samedi 31 décembre 2016

"Le melting-pot ethnique américain n'est qu'une illusion"

© iStock

La Libre Belgique
"C'est comme si le mur de Trump avait déjà été construit il y a des années". Un Belge qui réside aux États-Unis dénonce l'idéalisation du melting-pot ethnique américain.

Les Américains aiment à croire que leur société est un véritable melting-pot, où les différents groupes ethniques vivent ensemble en harmonie. Le New York libéral serait l'exemple à suivre.
Or, ces dernières années, nous sommes régulièrement alarmés par les violences policières contre les noirs et les manifestations menées sous la bannière de Black Lives Matter. La victoire électorale surprenante de Donald Trump et son message anti-immigration ont laissé de profondes cicatrices. Et ces derniers temps, le nombre de crimes motivés par la haine a fortement augmenté.
Un nombre élevé de New-Yorkais condamnent le projet de Trump de fermer hermétiquement la frontière mexicaine en construisant un mur. Les idées du futur Leader of the Free World sont souvent qualifiées de populisme raciste. Mais comment vivent ces New-Yorkais libéraux ?
Je vis aux États-Unis depuis plus de dix-huit ans et moi aussi j'ai cru longtemps à l'image idéale du melting-pot américain. Entre-temps, j'ai compris.
NOTRE TYPE DE GENS
Nous sommes au coeur de Manhattan, dans le grand hall de Grand Central sur la 42erue. C'est l'une des plus belles gares ferroviaires au monde, équipée d'air conditionné en été et de chauffage en hiver.
La gare abrite un nombre élevé de restaurants et de boutiques, et il est prouvé que les gens dépensent plus quand la température est agréable. Les trains arrivent en permanence de Westchester County, une des régions les plus fortunées du pays. J'y habite aussi, avec ma femme, mes deux filles et trois chats. Eh oui, nous avons aussi un énorme barbecue dans le jardin, car c'est ce qui se fait ici. À Rome, fais comme les Romains.
Nous ne vivons pas dans la partie la plus chère de Westchester, mais tout de même. Notre quartier est spacieux, avec de grandes maisons construites dans des jardins verdoyants. Les écureuils y sautent de branche en branche. Un filet de basket devant la maison, une balançoire accrochée à la branche d'un vieux chêne, deux ou trois voitures devant la porte. Et puis ces barbecues obligatoires. La vie y est agréable, mais ce n'est pas un melting-pot. Il y a en tout et pour tout un seul homme noir dans le quartier, à mon avis un médecin pensionné.
Tous les matins, je prends le train pour Grand Central, car je travaille comme avocat pour une grande banque de Park Avenue à Midtown. Tous les jours, mon train est rempli de navetteurs qui partent travailler dans leurs bureaux à Manhattan.
Par hasard, je croise quelques connaissances: un confrère avocat, un psychiatre et un banquier. Je dépose mon New York Times et regarde discrètement autour de moi. Il y a plus de quatre-vingts personnes dans mon wagon, dont la majorité est composée d'hommes blancs âgés de 30 à 60 ans. Il y a quelques personnes d'origine asiatique. Je vois aussi deux messieurs noirs.
Je réalise qu'ici non plus, le 'taux de melting-pot' n'est pas élevé. Quelles en sont les raisons ?
SÉGRÉGATION
Beaucoup de villes à Westchester County, comme Scarsdale ou Chappaqua (où vivent les Clinton), sont aisées. Vous pouvez même dire riches.
D'après CNN Money, le revenu familial moyen à Scarsdale est supérieur à 275.000 dollars par an. Le prix moyen d'une maison s'élève à environ 1,2 million de dollars, et il faut payer plus de 30.000 dollars d'impôt scolaire. Sans parler des écoles privées qui coûtent entre 20.000 et 40.000 dollars par enfant. Ce sont d'excellentes écoles, mais elles sont uniquement accessibles aux enfants qui ont la chance d'habiter un district scolaire aussi cher. Il n'y a d'ailleurs pas d'examen d'admission: l'adresse des parents suffit. Vous pouvez d'ailleurs imaginer quel genre de parents habitent là-bas: médecins, avocats, banquiers, diplomates, expatriés de multinationales, entrepreneurs à succès (et leurs héritiers).
Les données démographiques ne mentent pas. À l'école secondaire de Chappaqua et Scarsdale, seul 1% des élèves sont noirs. Heureusement, nous vivons dans un district scolaire un peu plus mixte (comprenez: moins cher).
À New York City, la situation est comparable. La majorité des enfants blancs y est concentrée dans seulement 7% des écoles. La majorité des enfants asiatiques fréquente même seulement 6% de toutes les écoles. L'inverse est vrai aussi: seuls 5% des écoliers noirs vont dans une école où les étudiants blancs sont en majorité.
Ainsi, certaines écoles sont presque tout à fait blanches, d'autres à très grande majorité noires ou latinos. Cette donnée entraîne aussi des situations bizarres sur le marché immobilier, où les prix des maisons dans les districts blancs sont souvent beaucoup plus élevés que dans les districts scolaires noirs ou latinos voisins.
Il n'est évidemment pas impossible de déménager pour un meilleur district scolaire (donc plus cher), ce qui fait que le système n'est pas raciste en soi. La plupart des gens qui vivent dans les enclaves blanches ne soutiennent certainement pas Trump. Si vous avez suffisamment d'argent, vous y êtes les bienvenus, quelle que soit votre couleur de peau. Ces dernières années, le pourcentage d'étudiants asiatiques dans les écoles de Chappaqua et Scarsdale n'a cessé d'augmenter.
Or, du point de vue de l'élève, il est impossible d'entrer dans une de ces écoles chères si vous avez la malchance que vos parents habitent dans le South Bronx, un quartier très pauvre. Même si vous êtes brillant.
En pratique, les écoles séparées entraînent aussi des milieux séparés, tant ceux des enfants que ceux des parents. En pratique, il est donc très difficile de se faire des amis en dehors de son district scolaire.
LE MUR
Si les rues de New York City ressemblent bel et bien à un melting-pot, celui-ci n'est qu'une illusion. La séparation entre districts scolaires bon marché et très chers, ainsi que l'existence d'écoles privées hors de prix, contribuent à la séparation entre pauvres et riches.
Et comme beaucoup de noirs et de latinos appartiennent aux groupes de population les plus pauvres, les contrastes économiques entraînent également une ségrégation ethnique et raciale de fait. Une conclusion surprenante, surtout que les électeurs new-yorkais votent majoritairement libéral de gauche.
C'est comme si le mur de Trump avait déjà été construit il y a des années.
Pour des raisons professionnelles, l'auteur souhaite rester anonyme et a écrit ce texte sous le pseudonyme de Jack Kappelhof. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« C'EST COMME SI LE MUR DE TRUMP AVAIT DÉJÀ ÉTÉ CONSTRUIT IL Y A DES ANNÉES. »
« LES ÉCOLES SÉPARÉES ENTRAÎNENT AUSSI DES MILIEUX SÉPARÉS » 

Cet article impressionnant mérite d’être lu et relu à tête reposée.
Et surtout qu’on aille pas s’imaginer que le situation soit différente en Europe. Prenons par exemple le cas de Bruxelles. Lors d’un colloque sur l’avenir de la Région Capitale, , Sir Peter Hall, géographe anglais distingué décédé depuis a lancé ceci :
“ La ségrégation de caractère social et spatial gagne du terrain en Angleterre. ”  Et d’ajouter : “ La seule manière de relever ce défi consiste à accroître la mixité scolaire, ce qui de fait signifie restreindre le choix d’école pour les parents de la classe moyenne soucieux d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles ”.
Cette question, qui divise depuis le décret inscription, en pose une autre. Le déterminisme social est-il aussi prégnant que certains le croient ? Est-il si facile de déterminer ce qui fait ou non une bonne école ? Pourquoi une école en D+ serait-elle, forcément, une mauvaise école ?
Et surtout, quelle serait, désormais la spécificité de l’école publique en tant que « service public » ?

