mardi 17 novembre 2015

LETTRE À UN AMI MUSULMAN

 Mon cher Ali,


J’ai ressenti ta profonde tristesse face aux tragiques événements qui, à nouveau, ont endeuillé Paris, perçu ta grande empathie pour le sort des victimes, surtout ressenti ta haine des djihadistes barbares auteurs de ce drame qui prétendent agir au nom du Dieu qui est le tien. 

Tu leur réponds en citant ton texte fondateur : Dieu déteste les agresseurs »   "Ne vous portez pas à l'extrême en votre religion" "Abstenez-vous de dégât sur la terre" "Les perdants sont ceux qui se sont perdus eux-mêmes" 

À nouveau j’ai pris acte de ta colère contre ces lâches assassins "La plupart des humains sont des scélérats" Elle me rappelle celle de Jésus chassant les changeurs et les marchands du temple. J’aime ces saintes colères.

Bien souvent, j’ai savouré l’enthousiasme avec lequel tu m’expliquais ton Coran, dont le texte est toujours à la portée de ta main dans la belle version de l’essai de traduction de l’orientaliste français non musulman Jacques Berque. 

Tu m’as même incité à le lire, ce que je fis avec réticence en ne comprenant pas grand-chose à ce fatras malgré la précaution oratoire : "Nous avons rendu le Coran facile, en vue du rappel."  Tu as insisté pour que j’en fasse une seconde lecture, plus structuraliste  comme le recommande Jacques Berque. C’est-à-dire en étant attentif au retour des thèmes éthiques qui reviennent comme les leitmotivs dans les opéras de Wagner, à chaque fois enrichis de nouvelles et subtiles nuances. Tu m’as évoqué les paroles et les actes des donneurs d’alarme,nom donné aux grands prophètes d’autrefois, dont Jésus fait partie selon la version coranique du rappel : rappel biblique, rappel évangélique, rappel éthique toujours et avant tout. Pendant des heures je t’ai écouté  raconter avec verve, humour et un bel enthousiasme les personnages coraniques, inspirés pour la plupart de la Thora : Adam, Noé, Abraham, Job et surtout Joseph, "Joseph, être de vérité" qui est de loin  ton préféré car il résume, à tes yeux, l’éthique coranique. Oui, j’ai écouté comme un gamin à qui on fait un récit riche en rebondissements. "Mais combien peu vous êtes à méditer le rappel"C’est aussi la question que je me pose souvent avec beaucoup d’inquiétude en écoutant le discours creux et insolent des djihadistes obsédés par les sourates haineuses et belliqueuses du Coran. Elles existent, on ne saurait le nier.

Sans la moindre volonté de prosélytisme, tu m’as initié à cette éthique coranique, celle de de l’agir bellement » ; "Si bellement vous agissez, c'est à votre avantage que vous aurez agi; si mal vous agissez, ç'aura été contre vous-mêmes." 

"Ne pesez que sur droite balance", "Faites bonne mesure et juste pesée." "Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir".   Cela se rapproche du fais le bien pour l’amour du bien des libres penseurs.

Surtout, tu m’as expliqué que le Seigneur des univers s’assigne à Lui-même la miséricorde, ce qui est franchement surprenant. Tu m’as évoqué souvent les turpitudes du maître d’illusion premier des dénégateurs, autrement appelé"L'instigateur sournois", « l'ennemi qui cherche à égarer qui essaye de marcher sur la voie de rectitude. » Le Méphisto de Goethe se définit aussi comme l’esprit qui toujours nie, bref le prince des dénégateurs

Tu m’as longuement parlé de ta scolarité dans une école catholique qui insista sur la dimension belliqueuse de l’islam mais où plusieurs maîtres éveilleurs, conscients de ton potentiel t’ont pris sous leur aile. Tu as évoqué ta famille, le frère aîné hardi entrepreneur, le cadet volontiers dissipé, la grande sœur infirmière dévouée, sa fille pharmacienne, tes fils et leurs études. Ton père surtout, homme de caractère, travailleur acharné, bouillant, volontiers querelleur et ardent lecteur du Coran dont il t’a transmis la lettre et l’amour. Tes déboires avec le pouvoir politique qui toujours t’a regardé comme non représentatif parce que tellement différent dans ton approche franche, libre, ouverte du Corancontre l’intégrisme, titre de ton excellent livre manifeste.

Ensemble nous avons relancé le magasine Reflets et découvert, ce faisant, les sentiers de l’interculturel, recherché et exploré les lieux  incubateurs de trans-culturalité à Bruxelles. Ensemble nous avons créé les blogs, Reflets que tu animes et Divercity qui mobilise mes énergies.

Tu as remarqué que devant la prolifération de l'islamisme mondialisé, (en Afrique du Nord, au Moyen Orient et jusque dans nos communes bruxelloises)  et le silence des musulmans éclairés je commençais à désespérer de l'islam que d'aucuns qualifient de positif ou d'islam des Lumières.  Cela, tu l'as perçu dans mes commentaires de plus en plus amers et désabusés.

J'ai été soulagé d'apprendre le retour de Bilal, fils d’un de tes voisins parti ls’égarer en Syrie mais récupéré par la détermination de sa mère lancée à sa recherche dans l'enfer syrien. On ne dira jamais assez le courage des mères.

Il faut encourager Bilal et ceux qui reviennent à reprendre leurs études. Leur parler un à un. Les aider à tirer, en toute rigueur, les conséquences de leurs actes irréfléchis mais terrifiants pour certainsIls ont été séduits par la parole qui égare, c’est par le dialogue qu’il faut déconstruire ce discours insensée et les ramener sur la voie droite. Qu'ils apprennent, ces ignorants, que le jihad c’est avant tout l'effort et le travail sur soi et non pas la tentation d'une quelconque cause aveugle ou guerre sainte et cruelle comme d'aucuns le leur font croire. Bref qu'ils acquièrent cet esprit critique qui leur a manqué et qu'ils se construisent enfin pour de bon. Qu'ils apprennent surtout que toute éducation est aléatoire et que c'est uniquement ce qu'on en fait qui détermine ce quon choisit de devenir. "Je n'ai de pouvoir sur vous ni de vous faire du mal, ni de vous faire aller droit" "Qui fait une oeuvre salutaire, c'est pour soi- même ; qui fait la mal, c'est contre soi-même." "Qui bien se guide le fait pour soi-même, qui s'égare le fait à son propre dam" 

Et c’est encore toi qui sans cesse me répète que  "Point ne s'équivalent l'aveugle et le clairvoyant ni les ténèbres et la lumière.

Ton Dieu de miséricorde, comme tu le nommes, guide les bel-agissants à la plénitude du vivre. Et c’est par l’éthique que l’on atteint cette dimension quasi divine de l’humain. Les chrétiens diraient la béatitude (les bouddhistes, le nirvana). Et les libres penseurs ? L’équanimité  et la liberté de conscience !

Il existe quelque chose qui ressemble à une éthique universelle, un esperanto éthique(moreel esperanto, pour parler comme le Hollandais Paul Cliteur) une sorte de globish moral. C’est à définir et à promouvoir cette éthique partagée que nous devons nous employer désormais par priorité car ceux qui s’égarent -et ils sont de plus en plus nombreux- ce sont ceux qui cèdent à l’instigateur sournois- nous diabolisent et délaissent la voie droite de l’éthique pour suivrecelle de l’errance et de l’illusion : illusion totalitaire de Daech et aussi celle du populisme de la droite extrême qui sort à nouveau de sa tanière. Tout cela nous le savons et ne cessons-en vain- de l’écrire et de le répéter. Sache que nous attendons ton prochain livre avec grande impatience et que s’élève à nouveau ta voix pour dire avec tes mots et ceux du Coran que ces assassins s’égarent pour leur propre malheur et celui de l’humanité.

Ne désespérons, cher Ali, du souffle apaisant de l’éthique.

Et que la paix soit avec toi et les tiens.

MG 

 

                

 

 

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