lundi 7 décembre 2015

Face aux attentats, le courage d'agir plutôt que la peur paralysante

Pascal De Sutter

Psychologue politique à l'UCL

 

Les djihadistes utilisent la peur pour censurer les caricaturistes, la peur pour détruire l'économie touristique de la Tunisie, la peur pour éradiquer les minorités chrétiennes au Moyen-Orient. Allons-nous aussi laisser cette émotion nous dominer en Belgique ?



© Reuters

Les djihadistes utilisent la peur pour censurer les caricaturistes, la peur pour détruire l'économie touristique de la Tunisie (qui tente pourtant courageusement de combiner la démocratie avec l'Islam modéré), la peur pour éradiquer les minorités chrétiennes au Moyen-Orient. Allons-nous aussi laisser cette émotion nous dominer en Belgique ? Notre confort de vie a-t-il transformé les Européens en couards pendant que des jeunes filles yézidies surmontent leur terreur pour se battre ?

Or, c'est bien la peur qui pousse tant d'entre nous à annuler un séjour à Paris ou à éviter une sortie culturelle à Bruxelles. Cela ruine notre économie et c'est ce que veulent les terroristes. Nous devrions plutôt suivre l'exemple du courage des Londoniens pendant la Seconde Guerre mondiale : sous les bombardements nazis quotidiens et malgré des milliers de morts, ils continuaient à travailler normalement, continuaient à aller aux spectacles, continuaient à fréquenter les pubs et surtout... continuaient à vivre à la britannique. Que pouvons-nous faire ? D'abord, soyons plus rationnels : à l'échelle individuelle, la probabilité de succomber à un attentat terroriste est infime. Il existe bien plus de risque de mourir à cause de la foudre ou d'une piqure d'abeille ! Ensuite, il faut cesser de croire qu'il existe une solution sécuritaire "miracle". La décision du gouvernement de mettre soldats et policiers dans la rue était légitime, mais elle ne doit pas perdurer. Nos policiers et militaires seront bien plus utiles dans la traque des islamistes armés qu'à prendre froid passivement devant les gares. Placer des agents de sécurité devant tous les lieux publics et des portiques dans toutes les gares est très coûteux et inefficace (1). Cela ne sert à rien d'autre qu'à nous donner une illusion de sécurité. Charlie Hebdo bénéficiait d'une protection et cela n'a pas arrêté les terroristes. Les mesures de sécurité dans les aéroports n'empêchent pas les avions d'exploser en vol.

ASSUMER ENFIN FIÈREMENT NOTRE MODE DE VIE.

Plutôt que de nous cacher en tremblant derrière des mesures de "fausse sécurité", il faut contre-attaquer. Comment ? En assumant enfin fièrement notre mode de vie. Cessons d'avoir peur de faire respecter nos lois en Europe, comme celles du bien-être animal. Osons rappeler que dans une démocratie on peut critiquer toutes les religions et se moquer de tous les prophètes. Arrêtons aussi de nous autoflageller en disant que c'est nous, les Occidentaux, qui sommesresponsables des horreurs terroristes. Les djihadistes assassinent aussi des hindous, des bouddhistes et des musulmans. Arrêtons de voter pour des politiciens qui favorisent la prolifération des extrémistes ou qui défilent aux côtés d'islamistes dans des manifestations anti-Israël. Demandons à nos élus d'augmenter les budgets scandaleusement faméliques des services de renseignement militaires et civils. Exigeons que soient modifiées les lois sur l'immigration afin de faire venir chez nous plus d'immigrés qui aiment la démocratie et adhèrent à nos valeurs et moins de gens qui ont grandi dans la haine du Juif, du chrétien, de l'incroyant et de l'Occidental. Exigeons que soient créés des centres fermés de déradicalisation. Montrons notre fraternité avec les musulmans démocrates et progressistes qui osent s'exprimer. N'allons plus en vacances dans les pays qui soutiennent l'Etat islamique et boycottons les pays qui financent les organisations terroristes.

Agir ainsi ne résoudra pas tout, mais sera plus efficace que pleurnicher sur les réseaux sociaux ou y diffuser des messages de haine. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi...

(1) Lors d'une expérience menée dans les aéroports par l'agence américaine de sécurité des transports, des agents ont réussi à franchir les portiques avec des armes ou des explosifs factices à 67 reprises sur 70 essais.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« QUE POUVONS-NOUS FAIRE ? »


Sous les bombardements nazis quotidiens et malgré des milliers de morts, ils continuaient à travailler normalement, continuaient à aller aux spectacles, continuaient à fréquenter les pubs et surtout... continuaient à vivre à la britannique. Que pouvons-nous faire ? D'abord, soyons plus rationnels : à l'échelle individuelle, la probabilité de succomber à un attentat terroriste est infime.