Ne serait-il pas temps qu’on précise clairement ce qui relève désormais spécifiquement du service public de l’enseignement et ce qui relève d’autre part des enseignements confessionnels autrement dit privés ?
La Constitution garantit la liberté d’enseignement. Elle garantit aussi l’égalité entre les élèves, les parents, et les écoles. Elle précise que le législateur peut tenir compte de ‘différences objectives’ entre les écoles. Et la cour constitutionnelle a qualifié le libre de service public fonctionnel.
Qu’est-ce à dire ? Que la Cour reconnaît que des personnes morales de droit privé exercent des missions identiques à celles des pouvoirs publics.
C’est sidérant, mais surtout, c’est inconciliable. Le Libre défend à fond l’égalité, l’officiel peine à valoriser ses ‘différences objectives’.
Certains se demandent aujourd’hui s’il ne faudrait pas revenir au vieux principe ‘à l’école publique, l’argent public, et forcément : à l’école privée, l’argent privé’ ?
Mais quel parti oserait aujourd’hui défendre une telle idée.
Le monde politique aurait-il capitulé en rase campagne ?
Il a surtout construit, à force de compromis boiteux, un système hypercomplexe et pas très cohérent, pas très efficient non plus.
Bruxelles n’aurait-il pas besoin d'un enseignement spécifiquement bruxellois, plutôt que ce double machin piloté de Flandre et de Wallonie par les communautés flamande et française ?  On le sait l’enseignement francophone est piloté, organisé et financé par la Communauté française dite Wallobrux qui est exsangue. Wallobrux a tout misé sur la réussite du pacte d’excellence. « Si le pacte échoue », écrit Pierre Bouillon dans le soir du 27 septembre, « l’école va sombrer dans le désarroi en armant pour de bon les courants régionalistes… »

Faut-il avoir peur de la régionalisation ? La régionalisation permettrait de mieux harmoniser les compétences enseignement d’une part et emploi formation de l’autre. L’enseignement à Bruxelles et en Wallonie ce n’est franchement pas la même chose. Rappelons à toutes fins inutiles que l’une des caractéristiques assurant le succès de l’enseignement finlandais, c’est qu’il est organisé sur une base municipale. Un bon modèle pour Bruxelles ? Certes on peut l’imaginer.
MG


ÉTATS-UNIS : QUELS ENJEUX DERRIÈRE LA LOI QUI PROTÈGE LES ATHÉES ?
• Par Juliette Mickiewicz Marianne 



Alors que son mandat s'achève, le président américain vient d'entériner une modification de loi sur la liberté de religion à l'international, qui inclut dorénavant les athées comme groupe à protéger au même titre que les différents groupes religieux.
C'est aux États-Unis, le pays dont la devise officielle n'est autre que «In God we trust» («En Dieu nous croyons»), qu'une décision historique vient d'être prise par Barack Obama: celle de modifier une loi datant de 1998 concernant la protection des croyants dans le monde. Elle prévoit désormais également la reconnaissance et la protection des personnes athées.
«La liberté de croyance, de conscience et de religion protège les croyances aussi bien théistes que non théistes et le droit à ne pas professer et ne pas pratiquer de religion» précise le nouveau texte. La loi condamne désormais le fait de «viser des non-théistes, humanistes et athées en raison de leurs croyances». Les principaux amendements votés, s'ils sont valables pour le continent américain, ont également pour objectif de permettre aux États-Unis d'exercer une pression diplomatique sur des groupes étrangers qui ne sont pas des États souverains (comme Daech mais aussi Boko Haram) mais aussi de renforcer le suivi des prisonniers religieux dans le monde.

UNE FORME DE «DIPLOMATIE MORALE»
Pourquoi une telle décision de Barack Obama? «Car il termine la dernière ligne droite de sa présidence et il sait que son bilan est très mitigé, notamment en politique étrangère, ce qui est d'autant plus difficile qu'il a eu le prix Nobel de la paix dès le début de son premier mandat. C'est une forme de diplomatie morale que certains, en dehors des États-Unis, verront comme une forme d'impérialisme hérité du wilsonisme», explique Lauric Henneton, maître de conférence à l'université de Versailles Saint-Quentin et auteur de l'«Histoire religieuse des États-Unis» (Flammarion, 2012).
S'il est lui-même croyant, que ses discours se terminent immanquablement par «Dieu protège l'Amérique» et que l'on y trouve d'innombrables références aux valeurs chrétiennes, Barack Obama n'est pas indifférent à la question de l'athéisme - c'est parmi cette population qu'il avait recueilli le plus de suffrages lors des deux élections qu'il a remportées - s'efforçant même depuis le début de son premier mandat à les inclure au même titre que les croyants dans ses prises de parole publiques. Lors de son discours d'investiture en 2009, il avait marqué les esprits en devenant le premier président à évoquer les athées américains en déclarant: «Nous sommes une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs, d'hindous et de non-croyants».
UNE AVANCÉE HISTORIQUE
Todd Stiefel, millionnaire et membre de la Coalition laïque, a déclaré dans un entretien à Libération que la cause athée serait «le prochain grand mouvement pour les droits civiques aux États-Unis», après celui des années 60 qui concernait les Noirs, puis les femmes et enfin les homosexuels. Car aux États-Unis, les non-croyants sont mal perçus: selon un sondage Gallup, à peine 45% des Américains seraient prêts à voter pour un candidat à la présidentielle qui serait athée, soit même moins que pour un candidat musulman! 

«L'ATHÉISME A LONGTEMPS ÉTÉ CONSIDÉRÉ COMME UNE FORME DE DÉVIANCE MORALE ET POLITIQUE».
Lauric Henneton.
Selon Lauric Henneton, aux États-Unis, «l'athéisme a longtemps été considéré comme une forme de déviance à la fois morale et politique. Politique parce qu'il était notamment le propre des marxistes donc des communistes, donc des ennemis de l'intérieur et de l'extérieur pendant la Guerre froide, mais aussi déviance morale dans la mesure où une majorité d'Américains considèrent toujours que la foi conditionne le sens moral, que l'on a besoin d'être croyant pour faire la part du Bien et du Mal». D'autant plus qu'outre-Atlantique, contrairement à l'Europe où l'athéisme est souvent lié à une indifférence vis-à-vis de la pratique religieuse, «on assiste à un athéisme militant», ajoute Lauric Henneton, ce qui renforce les antagonismes.
● L'ATHÉE AMÉRICAIN VICTIME DE DISCRIMINATIONS
Les athées américains, s'ils ne représentent que 3% de la population, ont vu leur proportion doubler entre 2007 et 2014. Ils sont surreprésentés chez les jeunes, notamment les moins de 30 ans, et on peut s'attendre à ce que leur nombre continue de croître. Mais l'athéisme, aux États-Unis, n'est pas toujours bien perçu: «C'est l'association à l'ennemi soviétique qui a contribué à diaboliser l'athéisme». Et les exemples de cette discrimination - qui engendrent de plus en plus de procès - ne sont pas rares. Dans le domaine politique d'abord, «c'est toujours le lien entre foi et sens moral qui pousse à la fois les électeurs à se détourner des candidats soupçonnés de ne pas être très marqués par les principes religieux, de même que les candidats peu religieux n'osent pas se présenter», explique Lauric Henneton.
LES ATHÉES AMÉRICAINS ONT VU LEUR PROPORTION DOUBLER ENTRE 2007 ET 2014.
Un sénateur américain de Californie qui avait déclaré être «agnostique» avait été soumis à de multiples critiques il y a quelques années. Et le prochain président Donald Trump, lors de son investiture le 20 janvier prochain, devra jurer comme ses prédécesseurs sur la Bible et le texte officiel du serment officiel qu'il prononcera comporte la phrase «So help me God» («Que Dieu me vienne en aide»).
En 2014, un sergent de l'armée de l'air américaine qui a refusé de prêter serment devant Dieu s'était vu menacé de renvoi s'il n'acceptait pas de prêter serment sous la formule «que Dieu me protège», lors de sa demande de réengagement. Et ce alors que l'article VI de la Constitution des États-Unis précise qu'«aucune profession de foi religieuse ne sera exigée comme condition d'aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l'autorité des États-Unis». Certaines organisations privées, dont la plus célèbre est Boy Scouts of America, n'autorise pas les membres non-croyants. Pourtant, elles bénéficient largement de l'argent du contribuable via des aides publiques, des pratiques régulièrement dénoncées par certaines associations athées.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES FONDEMENTS DE LA MORALE 

La cause athée serait «le prochain grand mouvement pour les droits civiques aux États-Unis Il n’est décidément pas bon d’être athée au pays de Trump et Obama. »
« Une majorité d'Américains considèrent toujours que la foi conditionne le sens moral, que l'on a besoin d'être croyant pour faire la part du Bien et du Mal»
C’est en Europe que l’athéisme a sans doute le plus progressé au cours des sept dernières décennies. Toutefois, la mécréance y est devenue la cible favorite des radicaux salafistes. Voilà qui n’est guère rassurant pour toutes celles et tous ceux qui fondent leur morale non pas sur une quelconque référence transcendante et religieuse et dogmatique mais sur le seul amour du bien. 
MG




jeudi 29 décembre 2016

Turquie: la romancière Asli Erdogan est sortie de prison


Le Vif


Manifestation pour Asli Erdogan © AFP 

Source: Belga
"Je ne réalise pas encore, je suis sous le choc" : Après 132 jours de détention provisoire, la romancière turque Asli Erdogan est sortie de prison jeudi soir, mais son combat judiciaire n'est pas terminé.

"Je ne m'attendais pas du tout à être libérée", a déclaré l'écrivain, traits tirés, mine épuisée, devant la prison pour femmes de Bakirköy, à Istanbul, dont elle a pu sortir avec la linguiste Necmiye Alpay, 70 ans.
Un tribunal d'Istanbul avait ordonné quelques heures auparavant la remise en liberté sous contrôle judiciaire des deux intellectuelles, qui restent poursuivies avec sept autres personnes pour avoir collaboré avec le journal prokurde Ozgür Gündem. Les neufs accusés risquent la peine de prison à perpétuité pour appartenance à une "organisation terroriste", en l'occurrence le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Asli Erdogan et Necmiye Alpay ont interdiction de quitter le territoire turc. "Ils te prennent et te jettent dans un trou. C'est très dur, c'est comme si j'étais encore à l'intérieur", a confié la romancière, avant d'éclater en sanglots. Interrogée sur ce qui lui avait manqué le plus, elle a répondu sans hésiter: "La mer". "Danser, les ballets, la musique classique", a-t-elle énuméré en cascade.
Les proches de l'auteure n'ont eu de cesse de demander sa remise en liberté après son incarcération le 19 août, mettant en avant son état de santé fragile. "Je ne pensais pas tenir quatre mois et demi, mais j'ai tenu", a-t-elle déclaré. "Vraiment, c'est une force étrange qui m'est venue". Le procès reprend le 2 janvier. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE PROCÈS REPREND LE 2 JANVIER 

"Je ne pensais pas tenir quatre mois et demi, mais j'ai tenu", a-t-elle déclaré. "Vraiment, c'est une force étrange qui m'est venue".
C’est sans doute aussi le soutien de l’opinion publique internationale qui lui a permis de tenir.

Ouverture du procès de la romancière Asli Erdogan en Turquie

lefigaro.fr

L'écrivaine et huit autres personnes sont jugées à partir de ce jeudi, accusées de soutenir la rébellion pro-kurde.
Elle est une cible parmi des milliers de la chasse aux sorcières que le gouvernement turc a lancée après le putsch avorté du 15 juillet dernier. La romancière turque Asli Erdogan est jugée à partir de ce jeudi à Istanbul. Cette militante engagée pour la défense des minorités de son pays a été arrêtée le 16 août pour ses écrits dans un journal d'opposition prokurde Özgür Gündem, comme une vingtaine de journalistes du même titre. Le journal a été fermé quelques heures avant son interpellation pour propagande pro-PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, classé organisation terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles).
La femme de lettres partage le banc des accusés avec huit autres personnes, dont des journalistes et l'auteure et linguiste Necmiye Alpay. Asli Erdogan a été accusée de «propagande en faveur d'une organisation terroriste», «appartenance à une organisation terroriste» et «incitation au désordre». L'appartenance à une «organisation terroriste armée» est le chef d'accusation le plus grave, passible d'une peine de prison à vie. Huit des neuf personnes jugées encourent cette même peine.
INQUIÉTUDE SUR SON ÉTAT DE SANTÉ
En novembre dernier, Asli Erdogan et Necmiye Alpay avaient été temporairement libérées, avant d'être de nouveau incarcérées dans la prison Barkirköy d'Istanbul, pour le chef d'accusation de «participation à une organisation terroriste». Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan, qui n'a aucun lien de parenté avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Dernier paru en français, Le Bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dénonce la torture et les conditions de détention dans son pays.
Son arrestation a provoqué une vague d'indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains. Une pétition a été lancée après son arrestation sur le site change.org et a récolté plus de 45.000 signatures. Ses soutiens affirment notamment qu'Asli Erdogan souffre d'asthme et de diabète et s'inquiètent pour son état de santé.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LES MOTS ONT UN POUVOIR MAIS ILS ONT BESOIN DE VOUS POUR SE CHANGER EN ACTES", 

« J’ai parfois été extrêmement touché par le romantisme noir de ses textes. Il y a un constat assez désespéré sur la situation politique et la nature humaine en général, des textes sur la torture, les bourreaux, les victimes, avec une portée universelle car ces écrits n’évoquent pas seulement ce qui se passe en Turquie. » (le traducteur) «  En traduisant les textes d’Asli Erdogan, je n’ai cessé de penser à la dégringolade de la liberté d’expression en Turquie. »

“Erdogan is but a name”.  On peut s’appeler Erdogan et être physicienne, auteure traduite en plusieurs langues, intellectuelle de haut vol, militante des droits humains et se retrouver dans les geôles d’un autre nommé Erdogan, ennemi de la liberté qui comme Hitler condamne les livres et les brûle sans scrupule. On sait comment les dictatures commencent : par des élans identitaires à relents nationalistes. On sait aussi comment elles évoluent et comment elles finissent généralement : dans les cendres et le sang.  Certes la volonté de la Turquie à rejoindre l’Europe est définitivement plombée mais il ne faudrait pas que les Turcs de la diaspora reproduisent chez nous, comme ils tendent à le faire, les antagonismes de là-bas.  Que toutes celles et tous ceux qui auraient encore la moindre sympathie pour le Sultan-dictateur lisent attentivement la lettre qui suit.
MG 

 
LETTRE D'ASLI ERDOGAN DEPUIS SA PRISON 

Publié par la Süddeutsche Zeitung (traduction Le Point)
« Les prisons ont leurs symboles et ils sont terribles. Ils sont ancrés dans l'inconscient de l'homme moderne, de sorte que le véritable, et bien plus terrible quotidien qu'ils cachent devient invisible. Fils de fer barbelés, cellules, serrures, menottes, tout ceci sonne moyenâgeux et fait frémir les familles des incarcérés. Mais ceux qui y sont s'habituent vite à ces détails. Ils ont été soudainement et totalement arrachés du monde qu'ils connaissent, coupés de leurs proches et de tout ce qui fait que la vie est la vie, ils regardent maintenant des murs de béton comme s'ils avaient atterri sur la scène d'un théâtre.
Ce à quoi on ne s'habitue jamais, c'est le froid. On ne s'habitue pas non plus à ces voitures dans lesquelles on transporte des prisonniers [ils me font penser à des cercueils]. On ne s'habitue pas à ne plus voir la terre et les arbres, à ne plus toucher ceux qu'on aime. On ne s'habitue pas aux très longues nuits en prison dont chacune est une scène de l'enfer.
Les prisons turques sont conçues pour contenir bien moins de personnes qu'on y a emprisonnées depuis la déclaration de l'état d'urgence. Ma cellule est pleine à craquer. Tous les jours d'autres détenus arrivent, des jeunes filles arrêtées lors de manifestations ou que l'on a enlevé des foyers d'étudiants. Dernièrement, ils ont amené une Syrienne. Elle a l'air d'avoir 15 ans et ne parle pas un mot de turc. Selon son passeport, elle a déjà 20 ans. Elle ne sait pas pourquoi elle est là.
La plus âgée d'entre nous est la traductrice linguiste et pacifiste Necmiye Alpay. Elle a fêté avec nous son 70e anniversaire. Le procureur exige pour elle la détention à vie [comme pour moi] avec des conditions de détention renforcées sans possibilité de libération, parce que nous faisions partie du conseil consultatif du journal Özgür Gündem, un comité symbolique. La même chose [détention à vie] concerne Ragip Zarakolu, à qui on avait pensé pour le prix Nobel de la paix, idem pour Bilge Cantepe, membre fondateur du parti turc Les Verts. Selon la législation des médias, les conseillers ne sont pas responsables du contenu rédactionnel, mais de tels détails n'intéressent plus personne en Turquie.
Je suis écrivain, uniquement écrivain. Je raconte
Dans les quatre derniers mois, au moins 40 000 personnes ont été arrêtées dans des conditions kafkaïennes, leur faute : avoir leur nom dans l'ours, avoir un compte dans une banque « suspecte », signer une caricature, messages sous-jacents. L'arbitraire, le harcèlement et la privation de droits définissent notre vie bien plus qu'après le putsch de 1980 ; une vie peut être rayée seulement parce qu'un voisin ressent l'envie de dénoncer ou parce qu'un procureur doit satisfaire son ambition.
Des actes d'accusation aberrants sont rédigés en quelques jours, des policiers lourdement armés prennent d'assaut les maisons. Il suffit que ceux qui sont concernés, hommes politiques, syndicalistes, journalistes et scientifiques ne plaisent pas au gouvernement pour une raison ou pour une autre. Environ 150 journalistes et écrivains se trouvent derrière les barreaux, ainsi que dix députés, des douzaines d'hommes politiques et membres d'ONG. Cent soixante-dix rédactions de médias divers ont été fermées [dont une télé kurde pour enfants] ainsi que plus de 350 associations.
Chaque matin, nous nous réveillons dans un monde orwellien. À la télévision, il y a en permanence le discours de l'indispensable maître : comme il crie, comme il menace, comment il désigne chaque personne qui lui barre la route comme supporteur de terroriste, et ça pourrait arriver à des membres de la Commission européenne. Du matin au soir, encore et encore… On voit une intervention permanente de la police aux informations, des gens qui sont arrêtés et qui sont conduits quelque part, jusqu'à 100 arrestations par jour. Celui qui n'apparaît pas à la télé se lâche sur Internet. Un député tweete : Peut-être bien que les gens du PKK et du FETÖ seront brûlés vifs en prison, peut-être qu'il y aura des essais de lynchages. Et nous attendons cinq nuits sans sommeil. Lorsqu'une alarme incendie se déclenche, nous sommes abrutis. Je tire sur mes sourcils. Je suis assise sur mon tabouret, je pense à comment mourir noyée de la meilleure manière au lieu de brûler derrière ces portes de fer, et je continue à tirer sur mes sourcils.
Je suis écrivain, uniquement écrivain. Je raconte. J'accorde aux mots un sens [...] C'est mon travail, mon devoir, mon unique raison d'être. Mais maintenant, je ne peux plus rien raconter, même pas à moi-même. Mon cœur est comme raboté et ma bouche pleine de sciure.
Après la fausse nouvelle de notre libération, mes yeux se sont définitivement éteints, comme ceux d'une détenue de camp de concentration. [Le jour où le Parlement européen a décidé de l'arrêt des pourparlers d'adhésion, on a annoncé notre libération à la télévision. Quatre heures plus tard, nous avons appris, toujours par la télévision, que c'était faux.]
DICTATURE
La situation en Turquie est grave, très grave. Nous n'avons encore jamais vu une telle privation de droits, un tel arbitraire et une telle pression, et cela devient jour après jour plus violent. Depuis quelques années apparaît en Turquie une dictature selon le modèle moyen-oriental, sur laquelle les Européens ont fermé un œil parce qu'ils se sont concentrés sur la crise des réfugiés. Mais ils doivent enfin reconnaître qu'une Turquie qui dit adieu à la démocratie ne fera qu'aggraver la guerre et la crise. La Turquie a accueilli 3,5 millions de Syriens, mais parce qu'elle a fait de ces gens une masse de négociation et de chantage, elle a perdu la supériorité morale qu'elle ressentait envers l'Europe.
L'Europe se voit en danger, sur la ligne de crête. J'aimerais rappeler à l'Europe qu'elle pourra dépasser sa crise d'identité et ses angoisses si elle considère ces valeurs qui l'ont faite. Démocratie, droits de l'homme, liberté d'expression, des valeurs qui à travers des siècles de souffrances sont apparues par le travail et l'expérience. On ne peut pas les sacrifier aux intérêts économiques. L'Europe n'est pas seulement une association politique et économique, c'est un concept et une réalité créés à travers une histoire commune, une culture et des valeurs communes.
Je remercie de tout cœur ceux qui me soutiennent en Allemagne. Je ne vous oublierai jamais. Dans les derniers mois, j'ai appris ce que veut dire être un être humain. »
Asli Erdogan,
Prison Bakirköy, 02/12/2016 (traduction Joëlle Aubry) 



LA ROMANCIÈRE TURQUE ASLI ERDOGAN RISQUE LA PRISON À VIE
GENEVIÈVE SIMON La Libre Belgique 


LE PROCÈS DE LA ROMANCIÈRE TURQUE, ACCUSÉE D'APPARTENIR À UNE ORGANISATION TERRORISTE, S'OUVRE JEUDI.
Le 16 août dernier, la huitième cour criminelle d’Istanbul ordonnait la fermeture d’"Özgür Gündem", un quotidien soutenant les revendications kurdes, et l’arrestation de neuf de ses collaborateurs. Parmi eux, l’écrivain Asli Erdogan, accusée d’appartenir à "une organisation terroriste armée", "d’atteinte à l’unité de l’Etat et à l’intégrité territoriale du pays" et de "propagande en faveur d’une organisation terroriste". Depuis, cette femme de conviction à la santé fragile (elle souffre d’un asthme sévère) est incarcérée à la prison pour femmes de Bakirköy, d’où elle a pu témoigner quelques rares fois de ses difficiles conditions de détention - notamment le manque de médicaments nécessaires à son traitement. Comme tant d’autres, elle est victime de la vaste purge orchestrée après le coup d’Etat manqué des 15 et 16 juillet derniers.
MOBILISATION
Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan, qui n’a aucun lien de parenté avec le président Recep Tayyip Erdogan, a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Le dernier paru en français, "Le Bâtiment de pierre" (Actes Sud, 2013), dénonçait la torture et les conditions de détention en Turquie.
En France, les écrivains se sont largement mobilisés pour la soutenir et exiger sa remise en liberté. Mi-novembre, le Conseil permanent des écrivains (CPE), par la voix de sa présidente, la romancière Agnès Desarthe, a ainsi demandé "la libération immédiate d’Asli Erdogan et de Necmiye Alpay", traductrice et écrivain âgée de septante ans également incarcérée, dans deux lettres ouvertes adressées à François Hollande et à la ministre de la Culture, Audrey Azoulay. "Les mots ont un pouvoir mais ils ont besoin de vous pour se changer en actes", a insisté le CPE. Dès la fin août, Patrick Deville et Jean Rolin avaient, eux, lancé sur Bibliobs.com un appel qui avait notamment recueilli le soutien d’Annie Ernaux, Jonathan Littell, Bernard Pivot, Leonardo Padura et Jérôme Ferrari. Et en ce mois de décembre, plusieurs soirées de lecture de ses textes, dont une à la Maison de la poésie en présence de la mère d’Asli Erdogan, ont été organisées à Paris.
JUGÉE LE 29 DÉCEMBRE
Le 23 novembre dernier, un tribunal turc ordonnait la remise en liberté d’Asli Erdogan et de Necmiye Alpay. Cette libération conditionnelle devait être effective pour la durée de leur procès. Mais l’espoir fut de courte durée puisque plus tard dans la journée, leur "appartenance à une organisation terroriste" ne permettait finalement pas à la mesure d’être effective. Depuis, son avocat dit craindre que son procès, qui doit se dérouler le 29 décembre, ne soit joué d’avance. Elle risque la prison à vie.

LA PUBLIER EN FRANCE POUR FAIRE ENTENDRE SA VOIX
Début janvier, Actes Sud publiera un recueil de textes interdits en Turquie.
Parce que le traducteur n’est pas un lecteur comme les autres, de par le regard acéré et unique qu’il a sur l’auteur qu’il transpose, Julien Lapeyre de Cabanes est un témoin privilégié du travail d’Asli Erdogan, lui qui vient de traduire "Le Silence même n’est plus à toi", recueil de vingt-neuf chroniques, de réflexions et d’essais à paraître chez Actes Sud le 4 janvier. Le traducteur de Yachar Kemal et d’Orhan Pamuk évoque ici une mission pas comme les autres.
COMMENT EN ÊTES-VOUS VENU À TRADUIRE ASLI ERDOGAN ?
J’ai été contacté en septembre par Actes Sud qui m’a proposé cette traduction exceptionnelle par son urgence : Actes Sud tenait à faire connaître ces textes d’Asli Erdogan interdits en Turquie - le journal pour lequel elle les avait écrits a été fermé cet été et elle a été arrêtée dans la foulée. Je n’ai eu qu’un mois pour cette expérience qui s’est révélée très particulière : on collait à l’actualité, ce qui est plutôt rare en traduction littéraire, et le contexte d’interdiction des textes et d’emprisonnement d’Asli Erdogan donnait une autre dimension à mon travail. D’autant que, tant côté français que côté turc, il y avait la conviction que ce livre pouvait l’aider. Il y avait donc un sentiment de fierté mais aussi beaucoup d’humilité, parce qu’on est ici au-delà de la littérature : il s’agit de quelqu’un qui souffre, qui est injustement emprisonné.
COMMENT L’ÉDITEUR, ACTES SUD, A-T-IL PU NÉGOCIER LES DROITS, ALORS QU’ELLE EST EN PRISON ?
Pour obtenir les droits, la démarche classique se noue entre un éditeur, un auteur et un agent. Or, cette fois, il était difficile d’établir une communication claire entre toutes les parties. Jusqu’au dernier moment, alors que la traduction était déjà terminée, on n’était pas sûr de pouvoir publier ce livre. Finalement, son avocat nous a dit : allez-y, cela va l’aider. C’est une bonne chose de donner la voix à une femme qui en est privée dans son pays.
A TRAVERS LES TEXTES QUE VOUS AVEZ TRADUITS, COMMENT PERCEVEZ-VOUS LA FEMME ET L’ÉCRIVAIN QU’ELLE EST ?
Ces textes qui ont été rassemblés n’avaient pas vocation à l’être : se dégage donc une grande circularité, des thèmes qui se répètent, mais aussi un côté poétique et lancinant. On revient sans cesse à l’actualité, à ce qui se passe au Kurdistan, en Syrie, aux prisons turques, aux camps de concentration. Il y a un côté très sombre, difficile à supporter, et même si je me forçais à m’en extraire par le côté technique de la traduction, j’ai parfois été extrêmement touché par le romantisme noir de ces textes. Il y a un constat assez désespéré sur la situation politique et la nature humaine en général, des textes sur la torture, les bourreaux, les victimes, avec une portée universelle car ces écrits n’évoquent pas seulement ce qui se passe en Turquie. Ce sont aussi des productions très littéraires, fort abouties, et pas des chroniques journalistiques classiques. Le plus souvent, ce sont presque des poèmes avec un lyrisme que l’on n’ose plus beaucoup en Occident : une manière de prendre les choses par le biais des sentiments, du cri, sans sombrer dans l’analyse politique ou sociologique rationnelle.
QUELLE EST LA STATURE D’ASLI EDOGAN EN TURQUIE ?
C’est difficile à mesurer. Aujourd’hui, elle est un symbole, ce qui est une bonne chose et à la fois cynique. Elle a toujours été un écrivain engagé, ses romans sont politiques. C’est une femme courageuse, qui soutenait plusieurs causes. J’espère qu’à travers elle, on peut porter notre attention sur toute une frange de la population turque européanisée, qui se bat pour les droits de l’homme, qui souffre avec elle. La vie quotidienne continue à Istanbul, il n’y a pas de climat de guerre civile, mais quand on est éditeur, écrivain, journaliste, on est réduit au silence, il y a une véritable peur. Pour nous qui vivons dans des démocraties solides, c’est très déroutant. Là-bas, la police, un juge, une milice peuvent débarquer à tout moment. En traduisant les textes d’Asli Erdogan, je n’ai cessé de penser à la dégringolade de la liberté d’expression en Turquie.
SOIRÉES DE SOUTIEN, PÉTITION : LA MOBILISATION EST AVANT TOUT CITOYENNE…
Ce mouvement est formidable, en regard du cynisme et de la complicité de nos gouvernements - le président Erdogan a le soutien de l’Union européenne parce qu’il retient les réfugiés syriens sur son sol, mais aussi pour des motifs stratégiques liés à l’Otan. Il y a une trahison politique difficile à vivre pour beaucoup de Turcs qui attendaient énormément de leur intégration à l’Europe, un rêve qui a été balayé par le régime d’Erdogan et par les appuis qu’il a pu trouver de manière plus ou moins officielle dans la politique européenne et américaine. La littérature est donc importante car, grâce aux mots, certains parviennent à attirer l’attention sur ce qui se joue là-bas, et dont les responsabilités sont diffuses.

