samedi 21 novembre 2015

FARHAD KHOSROKHAVAR : UNE EUROPE DU DJIHADISME MENACE UNE UNION MAL COORDONNÉE

LE MONDE  Par Farhad Khosrokhavar (Directeur d’études à l’EHESS)

 


Les attentats du 13 novembre soulèvent deux questions fondamentales : qui les a commandités et qui les a exécutés. Le commanditaire est Daech, ce prétendu Etat islamique qui répand la terreur, massacre musulmans et non-musulmans, détruit monuments historiques légués par plusieurs siècles d’histoire et présente l’amalgame entre un totalitarisme obscurantiste et un islam mythologique, sans assise dans l’histoire de cette religion, même chez les sectes les plus extrémistes qu’a connues la religion d’Allah.

La menace et le danger de cette nouvelle entité ont été constamment sous-estimés avant les attentats meurtriers du 13 novembre. Le constat s’impose: il faut quelle soit détruite sur le sol syrien et irakien avant qu’elle ne contamine durablement d’autres parties du monde, de la Libye à l’Afghanistan et à l’Asie centrale.

Al-Qaida n’est qu’un nabot comparé à Daech qui compte de nombreux atouts : assise territoriale, trésor de guerre de quelques milliards de dollars, contribution d’une jeunesse mondiale d’environ 25 000 volontaires et, surtout, une stabilité, une administration et un appareil de propagande qu’Al-Qaida n’a jamais eus.

Jusque-là les Américains, atteints par le syndrome d’insuccès en raison de leurs interventions malheureuses en Afghanistan et en Irak, ont refusé toute mobilisation des troupes au sol, et l’Europe, résignée à sa secondarité structurelle, n’a pas eu de politique unifiée contre cet Etat-truand. Il faudrait dépasser ce sentiment d’impuissance collective et prendre des mesures draconiennes pour l’annihiler sur son territoire.

 

UNE ARMÉE DE RÉSERVE

Mais la seconde question est tout aussi fondamentale : ceux qui ont perpétré les attentats sont des Européens, belges et français. Ils sont originaires des « banlieues » en France et de leur équivalent en Belgique. Ils sont animés d’une haine inextinguible contre cette Europe qui les a vus naître et les a plus ou moins mal éduqués.

Dans un sens pervers, ils sont plus européens que les Européens : ils réalisent l’union européenne des djihadistes là où l’Europe peine à se doter d’une police et d’un service de renseignement unifiés qui puissent, par-delà les frontières de chaque Etat, révéler leur efficacité dans la lutte contre le fléau terroriste.

Il existe en Europe une armée de réserve djihadiste dont les acteurs sont les jeunes déclassés des cités ou des poor inner cities quartiers populaires du centre-ville»).

A court terme, on pourra lutter contre cette armée de réserve par des arrestations et des placements en prison, mais, sur le long terme, il faudra la neutraliser par des mesures socio-économiques, faire sortir du ghetto les jeunes et inventer un nouveau mode d’urbanisme et de socialisation. Ces jeunes s’identifient au djihadisme moins pour des raisons religieuses qu’identitaires et sociales, l’islam devenant le symbole de résistance là où aucune autre idéologie ne peut leur apporter un supplément d’âme et la caution du sacré (épuisement des idéologies d’extrême gauche).

LA HAINE DE LA SOCIÉTÉ

Depuis 2013, les départs pour le djihad en Syrie depuis la France (le nombre le plus élevé de djihadistes en Europe) et la Belgique (la proportion la plus élevée de djihadistes en Europe) forment la trame de fond du malaise européen. Parmi ces volontaires, on trouve des membres de classes moyennes dont le nombre s’est accru avec le temps. Mais le modèle djihadiste dominant, celui des jeunes des banlieues, continue à fonctionner, doté d’un instrument anthropologique redoutable  : la haine de la société, sacralisée sous lexpression fourre-tout du djihad, pervertie et désormais sans contenu religieux stricto sensu, tel un signifiant vide.

Cette haine se décline sous une nouvelle forme : elle englobe l’Europe entière, ne connaît plus de frontière nationale, prenant pour cible tous les Européens (les musulmans inclus) dans cette volonté de punir qui est la revanche des jeunes déclassés, pénétrés du sentiment que la société voudrait les déshumaniser en les confinant dans des ghettos et en leur déniant la dignité du citoyen.

Cette victimisation malsaine fondée sur une part de vérité en termes de racisme et d’islamophobie ne saurait occulter son caractère mythifié et son excès dans un manichéisme qui nie toutes les possibilités qu’offre une démocratie à ses citoyens, ne serait-ce que par l’instrument du vote.

Le djihadisme a eu deux inventions à portée extraordinaire et qu’incarnent littéralement ces jeunes : le néo martyre, cette mort sacrée dans le délire de la subjectivation, et la néo-umma, une communauté effervescente qui n’a jamais historiquement existé et que les jeunes désarçonnés de l’Europe cherchent à réaliser comme remède à leur malaise identitaire.

REVANCHE CONTRE L’OCCIDENT MALÉFIQUE

L’enthousiasme à mourir et à donner la mort en déshumanisant totalement ceux contre qui leur haine se déchaîne est une trouvaille qui date de la révolution iranienne de 1979 et qui s’est répandue dans le monde sunnite, se nourrissant des humiliations et de la volonté de revanche contre l’Occident maléfique. L’extraordinaire est que cet amour mortifère se double de l’enthousiasme de cette néo-umma, macabre et jubilante à la fois, qui devient l’abcès de fixation du malaise des jeunes. Ce sont des jeunes qui ont tué le 13 novembre d’autres jeunes (en majorité) et qui se croient dotés de la légitimité divine.

La France combine plusieurs facteurs qui aggravent son cas aux yeux des djihadistes : elle est identifiée comme la « terre du stupre » par les fanatiques, la terre de l’idéologie antireligieuse par nombre de radicalisés et la terre de l’ambition politique (l’Allemagne sans politique active au Moyen-Orient est laissée tranquille pour le moment). Elle héberge aussi la communauté musulmane la plus nombreuse en Europe, dont l’écrasante majorité n’a rien à voir avec l’extrémisme.

Reste les services de renseignement et de sécurité ainsi que la police. Dans chaque pays, ils sont armés pour lutter contre quelques centaines, mais pas quelques milliers de terroristes qui peuvent circuler librement en raison de la suppression des frontières. Ils sont débordés et submergés par l’extension du nouveau terrorisme. Il serait temps que l’Europe se dote d’un instrument puissant et unifié, le noyau d’un système fédéral de la lutte contre le terrorisme si on veut sauver la vie des futurs citoyens européens.

Farhad Khosrokhavar est notamment l’auteur de Radicalisation (Maison des sciences de l’homme, 2014).



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

QUAND ON N’A QUE LA HAINE


Ceux qui ont perpétré les attentats sont des Européens, belges et français sont originaires des banlieues en France et de leur équivalent en Belgique. Ils sont animés d’une haine inextinguible contre cette Europe qui les a vus naître et les a plus ou moins mal éduqués. L’adhésion à l’islam radical est un moyen pour eux de sacraliser leur haine, de la légitimer et de justifier leur agressivité. FarhadKhosrokhavar

Peut-être n’est-il pas trop tard de tenter de les (ré)éduquer mieux mais il est plus que temps de s’y employer. Toute tentative de déprogrammation mentale des individus de ce type, surtout ceux qui ne sont pas (encore) passés à l’acte doit viser à promouvoir leur développement mental, intellectuel et affectif. Il ne s’agit pas de jeter l’anathème, de juger ou de condamner de manière manichéenne mais bien au contraire de les informer objectivement et sérieusement sur la situation au moyen Orient ; de leur expliquer sans ambages ce que signifient exactement et ce qu’impliquent des concepts tels que califat, jihad, excommunication, sharia. Il s’agit d’une approche fondée sur l’échange et le dialogue sans faire l’économie d’une réflexion sur des questions clivantestelles que par exemple discrimination et racisme. Une appréhension plus objective et plus différenciée de la religion et de la politique ne peut que renforcer leur résilience à l’encontre d’idéologie radicale.  MontasserAlde'emeh (Knack)

 

Tout ceci est bel et beau mais c’est pure théorie quand, très concrètement Bruxelles est mise en état de siège (niveau d’alerte 4 sur une échelle de quatre) et que chacun d’entre nous se sent mis en quarantaine parc qu’un de ces voyous suicidaires (sans doute plusieurs) erre dans Bruxelles à la recherche d’une cible humaine lui permettant de mourir en héros en se faisant sauter.

L’analyse lucide de Farhad Khosrokhavar est terrifiante de réalisme et de bon sens. Il faut la méditer car elle nous aide à comprendre le phénomène de l’islamisation de ces gamins déjantés.

MG




 CES JEUNES QUI SE RADICALISENT 

parAnne Brucy

 

 

Spécialiste de l’islam et auteur d’un ouvrage récent sur la radicalisation, le sociologue Farhad Khosrokhavar revient sur les raisons de ce phénomène en France.

D’APRÈS VOUS, IL EXISTERAIT DEUX GROUPES D’« ASPIRANTS » JIHADISTES AUX RESSORTS DISTINCTS. QUI SONT-ILS ET POURQUOI SE RADICALISENT-ILS ?
Farhad Khosrokhavar1 : Le premier est fait de jeunes exclus qui ont intériorisé la haine de la société et se sentent profondément victimisés, les « désaffiliés ». Ils pensent ne pas avoir d’avenir dans le modèle dominant « travail, famille, insertion dans la société ». L’adhésion à l’islam radical est un moyen pour eux de sacraliser leur haine, de la légitimer et de justifier leur agressivité. Ils ont quelques caractéristiques communes : vie d’exclusion dans les banlieues, déviance, emprisonnement, récidive, adhésion à une version radicale de l’islam, voyage initiatique en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen ou en Syrie, et enfin la volonté de rupture avec la société au nom de la guerre sainte. Le second groupe est totalement différent puisqu’il s’agit de jeunes des classes moyennes qui n’éprouvent pas de haine vis-à-vis de la société, vivent dans des quartiers bien balisés et n’ont pas de casier judiciaire. Ceux-là nourrissent une volonté de venir en aide à leurs frères en religion et sont animés d’un romantisme naïf. Leur engagement correspond à une sorte de mise à l’épreuve de soi, un rite de passage à la vie adulte pour post-adolescents, notamment chez les jeunes filles et les convertis.

COMMENT DÉCRIRE CE PROCESSUS DE RADICALISATION ?
Farhad Khosrokhavar : Chez les jeunes désaffiliés, le moteur est surtout la transcription de leur haine de la société dans une religiosité qui leur donne le sentiment d’exister et d’inverser les rôles. D’insignifiants, ils deviennent des héros. De jugés et condamnés par la justice, ils deviennent juges d’une société qu’ils qualifient d’hérétique et d’impie. D’individus inspirant le mépris, ils deviennent des êtres violents qui inspirent la peur. D’inconnus, ils deviennent des vedettes… On parle dans ce cas d’une vision de soi fondée sur l’indignité et la volonté d’en découdre avec la société entière. Chez les classes moyennes, l’influence de la Toile, celle des « copains » ou des vidéos nourrissent cet attrait pour la radicalisation. Il existe aussi une volonté de rupture avec le monde familier de l’individualisme. Une dimension anti-Mai 68 est perceptible dans ce mouvement : on préfère le mariage strict selon la loi religieuse, on préfère la guerre à l’amour, on se forge une identité en adhérant à un groupe (Al Qaeda) ou un État (Daech) hyper-répressifs. Les nouvelles formes de radicalisation dénotent la désinstitutionnalisation de la vie sociale et la fragilité croissante de l’ego chez des jeunes dont l’adolescence semble se prolonger indéfiniment. Parents et enfants vivent dans des mondes différents. La soumission à Dieu, autorité transcendante, pallie la dilution de l’autorité parentale, voire sociétale.

