dimanche 8 novembre 2015

Chaque mois, 5 à 10 Belges partent combattre aux côtés de l’Etat islamique

Le Soir 

« La Belgique ne peut pas se reposer sur ses lauriers », a commenté le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. 


•                                       Les forces syriennes pro-gouvernement. © AFP

 

Chaque mois, cinq à dix personnes quittent la Belgique pour aller combattre en Syrie ou en Irak aux côtés de l’Etat islamique. Le nombre a baissé, mais les efforts restent donc nécessaires, a indiqué mercredi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, en marge d’une rencontre de la coalition internationale contre l’Etat islamique à Bruxelles.

«  Le nombre de jeunes qui partent vers des zones de conflit a fortement diminué, mais la Belgique ne peut pas se reposer sur ses lauriers  », a commenté M. Reynders. «  De jeunes Belges continuent à partir, même s’ils sont moins nombreux qu’auparavant. »

 

UNE SITUATION SUR LE TERRAIN QUI ÉVOLUE « EXTRÊMEMENT VITE »

                                Didier Reynders © EPA

Didier Reynders recevait mercredi le « Small Group » composé de 24 membres les plus actifs de la coalition internationale réunie autour des Etats-Unis. La rencontre doit aider à améliorer la collaboration et à informer tout le monde de la situation sur le terrain qui évolue extrêmement vite.

L’important est notamment de stabiliser le terrain repris à Daesh, a indiqué Didier Reynders en faisant référence à Tikrit, en Irak. La reconstruction de la police et d’autres services doit permettre de restaurer la confiance de la population. Mais il doit être clair que les crimes graves du régime de Bachar Al-Assad ne resteront pas impunis, a précisé Didier Reynders.

LE FINANCEMENT DE L’EI EN QUESTION

Le financement de l’Etat islamique est un autre sujet de préoccupation. Les différents pays de la coalition – et également les pays arabes – doivent essayer de faire stopper le financement provenant de leurs territoires, tout comme le trafic de pétrole et d’œuvres d’art tellement lucratif pour le groupe terroriste.

M. Reynders a par ailleurs conclu que le but était désormais «  de convaincre tous les acteurs, y compris les Russes, de la nécessité d’une transition politique  » en Syrie, et avancé que des contacts avaient été pris avec les militaires russes pour éviter tout incident dans l’espace aérien syrien.



A MASS MIGRATION CRISIS, AND IT MAY YET GET WORSE

het beste uit New York Times op demorgen.be

New York Times

They arrived in an unceasing stream, 10,000 a day at the height, as many as a million migrants heading for Europe this year, pushing infants in strollers and elderly parents in wheelchairs, carrying children on their shoulders and life savings in their socks. They came in search of a new life, but in many ways they were the heralds of a new age.

There are more displaced people and refugees now than at any other time in recorded history - 60 million in all - and they are on the march in numbers not seen since World War II. They are coming not just from Syria, but from an array of countries and regions, including Afghanistan, Iraq, Gaza, even Haiti, as well as any of a dozen or so nations in sub-Saharan and North Africa.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« QUI A LA HAINE EST DISPENSÉ DE PENSER » 

 

Dans un éditorial du Spiegel, traduit par nous à la 4,6,2Sibylle Berg évoque ce quelle appelle : « une nouvelle mais puissante polarisation de notre monde.Désormais, nous avons la haine affirme cette auteure suisse très en vue outre Rhin, en sachant que désormais rien ne sera plus comme avant. Avant quoi ? Avant l’arrivée massive des réfugiés en Allemagne bien évidemment. Triste spectacle que celui de ces gens qui se jettent les uns sur les autres une fourche à la main, tandis que les motifs pour lesquels ils font mine de s’insurger n’ont déjàplus cours depuis longtemps. Tout est devenu tellement simple : T’es pour les réfugiés ou t’es contre eux ? Pour les homos ou hostile à eux? T’es féministe ou quoi ? Zou, la situation mondiale se clarifie d’un coup, soit tu colles à tes anciennes convictions, soit tu entres en haine. Le temps des nuances, c’est fini pour de bon.

