mercredi 30 décembre 2015

Menace terroriste: ce qu’on sait sur les 2 suspects mis sous les verrous

Louis Colart (Le Soir avec Belga)

Saïd Souati et Mohamed Karay comparaîtront ce jeudi en chambre du conseil.



•                  Les                              © Photo News


Un projet d’attentat qui visait «  des lieux emblématiques  » de Bruxelles durant la période des fêtes de fin d’année a été déjoué ces derniers jours, grâce à une enquête menée par le parquet fédéral. Deux Anderlechtois sont mis sous les verrous, en attendant de passer devant la chambre du conseil.

Ce mercredi, l’un des deux hommes, Mohamed Karay, a nié toute intention de perpétrer un attentat à Bruxelles, par la voix de son avocat.

Il est impossible d’affirmer qu’avec l’interpellation des deux individus, toute menace terroriste est écartée pour le Nouvel An.

CE QUE L’ON SAIT SUR LES DEUX SUSPECTS

 Saïd Souati, 30 ans, est considéré comme le dirigeant de la présumée entreprise terroriste. Il était le chef du groupe de motards bruxellois Kamikaze Riders. L’homme est connu comme étant un prêcheur radical, se référant à Anwar Awlaki, ancien idéologue en chef d’al-Qaïda en péninsule arabique, rapporte  la DH. Avec cette bande de motards, cet Anderlechtois a réalisé plusieurs braquages de bistrots et de restaurants entre 2008 et 2009. Pour ces faits, il a été condamné à 6 ans de prison ferme, rapportent les journaux de Sudpresse.

Souati a été placé sous mandat d’arrêt du chef de menaces d’attentats, de participation aux activités d’un groupe terroriste en qualité de dirigeant et de recrutement en vue de commettre des infractions terroristes, comme auteur ou coauteur.

Souati a été cité dans le dossier Sharia4Belgium, sans pour autant être inculpé. Un membre du groupuscule islamiste a fréquenté le sinistre club de motards : Hakim Elouassaki. Parti en Syrie, Hakim est revenu en Belgique grièvement blessé mais n’a pu être jugé à Anvers aux côtés de Foued Belkacem, à défaut d’examen de santé mentale.  

L’autre frère d’Hakim, Abdelouafiest mort en mai 2013 dans un accident de moto. C’était un proche de Souati. Peu avant son décès, Abdelouafi était surveillé de très près. Déjà, des menaces pesaient sur la capitale. Un appel téléphonique entre Abdelouafi et son 3e frère parti en Syrie en septembre 2013, Houssien , avait été intercepté par les policiers. Les deux hommes parlaient de mener une attaque à Bruxelles, de collecter des armes…

 Mohamed Karay, 27 ans, était lui aussi membre des Kamikaze Riders et originaire d’Anderlecht. Il travaillait comme technicien automobile, selon la DH. Son casier est vierge, à l’exception d’infractions routières. Le GSM de Mohamed Karay aurait servi à consulter des sites djihadistes. Il conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme qu’il n’est strictement pas radicalisé, a indiqué ce mercredi son avocat, Me Xavier Carette.

Le profil Facebook de son client ne fait pourtant pas mystère de sa sympathie pour la cause djihadiste.



Image de propagande djihadiste, postée sur Facebook par Mohamed Karay.

Image postée sur Facebook par Mohamed Karay. Deir Ezzor est une ville pour partie conquise par le groupe Etat islamique dans l’est de la Syrie.



L’homme a été interpellé à son domicile. C’est chez lui qu’a été retrouvés du matériel de propagande en lien avec l’organisation terroriste État islamique. Chez lui aussi qu’a été découvert le matériel d’airsoft (ou paint-ball) et les tenues de camouflage. Une innocente activité ludique ? Pas si sûr, selon la RTBF  : «  Lorsqu’il s’agit de personnes radicalisées, ce type d’activité peut servir aussi de couverture pour s’entraîner aux tirs dans des conditions proches du terrain. Ce matériel constitue donc un indice supplémentaire  », analyse la chaîne publique. Aucune arme n’a cependant été découverte lors des différentes perquisitions.

Karay a été mis sous mandat d’arrêt du chef de menaces d’attentats et de participation aux activités d’un groupe terroriste, comme auteur ou coauteur.

Mohamed Karay et Saïd Souati comparaîtront ce jeudi en chambre du conseil.

LES KAMIKAZE RIDERS SE DÉFENDENT

Un membre des Kamikaze Riders déplore que les médias salissent le nom de son club de moto. Selon lui, ce dernier n’est pas un gang ou un groupe terroriste mais une famille partageant la passion de la moto.

« Le club de moto Kamikaze Riders, dont Saïd Saouti est le fondateur, existe depuis une quinzaine d’années. Sa centaine de membres, présents dans toute la Belgique, sont de toutes origines et confessions, pas spécifiquement de religion musulmane. C’est une famille qui aime se retrouver autour de sa passion commune, la moto. Cela me fait mal au coeur de voir le nom de ce club sali par les médias. Ce n’est pas parce que quelqu’un fait une bêtise, que les autres doivent en pâtir », a indiqué Ludovic Ansel, membre des Kamikaze Ridersdepuis 10 ans.

« Je connais Mohamed Karay et Saïd Souati depuis des années, et suis surpris par leur arrestation. Tous deux étaient certes à fond dans leur religion mais ils n’ont jamais eu de geste ou de parole extrémiste. Je n’ai jamais été témoin de propagande islamiste de leur part », a-t-il conclu.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

THANATOS RIDERS

Quand les voyous de Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek et d’ailleurs font trembler la cité, le Belgique et l’Europe tout entière, c’est qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Il serait temps que l’on se penche sérieusement sur la nature profonde, radicale de cette pourriture. Il existe certes un versant lumineux de l’islam. Mais ce serait faire preuve d’un angélisme coupable que d’en ignorer la face obscure.C’est à cette entreprise que se livre Adonis dans son dernier livre Islam et violence dont la lecture est une nécessité. Je la recommande chaudement à quiconque veut comprendre ce qu’est exactement l’engagement de ces jeunes barbares qui se disent et se veulent djihadistes. L’interview qu’il a donnée à l’huma en donne un reflet tout à fait éclairant. A découvrir sans attendre.  

« Ces jeunes pratiquent l’islam comme un message, ils veulent convertir tout le monde, même la France. Pour eux, la mort est la porte d’entrée au paradis. Comment un être humain peut-il penser et agir de la sorte? » Adonis

MG  



LE FRÈRE DE DJIHADISTES BELGES SE TUE À MOTO

L. N. Publié le mercredi 29 mai 2013  La DH


Abdelouafi Elouassaki, 29 ans, était le frère aîné de Houssien et Hakim, partis se battre en Syrie

LAEKEN Un accident mortel de la circulation s’est produit lundi peu avant 22 h à Laeken (Bruxelles), sur l’avenue de la Reine, à hauteur du square Jules de Trooz. Une BMW 318 a emprunté la rue Claessens tandis qu’AbdelouafiElouassaki, 29 ans, arrivait à moto dans la direction opposée. Les deux conducteurs ont freiné brutalement et Elouassaki a chuté lourdement.

L’automobiliste âgé de 25 ans était indemne mais l’habitant de Vilvorde, originaire de Nador, au Maroc, a été blessé si grièvement qu’il a succombé quelques minutes plus tard à l’hôpital.

Kawaz , comme ses amis l’appelaient, était connu comme leader des Kamikaze Riders. C’est un club bruxellois de moto qui se faisait remarquer en roulant de manière particulièrement audacieuse sur la voie publique.

Elouassaki se vantait volontiers des vitesses qu’il atteignait et avait placé encore l’an dernier sur Facebook un procès-verbal montrant qu’il avait été flashé en France à 235 kilomètres/heure.

Abdelouafi ne ressemblait pas vraiment à un extrémiste musulman. Ainsi, il participait souvent à des fêtes avec des DJ bruxellois et il posait volontiers aux côtés de Djibril Cissé, un joueur de football franco-ivorien converti à l’islam.

Mais ses plus jeunes frères, Houssien et Hakim, appartiennent à Shariah4Belgium et sont partis se battre en Syrie.

Comme Abdelouafi leur aurait donné un coup de main, il a été aussi brièvement interpellé lors du vaste coup de filet survenu le mois dernier. Avant cette arrestation, il usait de propos menaçants à l’encontre du bourgmestre de Vilvorde Hans Bonte“Je suis assez malin pour te faire disparaître. C’est fini avec toi” , avait-il écrit sur Facebook après que Bonte eut confirmé que ses frères se battaient en Syrie.

Hakim est revenu grièvement blessé du front et se trouve maintenant dans une prison brugeoise. Mais Houssien, qui a aussi été soupçonné d’être partisan de la violence, serait toujours en Syrie.

Durant un coup de fil qu’il a donné depuis ce pays à Abdelouafi, il était question de plans pour une attaque terroriste à Bruxelles.

Avec objectif possible le palais de justice.

Il n’est pas certain qu’Abdelouafi ait été seulement informé de ces plans ou s’il devait y tenir un rôle.

Enfin, un deuxième membre des Kamikaze Riders a été cité dans le dossier des combattants syriens. Il s’agit de Saïd S., 28 ans, un ami de jeunesse d’Abdelouafi qui a fondé le club de moto. Il serait connu dans son quartier d’Anderlecht comme un extrémiste musulman et a déjà été en prison pour vol avec effraction et armes. Selon certains témoignages de ses compagnons, il se trouverait à nouveau en prison mais sans que l’on sache pour quels faits précis.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VIVA LA MUERTE


Ce qui frappe chez les jihadistes comme chez les Kamikaze Riders, c’est la fascination pour Thanathos, l’ange de la mort. Encore une fois, tout ceci est expliqué en long et en large dans Islam et Violence par Adonis en conversation avec la psychanalyste Houria Abdelouahed, brillante bourdieusienne et bataillienneAdonis se définit comme un cosmopolite : « Je suis comme un arbre dont les racines auraient poussé de tous les côtés et dont les branches se déploieraient sur toutes les portes, dans toutes les directions, y compris vers l'Europe. [...] Mon engagement est civilisationnel. Il est fondé sur un métissage humain et culturel. » Sa poésie se nourrit de mythologie grecque, arabe, de poètes français. Il est le contraire des réactionnaires à la Finkielkraut obsédés par le repli identitaire, et de l'islam tel qu'il le définit dans cet ouvrage-bombe à se procurer à lire de toute urgence en méditant chaque page, crayon en main.

Une lecture hygiénique qui guérit de toutes les égarements du politiquement correct? 

MG

 

ADONIS : « LES RACINES DU TERRORISME 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SOPHIE JOUBERT

MERCREDI, 18 NOVEMBRE, 2015 L'HUMANITÉ



Photo Francine Bajande

Entretien avec le grand poète arabe né en Syrie, Adonis.

QUELLES SONT, SELON VOUS, LES RACINES DU TERRORISME?

ADONIS L’islam est à la fois un état et une croyance. La foi et la vie quotidienne, l’ici-bas et l’au-delà, sont unifiés. Il est fondé sur trois piliers: premièrement, le Prophète est le dernier des prophètes, deuxièmement, le croyant ne peut rien modifier, mais doit se contenter d’appliquer et d’obéir, troisièmement, les vérités transmises par le Prophète sont ultimes. J’ajouterai que le musulman n’a pas le droit de renoncer à l’islam, sinon il sera tué. Si on pousse cette logique plus loin, Dieu lui-même n’a plus rien à dire, parce qu’il a dit son dernier mot à son dernier prophète. L’autre n’existe pas s’il n’est pas musulman. C’est un monde clos.

 POURTANT, IL EXISTE PLUSIEURS LECTURES DU TEXTE SACRÉ…

Adonis Oui, et le texte est aussi une lecture. Je parle de la lecture majoritaire, celle du wahhabisme, qui domine aujourd’hui. Beaucoup de musulmans ne la partagent pas, mais ils ne représentent pas la majorité des croyants. Le nœud du problème est le pouvoir. Depuis 1950, les Arabes n’ont rien fait pour changer la société, on ne parle que de changement de régime.

On peut combattre la dictature, mais pas un régime religieux, le plus dangereux des régimes car il nie l’individu. Il faut une rupture radicale pour pouvoir libérer la femme de la loi religieuse, fonder une société laïque qui respecte la citoyenneté, donner à l’être humain la liberté de création et de pensée. Tout ce qui se passe actuellement pourrait aboutir à des régimes encore plus radicaux.

 

QUELLES SONT, SELON VOUS, LES SOURCES DE LA VIOLENCE DANS L’ISLAM?

Adonis La violence est constitutive de notre histoire et fait partie de notre quotidien. La mort du prophète Mahomet fut suivie par la fondation du premier califat et la transformation de l’islam en un régime politique. Le peuple qui était «un» autour du Prophète a connu des divisions et des guerres.

La guerre de succession a duré cinquante ans, les al-ansâr ont été écartés au profit des Quraysh (la famille de Mahomet au sens large – NDLR). Les quatre premiers califes ont été assassinés. La violence a continué avec les Omeyyades, les Abbassides. L’islam est devenu une guerre idéologique et le Coran a été interprété en fonction des conflits d’intérêts.

MAIS LA VIOLENCE EXISTE AUSSI DANS LA BIBLE…

Adonis Le Coran est une version de la Bible, donc la violence est aussi biblique. Il y a deux sortes de violence: théorique et pratique. Il faut lire ce qui est lié àlenfer dans les sourates du Coran, les châtiments adressés au renégat sont inconcevables pour un imaginaire moderne. Cette violence céleste, divine, est aujourd’hui exercée sur la terre, comme si l’homme au pouvoir représentait Dieu. Cela explique pourquoi nous n’avons pas connu la démocratie, elle n’existera pas tant qu’il n’y aura pas de citoyenneté, d’individus libres. On parle le langage du Moyen âge.

VOUS DITES DANS VOTRE LIVRE QUE DAECH EST LA FIN DE L’ISLAM, COMME LA FLAMME D’UNE BOUGIE QUI A UN SURSAUT AVANT DE S’ÉTEINDRE, POURQUOI?

Adonis Un peuple a une présence dans le monde dès lors qu’il crée et participe à la construction de l’avenir. Toutes les civilisations ont un cycle, une fin. Peut-être que Daech est le signe de cette fin. Pour moi, les Arabes font déjà partie de l’histoire. Leurs régimes affrontent des problèmes modernes avec une mentalité révolue.

VOUS VOULEZ DIRE QU’ILS SONT INADAPTABLES À LA MODERNITÉ?

Adonis Oui. Mais j’insiste: ceux qui règnent aujourdhui et lisent le texte coranique dune manière littérale nont rien à voir avec les individus arabes, les musulmans extraordinaires présents dans le monde entier. Il existe de grands poètes, romanciers, médecins, architectes. L’individu n’est pas en cause, c’est la communauté, le pouvoir. Les dirigeants ne laissent pas les autres interpréter le texte coranique dans un sens moderne, ils veulent seulement rester au pouvoir. Et ils ne connaissent pas vraiment leur texte. Tout texte, surtout divin, est polysémique.

SELON VOUS, IL N’EXISTE PAS UN VRAI ISLAM ET UN ISLAM DÉVOYÉ, IL N’Y A QU’UN SEUL ISLAM, QUI PORTE AUSSI EN LUI LA VIOLENCE. MAIS LIBRE ENSUITE À CHACUN DE L’INTERPRÉTER?

Adonis Je ne suis pas contre la foi individuelle, c’est un droit. Mais je serai toujours contre une religion institutionnalisée et imposée à toute une société. Ce qui règne aujourd’hui c’est le wahhabisme, l’Arabie saoudite avec son argent et la complicité de l’Occident. Il a transformé et nié un espace extraordinaire de civilisation en Irak, en Libye, en Syrie. L’Europe n’a pas compris, elle est responsable, sa politique est uniquement liée à des intérêts économiques. Elle doit la repenser.

COMMENT ANALYSEZ-VOUS QUE DES JEUNES, DONT CERTAINS ONT GRANDI EN FRANCE, SE FASSENT EXPLOSER EN PLEIN PARIS?

Adonis J’hésite à en parler car je ne suis pas un homme politique mais je crois que c’est lié à la mémoire de la colonisation, aux blessures algériennes. La religion et la question sociale sont mêlées, c’est plus dangereux et compliqué. Chez nous, dans le monde arabe, les différences confessionnelles se manifestent par des guerres entre Arabes. Ces jeunes pratiquent l’islam comme un message, ils veulent convertir tout le monde, même la France. Pour eux, la mort est la porte d’entrée au paradis. Comment un être humain peut-il penser et agir de la sorte? Depuis cinq ans, en Irak et en Syrie, ils ont mis les femmes dans des cages, ont égorgé, détruit les musées, les œuvres dart, comment expliquer quune statue soit considérée comme un ennemi? Pour eux, la seule culture possible est coranique.

POURQUOI, SELON VOUS, LA POÉSIE EST-ELLE INCOMPATIBLE AVEC L’ISLAM?

Adonis Aucun poète n’a écouté le texte coranique, heureusement. L’islam a refusé la poésie, comme Platon d’ailleurs. Mais on ne trouve dans notre histoire aucun poète croyant, l’équivalent pour l’islam d’un Claudel, qui était un grand poète et un catholique pratiquant. Tous les poètes étaient antireligieux. On peut aussi parler des mystiques qui ont accompli une grande révolution, changé la conception de Dieu. Contrairement à ce que pensent les orientalistes, ils ne font pas partie de l’islam, mais ont été traités en apostats, certains ont été crucifiés. Il n’existe pas non plus de philosophie arabe religieuse. Elle a pris de l’islam la Révélation et de la Grèce la Raison et en a fait une synthèse.

QUE FAIRE AUJOURD’HUI?

Adonis L’Église catholique au Moyen Âge était terrible, mais les Européens ont réussi à s’adapter à la modernité. Il faut séparer l’islam de l’État et aider les Arabes à rompre avec leur passé et l’obscurantisme. Si on est d’accord sur le principe de laïcité, on peut changer beaucoup de choses. La foi est comme l’amour, elle relève de l’expérience personnelle. La France est le pays des droits de l’homme, de Descartes et de Baudelaire, et elle doit aider à refonder la société laïque arabe, à promouvoir la liberté, la création, l’ouverture vers l’autre. Les mystiques disaient «lautre cest moi», avant le «je est un autre» de Rimbaud.


ADONIS ET SA BOMBE FÉMINISTE CONTRE L'ISLAM

Par Vincent Jaury (in Trnsfufe, extraits)

Adonis, contrairement à un Houellebecq, s'attaque à l'islam du point de vue du féminisme et de la laïcité, et non sur l'idée du grand remplacement. Au-delà de la rivalité qui court dans les médias entre bien-pensants et réactionnaires, le poète chiite syrolibanais Adonis analyse, scrute, décortique avec une grande connaissance le Coran et le monde arabe d'aujourd'hui, à l'aide de la psychanalyste Houria Abdelouahed, brillante bourdieusienne et bataillienne. Le constat est pour lui, pour eux, sans appel et il fait froid dans le dos : la violence est intrinsèque à l'islam, et prend sa source dans le Coran : « C'est un texte extrêmement violent. J'ai compté quatre-vingts versets sur la Géhenne (l'enfer). [...] Le kufr (mécréance) et ses dérivés figurent dans cinq cent dix-huit versets, le supplice et ses dérivés font l'objet de plus de trois cent soixante-dix versets. Sur trois mille versets, cinq cent dix-huit portent sur le châtiment. » Il donne un exemple de verset consacré aux mécréants : « Nous jetterons bientôt dans le Feu [...] ceux qui ne croient pas à nos Signes. Chaque fois que leur peau sera consumée, nous leur en donnerons une autre afin qu'ils goûtent le châtiment. » Adonis donne d'autres exemples, très nombreux, sur le rapport de l'islam aux femmes. Là encore, le Coran est intraitable. Un verset parmi tant d'autres : « Si elles montrent une indocilité, reléguez-les dans des chambres à part, et battez-les. » Vous allez me dire oui, mais c'est le texte, mais qu'en est-il des sociétés arabes d'aujourd'hui ? Là encore, le constat est affligeant. Ces sociétés religieuses n'auraient pas évolué depuis le début de l'islam. Houria Abdelouahedse rend compte que les mots misogynie, machisme ou sexisme n'existent pas en arabe. Pour Adonis, « la mentalité de l'homme musulman et arabe demeure profondément religieuse. Sa structure mentale et psychique est religieuse. Elle est empreinte de domination, de pouvoir et d'emprise. La femme se trouve dans cet engrenage sans véritable issue. » Pour ce défenseur du Femen, ce poète qui écrit que l'univers est féminité, la honte absolue de l'islam est la manière dont cette religion, encore aujourd'hui, peut-être encore plus aujourd'hui, traite les femmes
Une seule solution selon Adonis pour sortir de ce dangereux islam : séparer l'État de la religion. Créer non plus des musulmans, mais des citoyens. « Tant que la religion va de pair avec le pouvoir », écrit-il, tant que la religion musulmane est institutionnalisée, c'est-à-dire dans la sphère publique, aucun progrès ne sera possible. Et dans aucun pays arabe cette séparation n'existe. Premières victimes ? On l'aura compris, les femmes. Le scandale pour Adonis est avant tout cet « assassinat » symbolique ou réel des femmes dans l'islam. Daech, à ce titre, est pour l'auteur non une rupture, mais bien une continuité, certes monstrueuse, de ce qui existe dans le Coran. Il y a cependant deux raisons d'espérer : la violence extrême de Daech pourrait mettre fin à des siècles de règne islamique. Il pourrait y avoir une prise de conscience des Arabes de la dangerosité de l'interprétation littérale du Coran et des conséquences monstrueuses qu'elle peut engendrer. La deuxième raison est liée à la première : selon Adonis toujours, la nouvelle génération arabe est laïque. Elle aimerait entrer dans la modernité et y entrerait si les dictatures dans lesquelles elle vit ne l'en empêchaient.

LE POÈTE ET INTELLECTUEL SYRIEN ADONIS : «L’ISLAM POLITIQUE REFLÈTE UNE LECTURE AUTORITAIRE ET VIOLENTE DE LA RELIGION »

Adonis, ce fanatique de la séparation entre l’État et la religion et cet incurable rêveur de la démocratie et de la laïcité dans le Monde arabe  vient de sortir un nouveau livre intitulé « Printemps Arabes : Religion et Révolution ». Il s’agit d’un ensemble de ses articles publiés dans plusieurs journaux (Al Safir, Al Hayet…) sur le Printemps arabe. De l’enthousiasme total, le poète syrien vire vers la frustration du devenir des révolutions, confisquées par les forces extérieurs et les mouvements islamistes. Plus que jamais, il sent que la lutte pour l’instauration de l’État à caractère civil et de la société moderne et laïque reste d’actualité. D’où la nécessité d’achever ce travail commencé par la jeunesse révoltée, et institutionnaliser les principes de la liberté, des Droits de l’Homme et de la citoyenneté. Pour lui, l’expérience tunisienne promet beaucoup d’espoir et devrait servir d’exemple aux autres pays arabes. 

De passage en Tunisie pour donner une série de conférences et de lectures poétiques, nous l’avons rencontré. Entretien

VOUS VENEZ DE PUBLIER UN NOUVEAU LIVRE INTITULÉ « PRINTEMPS ARABES : RELIGION ET RÉVOLUTION ». TROIS ANS APRÈS LE PRINTEMPS ARABE ? GARDEZ-VOUS LE MÊME SENTIMENT D’ENTHOUSIASME QUE VOUS AVEZ ÉPROUVÉ DEPUIS LE DÉBUT, OU VOUS AVEZ DÉSORMAIS DE LA FRUSTRATION ?

Qui lit le livre se rend bien compte que j’ai toujours soutenu ce qu’on appelle « le Printemps arabe », surtout que j’ai toujours été, pour un changement dans le Monde arabe. J’ai adoré l’idée que, pour la première fois dans l’histoire de la pensée arabe moderne, se concrétisent les concepts de la séparation entre la religion et l’État, de la société civile, de la citoyenneté, des Droits de l’Homme et de la laïcité, et ce, à travers des gens qui sont descendus manifester dans la rue. Tous ces principes, étaient discutés dans les livres et dans les cercles intellectuels. Et puis, tout d’un coup, ils sont devenus une réalité dans la Place Tahrir en Égypte. C’était une grande source de fierté. Ensuite, je me suis rendu compte, soudainement, qu’il ne s’agissait que d’un songe, d’un nuage passager et que cet évènement si important a subi une déviation, avec l’entrée en jeu de facteurs stratégiques et financiers, en plus de la religion. Résultat : l’objectif de ces révolutions a muté. Ce n’est plus le projet de construire une société civile, mais de changer le régime, à l’aide de forces religieuses que nous (intellectuels arabes, ndrl) avons combattues pendant des années. C’est pour cela que je m’en suis voulu et que j’ai senti que je me suis précipité à espérer. L’ampleur du pouvoir de l’argent et « l’arabisation » de l’Occident qui a adopté les différents courants religieux m’ont surpris. Avant, nous disions que les régimes dictatoriaux sont de nouvelles formes de colonisation. Mais nous avons vu que des « oppositions »  se comportent de la même manière, comme si là où nous allons, nous sommes entre les mains du colonisateur. Nous sommes parvenus à un stade où certaines de ces « oppositions » ont demandé à ce que leurs pays soient bombardés.

ON VOUS A BEAUCOUP REPROCHÉ DE NE PAS AVOIR PRIS UNE POSITION HOSTILE FACE AU RÉGIME DE BACHAR AL ASSAD. COMMENT RÉPONDIEZ-VOUS À CELA ?

J’ai traité les révolutions du Printemps arabe d’une façon globale, car je ne fais pas de la politique. Et puis, tout le monde connait ma position du régime Al Assad depuis 56. Et j’ai espéré que l’opposition syrienne soit à l’hauteur des attentes, mais elle ne l’a pas été. Pourtant, je continue à soutenir « l’opposition interne » qui est contre la violence et l’ingérence extérieure, en réclamant un État à caractère civil et une société laïque. Et là, je voudrais attirer l’attention au fait que pour des raisons politiques, le mot « laïcité » n’a jamais été prononcé dans les révolutions arabes. Il a été remplacé par « le caractère civil de l’État » qui est une expression ambiguë, laquelle pourrait signifier un régime non militaire. Or, l’idée est de créer des régimes laïques où le religieux est séparé du politique, ce qui permettrait de créer une nouvelle société. C’est pour cela que je ne voulais pas travailler avec l’opposition que je considère comme une autre forme de dictature.

QUE REPROCHEZ-VOUS À L’OPPOSITION SYRIENNE ?

L’usage de la violence armée et le fait de faire appel à l’ingérence extérieure, comme si c’est la Turquie, les États-Unis, l’Arabie Saoudite et la France qui font la guerre et pas l’opposition.

APRÈS CE QUI S’EST PASSÉ EN ÉGYPTE, PEUT-ON ENCORE PARLER DU PRINTEMPS ARABE ?

Il y a encore de l’espoir que l’expérience tunisienne se consolide et que le projet de l’État à caractère civil puisse se réaliser dans d’autres pays arabes, à travers l’existence d’un dialogue entre toutes les parties pour arriver au consensus. Je ne suis pas idiot pour rêver qu’une société qui a vécu 1500 ans en se basant sur la théologie, va devenir, tout d’un coup, laïque et démocrate. Mais j’espère, au moins, que se construise une voie claire qui mène vers cet objectif.

PENSEZ-VOUS QUE LA TUNISIE SE TROUVE SUR LA BONNE VOIE ?

Je pense que la Tunisie a fait des pas avancés sur cette voie et cela se manifeste à deux niveaux : D’abord, l’instauration d’un dialogue démocratique et l’arrêt de la violence. Ensuite, l’inscription des droits des femmes dans la Constitution. J’aurais préféré qu’il n’y ait pas de référence à la religiosité de l’État dans la Constitution, car il ne faut pas que l’État ait une religion. Si on respecte les libertés et les droits des non-croyants, il est nécessaire de les défendre de la même manière. La société est plurielle et le fait de dire que l’Islam est la religion de l’État est une forme de violence et de confiscation des droits d’autrui.

QUEL EST, SELON VOUS, L’AVENIR DE L’ISLAM POLITIQUE ?

Je suis contre l’expression « islam politique » car elle est ambiguë. L’Islam a en lui même un caractère politique et violent car il réprime la moitié de la société, à savoir les femmes et considère le non-musulman comme un mécréant. La religion musulmane, comme elle est pratiquée, incite à la violence. C’est pour cela que j’en appelle à une nouvelle lecture, ce qui nécessite un long travail. Je voudrais préciser là, que je ne suis pas contre la religion. Je considère que l’expression « islam politique » reflète une lecture autoritaire et violente où l’Islam n’est que rite et moyen pour arriver au pouvoir. Et je suis contre cette lecture, car elle est contraire à l’Islam lui-même. En même temps, je ne soutiens pas la religion comme institution, culture ou  politique éducative. J’estime qu’elle doit se limiter aux croyances individuelles. Je ne combats pas la religion car c’est un besoin naturel. Mais le musulman doit respecter les droits des autres qui ont des idées et des visions différentes.

CONSIDÉREZ-VOUS QUE LE CONTEXTE ACTUEL DANS LE MONDE ARABE, PERMETTE DÉSORMAIS, LA SÉPARATION ENTRE  LA RELIGION ET L’ÉTAT ?

Je crois qu’il est temps de réaliser cette séparation. Si on regarde la Tunisie, on voit bien que les forces vives et créatrices dans la société comme les artistes, les poètes,  les hommes de théâtre et les représentants de la société civile sont des forces civiles et laïques. Je pense que la démocratie qui passe uniquement par les urnes n’a pas de sens. Il faut qu’il y ait une culture derrière. Sinon elle devient un moyen pour promouvoir l’ignorance et la dictature.    

LES INTELLECTUELS ARABES N’ONT PAS JOUÉ UN GRAND RÔLE DANS LES RÉVOLUTIONS. POURQUOI ?

Ce qui s’est passé dans le Monde arabe et notamment en Tunisie est le résultat de ce qu’ont écrit les intellectuels depuis les années 50. Les révolutions arabes sont le résultat de longues années de débats, d’études et de manifestations populaires. C’est injuste de s’interroger sur le rôle de ces derniers, puisque c’est eux qui ont préparé la plate-forme culturelle pour les révolutions.

ON A TOUJOURS DIT QUE LES RÉVOLUTIONS ARABES SONT POLITIQUES ET PAS CULTURELLES, QU’EN PENSEZ-VOUS ?

Dire que ce sont des révolutions politiques, c’est se limiter aux apparences. Une vision favorisée par plusieurs facteurs d’ordre financier, économique et confessionnel. Mais le changement qui s’est passé en profondeur est essentiellement culturel et il est le résultat d’un travail intellectuel cumulé qui n’apparait pas.

PENSEZ-VOUS QU’IL Y AIT UN NOUVEAU PROJET QUI SOIT EN TRAIN DE SE METTRE EN PLACE DANS LE MONDE ARABE, PUISQUE LES PEUPLES ONT REFUSÉ LES DICTATURES, MAIS AUSSI LES RÉGIMES ISLAMISTES ?

Toute chose nouvelle naît sous forme d’expérimentation. Il ne peut y avoir de progrès, dans une société, qu’à travers une rupture avec le passé. Dans le Monde arabe, la civilisation, la culture et la politique sont basées sur la religion. Pas de rupture à aucun de ces niveaux, car cela nécessite la création d’institutions et de lois qui la consacre. 

Je pense que ce qui a donné à la Tunisie cette force, c’est l’existence de bases précédentes pour la rupture, lesquelles ont été mises en place par Bourguiba, comme la liberté de la femme et la sécularisation de la société.

ET QU’EN EST-IL DE LA CAPACITÉ DES PAYS ARABES À INSTAURER LA DÉMOCRATIE ?

L’histoire musulmane n’a aucun lien avec la démocratie. Nos traditions sont radicalement  différentes  de celles occidentales. L’Occident croit dans l’individu, dans la liberté et dans la responsabilité.  Mais chez les Arabes, il y a une « oumma », un groupe, une confession, une tribu. L’individu « maitre de lui-même » n’est pas encore né à l’intérieur de l’Islam. La religion est devenue chez nous un instrument de pouvoir. Il n’y a pas de « société ». Nous restons des tribus. La société musulmane est malade. Il y a même ceux qui disent que les Arabes ont besoin d’une révolution freudienne.

Faut-il sortir de l’Islam pour réaliser la démocratie ?

Ce n’est pas nécessaire de sortir de l’Islam. Mais il faut séparer l’Islam comme religion et l’État comme société. La religion est une question individuelle comme l’amour et la poésie.

AVEZ-VOUS DE L’ESPOIR QU’UN JOUR, IL Y AURA UN CHANGEMENT ?

Bien sûr, il ne faut jamais désespérer des peuples. Les Arabes ont besoin de prendre conscience qu’ils ne peuvent pas affronter le monde moderne avec une culture archaïque. C’est pour cela qu’il faut continuer la lutte.

Entretien conduit par Hanène Zbiss

 

 

 

 

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