lundi 30 novembre 2015

Olivier Willocx: "Il faut des cours d’arabe à l’école"

La Libre Belgique

 RAPHAËL MEULDERS ET MATHIEU COLLEYN 



Selon Olivier Willocx, de Beci, Bruxelles va devoir réhabiliter son image suite à la menace terroriste. "Bruxelles a intérêt à s’inspirer du modèle d’intégration flamand", dit-il. D’après lui, la discrimination à l’embauche est aussi le fait des personnes issues de l’immigration.

 

L’UNITÉ NATIONALE FACE AUX MENACES N’A PAS TENU TRÈS LONGTEMPS. LA N-VA A RAPIDEMENT CIBLÉ MOLENBEEK, ET "L’ISLAMO-SOCIALISME". CETTE COMMUNICATION EST-ELLE NÉFASTE POUR BRUXELLES ?

Peut-être, mais on ne peut pas rendre la N-VA coupable d’une situation, alors qu’elle n’était pas au pouvoir. Selon moi, il y a eu un compromis politique pour ne pas s’occuper de Molenbeek. Dans les années 80, la gauche a voulu maintenir de l’emploi ouvrier dans une ville où elle était historiquement minoritaire. Les libéraux étaient contents de pouvoir s’éloigner du centre et de laisser les jeunes issus de l’immigration dans leurs écoles. Certains, sans le cacher, avaient intérêt à ce que l’ascenseur social soit bloqué. Contrairement à Elio Di Rupo, qui a eu faim et est soucieux de cette progression sociale, Philippe Moureaux vient de la bourgeoisie bruxelloise. C’est un marxiste pour qui le "Grand Soir" viendra quand l’implosion sociale aura lieu. Cette opposition entre socialistes a marqué la gestion de Bruxelles.

PHILIPPE MOUREAUX A-T-IL PACTISÉ AVEC LES ISLAMISTES, SELON VOUS ?

Cela a peut-être été sa dérive, mais cela n’a pas été sa finalité. La gestion libérale de certaines communes a été aussi catastrophique pour les populations d’origine immigrée. Dans les années 90, on a délibérément fermé des écoles "pour que les étrangers partent de la commune". Longtemps, on a relégué les jeunes d’origine étrangère en enseignement professionnel et technique, pour "sauver notre enseignement général". Certaines écoles à Uccle ont refusé la remédiation scolaire et c’est de la discrimination. Tous les partis ont participé à cela. On en paie les pots cassés.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PROJECTEUR SUR MOLENBEEK

1. Il y a eu un compromis politique pour ne pas s’occuper de Molenbeek. Certains, sans le cacher, avaient intérêt à ce que l’ascenseur social soit bloqué. ". Longtemps, on a relégué les jeunes d’origine étrangère en enseignement professionnel et technique, pour "sauver notre enseignement général". Certaines écoles à Uccle ont refusé la remédiation scolaire et c’est de la discrimination. Tous les partis ont participé à cela. On en paie les pots cassés. (OW)
2. "Nous devons oeuvrer (à) essayer de diminuer cette colère chez les jeunes". La poudrière couve depuis des années: chômage élevé, drogues, petite délinquance et ghettoïsation à deux pas du centre-ville, sans omettre, de l'aveu général, un certain laxisme des politiques et des forces de l'ordre. (Sarah Turine)
3. "L'Etat islamique a une stratégie diabolique, satanique, pour attirer les gens à l'aide de sa propagande sur la pauvreté et l'injustice. Puis quand ils arrivent là-bas (en Syrie), il passe à la phase de la guerre", Jamal Habbachich

Tout cela est archiconnu depuis des années, même si on fait mine de le découvrir avec une surprise feinte. La différence ? C’est que ce qui est dit et écrit ouvertement désormais était regardé comme politiquement incorrect avant les attentats de Paris. Les yeux se sont ouverts. Certes, l’’image de Molenbeek et celle de Bruxelles s’en trouvent anéanties. Mais surtout on ne saurait nier plus longtemps que cette jeunesse en colère va donner encore pas mal de fil à retordre à notre société. Jan Jambon, notre ministre de l’intérieur, a beau bomber le torse façon Sarko, ce n’est pas lui qui viendra à bout du problème molenbeekois.

C’est un travail de très longue haleine qui exigera un investissement social, donc financier majeur, une bombe à retardement qui menace la cohésion sociale et le vivre ensemble. On constatera au passage l’efficacité relative d’une commune comme Schaerbeek pour affronter les mêmes problèmes. C’est remarquable quand on se souvient ce qu’était Schaerbeek à l’époque où cette grande commune était dirigée par un ami proche de Jean Marie Le Pen de 1970 à 1989. Les medias se plaisent à mettre en avant les verres à moitié vides en ignorant ceux qui sont plus qu’à moitié pleins.

MG



MOLENBEEK : "IL FAUT DIMINUER LA COLÈRE CHEZ LES JEUNES"

Le Vif Rédaction en ligne

"Repaire de jihadistes" aux yeux du monde, la commune bruxelloise de Molenbeek a pourtant lancé des initiatives pour prévenir la radicalisation de jeunes en perdition susceptibles de suivre l'itinéraire meurtrier des frères Abdeslam, impliqués dans les attentats de Paris.



© Belga

Sarah Turine est l'élue en charge de la jeunesse à Molenbeek. Islamologue de formation, elle est en première ligne de la bataille menée pour empêcher les départs en Syrie afin de rejoindre le groupe Etat islamique (EI). La première étape consiste généralement à dépêcher un sociologue et un psychologue pour tenter de renouer les liens entre un jeune déclassé sur le point de basculer et sa famille. La suivante est de mettre en lumière les graves conséquences du choix qu'il s'apprête à faire. "Nous devons oeuvrer (à) essayer de diminuer cette colère chez les jeunes", explique à l'AFP mme Turine"nousdevons leur dire qu'ils ont une place ici, qu'ils ne sont pas des citoyens de seconde zone, et décrédibiliser le discours" des recruteurs, poursuit la jeune élue écologiste, qui supervise un programme de prévention de la radicalisation.

Dans une Belgique qui compte en Europe le nombre le plus élevé de "combattants étrangers" par rapport à sa population, il n'est pas aisé pour les familles de savoir vers qui se tourner, en particulier à Molenbeek, considéré comme un "terreau fertile" de radicalisation. La poudrière couve depuis des années: chômage élevé, drogues, petite délinquance et ghettoïsation à deux pas du centre-ville, sans omettre, de l'aveu général, un certain laxisme des politiques et des forces de l'ordre. Ces critiques font grincer des dents le Premier ministre Charles Michel: "Nous n'avons pas en Belgique des endroits où la police n'ose pas circuler dans certaines banlieues, comme c'est le cas en France parce que les voitures sont caillassées", s'est-il insurgé dimanche à la radio-télévision publique RTBF.

CIBLER LES PLUS VULNÉRABLES

Bilal, musulman de 21 ans, sait à quel point les recruteurs de l'EI peuvent être persuasifs. Une douzaine de ses amis, garçons et filles, ont rejoint le jihad en Syrie. "Les recruteurs ciblent les faibles", témoigne-t-il. Ils ont joué avec le sentiment de culpabilité de ses amis et "leurs délires dans les boîtes de nuit", leurs relations avec le sexe opposé et "leurs antécédents avec la loi", un mode de vie déviant au sein d'une communauté appauvrie et conservatrice. Les recruteurs attisent aussi leur sentiment d'injustice face aux interventions occidentales au Moyen-Orient, relève Bilal, qui a résisté aux sirènes jihadistes. Jamal Habbachich, qui préside un conseil de 22 mosquées à Molenbeek, rapporte que les recruteurs abordent les jeunes marginalisés par le biais de tracts qu'ils distribuent dans la rue et sur les marchés. "L'Etat islamique a une stratégie diabolique, satanique, pour attirer les gens à l'aide de sa propagande sur la pauvreté et l'injustice. Puis quand ils arrivent là-bas (en Syrie), il passe à la phase de la guerre", avance-t-il.

Certes, les mosquées collaborent avec Sarah Turine pour prévenir la radicalisation des jeunes. "L'imam met les jeunes en garde: +Attention, si vous prenez ce chemin-là vous aller détruire votre vie+", explique M. Habbachich dans son bureau de la mosquée Attadamoun. Mais les moyens sont limités pour toucher les plus vulnérables. Rétablir les liens familiaux et communautaires que les jeunes ont rompus, en travaillant avec les écoles et les travailleurs sociaux, c'est la priorité d'Olivier Vanderhaeghen, l'administrateur du programme de prévention.

"D'abord, le jeune va rompre avec son réseau, ses amis, l'école, avec son club de sport par exemple", énumère M. Vanderhaeghen. "Dans la deuxième phase, il va rompre avec l'espace public. Il ne va plus fréquenter les mêmes endroits, il va changer de quartier. Enfin, il va rompre avec sa famille et ses proches", phase finale du processus d'isolement. Selon Sarah Turine, le programme a permis d'"aider des dizaines et des dizaines" de jeunes musulmans. Mais pour Jamal Habbachich, il reste beaucoup à faire pour former les jeunes, les aider à trouver un emploi et leur donner une échappatoire pour s'exprimer. "Personne ne les écoute, personne ne leur parle", déplore-t-il.

 

 

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