La grande différence c’est que les anglais de cette génération n’étaient pas  lobotomisés par les affres du confort consumériste. Surtout, ils étaient électrisés par les discours d’un chef de guerre Shakespearien toujours inspiré et déterminé à en découdre résolument avec l’ennemiNi le président normal français, ni notre premier ministre actuel, ni ,surtout, le roi des Belges en peignoir éponge ne sauraient nous inspirer le même élan.

MG




L'ESPOIR, L'ULTIME REMÈDE ?

Barbara WitkowskaJournaliste


Source : Le Vif/l'express

Terrorisme, migrants, climat, socio-économique... Face aux crises à répétition, de plus en plus nombreuses, fréquentes et menaçantes, l'état de choc, la peur, la méfiance et le cynisme dominent. A tort, plaide le maître d'oeuvre du World Book of Hope : c'est l'espoir qui nous fera triompher de l'obscurantisme. Forcément ?



Place de la République (Paris), 15 novembre 2015. © REUTERS

Le livre tombe à point nommé. L'EspoirThe World Book of Hope. C'est le titre du dernier volet de la trilogie, coordonnée par Leo Bormans, journaliste, écrivain et conférencier belge, après Le Bonheur. The World Book of Happiness et The World Book of Love. Le secret de l'Amour, deux best-sellers mondiaux. Le principe est chaque fois pareil : Bormans a sélectionné, dans cinquante pays, cent scientifiques et universitaires de premier plan, en leur demandant de résumer, en mille mots, les résultats de leurs recherches sur ces trois thèmes qui sont au centre des préoccupations chacun.

Dans le passé, l'espoir était synonyme d'un sentiment assez vague, flou, doux, intangible. Une sorte de désir et d'attente, de valeur presque, reliés, le plus souvent, au sentiment religieux. Les recherches scientifiques sur l'espoir ont démarré il y a une vingtaine d'années. Aujourd'hui, à travers le monde, environ 300 spécialistes - économistes, sociologues et psychologues - sont en train d'étudier l'espoir. De leurs recherches, il apparaît que, si le bonheur est l'ultime motivation de nos actions et si l'amour est le sentiment ou l'émotion suprême de notre vie, l'espoir en est le moteur. Ou le carburant qui fait tourner ce moteur. Il porte sur l'avenir mais surtout sur le renforcement de notre résilience au présent. Autrement dit : l'espoir serait comme l'oxygène de la vie.

Cet espoir, il est fondé sur trois composantes. D'abord, les objectifs qu'il comporte. Concrètement : c'est à chacun de fixer ses propres buts, à chacun de déterminer quel type de projets il veut accomplir dans la vie, ce qu'il veut devenir. Ensuite, les chemins pour y parvenir : parfois droit, parfois tortueux, parfois semé d'embûches. Les gens remplis d'espoir avancent, imperturbables, quel que soit le terrain. Car ils ont compris que les obstacles (accidents et maladies), les difficultés et les échecs font partie de l'expérience humaine et sont capables de les franchir.

L'autodétermination est le troisième élément de l'espoir : beaucoup de gens se considèrent victimes de la vie et des événements. Ce qui réduit leur flexibilité et leur capacité d'adaptation aux changements et limite les choix qui s'offrent à eux. Il faut donc devenir acteur de sa vie, nous rappellent les scientifiques qui contribuent au "grand livre de l'espoir".

L'espoir est donc essentiel parce qu'il évite de sombrer. Bonne nouvelle : on peut apprendre à augmenter son niveau d'espoir. "L'espoir n'est pas l'optimisme, nuance Leo Bormans. L'espoir, c'est l'optimisme avec les manches retroussées. Il appelle à l'action. Nous pouvons élargir notre horizon d'espoir en nous penchant sur notre passé. La façon dont nous nous souvenons de nos actes posés justifie ce que nous croyons possible dans l'avenir. On peut se dire : ''Je crois que le futur sera bon et j'agis en fonction de cela.'' La vraie puissance de l'espoir réside dans l'exploration des différentes possibilités qui s'offrent à nous. Il faut aussi accepter nos imperfections et adapter constamment nos objectifs. Il faut croire et agir. Nous avons enfin besoin de leaders pleins d'espoir, capables de nous le transmettre et capables d'agir au nom de cet espoir annoncé."

Agir. Et ne pas seulement espérer. C'est ce à quoi encouragent plusieurs des spécialistes sollicités pourL'Espoir. The World Book of Hope. Pas tous. Ainsi, le psychanalyste canadien Guy Corneau relève qu' "aussi essentiel qu'il paraisse, l'espoir n'en est pas moins une sorte de poison qui peut nous empêcher d'affronter avec lucidité une situation réelle. Car force est de constater que, la plupart du temps, nous nous contentons d'espérer passivement que cela aille mieux, d'attendre que passent les moments difficiles. "

L'espoir. The World Book of Hope.Source de succès, de résilience et de bonheur, par Leo Bormans et 10 scientifiques, éditions Racines, 378 pages.

 

Aucun commentaire: