Turquie fait monter les enchères, qualifiant ce plan de simple "projet", au budget "inacceptable".

Au total 2.700 migrants sont entrés samedi en Slovénie et devaient poursuivre leur route vers l'Autriche, pays qui s'est distingué par l'efficacité de l'accueil et de l'acheminement de plus de 250.000 migrants venant de Hongrie en moins de deux mois.

Un train spécial avec 1.200 migrants est arrivé de Croatie à un poste-frontalier slovène gardé par une centaine de policiers samedi soir, selon un correspondant de l'AFP. Et quelque 25 bus les attendaient pour les conduire dans des centres d'enregistrement avant leur transfert vers l'Autriche.

"Après un contrôle de sécurité, ils sont identifiés par la police et puis conduit vers Sentilj (un poste frontalier avec l'Autriche", a indiqué à la presse une porte-parole de la Croix rouge slovène.

Aux poste-frontières slovènes de Petisovci et de Gruskovje, à la frontière croate, de grandes tentes blanches attendaient les réfugiés pour leur enregistrement officiel. Dans une atmosphère bon enfant, les migrants --principalement des jeunes hommes, mais aussi quelques familles-- y sont soumis à une fouille avant de décliner leur identité et d'être acheminés vers l'Autriche.

Le périple des milliers de migrants affluant vers l'Europe via la Grèce, la Macédoine et la Serbie reste toujours périlleux : 12 migrants sont morts noyés samedi dans le naufrage de leur embarcation dans les eaux turques en tentant de rejoindre l'île grecque de Lesbos.

Peu avant, quatre migrants -- trois enfants et une femme -- ont trouvé la mort dans les mêmes circonstances, également en mer Egée, près de l'île grecque de Kalymnos.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SARAJEVO BIS ?


Henriette Reker  n’est pas n’importe qui ; c’est en effet la candidate la mieux placée pour remporter le poste de maire de Cologne ce qui donne à l’acte de ce forcené d’extrême droite chômeur de son état une portée symbolique considérable : "Ich tue es für eure Kinder". Il en fallait moins pour nous convaincre que l’afflux et l’accueil des réfugiés constitue un défi majeur pour nos démocraties européennes. La position de la puissante Angela Merkel s’en trouve  considérablement affaiblie.  Si elle devait tomber, il s’en suivrait une onde de choc dans l’Europe tout entière qui permettrait aux partis d’extrême droite, le FN de France en tête de faire triompher le nationalisme sans gloire.

 Ce qui choque le plus c’est que la radicalisation gagne une partie de notre population (Gabriel SPD)

Pour l’Europe ce pourrait, ce devrait être le prélude d’un sursaut collectif. Ce n’est pas l’attentat de Sarajevo (28 juin 1914) mais cela pourrait y ressembler non par les causes mais par les conséquences.

En effet si Henriette Reker est élue dimanche, si elle meurt ou si elle survit à cet attentat et accepte ou non d’assumer sa victoire il s’en suivra en Allemagne- et en Europe- une polarisation majeure.

Angela Merkel et son gouvernement de grande coalition ne transigent pas : la règle de solidarité humaine et les dispositions juridiques de l’Europe (participation de tous) doivent s’appliquer sans compromis. 

«Si on doit commencer à s’excuser parce que l’on montre un visage amical dans des situations de détresse, alors, je veux le dire clairement, ce n’est pas mon pays.»(Angela Merkel)

Il apparaît, au fil des semaines et sans doute des mois à venir que  la question des réfugiés est source de déstabilisation du continent européen. Poutine qui jette de l’huile sur le foyer syrien le fait en connaissance de cause : augmenter jusqu’à l’insupportable le nombre de demandeurs d’asile syriens et irakiens cherchant refuge en Europe. Certains n’hésitent pas à prédire une guerre civile européenne. Rien n’est à exclure quand  s’annonce le règne de l’incertitude. Ce qui est sûr c’est qu’on ne s’en sortira qu’avec plus d’Europe et surtout avec des leaders churchilliens ayant assez de caractère que pour provoquer un vrai sursaut européen. Hollande ? bof ; Juncker ou Tusk ? pff ? Cameron ? mais voyons ; Merkel en Mutter Courage, ou carrément Mutter Europa ? Warum denn nicht ?

MG



Commentaire d'un lecteur de ce commentaire


Que dire? Sarajevo est un peu fort, mais après tout, des causes minuscules peuvent entraîner des catastrophes majeures.
Au fond, j'ai trouvé au début en tout cas, le "vivre ensemble" et le multiculturel excellent, nous allions enfin dépasser  nos complexes xénophobes.
Mais c'est oublier que nous sommes génétiquement les descendants des chasseurs-cueilleurs et des agriculteurs qui leur ont succédé .
Ils ont toujours craint l'autre qui venait voler les récoltes, les femmes, tuer les amis et la famille. Ces gènes sont encore en nous, et songeons au vocabulaire: étranger-étrange, hôte-hostile, les Allemands s'appellent en russe Njemtsy, ceux qui ne parlent pas, puisqu'on ne les comprend pas..
Il est donc NORMAL (conforme aux  normes) d'avoir peur de ceux qui ne sont pas comme nous.
Le multiculturel est intellectuellement  satisfaisant, mais si la vie de tous les jours en est bousculée, si ca fout la merde, les réactions des gens seront terribles. Je l'ai déjà dit, mais certains mails que je recois sont effrayants.
Je crois que les peuples européens vont en effet basculer à droite et nous serons bien enquiquinés. Ca se voit partout, les derniers,étant les Suisses, mais je n'ai pas encore vu de résultats des élections.
Enfin, voilà bien des réflexions pessimistes, mais les faits sont lumineux et on pourra toujours fermer les yeux si on ne veut pas les voir.  JL VB



ATTENTAT AUF KÖLNS OB-KANDIDATIN: MESSERSTECHER HAT RECHTSEXTREME VERGANGENHEIT

Von Jörg DiehlKöln (Spegel)

DPA

"Ich tue es für eure Kinder", rief Frank S., ehe er auf einem Markt in Köln die Lokalpolitikerin Henriette Reker niederstachDer Arbeitslose soll ausfremdenfeindlichen Motiven gehandelt haben. S. bewegte sich bereits vor20 Jahren in der Neonazi-Szene.

"Die Ausländer nehmen uns die Arbeitsplätze weg", soll er etwa gesagt haben.Bereits nach seiner Festnahme hatte S. offenbar Polizisten seine Furcht eröffnetdass bald die Scharia in Deutschland gelten werde. (Spiegel)

 

GABRIEL WARNT VOR RADIKALISIERUNG

Der SPD-Bundesvorsitzende Sigmar Gabriel warnte in der „Rhein-Zeitung“ voreinem Erstarken des rechten Randes in Deutschland. „Das ist schockierendweiles zeigtdass in einem Teil der Gesellschaft die Radikalisierung zugenommenhat“, sagte er. „Man muss leider sagenwenn solch eine Stimmung so wächstdann gibt es Fanatiker, die sich selbst quasi als Vollstrecker des Volkswillensempfinden.“

Die parteilose Reker wird von CDUGrünen und FDP unterstützt und liegt lauteiner jüngsten Umfrage vor ihrem SPD-Konkurrenten Jochen OttAllerdings seiReker ohnehin die Favoritin gewesen, so dass die Wahl in ihrem Ausgang wohlnicht entscheidend verfälscht werde. (FAZ)

 


L’ALLEMAGNE VUE DE FRANCE: «DR SCHÄUBLE» OU «MAMA MERKEL»?

L’Allemagne vue de France: «Dr Schäuble» ou «Mama Merkel»?Manifestation de réfugiés syriens, le 15 septembre à la frontière entre la Serbie et la Hongrie. Certains d’entre eux portent des pancartes demandant l’aide de «Mama Merkel». Photo Olivier Laban-Mattei.Myop. UNHCR

Par Johann CHAPOUTOT Libération



Manifestation de réfugiés syriens, le 15 septembre à la frontière entre la Serbie et la Hongrie. Certains d’entre eux portent des pancartes demandant l’aide de «Mama Merkel». Photo Olivier Laban-Mattei.Myop. UNHCR

 

COMMENT COMPRENDRE LE VIRAGE D’APPARENCE RADICALE ENTRE L’INTRANSIGEANCE ALLEMANDE SUR LE DOSSIER GREC ET L’HUMANITARISME COMPASSIONNEL À PROPOS DES RÉFUGIÉS ? IL SUFFIT D’ALLER AU-DELÀ DES CLICHÉS, QUI SONT NOMBREUX DE CE CÔTÉ DU RHIN, OÙ L’ON PARLE D’ALLEMAGNE EN PARFAITE MÉCONNAISSANCE DE CAUSE.


 L’Allemagne vue de France: «Dr Schäuble» ou «Mama Merkel»?

Ils sont fous ces Germains… Voilà, pour paraphraser Astérix der Gallierou Astérix und die Goten (BD très populaires outre-Rhin), ce qui résume la perplexité française à l’égard de l’Allemagne actuellement. Plus personne ne comprend ce qui se passe à Berlin et dans les Länder de la grande puissance voisine. Il y a encore quelques semaines, on parlait d’un IVe Reich ordolibéral : Angela Merkel était affublée, par certains titres, d’un casque à pointe, tandis que «Dr Schäuble» évoquait sinistrement le «Dr Goebbels» de jadis. L’Allemagne, géant économique et nain politique, selon le cliché éculé, prenait sa revanche et la direction du continent européen en mettant la Grèce à genoux, pour l’exemple. D’autres poncifs usés revenaient en force : la rigidité protestante et ses impératifs de vertu, l’hégémonisme congénital des Teutons prenant prétexte des déficits et de la rigidité du marché du travail des autres pour tancer, surveiller et punir… Le scénario était beau et les acteurs (Tsípras en jeune David, Merkel en revêche Goliath, Varoufákis en biker héroïque et sacrificiel) étaient bigrement photogéniques. Et puis patatras, avec un sens politique inouï, qui fait tant défaut à d’autres dirigeants européens, Angela Merkel renversait la perspective et retournait l’opinion : la mère tape-dur des sommets européens se muait en «Mama Merkel» des réfugiés. Maternité compassionnelle et, là encore, furieusement télégénique : celle que les Allemands, avec une affectueuse dérision, surnomment volontiers «Mutti» («môman»), pour son flegme affiché, son attentisme apparent et son manque supposé de charisme, devenait la «MutterCourage» d’une nouvelle guerre de trente ans. Heureusement, quelques jours après avoir ouvert grand les bras de l’Allemagne, Mutti «fermait les frontières», comme on l’a lu partout - ce qui est faux.

Que retenir de ces images contradictoires ? La politique allemande est-elle donc incohérente ? Rappelons qu’en France, on parle de l’Allemagne en parfaite méconnaissance de cause. En matière historique, on évoque parfois un Sonderwegun chemin particulier qui, par une sorte de déterminisme culturel (contradiction dans les termes, mais bon…) mènerait de Luther à Hitler, voire de Néandertal à Merkel : les Germains des forêts, frustes et rogues, sont régulièrement sortis en hurlant de leurs bois pour dévaster l’Europe avant d’être forcés d’y retourner à coups de canons. Cette plaisante fiction - qui a pour but de nous rassurer sur notre propre compte en suggérant que le nazisme ou l’impérialisme wilhelminien n’ont rien à voir avec l’histoire de l’Europe et de l’Occident (il est bien connu que le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le capitalisme le plus inhumain, le darwinisme social et l’eugénisme sont les sécrétions exclusives de cerveaux germaniques) - est le produit d’une méconnaissance crasse de l’histoire allemande. L’ignorance autorise l’exécration de principe, mais aussi l’adulation : si les Allemands sont (tous, et génétiquement) des brutes néolithiques, depuis 1959 (congrès de Bad Godesberg) et, surtout, depuis 2003 (lancement de l’Agenda 2010 par le chancelier Schröder), ils sont clairement formidables. «Vive l’Allemagne !», lancent des essayistes mondains qui n’y connaissent rien. Faisons comme les Allemands, lancent en chœur la droite française, qui, pour pallier son manque d’idées et de sérieux, trouve son bonheur partout où elle le peut (la droite américaine la plus vulgaire, le «sérieux» budgétaire et la «performance» économique allemands), mais aussi la gauche dite de gouvernement qui, elle aussi portée disparue intellectuellement, s’achète un brevet d’intelligence ainsi qu’une patine vaguement philosophique en tressant des couronnes à Gerhard Schröder, social-démocrate musclé, reconverti depuis 2005 dans de juteuses affaires avec des gaziers russes (au moins affiche-t-il un rapport «décomplexé» à l’argent depuis qu’il a jeté par-dessus bord son «surmoi marxiste») et qui, avec les lois Hartz, a guéri l’Allemagne, alors «homme malade de l’Europe».

La solution au «problème français» serait ainsi toute trouvée : il nous faut un Schröder ! Il faut faire comme les Allemands. Résultat : une «social-démocratie» à la française, un CICE très réussi, un banquier sans idées à Bercy et un Peter Hartz, pourtant totalement tricard en Allemagne depuis quelques déboires judiciaires, reçu à l’Elysée.

Le «modèle allemand» est ainsi vanté par des gens qui n’y connaissent rigoureusement rien, ce qui tient, entre autres, à la méconnaissance en France de la langue allemande et de l’Allemagne (notre premier voisin par le poids démographique, l’intensité des échanges économiques, le poids d’une histoire conflictuelle et partagée, etc.) : seul Jean-Marc Ayrault, en répondant, dans un allemand parfait, aux télévisions allemandes à chaque fois qu’il se rendait en visite à Berlin, faisait exception - et honneur à notre pays.

Pourtant, d’excellents travaux existent et sont accessibles en français pour qui veut connaître et comprendre : les traductions d’ouvrages majeurs d’historiens allemands (Winkler), les Lieux de mémoire allemands (Etienne François et Hagen Schulze), les excellents travaux de Hélène Miard-Delacroix, de Jean Solchany, de Hans Stark, de Gérard Raulet… Quelques bonnes lectures permettraient aux journalistes, responsables politiques et chroniqueurs polygraphes de dire un peu moins d’âneries.

Au premier rang de ces inepties, le «il faut faire comme les Allemands», dont on ne se lasse pas : les lois Hartz ont engendré une pauvreté de masse dont «les Allemands» ne sont pas tous ravis… Par ailleurs, les conditions démographiques, culturelles et historiques du fonctionnement actuel de l’économie allemande ne sont pas celles de la France, de l’importance du Mittelstand au rôle des Länder, en passant par l’histoire des relations sociales.

Quid, maintenant, des apparentes incohérences actuelles de la politique de Berlin, entre intransigeance odieuse sur le dossier grec et humanitarisme compassionnel à propos des réfugiés ?

D’abord, en matière d’euro, les Allemands ont su grandement transiger avec leurs principes : vu leur histoire monétaire tourmentée et, à bien des égards, calamiteuse (faillite du Kaiserreich et du mark après la Grande Guerre, gabegie financière du IIIe Reich et dévaluation extrême du Reichsmark, remplacé par le Deutsche Mark à l’Ouest en 1948, Réunification et troisième réforme monétaire en moins de soixante-dix ans en 1990…), les Allemands (ici, le pluriel de généralité est assez pertinent) sont attachés à la stabilité de la monnaie et aux conditions budgétaires qui, pour partie, l’assurent. L’ordolibéralisme, véritable religion nationale depuis 1948, est avant tout une doctrine de la monnaie, dont la valeur est gagée sur une performance économique que permet le libéralisme, mais un libéralisme encadré par un ordre juridique ferme, une sorte de constitution économique qui doit, à tout jamais, éviter non seulement la crise de 1929, mais aussi les aventures politiques (inflation par la dépense, la dette et la création monétaire) en mettant la monnaie hors de portée du pouvoir politique et sous la protection du droit - les fameuses «règles» dont les gouvernements allemands se réclament.

Les mêmes «règles» qui s’appliquent en matière budgétaire et monétaire (quoique de manière beaucoup plus souple qu’on ne le dit) s’appliquent également en matière humanitaire. Face à l’afflux des réfugiés, la chancelière a été immédiatement très claire : le droit commande d’accueillir dignement des malheureux qui fuient les barils de TNT d’Al-Assad et les assassins de Dieu. Angela Merkel et son gouvernement de grande coalition ne transigent pas : la règle de solidarité humaine et les dispositions juridiques de l’Europe (participation de tous) doivent s’appliquer sans compromis. On a glosé sur les intérêts bien compris de l’Allemagne : une démographie flageolante, un besoin de main-d’œuvre, la volonté de paraître aimable… On peut aussi rappeler que l’Allemagne est une nation de réfugiés (12 millions après 1945) et que même la CDU reconnaît que le pays est un Einwanderungslandun pays d’immigration et d’intégration. On peut également faire crédit de leur sincérité aux responsables et aux plus de 60 % d’Allemands qui, selon les sondages, estiment que leur pays doit aider : l’accueil des réfugiés en Allemagne est un phénomène social massif, fait de bénévolat et d’initiatives citoyennes. Tout cela «vient du cœur des gens», a dit la chancelière, dont on a fait mine de découvrir qu’elle en possédait également un. Pendant qu’en France, on parle de «fermeté» et d’«humanité», pendant qu’un responsable politique important profère ses plaisanteries déshonorantes sur les fuites d’eau, Angela Merkel, qui est pourtant connue pour sa prudence et sa modération, déclare à ses détracteurs : «Si on doit commencer à s’excuser parce que l’on montre un visage amical dans des situations de détresse, alors, je veux le dire clairement, ce n’est pas mon pays.»

Pierre Joxe disait récemment, dans un autre contexte, que si l’on veut entrer dans l’histoire, mieux vaut ne pas se tromper de porte. Pendant que certains responsables politiques français, par leur médiocrité, voire par leur indignité, en disparaissent déjà par des trous de souris, Angela Merkel y entre pleinement par la grande porte.

Derniers ouvrages parus : «la Loi du sang : penser et agir en nazi», éd. Gallimard, 2014, et «Histoire de l’Allemagne, de 1806 à nos jours», éd. Que sais-je, 2014.

Johann CHAPOUTOT

 

 

 

Aucun commentaire: