dimanche 20 décembre 2015

Amélie Nothomb reçue à l’Académie belge: «C’était stupeur et tremblements!»

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

Le Soir

Elle a rendu un vibrant hommage à son prédécesseur Simon Leys.



•                                                    © Le Soir / Dominique Duchesnes


Peut-être verra-t-on enfin de jolis chapeaux surmonter les têtes parfois chenues des académiciens belges. La plus célèbre des écrivains belges a enfin été reçue comme membre de l’Académie de langue et de littérature françaises de Belgique. Amélie Nothomb ne s’y attendait pas, comme elle l’a expliqué au micro d’RTL : «  C’était stupeur et tremblements  ! ».

« Deux heures avant la séance, j’ai littéralement pleuré d’angoisse  », a-t-elle confié au journal de la RTBF. Son secrétaire perpétuel Jacques De Decker l’a accueillie avec un discours très élogieux. Amélie Nothomb s’est ensuite livrée à l’exercice traditionnel du discours en hommage à son prédécesseur au fauteuil qu’elle occupe, Simon Leys.

«  Je m’assiérai avec fierté et émotion au fauteuil de Simon Leys, a-t-elle dit, mais je ne lui succède pas. Indépendamment de toute humilité, si je ne lui succède pas, c’est d’abord parce que je ne le tiens pas pour défunt. Je n’ai même pas besoin de relire Simon Leys pour savoir qu’il n’est pas mort. Il me suffit d’écrire pour savoir qu’il est vivant. »


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

STUPEUR ET JUBILATION


Stupeur ? Oui et non : ce fut un moment de grâceLe public nombreux et benoit n’y vit que du feu, un feu d’artifices sous la forme d’un hommage passionné à Simon Leys qu’elle découvrit à l’âge de cinq ou six ans à Pékin, dans les salons cossus de l’ambassade de Belgique où son père, excellence plénipotentiairequi l’admirait le présenta à ses jeunes enfants comme une très grande plume.  Le mythe du grand écrivain. Amélie fut médusée. Stupeur et adulation.  Non elle ne saurait succéder à Simon Leys : les grands ne meurent jamais. Stupeur et vénération

Amélie, cosmopolite de son propre aveu, s'acquitta de sa tâche avec grâce, zèle et gravité se livrant à un bel exercice d’interculturalité en disant toute sa dette et son respect à l’égard du Japon, pays de la perfection qui l’habite à jamaisQuand je vais mal, vraiment mal, je vais me ressourcer là-bas.

Le Soir, à Flagey elle se lâcha sous le feu roulant des questions de Jacques De Decker qui en son Académie, dans son discours de réception avait décortiqué son ouvre au scalpel mais avec une belle empathie. Il a relu tout l’œuvre, à l’envers en commençant par le roman le plus récent, y découvrit un jeu complexe de constellations

Il y a dix ans déjà que le secrétaire perpétuel lui avait proposé un siège à l’Académie royale de Belgique. Vous n’y pensez pas lui répliqua  l’égérie. Mais le perpétuel est obstiné. Cette fois, s’assurant de la complicité de ses parents, il la mit devant le fait accompli. « Amélie, j’ai une bonne nouvelle, vous êtes élue, vous siégerez au fauteuil de Leys.  Stupeur et sidérationAlors elle se mit à l’ouvrage : la terrible épreuve du discours la terrorisait ; elle n’en dormit plus mais elle se souvint qu’elle avait suivi les cours de philologie romane à l’ULB alors qu’elle habitait Ixelles et qu’elle passait ses journées à lire et à étudiercomme une acharnée, ne s’octroyant qu’une heure de récréation quotidienne en faisant, vers minuit, le tour des étangs et de l’abbaye de la Cambre, lieu emblématique de son imaginaire. Elle nous raconta tout cela avec une candeur subtilement feinte, d’une voix enjouée, mélodieuse et délicieusement travaillée dans un joli costume de scène : Amélie au grand chapeau, gothique malgré elle échappée d’une scène de Haloween. Stupeur et jubilation.


MG

 


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