samedi 28 novembre 2015

Menace terroriste: nous sommes passés dans une nouvelle ère

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Cette nouvelle ère postule que nous allons côtoyer le danger qui peut survenir à tout moment dans notre quotidien. L’édito de Béatrice Delvaux.


•                                                                            © Photo News

Vendredi dernier, on ne savait rien de ces niveaux et des conséquences lourdes liées aux chiffres – 3 ou 4 – qui sortent du « tambour ». On nous aurait dit il y a une semaine que des militaires quadrilleraient la Grand-Place et que nous allions rester terrés chez nous, on aurait crié au fou. Pourtant, tout cela s’est produit. Et si aujourd’hui, on rit de nouveau, c’est une manière déguisée de constater que nous sommes toujours en vie.

Et pourtant, il ne faut pas être dupes : nous sommes passés dans une ère nouvelle, qui postule que nous allons côtoyer le danger qui peut survenir à tout moment dans notre quotidien. Il faudra donc vivre comme si de rien n’était, tout en sachant que le pire est possible, et accepter une série de mesures et de contrôles qui encadreront nos mouvements.

Cette nouvelle ère est marquée par quelques enseignements :

 1)  nous avons commis des erreurs dans le passé par naïveté, d’une part sur l’intégration – extrêmement négligée – et d’autre part sur la lutte contre l’islamisme radical, que nous payons aujourd’hui ;

 2) la Belgique est « un des » mais pas « le » maillon faible du renseignement en Europe. Trop facile pour les pays européens et la France en particulier de désigner un coupable alors que ce sont tous les Etats membres qui ont fauté. Ils n’ont pas mis en application les mesures prises depuis Charlie Hebdo, continuent à ne pas échanger leurs renseignements et sont en train par mauvaise foi de faire sauter Schengen qui n’est pas leur problème, mais leur atout ;

 3)  une peur intime s’est insinuée cette semaine en nous : il faudra autre chose que des militaires pour la « consoler » ;

 4) nombre de Belges d’origine étrangère se sont sentis regardés, surveillés, soupçonnés ces derniers jours : il va falloir réparer ces humiliations, dangereuses car elles s’ajoutent à d’autres ;

 5)  Bruxelles a eu le sentiment d’être punie cette semaine. Ce n’est qu’en associant Flamands et francophones qu’on arrivera à la redéployer, dans l’intérêt de tous ;

 6) les autorités politiques belges ? Elles aussi ont basculé dans un nouveau monde et ce n’est pas facile à gérer.

Le dernier enseignement détermine tous les autres : ce n’est pas une guerre de religion qui est à l’œuvre, mais la lutte contre une barbarie qui manipule une religion et la crise d’identité et d’adolescence de jeunes gens perdus, au service des desseins de Daesh plus terre à terre (argent, pouvoir) que spirituels.

Si le dispositif sécuritaire est indispensable à court terme, c’est le champ de l’espoir (emploi, épanouissement, respect) offert par nos sociétés que nous devons retravailler.



 

COMMENTAIRE DE DUVERCITY

« VIVRE COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT, TOUT EN SACHANT QUE LE PIRE EST POSSIBLE » OU CARREMENT VIVRE AUTREMENT ? 

 

Il faudra donc accepter une série de mesures et de contrôles qui encadreront nos mouvements. Cette un euphémisme pour nous expliquer, en nous ménageant que rien ne sera désormais comme avant : une nouvelle ère commence. Elle est marquée par quelques enseignements et de toute évidence d’un grand déficit de libertés pour tous :

 1)  nous avons commis des erreurs dans le passé par naïveté, d’une part sur l’intégration – extrêmement négligée – et d’autre part sur la lutte contre l’islamisme radical, que nous payons aujourd’hui 

Reste à savoir à qui renvoie ce « nous »  pronom personnel très impersonnel en l’occurrence dans une société saturée de « je » hyper individualisés. A l’évidence, ce « nous » renvoie d’abord et avant tout à la classe politique qui a  regardé le peuple des immigrés musulmans d’abord comme de la chair à usine et plus tard comme un vaste vivier de voix dociles. Curieusement, les djihadistes assassins se recrutent au sein des immigrés de la troisième génération. C’est dire si leur éducation par les familles d’abord, par l’école ensuite a échoué. Certes, il ne faut pas généraliser, il y a de magnifiques exceptions. Toutefois, il ne faudrait-il pas sous-estimer le rôle négatif des mosquées qui ont d’emblée fait la différence entre « eux » (marchant dans la droite voie) et « nous » les occidentaux égarés. Certes « nous », les Belges , avons commis des erreurs mais eux ont répugnés à s’intégrer globalement comme surent le faire les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Grecs, les Polonais. On me rétorquera qu’eux étaient de culture chrétienne, donc parfaitement soluble dans notre société de plus en plus sécularisée. Et les Juifs ? In n’y a pas plus assimilé qu’un belge de confession ou de culture israélite et elle s’est faite par le canal de l’école regardée par cette communauté culturelle comme le moyen d’émancipation par excellence.  

