jeudi 12 novembre 2015

Une séance du film «Black» dégénère au Kinepolis à Bruxelles

Patricia Labar

Le Soir

Des échauffourées ont perturbé la projection du film « Black », évoquant le sujet des bandes urbaines au Kinepolis de Bruxelles.



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Une séance du film « Black » a été annulée mercredi soir au Kinepolis de Bruxelles après des incidents au sein et autour du complexe cinématographique.

Des jeunes voulaient acheter un billet pour voir le film « Black » d’Adil El Arbi et Bilal Fallah, qui évoque la problématique des bandes urbaines mais le film est interdit aux spectateurs de moins de 16 ans. Les jeunes ont alors acheté un ticket pour voir un autre film mais ont tenté de renter dans la salle. Le service d’ordre les en a empêchés.

La police a dû être appelée en renfort car la situation dégénérait.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« SENTIMENT D’EXCLUSION, DU MANQUE DE REPÈRES, DE CHOCS CULTURELS. » 


Circulez, il n’y a rien à voir. Il s’agit d’un non-événement qui aurait pu tourner au tragiqueRien de tel pour assurer le succès commercial du film, une machine à choquer et à faire du fric. La directrice du Vendôme, situé au cœur de Matongé, a eu le nez fin en évitant de le programmer. Je refuse personnellement d’aller voir ce machin et de tomber dans l’hystérie collective. Certes, il y a un problème de bandes à Bruxelles, des bandes extrêmement violentes, bien connues de la police. Espérer les démanteler est un leurre car ce serait résoudre une question sociale insoluble, celle des jeunes issus d’immigrations récentes et à peu près abandonnés à eux même. Le phénomène, assure "Mo", est sous contrôle. "On connaît nos cocos"

Les motifs ? "Lutte de territoire, pour les zones de deal ou bêtes histoires de manque de respect." 

C’est une réalité complexe, qui tient du sentiment d’exclusion, du manque de repères, de chocs culturels." Le point commun, de l’avis du policier, "c’est le détricotage de la cellule familiale" lié à des phénomènes socio-économiques, plus fréquents dans les communautés issues de l’immigration.

On se souvient de West Side Story, l’opéra ou plutôt la tragédie musicale filmée de Leni Bernstein qui avait fait un tabac en 1961 et que chacun se plaît à regarder comme un chef d’œuvre il y a plus de cinquante ans.  À New York dans les années 1950 deux gangs de rue rivaux, les Jets (Américains d'origine polonaise, irlandaise et italienne) et les Sharks (immigrés d'origine portoricaine), font la loi dans le quartier West. Ils se provoquent et s'affrontent à l'occasion. Tony, ancien chef des Jets qui a maintenant pris ses distances avec le gang, et Maria, la sœur du chef des Sharks, tombent amoureux, mais le couple doit subir les forces opposées de leurs clans respectifs. Il n’est pas très rassurant de prendre conscience, brutalement, que désormais le Bronx est situé entre Matongé et Molenbeek.

MG

 


LES BANDES URBAINES À BRUXELLES, CE N’EST PAS DU CINÉMA

LORFÈVRE ALAIN  La Libre Belgique



Rencontre avec "Mo", le policier qui a inspiré un des personnages du film "Black".


Sur les murs du bureau de l’inspecteur bruxellois Maurice Nlandu, beaucoup de photos souvenir, notamment de l’époque où il était para. Des coupures de presse aussi, liées à sa spécialisation :"Bandes urbaines : verdict ce jeudi pour Fiston", "Ces bandes urbaines qui s’entre-tuent".

"Mo", comme l’appellent ses collègues de la "Recherche" - l’ancienne brigade judiciaire de la Ville de Bruxelles - a servi de modèle à Fabrice, l’inspecteur bienveillant de "Black". Ce second long métrage des réalisateurs belges Adil El Arbi et Bilall Fallah, qui sort ce 11 novembre en salles et qui a retenu l’attention d’Hollywood ne laissera pas indifférent. Il dépeint la romance entre Maleva et Marwann sur fond d’affrontements entre deux bandes rivales de Molenbeek et de Matonge, le quartier africain de Bruxelles. On y découvre un Bruxelles interlope et (très) violent où de jeunes femmes sont réduites à des objets sexuels qu’on possède ou jette. Une vision qui dérangera sans doute certains.

"Le film est une fiction mais ce qu’il révèle de l’univers des bandes est réaliste", tranche d’emblée l’inspecteur Nlandu"En termes de violence des faits commis, on est même un cran en dessous", ajoute-t-il. A ses yeux, les réalisateurs auraient pu assumer de révéler encore plus.

 

SPÉCIALISTE DES BANDES URBAINES

Avec son collègue Ludovic Corvilain, Maurice Nlandu, "jeune homme de cinquante ans", connaît son sujet. Cela fait dix-neuf ans qu’il est policier et il en a passé plus des trois quarts à enquêter sur les bandes urbaines. On ne peut le soupçonner d’aucun préjugé : né dans ce qui était encore le Zaïre, il a fait ses classes à l’école de la marine marchande, à Ostende. Naturalisé, il est entré dans les paras, a effectué différentes missions - notamment en Somalie en 1992-1993. Au retour, il s’oriente vers la police. Nommé dans un service d’enquête. Maurice Nlandu devient rapidement un spécialiste des bandes urbaines.

"Dans ma zone (Bruxelles-Ixelles), on en recense seize." Mais, insiste l’inspecteur, le citoyen lambda court peu de risques d’être confronté à leur violence intrinsèque : "les premières victimes sont d’abord les membres des bandes". Les motifs ? "Lutte de territoire, pour les zones de deal ou bêtes histoires de manque de respect." Ou comme dans "Black", lorsqu’une fille sort avec un garçon d’une autre bande.

 

PHÉNOMÈNE SOUS CONTRÔLE

Le phénomène assure "Mo" est sous contrôle. "On connaît nos cocos", lâche-t-il, en écho à son alter ego de cinéma qui lance à ses troupes "vous connaissez nos clients…". Un magistrat spécialisé suit les dossiers et requiert les devoirs d’enquête. Les inspecteurs des six zones de police de la Région bruxelloise s’appuient sur une banque de données décentralisée, la DBSBU, qui permet de recouper les informations.

Cette banque de données fut constituée à la suite d’une circulaire du Procureur du Roi datant de 1999. La qualification de "bande urbaine", pour floue qu’elle puisse sembler, répond à des critères précis. Avec, pour socle, ce que le Code pénal définit dans ses articles 322 à 326 comme "association de malfaiteurs et organisations criminelles". La circulaire de 1999 contient une liste limitative des infractions pouvant donner lieu à l’enregistrement d’un justiciable dans la banque de données.

L’inspecteur cite en exemple la vente de stupéfiants ou la destruction d’objets mobiliers, avec violence et menaces, en bande. "Les critères sont strictement définis, tous rattachés à une infraction qualifiée dans le Code pénal. Cela évite que n’importe quel auteur d’une infraction se retrouve assimilé à une bande urbaine." Ce suivi permet aussi un traitement approprié des infractions.

 

SORTIR DES BANDES

Le film ne risque-t-il pas d’entretenir des stéréotypes, avec sa représentation de jeunes délinquants issus de l’immigration ? "Les premières bandes urbaines modernes sont formées par les Irlandais aux Etats-Unis, au début du XIXe siècle… C’est une réalité complexe, qui tient du sentiment d’exclusion, du manque de repères, de chocs culturels." Le point commun, de l’avis du policier, "c’est le détricotage de la cellule familiale" lié à des phénomènes socio-économiques, plus fréquents dans les communautés issues de l’immigration.

Dans "Black", le policier tente de persuader Mavela d’échapper à cet univers. Une entreprise qui paraît impossible. "Il est possible de sortir d’une bande, nuance Maurice Nlandu. Mais ce n’est pas simple. La condition la plus importante, c’est de prendre une autre direction et de se faire oublier." Mais, ajoute-t-il, "c’est plus difficile si on est susceptible de témoigner contre un ancien complice".

Maurice Nlandu veut croire que c’est possible : "Il faut avoir confiance en la société. Notre boulot est dur, on gratte, on cherche, c’est sans fin. Les bandes existent depuis la nuit des temps, c’est dans la nature humaine. Mais quand on boucle un dossier, quand on peut apporter une réponse à la famille d’une victime ou quand un jeune s’en sort, c’est bien, on est content et ça nous motive pour la suite."

A ses yeux, "Black" a le mérite de "montrer que ça existe, que ça peut arriver" ."Il faut assumer de parler de cette réalité". Après, tempère encore le débonnaire inspecteur, "c’est du cinéma : New York ne se résume pas à ‘Mean Streets’ de Martin Scorsese ou Los Angeles à ‘Colors’ de Denis Hopper." On était hier soir à Matonge, et on y a passé une excellente soirée…

 

 

"BLACK" NE SERA PAS PROJETÉ PARTOUT

LE FILM D’ADIL EL ARBIET BILALL FALLAH SUSCITE DES CRAINTES POUR DIVERSES RAISONS.

Consacré aux bandes urbaines à Bruxelles, le film d’ Adil El Arbi et BilallFallah sort mercredi mais il ne sera pas à l’affiche de plusieurs cinémas. C’est le cas au Vendôme à Ixelles et au Stockel, toujours à Bruxelles. Non pas par crainte des émeutes qu’ils pourraient engendrer comme l’a notamment écrit "De Morgen" dans son édition de samedi, mais parce que "notre cinéma propose des films plus artistiques" s’est défendue la directrice et programmatrice du Vendôme.

Dans d’autres salles de la capitale, la projection du film sera précédée d’une vidéo d’introduction réalisée par les deux réalisateurs. En revanche, en Wallonie, "Black" ne sera pas projeté dans plusieurs cinémas dont Cinepointcomà Charleroi et à Verviers. Soit pour des raisons de rentabilité, soit par crainte des troubles qu’il pourrait engendrer.

 

LES ÉCOLES D’ACTEURS FORMENT SURTOUT DES "BLANCS"



En marge de ce début de polémique autour de "Black", l’ASBL Be.brusseleir a annoncé lundi les lauréats de son édition 2015. Les réalisateurs du film ont été élus Brusseleirs de l’année. A l’occasion de cette reconnaissance, Adil El Arbi a attiré l’attention sur les talents de la jeunesse bruxelloise qui ont inspiré les deux longs métrages qu’il a coréalisé. "Tous nos acteurs viennent de Bruxelles. Ils n’ont jamais joué, ni fait d’école. On les a choisis par nécessité. Les bandes ont des jeunes d’origines diverses. On a dû aller les chercher dans la rue, parce que les écoles d’acteurs flamandes comme francophones forment surtout des ‘blancs’." (Belga)

 

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