dimanche 22 novembre 2015

Bombarder la Syrie? La guerre n’est pas une solution

Vincent Engel 

Le Soir

Dans sa chronique, Vincent Engel revient sur les réactions après les attentats de Paris, en France et en Belgique.



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L’auteur. Vincent Engel est romancier, dramaturge et essayiste. Il est également professeur de littérature à l’UCL et d’histoire des idées à l’Ihecs.

Les ennemis de l’intérieur ? « Je ne sais pas si la démocratie est le meilleur ou le moins mauvais des systèmes ; ce que je sais, c’est qu’il est le plus fragile. Et ses ennemis extérieurs, pour réels qu’ils soient, sont parfois l’épouvantail qui masquent un mal plus profond qui le ronge de l’intérieur… »

Site internet :http://www.edern.be/vincentengel/

Vous connaissez Philippe Lefevre ? À moins d’habiter Orp-Jauche, il y a peu de chance, et le mot « chance » est sans doute mal choisi. Philippe Lefevre est conseiller communal MR, dans l’opposition. Jusque-là, rien d’exceptionnel. Mais l’individu s’est fendu d’un tweet abject en réponse à un tweet grotesque du non moins abject Zemmour, lequel écrivait : « Au lieu de Raqqa, il faudrait bombarder Molenbeek ? » De l’humour, sûrement, à quoi Lefevre, tout guilleret, riposte : « Vas-y Eric, aucun dégât collatéral. Bossemans et Coppenolle sont morts depuis longtemps et Bruxelles ne brusselle plus. »

À en croire les tweets que le glorieux élu répercute avec une évidente délectation, il doit considérer que ce commentaire subtil est à la fois humoristique et pertinent… Tout comme ceux qu’ils débitent pour soutenir les abjections de Donald Trump, à commencer par celle selon laquelle la vente libre des armes aurait certainement permis d’éviter les tueries de Paris.

Bien sûr, on peut rire de tout ; mais il faut alors accepter que son humour soit analysé comme l’expression d’une opinion. On ne peut pas utiliser l’humour pour dire n’importe quoi et prétendre ensuite qu’on ne le croit pas, que c’était « pour rire ». Sans doute, d’ailleurs, la plupart des gens ne sont-ils jamais plus sincères que lorsqu’ils lâchent des vannes, le mot d’esprit étant, dans son jaillissement, si proche du lapsus. Si chacun d’entre nous a pu rire en entendant une blague raciste, c’est parce que le rire exprime aussi une surprise, sinon une peur ; mais si on la répercute, si on la reprend à son compte, c’est qu’on est d’accord avec les idées nauséabondes qu’elle dévoile.

Or donc, aujourd’hui, Molenbeek doit être la cible de bombardements. Pas besoin de sortir les Rafales ou de demander à Poutine de diriger sur la commune bruxelloise les missiles de ses sous-marins ; le bombardement médiatique a été déclenché et il ne s’arrête plus. C’est une pluie d’obtus qui s’abat sur Molenbeek, l’expression d’une haine rabique et d’une curée immanente (le jeu de mots est une forme parfois maladroite d’humour, pour se défendre contre la bêtise), un lynchage public qui, comme tous les processus de bouc émissaire, offre à ses officiants un soulagement hypocrite et l’alibi idéal pour éviter toute remise en question profonde.

Dans une excellente interview dans « On n’est pas couché » (eh oui, il y a parfois des choses intelligentes qui s’y disent, quand on quitte le jeu médiatique de la polémique-pour-la-polémique), Jean-Luc Mélenchon l’exprime on ne peut plus clairement :« Notre premier devoir est un devoir d’amour pour nos compatriotes, tous, non seulement ceux qui souffrent mais ceux qui souffrent en silence, parce que depuis hier, c’est une humiliation sans nom pour un musulman d’être identifié à de tels bourreaux, à de tels abominables assassins


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ON NE SAURAIT MIEUX DIRE


Pour ce qui est du couvre-feu que nous impose le gouvernement, il s’agit d’une sage mesure de précaution. Il semblerait qu’une dizaine de cinglés soient prêts à mettre Bruxelles à feu et à sang. Il faut les mettre hors d’état de nuire et s’en donner les moyens. Sans doute les écoles seront-elles fermées demain à moins qu’ils ne les aient mis sous les verrous.  Nous voulons un Etat fort et déterminé qui ne se laisse pas intimider par une bande de voyous. 

MG 



Bruxelles en état d'alerte maximale: une dizaine d'hommes recherchés DH


D'après France Info, les forces de l'ordre mèneraient l'enquête auprès d'une dizaine de personnes qui entendraient réaliser des attaques similaires à celles qui ont frappé Paris le vendredi 13 novembre.

Le scénario envisagé par ces personnes serait donc d’effectuer plusieurs attaques de manière simultanée dans plusieurs lieux de la capitale, ainsi qu'en Flandre. Toujours d'après le média français, ces individus seraient lourdement armés et en possession d'un véritable arsenal contenant des bombes et des explosifs.

"LA MENACE EST PLUS LARGE QUE ABDESLAM SEUL"


La menace terroriste en Belgique ne sera pas éteinte une fois que Salah Abdeslam, le principal suspect toujours en fuite à la suite des attentats perpétrés à Paris le 13 novembre, sera mis hors d'état de nuire. La menace est plus large que le seul présumé terroriste, a concédé le ministre de l'Intérieur Jan Jambon dans "De afspraak" sur la VRT. "Il s'agit de plusieurs suspects, c'est pourquoi nous avons mis en place une telle concentration de moyens." "Nous suivons la situation minute par minute. Cela n'a pas de sens de chercher à le cacher. Il y a une menace réelle, mais nous mettons tout en oeuvre jour et nuit afin de faire face à cette situation", a expliqué le vice-Premier.

Jan Jambon avait indiqué plus tôt dans la journée que l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) mènera une nouvelle évaluation de la situation dimanche midi. Le Conseil national de sécurité se réunira dans la foulée.

 

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