QUEL EST L’IMPACT DE LA PRISON SUR CES JEUNES DÉSAFFILIÉS EN RUPTURE COMPLÈTE AVEC LA SOCIÉTÉ ?
Farhad Khosrokhavar : La prison renforce ce sentiment de haine de l’autre et d’indignité de soi. Souvent, la radicalisation précède l’islamisation. C’est en prison que l’on approfondit la version de l’islam radical en prenant langue avec des détenus qui sont des imams autoproclamés et qui affirment que l’islam, c’est le jihad dans le sens de la guerre ouverte contre les « hérétiques ». Dans des maisons d’arrêt en manque de surveillants et en surpopulation carcérale, on a toutes les raisons du monde de haïr l’institution, la société et ceux qui vous ont mis sous les verrous.

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA FRANCE JOUE-T-ELLE UN RÔLE DANS CE PROCESSUS ?
Farhad Khosrokhavar : Il n’y a pas de modèle général. Pour Mohamed Merah, il y a une dimension de politique étrangère puisqu’il s’attaquait prioritairement aux militaires musulmans impliqués sur le terrain de combat (Afghanistan et ailleurs). Dans le cas de Khaled Kelkal, c’est le reproche fait à la France d’avoir soutenu les militaires qui ont dénié au Front islamique du salut algérien son succès électoral. Les actions de Mehdi Nemmouche et Amedy Coulibaly sont, elles, clairement liées au conflit israëlo-palestinien et au sentiment que la France a changé de camp et ne soutient plus les Palestiniens, mais elles relèvent aussi d’un antisémitisme, d'un rejet frontal des Juifs détaché de tout contexte politique.

QUEL EST L’IMPACT DES MÉDIAS ET DES RÉSEAUX SOCIAUX ?
Farhad Khosrokhavar : Le processus de radicalisation a un lien étroit avec la médiatisation et les réseaux sociaux. Puisqu’on ne peut pas vaincre militairement l’adversaire, il faut lui inspirer la peur, le tétaniser, et les images se répandent d’autant plus facilement qu’elles sont atroces. Chez les candidats au jihadisme, on constate une fascination pour la violence crue dans un monde onirique de toute-puissance. Cela permet l’affirmation de soi comme exécuteur de la sentence divine. Mondialement médiatisée, l’image de soi revalorisée par cette horreur « sainte » contribue à répandre la terreur et fait partie intégrante de l’action jihadiste.

LA COUVERTURE MÉDIATIQUE DES ÉVÉNEMENTS ACCENTUE-T-ELLE CE PROCESSUS ?
Farhad Khosrokhavar : Oui. Mais, même sans cela, l’« auto-médiatisation » par Web interposé ferait office de substitut. Merah portait une caméra au cou pour se filmer en train d’exécuter ses victimes, de même, les frères Kouachi ont tenté de se faire filmer. Les médias, surtout la télévision, jouent un rôle essentiel, mais qui serait assuré autrement s’ils se censuraient. Il y a une identité terroriste – jihadiste ou à la Breivik en Norvège – qui se décline désormais sous une forme indissociable de sa mise en image.

 

Y A-T-IL UN MODÈLE EUROPÉEN, VOIRE FRANÇAIS, DE RADICALISATION ?
Farhad Khosrokhavar : Il y a un modèle européen de radicalisation avec une spécificité française. Le modèle européen est fait de cette dichotomie entre jeunesse désaffiliée et jeunesse de classe moyenne. La spécificité française, c’est cette sous-culture des banlieues caractérisée par l’exclusion sociale et une image d’indignité de soi. Mais il s’agit d’une différence de degré plutôt que de nature.

À VOUS LIRE, L’ISLAMISME NE SERAIT PAS LA CAUSE PREMIÈRE DE LA RADICALISATION, MAIS PLUTÔT UN REFUGE. DANS CES CONDITIONS, QUELS SONT LES REMÈDES POUR ENRAYER LA RADICALISATION ?
Farhad Khosrokhavar : Les conditions d’émergence du jihadisme en Europe sont sociales, économiques et culturelles. Mais, sitôt mis en branle, le jihadismedevient une « logique de conviction », une « spiritualisation de la mort », une forme d’affirmation de soi où la vie est mise au service d’un idéal mortifère et où l’individu peut se trouver entraîné dans un engrenage qui le happe totalement. C’est pourquoi la déradicalisation doit accorder une place significative au religieux et au désendoctrinement. Une logique sectaire entre en jeu, qui dépasse les sectes ordinaires puisqu’elle rejoint une universalité qui lui donne une dimension beaucoup plus globale, de nature à fasciner des individus de culture, d’âge et de classe sociale différents.

LA TRADITION LAÏQUE DE LA FRANCE EST-ELLE UN ATOUT OU UN OBSTACLE POUR LUTTER CONTRE LA RADICALISATION ?
Farhad Khosrokhavar : La tradition laïque donne aux musulmans ordinaires le sentiment d’être mal-aimés. Certains s’affirment alors dans une forme d’orthodoxie. Le problème est à mon sens moins la laïcité que sa « rigidification » et son invocation à chaque fois que le problème de l’islam apparaît dans l’espace public : le foulard est perçu par certains laïcs comme un signe de fondamentalisme. La focalisation trop passionnelle sur le foulard est l’un de ces cas où l’on passe insensiblement du rejet du fondamentalisme à celui du religieux tout court. Les musulmans doivent intérioriser les normes laïques, mais la société doit aussi respecter les musulmans dans leur spécificité.

UNE JEUNE FEMME PORTANT LE FOULARD PEUT-ELLE ÊTRE RÉPUBLICAINE OU NON ?  

À mon sens, oui, si on lui en donne la possibilité. L’adhésion active des musulmans à la lutte contre l’extrémisme religieux est fondamentale dans le combat contre le jihadisme et la France est mal préparée à cela, en raison même de la suspicion dont les musulmans orthodoxes sont les cibles. Il faut transformer leur adhésion passive à la lutte contre le jihadisme en une adhésion active, et pour cela il faudra reconnaître que le fait d’être religieux n’est pas synonyme du rejet du vivre-ensemble républicain. Pour combattre efficacement l’extrémisme islamiste, il faut l’adhésion active de toute la société. Une laïcité pondérée ne serait en rien contradictoire avec la reconnaissancemezza voce de certains particularismes qui ne portent pas atteinte à l’intégrité de l’espace public.

Radicalisation, Farhad Khosrokhavar, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Interventions », décembre 2014, 192 p., 12 €

 

 MONTASSER ALDE'EMEH: 'BELGIË BLIJFT GEVAAR AANSLAGEN ZWAAR ONDERSCHATTEN'

Knack

Er zijn grenzen aan de empathieook aan de mijnezegt jihadi-onderzoekerMontasser Alde'emeh, die kandidaat-vertrekkers en teruggekeerdeSyriëstrijders begeleidt. 'Sinds Parijs hoeven ze bij mij niet meer aan tekloppen,' schrijft hij in een exclusieve column voor Knack.



Montasser AlDe'emeh © .

Enkele jaren geleden vertrokken de eerste Belgische moslimjongeren naar Syriëom er te vechten tegen het regime van president Bashar al-Assad. In het begin keek de Belgische overheid de andere kant op, maar na verloop van tijd zag men in dat een aantal Syriëstrijders een potentieel gevaar waren voor de eigennationale veiligheid.

De gemiddelde leeftijd van een Syriëstrijder is 23 jaar. Het gaat dus vooral omjongeren die opgroeiden in de gepolariseerde wereld van het post-9/11-tijdperk. Heel wat van die jongerenzowel niet-praktiserende als praktiserende moslimskomen uit sociaal kwetsbare milieus. Ze vinden hun draai niet en voelen zichonbegrepen. Ze worden niet genoeg begeleid en hebben weinigtoekomstperspectieven. Ze worstelen vaak met hun identiteit.

Maar er zijn ook hardcore jihadi's, die overtuigd zijn van de noodzaak om eenislamitische staat op te richten waar de islamitische wet geldten die om dat doelte bereiken de gewapende jihad aanhangen. Het gevolg is dat al die jongerenhelemaal vervreemden van de samenleving waarin ze opgroeidenZe wordenvatbaar voor radicaal islamitisch geïnspireerde ideologieën, of ze rebellerentegen de onderdrukking van hun soennitische geloofsgenoten in het Midden-Oosten.

Naarmate de oorlog tegen Assad voortduurde en de Islamitische Staat in Irak enlater ook in Syrië actief werdbrak de onderlinge strijd tussen verschillendesoennitische rebellengroepen uit. Dat is een van de belangrijke redenen waaromsommige jongeren naar België terugkeerden.

IK VOELDE ME GEROEPEN OM DE FRUSTRATIES TE KANALISEREN VAN JONGEREN DIE TERUGKEERDEN ÉN VAN JONGEREN DIE TWIJFELDEN

Sommigen keerden teruggedegouteerd door de gruwel die ze hebben gezien.Anderen hadden niet verwacht dat soennieten van de IS andere soennietenzouden onthoofdenvervolgen en bestrijden. Nog anderen wilden niet meervechten om puur persoonlijke redenenleven en overleven in een oorlogszonever weg van familie en vrienden, is geen sinecure.

Ik voelde me geroepen om de frustraties te kanaliseren van jongeren die terugkeerden én van jongeren die twijfelden of op het punt stonden om tevertrekken

Ik wilde hen nieuwe kennis aanreikenzodat hun ideeën genuanceerd zoudenworden. Want dát lijkt mij essentieel om te voorkomen dat ze de stap naargewelddadige radicalisering zettenKortomik wilde ze wegleiden van het geweld.

NIEMAND AFSCHRIJVEN

Na mijn uitgebreide veldonderzoek in Syrië in juli vorig jaar besloot ik ommoslimjongeren in België en Nederland op een gestructureerde manier tehelpenIk richtte het kenniscentrum 'De Weg Naar' op, omdat ik vind dat de sociale vrede in onze samenleving op het spel staat. De kans bestaat dat het gewelddadige islamitische extremisme én het rechtse extremisme toenemenenuiteindelijk tegenover elkaar komen te staan.



Exclusieve dagboekreeks op Knack.be: Montasser AlDe'emeh bij de Belgischestrijders aan het front in Syrië. © .

'De Weg Naarbegeleidt jonge moslimszowel kandidaat-vertrekkers alsteruggekeerde SyriëstrijdersHet doel is hun intellectuele ontwikkeling. We veroordelen niemand en we schrijven niemand af, maar we spijkeren hun kennisover de situatie in het Midden-Oosten grondig bijWe verduidelijkenislamitische concepten over kalifaat, jihad, excommunicatie, sharia enzovoort.We werken met dialoogKoranlesassertiviteitstrainingleren ze omgaan met discriminatie en racismeMeer religieuze en politieke kennis verhoogt hunweerbaarheid tegen radicale ideologieën.

We polsen ook welke bijdrage ze zouden kunnen leveren aan de ontwikkelingvan de islam in België en Nederland. Op dit moment begeleiden we enkeletientallen families en verwanten van Syriëstrijders.

Het centrum opereert zonder subsidies en is dus volledig onafhankelijk van de overheidDat is een bewuste keuzeen daar heb ik drie redenen voor.

Ik geloof niet in de programma's voor deradicalisering die de overheidorganiseert en die behoorlijk veel geld kostenAls de overheid mijn project zousturenzullen jongeren die onze democratie afzweren mij als onderdeel van het establishment zien en me niet meer vertrouwenBovendien vind ik het onverantwoord om geld te vragen voor zo'n project. Heel wat hardwerkendeVlamingen willen geen belastinggeld spenderen om jongeren, die ze als eenbedreiging ziente deradicaliserenOverheidsgeld voor dat soort project zoualleen maar de latente onvrede en frustraties aanwakkeren.

Ik denk dat vrijwillige initiatieven zoals 'De Weg Naar' hard nodig zijn alssignaal dat mensen zich niet alleen zorgen maken, maar ook daadwerkelijkproberen om iets aan de hele problematiek te doenAls ik moslimjongeren help, help ik ook de hele samenleving: die heeft alleen maar baat bij moslimjongerendie zich hier gelukkigaanvaard en gewaardeerd voelen.

KANTELPUNT

Maar de aanslagen van vorige week vrijdag 13 november in Parijs zijn voor mijeen kantelpunt.

Jongeren die vóór de aanslagen in Parijs naar Syrië vertrokken en die teruggekeerd zijn of van plan zijn om dat te doenén die niet gerechtelijkvervolgd worden door de overheidkunnen altijd bij mij terechtMaar moslimjongeren die toch nog willen vertrekken na de gruwel in Parijs of later zouden terugkerenwil ik niet meer helpen en begeleiden.

Waarom niet? Er zijn grenzen aan menselijke empathieook aan de mijne.

Die jongeren hebben tijd genoeg gehad om de strategie en het geweld van de IS, de geopolitieke context en de situatie in Syrië en Irak te bestuderen en te begrijpen.

Ze hebben tijd genoeg gehad om de verhalen van teruggekeerde strijders tehoren.

Ze hebben genoeg gezien waartoe de IS in staat is, en hoe ze andere soennietenexcommuniceertverkettert en afslacht.

Ze hebben gezien hoe in Parijs volstrekt onschuldige burgers koelbloedigwerden doodgeschoten.

Moslimjongeren die nu nog naar Syrië vertrekkenmaken een zeer bewustekeuzeAls ze ervoor kiezen om zich bij de IS aan te sluiten vanuit de gedachtedat België in oorlog is met de IS, en als ze de gruwel als louter bijzaakbeschouwendan vind ik dat ze maar in Syrië moeten blijven.

Als ze toch terugkeren, is de kans dat ze een moorddadige missie hebben met de dag groter. Wat dat betreftblijft ons land het gevaar van aanslagen zwaaronderschattenEn laat het duidelijk zijnals ze zouden terugkerendan hoevenze bij mij niet meer aan te kloppen.

Montasser AlDe'emeh is een Palestijnse Belg en woont in Sint-Jans-MolenbeekHij onderzoekt aan de Radbouduniversiteit Nijmegen de motievenvan jihadisten, en publiceert in Knack en op Knack.be.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PARIS S’ÉVEILLE DANS L’EFFROI, BRUXELLES SOUS LE COUVRE FEU.

Paris très loinmais Paris tout près, on ne parle plus que de la ville martyre, du sang sur les terrasses des bistrots comme ceux qu’on aime, des cadavres du Bataclan, des larmes des proches du pire des cauchemars. Les assassins sont venus à plusieurs de Molenbeek, commune diabolisée.

Loin, loin tout ça et pourtant au plus près de ma veine jugulaire, pour parler comme le Coran invoqué par ces détraqués. Oui nous sommes en guerre avec une frange déboussolée de notre jeunesse musulmane partiellement déjantée qui ne nous pardonnera rien, se disculpe de tout, bref irresponsable.

Chacun de nous est responsable pourtant de ces voyous : personne vraiment coupable cependant, ou presque.

Je ne me suis pas promené dans les bois hier, j’ai écrit beaucoup, réfléchi plus encore, regardé d’innombrables vidéos. Tellement de haine nourrie par tellement de frustration qu’on ne voit où et quand et comment arrêter ce fléau nourri par un fanatisme cru.

Degré zéro de l’humanité, triomphe de l’instigateur sournois que plus rien n’arrêtera.

Le Pen père veut les faire guillotiner, beaucoup lui donnent déjà raison et il fera des voix, ses filles et petites filles également. La gauche a failli là où la droite a échoué, Zemmour veut bombarder Molenbeck comme il dit…

Ruquier et ses comparses  en costumes de croc mort pour écouter la voix brisée des artistes et des politiques. Mélanchon domine le débat.

Grosse envie de tout autre chose…

MG

 

 

 

 

1 commentaire:

Poeske a dit…

Bravo pour ce choix d'opinions et pour vos commentaires, judicieux et sympathiques, comme d'habitude.
PS Il faudrait vous rendre plus visibles sur "google", il est difficile de vous trouver.