Même un Philippe Moureaux qui prétend n’avoir rien à se reprocher confesse qu’il a négligé les jeunes de sa commune (40% de chômage chez les jeunes Molenbeekois). Négligence coupable mais pas seulement de Philippe MoureauxMais il faut bien voir que les valeurs de là-bas prennent largement le dessus sur les valeurs d’ici transmises par des enseignants peu formés à affronter des élèves hostiles à ce qu’ils incarnent lorsqu’une population se regroupe en ghettos communautaires où règne un formidable contrôle social exercé par le pouvoir occulte des mosquées et des grands frères autoritaires et surtout, lorsque le cordon ombilical est nourri par le contact quotidien avec la culture et l’actualité des pays d’origine via les paraboles et la télé satellite. Ils sont tellement comme « nous » ces enseignants et tellement différents « d’eux ». C’est ce qui explique le succès récent des écoles de caractère islamique comme « la Vertu » qui refuse du monde. L’islamisme doit se combattre en amont via un enseignement qui émancipe et développe l’esprit critique et la pensée autonome. Cela c'était la vocation de l’enseignement officiel et sa valeur ajoutée. Le pouvoir politique soucieux de démocratiser les études a largement dévalué le niveau d’exigence dans les écoles publiques. 

La faillite de l’intégration c’est d’abord l’échec de cet enseignement dont il faudra analyser les causes. On aimerait que Joëlle Milquet s’y attèle mais elle est trop préoccupée des intérêts du seul réseau libre qu’elle chouchoute pour consacrer de l’énergie, du temps et de l’argent à cela.  Danger !

On pointera notamment la dégradation spectaculaire de la discipline et la féminisation à outrance de la profession (les musulmans ne regardent pas la femme comme égale de l’homme) et ensuite la détérioration du recrutement liée à la perte de prestige de cette belle profession.  


 2) la Belgique est « un des » mais pas « le » maillon faible du renseignement en Europe

Ce qui fait la force d’Israël, c’est la qualité de ses services de renseignement chose tellement négligée chez nous. Israël se sait menacée depuis sa fondation, nous venons à peine de découvrir que nous étions un peuple cible de l’islamisme militant. La politisation à outrance de nos services publics n’y est sans doute pas étrangère, les mesquineries linguistiques non plus (comme à l’armée). L’affaire Dutroux nous a fait découvrir les failles de la gendarmerie (supprimée depuis) et les failles de notre justice. Nous découvrons maintenant le peu de fiabilité du renseignement belge.    

 

 3)  une peur intime s’est insinuée cette semaine en nous : il faudra autre chose que des militaires pour la « consoler » Cette peur est salutaire dans la mesure où elle provoque une prise de conscience brutale qu’une partie de notre jeunesse issue de l’immigration (mais pas seulement elle) n’en peut plus de ce système ultra matérialiste et se rebelle brutalement contre lui, savamment manipulée par Daech. Il est à craindre que ceci ne soit qu’un début.


 4) nombre de Belges d’origine étrangère se sont sentis regardés, surveillés, soupçonnés ces derniers jours : il va falloir réparer ces humiliations, dangereuses car elles s’ajoutent à d’autres.

Voilà un argument qui passe difficilement. Ces humiliations dangereuses sont une conséquence des attentats barbares, pas une cause. Mais réjouissons-nous car nous sommes toujours en vie. 

 5)  Bruxelles a eu le sentiment d’être punie cette semaine. Ce n’est qu’en associant Flamands et francophones qu’on arrivera à la redéployer, dans l’intérêt de tous ;

Mais punie de quoi au juste, sinon de la gestion laxiste, calamiteuse de politiciens populistes, clientélistes et osons le mot, carrément mafieux, de certains municipalistes démagogues. Cette politique a entraîné l’exode massif des classes moyennes vers la ceinture verte laquelle a entrainé jusqu’à la migration vers Lasne d'une des grandes pointures du PS bruxellois. 


 6) Ce n’est pas une guerre de religion qui est à l’œuvre, mais la lutte contre une barbarie qui manipule une religion et la crise d’identité et d’adolescence de jeunes gens perdus, au service des desseins de Daesh plus terre à terre (argent, pouvoir) que spirituels.

Si le dispositif sécuritaire est indispensable à court terme, c’est le champ de l’espoir (emploi, épanouissement, respect) offert par nos sociétés que nous devons retravailler.

Qui oserait affirmer le contraire. Mais on s’y prend comment ? L’arrivée massive de réfugiés  venus de Syrie et d’Irak et d’ailleurs rendra la tâche encore plus difficile. Autant dire mission impossible dans un pays dont l’industrie se réduit à peau de chagrin.

Assurément oui, nous sommes passés dans une nouvelle ère, l’ère du doute et de la grande crise  européenne. Le danger peut survenir à tout moment dans notre quotidien.

Le danger ? Quel danger ?Les périls sont innombrables, pointons en quelques-uns : terrorisme aveugle et barbare, une immigration massive non contrôlée, un populisme de droite, un islamisme totalitaire, un réchauffement climatique inquiétant, la perte des valeurs, les crises financières, l’essoufflement conjoncturel, l’abandon de la jeunesse et sa révolte prochaine, l’explosion des dépenses sociales. 

Réjouissons-nous malgré tout de toujours être vivants. Apprendre donc à « vivre comme si de rien n’était, tout en sachant que le pire est possible ». Non ! Apprenons de toute urgence à vivre carrément autrement. C’est maintenant ou jamais…

MG

 

 

 

 

Aucun commentaire: