samedi 12 décembre 2015

Le MR bruxellois veut être plus cosmopolite

FRÉDÉRIC CHARDON Le Vif



Depuis plusieurs années, les libéraux bruxellois sont bousculés par la nouvelle réalité sociologique de la Région-Capitale : la paupérisation de Bruxelles mais aussi le poids des électeurs d’origine immigrée au fur et à mesure qu’il progressait ont bousculé les rapports de force politiques. Le MR qui, traditionnellement, pouvait compter sur les électeurs bruxellois pour lui garantir la place de numéro 1 dans la capitale et ainsi contrebalancer l’ultra-domination du PS en Wallonie, doit désormais faire son deuil de cet âge d’or.

"COLLER" AUX RÉALITÉS BRUXELLOISES

Mais les réformateurs bruxellois veulent renverser la tendance baissière en vue des élections locales de 2018. Pour ce faire, ils ont décidé de faire davantage de place aux candidats issus de l’immigration sur les futures listes électorales. Il s’agit de pouvoir mieux "coller" aux nouvelles réalités de la région bruxelloise afin de donner le change en particulier au Parti socialiste mais aussi au CDH sur le terrain de la représentation des minorités d’origine étrangère.

Certains, au MR, estiment pouvoir notamment marquer des points auprès de la communauté turque. "Le PS s’est fortement investi sur la population d’origine maghrébine, note une source libérale, tandis que le CDH est très présent dans la communauté issue de l’Afrique noire. Joëlle Milquet a fait le tour des églises évangélistes… Mais pour le MR, les Turcs et d’autres communautés comme les personnes originaires d’Europe de l’Est peuvent être séduits par notre message sur la liberté d’entreprendre, la défense des indépendants."

DE WOLF CONFIRME

Contacté mercredi, Vincent De Wolf, secrétaire politique de la fédération bruxelloise du MR et bourgmestre d’Etterbeek, confirme la volonté libérale de placer plus de candidats correspondant à la sociologie bruxelloise. Toutefois, explique-t-il, ce n’est pas pour autant que le MR bruxellois compte verser dans le communautarisme qu’il dénonce depuis des années comme étant l’un des travers que ses adversaires n’ont pas su éviter. "Je suis tout à fait dans l’optique de l’ouverture du MR en vue des élections de 2018, oui, je confirme, confie celui qui est également chef du groupe libéral au Parlement bruxellois. Mais cette démarche se veut sans aucun communautarisme. Par exemple, j’avais placé Abdallah Kanfaoui (député régional, pédiatre à l’hôpital Brugmann) en troisième place de la liste régionale aux dernières élections. Il a vraiment le profil de ceux qui veulent trouver leur place à Bruxelles. Il faut que nos candidats respectent les valeurs du parti, les droits de l’homme, le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat…"

Pour Abdallah Kanfaoui, justement, cette démarche des libéraux en vue des élections est une bonne chose. Grand défenseur du parcours d’intégration obligatoire pour les primo-arrivants, il estime que les libéraux peuvent délivrer un message optimiste aux étrangers : "Le MR ne cherche pas à représenter une élite parmi la population d’origine immigrée, affirme-t-il. Il s’agit de mieux coller aux réalités de notre société. Mes parents étaient illettrés lorsqu’ils sont arrivés du Maroc en 1965. Mon père était ouvrier et ma mère s’occupait de la famille à la maison. Et puis me voilà. L’un des messages du MR aux personnes d’origine étrangère, c’est qu’il est possible de réussir".

"DES PROIES POUR LE PS"

Reste que le MR, à ce jour, séduit moins que d’autres formations politiques parmi ces populations, notamment chez les plus modestes. A ce sujet, Abdallah Kanfaoui tient un raisonnement très "MR" et pointe du doigt des manœuvres des socialistes. "L’un des grands problèmes des immigrés, c’est qu’ils ont vécu pendant longtemps en autarcie dans des quartiers qui sont devenus des ghettos. Ils étaient dès lors une proie facile pour des partis comme le PS qui sont allés les chercher de manière active. Ce que les libéraux n’ont pas fait."


 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« IL FAUT FONCTIONNER AU MÉRITE ET NON SELON L'ORIGINE. »


Faut-il que ce soit la petite élue du Burkina qui remette Vincent De Wolf sur les bons rails et le PR sur ses pieds? Ce n’est certainement pas en copiant la stratégie communautariste du PS que le MR bruxellois réussira à capter le vote d’origine immigrée. Il y a une autre voie, plus patiente et plus pesante de procéder. Il conviendrait en effet que le MR entreprenne systématiquement et un par un l’ensemble  des petits commerçants des 19 communes qui sont autant de petits entrepreneurs qui créent leur propre poste de travail et l’empoi de plusieurs membres de leurs familles employés à temps plein ou partiel dans la petite firme familiale. Cela va du snack au marchand de légumes, en passant par les bricos ethniques, les boucheries hallal et les restaurants, les entreprises de chauffage, d’électricité et tous les commerces de proximité. Cela fait beaucoupdu monde qui au fond n’a pas vraiment de raison pour voter autre chose que MR. De cela, pas un mot dans les propos du bourgmestre d’Etterbeek qui se veut homme de terrain. On se demande qui inspire sa stratégie. De plus, c’est une évidence, il faut choisir les candidats selon leurs mérites et non pas leur degré de popularité au sein d’une communauté. Moi, je vote pour des blancs, des noirs, des gens d'autres religions... Ce qui compte, c'est ce qu'ils pensent, ce qu'ils proposent. Ce courage-là, je ne le vois pas dans ce propos. Il faut du leadership et oser assumer ses responsabilités face aux réalités. Il ne faut pas confondre : être ouvert au vivre-ensemble, ce n'est pas faire du communautarisme. Il faut fonctionner au mérite et non selon l'origine.

C’est cela être libéral au XXIème siècle à Bruxelles, monsieur De Wolf.

MG  



LE MR BRUXELLOIS PLUS COSMOPOLITE ? "UNE IDÉE PATERNALISTE ET RÉDUCTRICE", FUSTIGE ASSITA KANKO

JONAS LEGGE Le Vif


Afin de "coller" aux nouvelles réalités de la Région bruxelloise, le MR compte se montrer plus cosmopolite. Lors des élections communales de 2018, les libéraux vont ouvrir leurs listes électorales à davantage de personnes issues de l'immigration, en provenance notamment de Turquie ou d'Europe de l'Est. Une volonté confirmée par Vincent De Wolf, secrétaire politique de la fédération bruxelloise du MR. La conseillère communale (MR) Assita Kanko a mal accueilli ce choix. L'Ixelloise, originaire du Burkina Faso, évoque du "paternalisme".

 

VOUS AVEZ AFFIRMÉ SUR TWITTER QUE VOUS ÉTIEZ "FURIEUSE" CONTRE CETTE DÉCISION DU MR BRUXELLOIS. POURQUOI ?

C'est une erreur de dire qu'il s'agit d'une décision du MR. Cette décision n'appartient qu'à quelques personnes. Je suis très attachée aux principes de respect de l'individu, de responsabilisation. Ce sont les individus qu'on doit pouvoir intégrer, pas des communautés. Ne versons pas dans le cloisonnement de la société, cela m'énerve. Vu la situation dans laquelle Bruxelles se trouve, ce n'est pas la pêche cosmopolite qui permettra aux citoyens de mieux vivre ensemble. C'est la pêche aux idées et aux réalisations qui sera profitable pour tous. Il faut respecter l'électeur. Moi, je vote pour des blancs, des noirs, des gens d'autres religions... Ce qui compte, c'est ce qu'ils pensent, ce qu'ils proposent. Ce courage-là, je ne le vois pas dans ce propos. Il faut du leadership et oser assumer ses responsabilités face aux réalités.

LE VOTE COMMUNAUTAIRE PROFITE AU PS ET AU CDH. LE MR RISQUE DE CONTINUER À PERDRE DES VOIX S'IL NE S'INSCRIT PAS DANS CETTE LOGIQUE. TANT PIS ?

L'appel aux votes communautaires a causé pas mal de problèmes dont Bruxelles a du mal à se remettre. On l'a vu dans les quartiers. Alors quand on sort un discours comme ça, je me demande si l'on n'est pas tombé sur la tête ! Il faut arrêter ce propos-là qui sous-estime l'électeur issu de la diversité. Tous ne sont pas ouverts à un vote communautariste. C'est une idée paternaliste et réductrice qui part du principe que l'électeur d'origine étrangère n'est pas capable de réfléchir si on cherche à le convaincre. On ne vote pas pour une couleur mais pour des idées !

CETTE VOLONTÉ DU MR N'EST INSCRITE NULLE PART MAIS A BIEN ÉTÉ CONFIRMÉE PAR VINCENT DE WOLF. ON IMAGINE MAL QU'IL SE SOIT RÉPANDU SANS L'AVAL DE DIDIER REYNDERS, PRÉSIDENT DU MR BRUXELLOIS. VOUS LEUR EN VOULEZ ?

Je n'ai jamais assisté à une réunion où l'on a décidé qu'on allait faire du communautaire comme d'autres partis. Il ne faut pas confondre : être ouvert au vivre-ensemble, ce n'est pas faire du communautarisme. Il faut fonctionner au mérite et non selon l'origine. Quand ils ont ouvert les listes dans d'autres partis, ce n'était pas dans le but de servir la diversité mais de l'asservir ! Ils ont réduit des personnes à des couleurs et des origines. Réduire les gens à leur plus simple expression est inacceptable ! C'est de la bêtise politique.

CE N'EST PAS LA PREMIÈRE FOIS QUE VOUS CRITIQUEZ DES DÉCISIONS OU DES AVIS DU MR. VOUS NE CRAIGNEZ PAS QUE VOS PRISES DE POSITION DÉRANGENT ?

Je donne mon avis librement. Je ne suis pas hypocrite et je ne vais pas dire le contraire de ce à quoi je crois. Nous sommes un parti libéral qui prône la liberté d'expression donc je ne vois pas en quoi donner son avis doit poser un problème. J'avais 18 ans quand j'ai donné mon avis face à Blaise Compaoré au Burkina Faso. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais changer de manière de faire. Certains principes sont non négociables.

 

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