Des phrases du genre Oui je suis pour qu’on aide ces gens ou leur contraire, non, je ne pense pas que la stratégie de Angela Merkel soit géniale mais j’vois pas vraiment d’alternative  sont des affirmations pas forcément gagnantes, que reste-t-il au juste à gagner ?

Désormais, on a la haine chevillée au corps. Génial. C’était voulu comme ça. Qui a la haine est dispensé de penser. À quoi bon penser quand la majorité des cervelles sont totalement dépassées par le grand chamboulement. On en est même plus à vouloir préserver nos vieilles valeurs, nos traditions bancales, on subit le changement radical d’un monde qui sous nos yeux se démonde. Tout ça passe par-dessus la tête de la majorité des têtes.

Tout change. Y aura bientôt plus une seule auto pilotée par son propriétaire conducteur, bientôt plus un seul journal, virtuel ou en papier ne paraîtra. Les emplois vont disparaître par millions, des pays entiers vont être balayés, et peut-être le cancer éradiqué.

Tout ce en quoi les plus de quarante ans auront cru jusqu’ici se délite, s’évapore et chacun de tenter désespérément de se raccrocher à quelque chose. Quoi de plus commode que de transformer en haine féroce la trouille du neuf, de l’inconnu, des inconnus. Rien de plus tentant que de dénoncer l’adversaire en le nommant: la gauche, la droite, des hommes, des femmes, les homos, les autresMerde à la fin, faut quand même que quelqu’un soit coupable et dans le doute on commencera par tous les bons Samaritains.

Ou alors on s’élancera dans le je me sens coupable, cet autre thème qui aujourd’hui fait fureur.(…)

Quant à moi, je ne suis rien de tout ça, ni puissante ni maléfique, ni particulièrement marquée socialement ou politiquement, je poursuis une chimère, une utopie dans laquelle chacun serait traité comme il lui convient : accepté comme il est et qu’on lui fiche la paix.  J’ai dit utopie tandis que dehors gronde la tempête. Le monde fait un saut quantique, tous ceux qui s’affichent conservateurs tremblent à l’idée de perdre leur fortune : leur belle auto, leurs cigarettes de luxe et tous les leurres du monde d’hier qui s’éloigne déjà. Fini le bel artisanat, les valeurs en argent massif, les villages pittoresques où on se connait tellement bien entre voisins, où les vaches sont si bien gardées. La planète terre en voie de globalisation se transforme en une gigantesque Silicon Valley. Ce n’est qu’une question de temps. Ce temps que les hommes dilapident en s’affrontant à la fourche tandis qu’ils luttent pour des chimères qui ont cessé d’être depuis longtemps? » (d’après S.B.)

Ce texte brut fait le buz en ce moment sur la toile en Allemagne. On se l’envoie joyeusement en le commentant. Une Allemagne frappée de burn out général,sonnée par la décision de sa chancelière bien aimée (désormais plus tant que ça) d’ouvrir toutes grandes les portes de la république fédérale aux réfugiés.

« Qui a la haine est dispensé de penser » Hannah Arendt parlait de la banalité du mal à propos de Eichmann de qui elle disait qu’il était seulement incapable de penser. Il y a beaucoup de cela dans le retour de l’irrationnel allemand et un possible réveil du serpent « Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde. » (Bert Brecht)

Divercity s’est expliqué la dessus déjà en prédisant la chute possible, voire probable de la fille de pasteur téméraire et assurément nobélisable. Besoin d’un bouc émissaire aurait dit René Girard qui vient de décéder. La république fédérale est sous le choc. Un choc bien plus rude que celui de la réunification qui la plongea dans l’euphorie.

"La tragédie ultime n’est pas l’oppression et la cruauté commise par les gens mauvais, mais bien le silence des gens bons qui l’accompagne." écrit Stephane Baele. Le silence des bonnes gens ? Qui ne dit mot consent ?

Que les masques tombent et que l’acte se joue !

Il n’y aura pas de happy end seulement des cris et des vociférations comme dans le théâtre du cruel d’Antonin Artaud ou les vociférations du Living Theatre qui s’en est inspiré. 

A chaque fois, Sisyphe triomphe puis doit recommencer. (…)A chaque fois aussi, de nouvelles catégories et hiérarchies apparaissent, entourées d’un langage justifiant de nouvelles exclusions - et ce alors même que les révolutionnaires mythifiés de cette pièce s’apprennent tous les jours à l’école. 

Aujourd’hui les spectateurs - des personnes ordinaires aux chefs de gouvernement - se décident à monter sur scène en abandonnant leurs masques pour afficher leur vrai visage de révolutionnaire ou de réactionnaire.

Tombent les maques ! C’est évident, notre société européenne se polarise à la vitesse de l’éclair. On s’affronte partout et pas seulement au café du commerce que sont devenus les forums des grands quotidiens mais aussi dans les salles des profs, les conseils communaux et pas que ruraux, les prétoires, les salles d’attente médicales, dans les files à la poste et dans les grands magasins dans tout espace public et aussi dans les repas de famille, comme du temps de l’affaire Dreyfus en France. La société européenne se polarise partout et aussi chez nous, en Flandre surtout : Bart de Wever et les siens versent joyeusementde l’huile sur le feu.   

Populisme et nationalisme triomphent sans même devoir mener combat. Marine Le Pen attend son heure après la chute prévisible de la désormais très  angélique chancelière ci-devant de fer.

Qui a la haine est dispensé de penser.

MG

 

SIBYLLE BERG



Née à Weimar, Sibylle Berg grandit en Allemagne de l'Est, puis s'enfuit à l'Ouest. En 1997, elle publie son premier roman, Chercher le bonheur et crever de rire, qui connaît un grand succès (plus de 300 000 exemplaires vendus). Son œuvre est largement traduite et la critique internationale la compare à Bret Easton Ellis, Michel Houellebecq, David Sedaris, Will Self ou encore Elfriede Jelinek.
En France, trois de ses romans ont paru aux éditions Jacqueline Chambon : Chercher le bonheur et crever de rire (2000), Amerika (2001), La Mauvaise Nouvelle d'abord (2003).
Son roman Merci bien pour la vie est paru en 2015 aux éditions Actes Sud.



CRISE DES "RÉFUGIÉS" : QUAND LES MASQUES TOMBENT

La libre Belgique


Une opinion de Stephane Baele, professeur de Sécurité Internationale, à l'université d’Exeter, Royaume-Uni.

Il faut se lever contre ces strophes trop souvent entendues - "ils ne sont quand même pas comme nous, ces Samaritains/pauvres/juifs/noirs/gays/arabes/musulmans" ou "notre groupe est déjà trop nombreux/en danger".

Ce qui se joue aujourd’hui à travers l’Europe à l’occasion de la "crise des réfugiés" n’est autre que le nouvel acte d’une pièce de bien plus longue haleine. Chacun des innombrables actes de cette pièce, qui se joue sporadiquement depuis l’Antiquité, met en scène les deux mêmes types d’acteurs en lutte - réactionnaires et révolutionnaires. L’enjeu du combat mené par ces derniers est toujours identique : il s’agit de combattre la présomption d’inégalité entre les hommes, contre ceux qui la justifient par l’appartenance ou non des personnes à tel ou tel groupe soi-disant réel. Les révolutionnaires le sont au sens fort du terme : ils ne contestent pas un certain degré d’inégalité au sein d’un système où les individus sont reconnus comme d’égale dignité, mais sont à la lutte avec un trait véritablement central de la nature humaine, celui d’exclure pour cause d’appartenance un groupe jugé différent, inférieur.

Ce combat de ceux qui proposent une vision de l’homme en tant qu’homme contre ceux qui pensent en termes de catégories exclusives a bien quelque chose de Sisyphéen : 40 ans de recherches en psychologie sociale ont confirmé l’enseignement des expériences d’Henri Tajfel, qui ont montré que l’exclusion sur base d’une hiérarchie supposée de groupes est un trait inévitable de la vie en société, qui s’exacerbe en temps de mutations sociales. Dès lors aucune époque n’échappe à la représentation d’un acte, car chacune se caractérise par son propre système d’inégalités structuré par des catégories.

ROUSSEAU, KANT ET MANDELA

A chaque fois, Sisyphe triomphe puis doit recommencer. Ainsi Jésus de Nazareth joua-t-il le rôle révolutionnaire d’un des premiers actes retranscrits, dans lequel son message fut de montrer combien les autres sont avant tout nos semblables. Dans une célèbre itération en deux temps joué voici 260 ans et 230 ans, Rousseau attaquait le système aristocratique puis Kant les pensées ne supposant pas l’égalité fondamentale entre les hommes. Dans un des actes les plus récents, Nelson Mandela a défié l’idée que la "race" justifiait l’inégalité et l’oppression.

A chaque fois, les révolutionnaires ont montré qu’aucune société saine ne peut reposer sur un système classifiant les gens en groupes de valeurs soi-disant différentes. A chaque fois, on croit que l’acte est suffisamment fort pour clore une bonne fois pour toute la pièce. Mais à chaque fois aussi, comme Tajfel et ses successeurs l’expliquent, de nouvelles catégories et hiérarchies apparaissent, entourées d’un langage justifiant de nouvelles exclusions - et ce alors même que les révolutionnaires mythifiés de cette pièce s’apprennent tous les jours à l’école.

Alors dans cette pièce millénaire, un nouvel acte est donc en train de débuter. Il met en scène le combat de ceux et celles qui proposent de ne plus exclure les "réfugiés" sous prétexte qu’ils font partie de telle ou telle catégorie à exclure - les "musulmans", les "Arabes", les "étrangers", les "migrants économiques" - ou plus subtilement sous prétexte qu’ils ne font pas partie de telle ou telle catégorie à inclure - les "immigrés hautement qualifiés", les "vrais demandeurs d’asile", les "gens moins différents de nous".

Quelques individus et groupes avaient déjà tenté de rejouer la pièce à l’occasion de précédentes crises de l’asile, mais ces révolutionnaires étaient réduits au silence par les débats structurés par les catégories pontifes de "réfugié", de "protection temporaire" ou autres - discussions qualifiées maintenant si justement d’"ubuesques" par "Le Monde". Mais depuis peu s’opère la véritable levée de rideau : de l’Associated Press à Al Jazeera en passant par "The Guardian", plusieurs organes de presse prennent conscience, interrogent, puis rejettent ces catégories, y voyant (enfin) la structure de l’exclusion globale d’aujourd’hui.

VRAI VISAGE DE RÉVOLUTIONNAIRE

Cette levée de rideau, c’est le moment de vérité, car les acteurs de la pièce ont toujours été des membres du public qui se décident d’entrer en scène en faisant tomber leurs masques de neutralité. Aujourd’hui les spectateurs - des personnes ordinaires aux chefs de gouvernement - se décident à monter sur scène en abandonnant leurs masques pour afficher leur vrai visage de révolutionnaire ou de réactionnaire.

C’est là la condition cruciale pour que la pièce puisse se jouer et s’enrichir d’un nouvel acte prouvant, encore et toujours, que l’homme vaut mieux que ses instincts, que l’humanité doit prévaloir sur le groupe : il faut que les masques tombent, que la scène soit envahie du courage et de la force des révolutionnaires, trop souvent hésitants, lassés, découragés de se lever contre ces strophes trop souvent entendues - "ils ne sont quand même pas comme nous, ces Samaritains/pauvres/juifs/noirs/gays/arabes/musulmans", "notre groupe est déjà trop nombreux/en danger", "nous n’avons pas d’obligations pour les autres". Maniant lui aussi la métaphore théâtrale, le plus grand révolutionnaire de notre temps Martin Luther King Jr appelait exactement à cela : "La tragédie ultime n’est pas l’oppression et la cruauté commise par les gens mauvais, mais bien le silence des gens bons qui l’accompagne." Alors que les masques tombent et que l’acte se joue !

 

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