EXTRAIT : "NOUS SOMMES COUPABLES"
Limites. "Les limites de l’écriture, limites qui ne peuvent être franchies sans incendie, sans désintégration, sans retour à la cendre, aux os et au silence… Si loin qu’elle puisse s’aventurer dans le Pays des Morts, l’écriture n’en ramènera jamais un seul. Si longtemps puisse-t-elle hanter les corridors, jamais elle n’ouvrira les verrous des cellules de torture. Si elle se risque à pénétrer dans les camps de concentration où les condamnés furent pendus aux portes décorées et rehaussées de maximes, elle pressent qu’elle n’en ressortira plus. Et si elle revient pour pouvoir le raconter, ce sera au prix de l’abandon d’elle-même, en arrière, là-bas, derrière les barbelés infranchissables." (Extrait de "Nous sommes coupables", in "Le Silence même n’est plus à toi", à paraître le 4 janvier chez Actes Sud)
POUR QUE LA DÉMOCRATIE REPRENNE SES DROITS EN TURQUIE...
Un collectif de signataires (*) Le Soir
Des dirigeants politiques et membres de la société civile de nombreux pays s’unissent pour réclamer l’arrêt des violences menées par les autorités turques, en particulier contre les Kurdes et les opposants au pouvoir. Ils demandent aussi à l’Union européenne d’adopter une position ferme.

Pas un jour ne se passe en Turquie sans que celles et ceux qui défendent l’Etat de droit et la démocratie ou qui font partie de minorités ne soient violemment et massivement attaqués par l’Etat.
Militants, journalistes, dirigeants politiques, universitaires, enseignants, étudiants, syndicalistes, avocats, magistrats, représentants de minorités… Ils sont harcelés, licenciés, arrêtés, emprisonnés, poursuivis, violentés. A l’est du pays, des villes entières ont été rasées et les populations civiles, essentiellement kurdes, sont martyrisées.
Ce qui est mis en actes, avec brutalité et permissivité, c’est la tentative de mise en place d’un système totalitaire, fruit de l’islamisme et du nationalisme. La guerre, menée par l’Etat contre le mouvement kurde, est tout à la fois une cause, une conséquence et une condition du déploiement de cette tentative de mise en place.
Ce projet totalitaire n’est pas né du coup d’Etat manqué du 15 juillet. Il l’a précédé et l’utilise comme prétexte pour justifier l’accroissement de la tyrannie et de l’oppression. Il ne pourrait se déployer comme il le fait depuis plusieurs années sans la faiblesse de l’opposition de nombreux pays, et le soutien ferme de certains autres.
Notamment, les pays européens restent trop silencieux, afin de ne pas fragiliser les accords, nourris d’un nauséabond rejet de réfugiés qui fuient la misère, la guerre et la mort, qu’ils ont conclus avec Ankara. Pourtant, l’Europe devrait réaliser que la Turquie a intérêt à ce que les réfugiés restent en masse à l’est du pays, et sa dépendance sur la question a drastiquement diminué.
Pour diverses raisons, les grandes puissances ménagent ou font alliance avec un Etat qui est pourtant négationniste et responsable de troubles et de violences de masse.
Erdogan peut ainsi déployer une répression féroce en toute permissivité.
C’est parce qu’ils représentent une résistance pacifique à la tentation totalitaire, parce qu’ils sont ceux qui font vivre la démocratie, parce qu’ils se battent pour le respect de l’Etat de droit, que les défenseurs des droits humains sont attaqués en Turquie. Les abattre, comme certains l’ont déjà été au sens propre, ce serait détruire ce qui empêche au système totalitaire voulu par le pouvoir actuel de se déployer totalement. Les soutenir, c’est apporter protection aux populations cibles de la violence de l’Etat. C’est faire vivre en actes une solidarité internationale et un combat universel pour la démocratie.
C’est pourquoi nous exigeons de l’Etat turc, et que les Etats d’Europe et d’au-delà fassent pression sur lui afin d’obtenir :
– La fin des violences de masse, en particulier l’arrêt de la guerre menée contre le mouvement kurde, et la reprise immédiate du processus de paix par toutes les parties.
– La libération immédiate de tous les militants, journalistes, dirigeants politiques, universitaires, enseignants, étudiants, syndicalistes, avocats, magistrats, représentants de minorités… ; l’arrêt immédiat de toutes les poursuites, illégitimes, de toutes les pressions et menaces à leur encontre, et leur réintégration dans leurs institutions lorsqu’ils ont été licenciés.
– La réouverture de tous les médias qui ont été fermés ou dont l’Etat a pris le contrôle, et la garantie de leur travail en toute liberté.
– La suppression de l’Article 301 du code pénal, qui pénalise les atteintes à « l’identité turque » et à l’Etat turc et qui est utilisé pour poursuivre tous les opposants au pouvoir, ainsi que la suppression de toutes les dispositions légales utilisées pour poursuivre les défenseurs des droits humains et de la démocratie.
Nous appelons les Etats d’Europe et d’au-delà à :
– Suspendre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
– Imposer des sanctions contre la Turquie si elle ne met pas un terme immédiat à la dérive totalitaire qu’elle a enclenchée.
– Mettre un terme aux accords conclus relatifs aux réfugiés.
– Apporter un soutien massif à la société civile et aux dirigeants politiques de Turquie mobilisée pour la défense de la démocratie et des droits humains, et à la société civile européenne mobilisée en solidarité avec elle.
Nous appelons tous les individus à :
– Soutenir la société civile de Turquie et les dirigeants politiques mobilisés pour défendre la démocratie et les droits humains, notamment en participant à des mobilisations en Turquie.
– Les inviter en Europe et au-delà pour faire entendre leur voix et les soutenir.
(*) Benjamin Abtan, président de l’Egam, mouvement antiraciste européen, coordinateur du Réseau Elie Wiesel de Parlementaires d’Europe pour la Prévention des Atrocités de masse et des Génocides et la Lutte contre le Négationnisme ; Beate et Serge Klarsfeld, ambassadeurs honoraires et envoyés spéciaux de l’Unesco pour l’enseignement de l’histoire de l’Holocauste et la prévention du génocide, présidents des Fils et Filles de Déportés Juifs de France (Allemagne et France) ; Meral Cildir, vice-présidente de l’Association turque des droits de l’homme IHD (Insan Haklari Dernegi) ; Ayse Günayse, activiste à l’Association turque d’IHD ; Frank Engel, député européen (Luxembourg) ; ainsi que de nombreux dirigeants politiques et de la société civile d’Europe et d’ailleurs, dont 124 parlementaires de 25 pays et de tendances politiques variées.

 

mardi 27 décembre 2016

"Toutes les élections dans les pays voisins augmentent les risques d'élections anticipées chez nous"

Donald Trump, Nigel Farage, Marine Le Pen et Geert Wilders © AFP 

Jan Cornillie Le Vif
Directeur du bureau d'étude du sp.a

"L'année prochaine, la vague anti-establishment en Europe risque fort de rompre une digue. Et le gouvernement belge n'est pas du tout préparé à un tel scénario", écrit Jan Cornillie (sp.a) qui engage un pronostic pour 2017. "Que se passera-t-il en cas de nouvelle crise de l'euro ? Ou de nouvelle crise de réfugiés ?"

(…) Nous devons nous préparer à une année 2017 politiquement intense. La vague anti-establishment en Europe risque fort de rompre une digue et le gouvernement belge n'est pas du tout préparé à un tel scénario. Qui plus est, il risque même de ne pas survivre aux élections dans les pays voisins.
2017, UNE ANNÉE OÙ ÇA PASSE OU ÇA CASSE
En 2017, les Néerlandais, les Français et les Allemands iront voter. Dans les trois pays, les populistes de droite sont en train de gagner. S'ils réussissent à gouverner dans un de ces pays, l'Europe sera sens dessus dessous. Et s'ils échouent, il reste l'Italie qui pourrait changer la donne. Sur les quatre grands partis italiens, il y en a trois qui sont explicitement anti-européens. Le seul encore en faveur de l'Europe vient de perdre un référendum et un premier ministre.
60 ans après le Traité de Rome, 2017 sera une année charnière pour la zone euro et l'Union. Ça passe ou ça casse.
Si on regarde un peu plus en détail ce qu'une rupture de digue populiste de droite dans le coeur de l'Europe peut provoquer, les perspectives ne sont guère réjouissantes. Il est certain que ces pays organiseront un référendum sur l'adhésion à l'UE. Tant le PVV néerlandais de Wilders, le FN français de Le Pen que l'AfD allemand le promettent. Mais même sans référendum, les dommages risquent d'être irréparables pour l'Europe. Tous les gouvernements populistes de droite fouleront aux pieds le rafistolage qui a tenu l'Europe ensemble ces dernières années.
Petit florilège: annuler l'accord entre l'Union européenne et la Turquie pour canaliser le flux de réfugiés, car "nous repousserons ces bateaux nous-mêmes", soit une application stricte du traité de Dublin qui oblige des pays comme l'Italie et la Grèce - souvent les premiers pays d'arrivée - à résoudre leurs problèmes. Economiquement chacun-pour-soi, ce qui augmente les risques d'une faillite grecque. D'importantes baisses d'impôts (sans harmonisation de l'UE) pour les entreprises, qui ébranleront les budgets des états providences occidentaux. L'incertitude dans la zone euro ne fera qu'augmenter, alors que c'est justement là que se trouve la réponse pour donner plus de contrôle aux gens : un marché financier stable, une croissance économique et de l'emploi. Nous devons effectivement mettre fin au rafistolage de l'UE en assurant plus solidement les états providences. Repartir à zéro, vers "chaque état membre pour soi" ne ramènera pas le contrôle.
LA LIGNE DE RUPTURE TRAVERSE LE GOUVERNEMENT BELGE
À première vue, tout ceci semble peut-être éloigné ou de moindre importance pour la Belgique. Or, rien n'est moins vrai. Vous vous souvenez du mois de novembre 2011? La Belgique venait de battre le record de plus longue formation de gouvernement. Les taux d'intérêt sur les fonds d'État grimpaient en flèche, l'euro était sur le point de sauter et les états membres d'Europe du Sud étaient virtuellement en faillite. La Belgique suivrait-elle les pays du nord ou du sud ? Heureusement, elle a formé un gouvernement une semaine plus tard et les taux se sont rapidement rapprochés des pays voisins. Comment jugera le marché en 2017 ? Et surtout, que fera notre gouvernement ?
Il y aura au moins un parti, la N-VA, qui sera du côté des défenseurs de l'exit et des critiques de l'Europe. Si Wilders, Le Pen ou AfD réussissent à transformer leur programme en politique, l'envie de participer deviendra irrésistible. Pour toutes les questions, la ligne de rupture traverse le gouvernement. Toutes les élections dans nos pays voisins augmentent les risques d'élections anticipées chez nous. Que se passera-t-il en cas de nouvelle crise l'euro ou de nouvelles crises des réfugiés ? Quelle que soit l'excentricité de la communication, pour l'instant la N-VA reste intégrée dans la culture du consensus belge. Il n'est pas certain que celle-ci se maintienne longtemps si les digues rompent autour de nous.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA NVA EST EN MODE ELECTORAL PERMANENT 

Tout semble indiquer en effet que la N-VA (qui avait tout misé sur la politique de redressement économique du gouvernement Michel qui marque le pas) soit très encline à faire monter en permanence une espèce de tension identitaire de caractère pré-électoral laquelle mine la confiance et la crédibilité du gouvernement fédéral.
Tombera ou tombera pas ? Plusieurs observateurs inclinent à penser que la suédoise est en sursis.  Pour l'instant la N-VA reste intégrée dans la culture du consensus belge. « Une  vague anti-establishment en Europe risque fort de rompre une digue. Le gouvernement belge n'est pas du tout préparé à un tel scénario. Il risque même de ne pas survivre aux élections dans les pays voisins. Un parti, la N-VA, sera assurément  « du côté des défenseurs de l'exit et des critiques de l'Europe. »
Bref, il se pourrait bien que les jours de la suédoise soient désormais comptés.
MG

lundi 26 décembre 2016

Geens: «Il y a des signes de totalitarisme»

Le Soir


Dans un entretien au Soir revisitant une année 2016 sous le choc des attentats du 22 mars, Koen Geens (CD&V), ministre de la Justice, met gravement en garde contre le populisme qui menace selon lui : « C’est une vague mondiale. Avec une droite qui désigne la sécurité en première valeur, et l’utilise comme arme contre les valeurs humaines et démocratiques qui sont les nôtres, de liberté, d’Etat de droit, de justice, de tolérance. On est en train d’oublier soudainement ce que nous avons construit en septante ans. »
Dans cette première interview rétrospective de l’année dans nos colonnes, le chrétien-démocrate flamand se montre sombre mais très précis également : «  Je vois trois possibilités : soit l’establishment, comme on l’appelle, se renouvelle, s’améliore, et renoue avec le pouvoir dans de bonnes conditions  ; soit on va vers le totalitarisme  ; soit il y aura un stade intermédiaire, et l’on ne sait pas s’il conduira ou bien au totalitarisme ou à la renaissance… »
Il cite un grand historien, Mark Mazower, qui parle du «  dark continent  » à propos de l’Europe. Et épingle le discours de la N-VA au passage : «  C’est polarisant. On désigne des boucs émissaires, on a un vocabulaire plus agressif, on déborde… » . Tout n’est pas perdu pour autant. Koen Geens en appelle aux hommes « raisonnables », dit-il, et implore « le monde politique, les intellectuels, de reconnaître les signes avant-coureurs du totalitarisme, et de convaincre autour d’eux que nous sommes parfaitement capables de résoudre les problèmes devant nous. Nous ne devons pas céder à la peur et la résignation. Osons défendre nos valeurs, la liberté, la tolérance, l’Etat de droit » .
Pour lui, l’objectif est clair : il ne faut pas tomber dans les ruptures, même s’il comprend pourquoi l’homme de la rue peut être tenté par cette solution. « A quoi cela conduirait-il ? Au totalitarisme, je le crains ». Il y revient toujours. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DE WEVER ET SA N-VA SOUS LE FEU DES CRITIQUES 

Une partie de bras de fer s’est engagée entre la presse et De Wever qui tire à boulets rouges contre elle. Les médias ripostent à feu nourri.
Cela sent la crise gouvernementale à plein nez.
Les prises de position du très sobre et généralement très mesuré Koen Geens (CD&V) suggèrent, en termes non voilés, que le monde pourrait basculer- même en Belgique- vers l’extrême droite populiste. Le ministre de la Justice pointe la N-VA du doigt. Ce sont là des propos de pré-campagne électorale qui semblent bien confirmer que le CD&V en a ras la casquette de sa collaboration avec le N-VA au sein de la suédoise et du gouvernement de la Communauté flamande.
Bart de Wever en profite pour insinuer sur VTM que le roi Albert a quelquefois agi comme porte-parole de l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo et du PS.
«  Je pense que le roi a fait son possible en 2010 pour me rendre la tâche difficile. On peut le voir par exemple au nombre d’initiatives données aux différents acteurs pour former le gouvernement. Nous étions de loin le plus grand parti mais celui auquel on a laissé le moins d’initiative. » Selon De Wever, le roi a joué un rôle politique clair à l’époque.
Dans l’émission il a également critiqué le message de Noël du roi Albert de cette année-là. Il l’a trouvé particulièrement politisé. «  On pouvait voir dans son message une opinion politique claire lorsqu’il évoquait le populisme. Tout le monde a pu reconnaître que c’était la voix d’Elio Di Rupo qui parlait à travers le monarque. »
Sans doute ceci éclaire-t-il l’acharnement de la NVA à vouloir « déshabiller la royauté » de son rôle clé d’arbitre dans la désignation d’un informateur, explorateur et surtout formateur suite à des élections fédérales. Il est clair que le roi AlbertII a fait serment de « maintenir en toutes circonstances  l’intégralité du territoire » ne saurait faciliter la tâche d’un parti dont l’article premier des statuts préconise l’évaporation de la Belgique. En ce sens oui, Albert II a assurément fait valoir ses préférences en favorisant en 2015 Di Rupo au détriment de De Wever. Mais il ne faisait en cela que respecter strictement son rôle constitutionnel.
On ne saurait lui en tenir grief, bien au contraire.
Affirmer sans vergogne que la monarchie s’est comportée en marionnette du PS c’est tenir en Flandre un discours populiste de caractère délibérément pré électoral. Et comme à son habitude Charles Michel se tait dans les deux langues nationales.
Je suis de ceux que les commentaires éclairés de Béatrice Delvaux manquent terriblement dans des moments politiques difficiles tels que celui que nous traversons. Pourquoi diable ne lisons- nous plus sous sa signature les analyse les  plus pertinentes de la presse belge ? Béatrice,  revenez-nous vite, votre plume lucide et alerte nous manque.
MG 


DE WEVER ONGEMEEN HARD VOOR ‘POLITIEKE’ KONING ALBERT
De Standaard 

N-VA-voorzitter Bart De Wever vindt dat koning Albert bij momenten optrad als spreekbuis van oud-premier Elio Di Rupo en de PS. Dat zegt hij in een reportage van het VTM magazine Royalty, die  zondag werd uitgezonden.
'Ik denk dat ik de waarheid geen geweld aandoe als ik zeg dat in 2010 de koning er alles aan gedaan heeft om het mij zo moeilijk mogelijk te maken', aldus De Wever. 'Je ziet dat alleen al aan de hoeveelheid initiatief dat er is gegeven aan diverse spelers. Wij waren veruit de grootste partij, maar de kleinste initiatiefnemer.' De koning speelde toen volgens De Wever een duidelijke politieke rol.
Ook vindt De Wever de kerstboodschap van de koning dat jaar bijzonder politiek.'In de verwarde tijden die we nu meemaken, moeten we waakzaam blijven en de populistische betoogtrant helder doorzien', stelde de koning toen. Volgens de N-VA-voorzitter zat er in die boodschap 'een duidelijke politieke opinie' die 'niet eens zo subtiel' verstopt was. 'Iedereen heeft ze wel herkend, dat was de stem van Di Rupo die door de monarchie sprak.'
Vorige zondag stelde Di Rupo in Royalty dat hij de koning in 2013 vroeg om het nieuws over de troonsafstand drie maanden stil te houden. Want de oud-premier vreesde dat de N-VA het land zou ontwrichten. De Wever noemde die aantijging 'grotesk'. 'Zelfs de ergste tegenstander van mijn partij kan toch niet bevatten dat ik het land zou destabiliseren omdat de koning zijn pensioen wil nemen.'

Eve, victime de la misogynie


ISABELLE MONNART  La Libre Belgique


Marek Halter clôt le cycle des femmes dans les religions monothéistes.
Marie, Khadija, Sarah, Tsippora, Lilah : pendant quinze ans, l’écrivain Marek Halter a vécu entouré de femmes. Et pour clore le cycle qu’il a consacré à toutes ces figures des trois grandes religions monothéistes, il s’est attaqué à la plus emblématiques d’entre elles, peut-être : Eve. "Parce que tout commence là", sourit celui qui se définit comme un conteur, pas comme un historien. "La misogynie qui a marqué les trois grandes religions monothéistes et, par là, toute l’humanité, vient de là. Adam et Eve, on sait où ils vivaient, sur le plan géographique : entre le Tigre et l’Euphrate, dit la Bible. C’est là où on s’entre-tue aujourd’hui : l’Irak, la Syrie, Alep", poursuit Marek Halter. "Bref, ce couple est là, dans le jardin. D’abord, on apprend que les scientifiques ne contredisent pas la Bible : il y avait des êtres vivants avant eux. La Bible les appelle ‘Les bêtes des champs’. Ils étaient comme des hommes, mais avaient des pulsions animales. Ils ne connaissaient pas encore la différence entre le bien et le mal. Voyant à quoi cela aboutit, Dieu commence, avec Adam et Eve, à écrire l’histoire de l’humain. Il met face à eux deux arbres interdits : l’arbre de la vie - dont on ne parle plus, ensuite - et l’arbre de la connaissance. Ils font l’amour - on le suppose, ils ont deux enfants. Que fait l’homme après l’amour ? Il s’endort. La femme ? Elle pense."
TRANSGRESSER POUR APPRENDRE
"Et elle voit face à elle cette bibliothèque de milliers de livres, mais on lui dit qu’elle n’a pas le droit de les lire. Alors elle transgresse. C’est la première leçon : pour apprendre, il faut donner quelque chose de soi. Elle mange le fruit de l’arbre de la connaissance, et comme elle est généreuse, elle réveille son mec et lui dit: ‘Mange aussi’. Là commence l’histoire. Comme ça continue mal, la faute originelle lui revient. C’est le meilleur bouc émissaire. Les hommes qui ont écrit les commentaires, et les commentaires sur les commentaires - ça a duré pendant des siècles - en ont profité pour affirmer leur prédominance dans la société. Ils ont marginalisé la femme : dans le meilleur des cas, elle s’occupe des enfants; dans le pire, de la cuisine.’
DANS LES YEUX DE NAHAMMA
Disposant de peu de documents sur cette femme qui n’est pas de chair et de sang, Marek Halter a donc choisi la voie du roman. "Je prends des personnages mythiques qui ont été inventés par quelqu’un, peut-être à partir de faits réels, peut-être pas, explique-t-il. Par contre, ce que nous savons, c’est l’espace, qui est bien déterminé. Et l’histoire de cet espace. Nous savons qui y vivait, comment cela se passait il y a une dizaine de milliers d’années; qui a commencé à construire les premières villes. Je pars du principe que ce qu’il y a d’universel, ce n’est pas la nature, mais l’humain. Je me suis dit qu’Eve pourrait être une de ces femmes que j’ai connues, dans ses réactions face à son type, face à ses enfants, face à ceux qui viennent l’interroger. Ce livre, c’est aussi le regard d’un homme d’aujourd’hui sur ces écrits millénaires."
Du reste, l’auteur a fait le choix de raconter l’histoire d’Eve au travers d’une autre femme, Nahamma. Et ce pour des raisons idéologiques et pratiques. "Sur Eve, on a très peu de choses. Même sur le plan mythique. Le Coran résume ça à une phrase : Adam a pris Eve. C’est fini, liquidé. Chez les chrétiens, il y a beaucoup plus : Saint-Augustin a écrit des pages et des pages sur cette femme, la première pécheresse, etc. Lui était vraiment misogyne. Chez les juifs, il y a beaucoup de commentaires dans le Talmud. Mais ce n’est pas suffisant pour écrire un livre. Je me suis dit que j’allais aller vers le résultat de toute cette affaire, Nahamma, la Nouvelle Eve, qui se marie avec Noé et qui, sur l’arche, va survivre au déluge et donner vie à une nouvelle humanité. Et je l’ai mise face à face avec son ancêtre. Quelques millénaires les séparent, mais à l’époque, on vivait deux, trois mille ans. On connaît l’histoire, les violences engendrées par toute cette affaire, le jardin d’Eden et le fait d’en avoir été chassé… Nahamma pose des questions, elle veut savoir ce qui s’est passé. Ça me permettait de dire des choses sur une période extrêmement violente, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la nôtre, et de faire languir le lecteur pour arriver à, enfin, se retrouver face à celle dont on parle pendant trois cents pages."
DES NOMS QUI FONT VOYAGER
Epoque méconnue, filiations compliquées, patronymes étranges sont, par ailleurs, autant d’éléments qui, dans un premier temps, peuvent compliquer la lecture. Sans prétendre connaître le moyen infaillible de ne pas laisser son lecteur sur le bord de la route, Marek Halter a, au fil du temps, éprouvé sa technique et son mode narratif. "J’écris d’abord à la main et je dicte ensuite à mon assistante, Sophie. Quand je vois qu’à un moment donné, elle cesse de taper parce qu’elle est perdue, j’arrête. Je relis et je change. Si je n’arrive pas à capter son attention, c’est que quelque chose ne va pas. Pour les noms, je me suis posé la question… Il y a une flopée de noms un peu bizarres, dépaysants. Ce qui n’est pas mauvais, parce que d’un seul coup, grâce aux noms et aux sons, vous plongez dans un autre monde qui peut vous capter. Et puis, au bout de vingt pages, on s’habitue. Les quatre ou cinq noms essentiels, on les a et on a envie de savoir ce qui va se passer."
Marek Halter, "Eve", Robert Laffont, 347pp., env. 15 euros


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« CE QU’IL Y A D’UNIVERSEL, CE N’EST PAS LA NATURE, MAIS L’HUMAIN. »

« Ce livre, c’est le regard d’un homme d’aujourd’hui sur ces écrits millénaires."
Je n’ai pas lu Marek Halter mais cet article m’incite à découvrir son dernier livre qui interroge un personnage biblique de tout premier ordre. Revisiter les textes bibliques, évangéliques, coraniques, les soumettre inlassablement à nos questions inquiètes, entrer en dialogue avec eux c’est l’exact contraire de la démarche fondamentaliste qui consiste à tout gober à la lettre dans une posture d’obéissance « radicale »,  cadavérique. Comme on aimerait que des penseurs musulmans osent se colleter ainsi avec des personnages coraniques tels que Adam, Abraham, Joseph, mais aussi Iblis, Job, Jonas, Aicha, Fatima et tant d’autres. Le temps de Noël et de l’an neuf doivent nous inciter à nous e nous éloigner du dictat du veau d’or capitaliste et de l’obsession des cadeaux à offrir et à recevoir. Il ne saurait être de cadeaux authentiques en dehors de l’éthique.
Qui n’a pas entendu Ali Daddy se déchaîner et solliciter toutes les ressources de son verbe fleuri pour raconter à sa manière drôle, pénétrante, percutante, incisive les heures et les malheurs de Joseph et ses frères félons ne saurait comprendre vraiment ce qu’est l’ « Agir bellement » qui est au cœur de l’éthique coranique. 
Il en va ainsi des Evangiles et des doutes de l’apôtre Pierre, du dilemme de Ponce Pilate, de la générosité de Marie Madeleine et surtout de l’éthique du bon Samaritain, ce manant, ce moins que rien, ce sans grade qui fait le bien pour l’amour du bien.
« Ce qu’il y a d’universel, ce n’est pas la nature mais l’humain ». Ce qu’il y a de divin, ce n’est pas la transcendance mais l’immanence de l’humain.
Ce qui m’a toujours fasciné dans la « théologie » si originale de Pierre de Locht, chanoine malgré lui, c’est sa vision de Jésus plus humain qu’humain ; « humain trop humain » pour paraphraser Nietzsche.  
MG

JÉSUS ÉTAIT-IL MARIÉ ?
Olivier Rogeau Vif/L'Express

Les textes indiquent que Simon-Pierre et d'autres disciples ont une épouse. Mais pour Jésus, pas la moindre trace de mariage. Comment expliquer qu'un Juif pieux comme lui soit resté, à plus de 30 ans, célibataire ?

dimanche 25 décembre 2016

Koning Filip hoopvol: "Warme maatschappij ligt binnen handbereik"


Koning Filip geeft in zijn kerst- en nieuwsjaarstoespraak een "boodschap van hoop" mee. De gebeurtenissen van het afgelopen jaar doen twijfel rijzen over de toekomst, maar volgens de koning "ligt een warme maatschappij binnen handbereik".
Voor de meeste mensen zijn Kerstmis en de overgang van oud naar nieuw "dagen van geluk". Maar dit geldt niet voor iedereen, aldus de koning, bijvoorbeeld mensen die afscheid moest nemen van een dierbare. "Dit jaar gaan mijn gedachten in het bijzonder uit naar de slachtoffers van de aanslagen in Brussel en Zaventem, en naar hun naasten", zegt Filip.

"De gebeurtenissen van het afgelopen jaar, bij ons in België, in Europa en elders in de wereld, doen twijfels rijzen over de toekomst", klinkt het. Velen zijn bijvoorbeeld ongerust over hun baan, inkomen of veiligheid. "Te veel jongeren denken dat zijzelf en hun kinderen het minder goed zullen hebben dan hun ouders. Te veel ouderen vragen zich af of ze nog wel mee zullen kunnen of mogen. Dit gevoel van onzekerheid, ontreddering, van woede zelfs, kan leiden tot een verlies van vertrouwen, ook in de instellingen."
Maar de vorst komt met een "boodschap van hoop". Daarbij verwijst hij naar waardevolle projecten waarvoor de burgers in heel het land zich engageren. De koning ziet bij die projecten "solidariteit en vrijgevigheid" of mensen die "oprecht en echt met elkaar durven omgaan". Vele jongeren en senioren "begrijpen dat er, om succes te hebben, moed nodig is om opnieuw te beginnen".

"Aan de grondslag van al deze voorbeelden ligt de wil om aan een wereld te bouwen waarin we elkaar in harde tijden steunen en elkaar helpen succesvol te zijn. Ze tonen aan dat een warmere maatschappij binnen handbereik ligt. Ze verdienen daarom meer aandacht", aldus Koning Filip. "Ik ben ervan overtuigd dat ze ook een dynamiek op gang kunnen brengen die onze instellingen verrijkt en die het vertrouwen in onze democratie versterkt. Dat is dan ook mijn vurigste wens, aan de vooravond van 2017, voor ons land - en voor Europa."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN DISCOURS DE CLERGYMAN ETEINT 

J’ai écouté et regardé le discours du roi dans les deux langues nationales.
Curieusement, la diction et le débit est plus souple en flamand, plus délié mais tout aussi ampoulé. Cela dit, quelle raideur et quelle condescendance dans la version française.
N’est-il pas surréaliste d’évoquer la misère des Belges et le chagrin des plus éprouvés d’entre eux dans le plus raffiné, le plus somptueux des décors ; costume gris de fine coupe, cravate de vieux monsieur et pochette blanche à trois pointes, lunettes de clergyman.  Pas que les lunettes au demeurant.
On sent ici la patte de feu Baudouin le roi prêtre sur son neveu autrefois volontiers  malléable. Où donc est passée la bonhomie d’Albert II le débonnaire et ses franches colères ?
Après Baudouin, éternel roi triste, voici le neveu sans charisme et convictions vraies, roi diaphane, appliqué qui excelle dans la langue de bois.
On aurait beaucoup aimé qu’il s’accompagnât de la reine Mathilde ou mieux encore de la princesse héritière Elisabeth, ultime joker de cette monarchie au crépuscule. Mais oui, pourquoi à ce point manquer d’audace et ne pas innover pour surprendre enfin et conquérir le cœur des Belges ? 
Innover ? Philippe ? Il ne faut pas rêver…
MG



Molenbeek: Un repas de Noël dans une mosquée


Près de 300 personnes ont participé samedi soir à un repas de Noël interculturel organisé à la mosquée El Khalil de Molenbeek.
L’initiative émane d’un groupe de travail de dialogue interculturel, sous l’égide de l’échevine Sarah Turine (Ecolo). La bourgmestre Françoise Schepmans (MR) et les membres du collège ont également participé à l’événement.
"Ce genre de moment est essentiel pour continuer le travail de dialogue interculturel que nous avons initié il y a 3 ans, a de son côté souligné l’échevine Sarah Turine. C’est par ce genre d’initiatives que nous pourrons continuer à jeter des ponts entre les personnes."
Mustapha, habitant de Molenbeek, est venu avec sa femme et ses deux filles. "Je tenais à être présent pour montrer qu’on est tous les mêmes, indépendamment de notre religion ou couleur de peau, explique-t-il. Les habitants de Molenbeek sont constamment stigmatisés, et je veux ce soir lancer un message d’ouverture. C’est uniquement en allant tous dans le même sens qu’on va pouvoir redorer l’image de notre belle commune dans laquelle j’habite depuis maintenant 35 ans."
Isabelle est venue spécialement pour l’occasion. "Je constate que de plus en plus, les différentes communautés de Bruxelles restent cloisonnées entre elles et ne prennent plus le temps d’échanger et de partager avec les autres, explique cette habitante d’Ixelles. Ce genre d’événement devrait être organisé plus souvent, ça lance un signal très positif."
"Il nous semblait important que nous puissions participer à cet effort de vivre-ensemble en accueillant ce souper de Noël au sein d’une des plus grandes mosquées de Bruxelles, a commenté Redouane, le président du conseil consultatif des mosquées de Molenbeek. Tous ensemble, nous voulons détruire les préjugés et les barrières." 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MESSAGES DE NOËL 

Toutes ces initiatives participent de la détermination d’hommes et de femmes de bonne volonté soucieux d’enclencher une dynamique de dialogue interreligieux. Il s’agit d’une initiative dictée par l’éthique universelle. Noël est propice à ce type d’initiative téméraire.
Mais pourquoi dans ce cas se limiter à une dynamique interreligieuse. Pourquoi cet apparent refus d’inclure dans ces démarches interconvictiuonnelles hardies les non croyants ? La libre pensée nourrie de libre examen est fondamentalement une démarche de caractère éthique. Mais elle participe d’une éthique libérée de sa chape  religieuse. « Fais le bien, non pas parce que ton dieu exige cela de toi » mais  fais le selon une  maxime universelle :  « fais le bien pour l’amour du bien. »  “Tous ensemble, nous voulons détruire les préjugés et les barrières." Bravo mais alors il faut oser franchir les barrières de la foi pour pénétrer dans le royaume des fins, ce   vaste empire où règne une éthique radicale et kantienne. 
MG


ECHTGENOOT SLACHTOFFER AANSLAGEN 22 MAART: "HET IS NIET MEER LEVEN, MAAR OVERLEVEN"
• VRT
 Hanne Decré


Mohamed El Bachiri, echtgenoot van Loubna die omkwam bij de aanslagen van 22 maart, bewijst dat er meer in een mens zit dan oneindig veel verdriet. In "De afspraak" roept hij op tot een "Jihad van liefde", als antwoord op verdeeldheid en terrorisme. 
De aanslagen van Brussel hebben het leven van honderden mensen verwoest. Ook het leven van Mohamed El Bachiri zal na 22 maart nooit meer hetzelfde zijn. Hij verloor zijn vrouw Loubna in het metrostation Maalbeek en moet sindsdien - samen met zijn drie kinderen - alleen verder. Toch koestert hij geen haatgevoelens. Op een TEDx-conferentie in Nederland ontroerde hij zijn luisteraars met zijn oproep tot een "Jihad van liefde", nu herhaalt hij zijn woorden in "De afspraak".
"Elke dag is de dag na 22 maart"
"Wat ik wilde uitdrukken met mijn toespraak, was noch mijn verdriet of het feit dat ik slachtoffer ben. Ik weet dat ik niet als enige lijd. Er is zo veel leed in de wereld. Ik wilde een boodschap van liefde, menselijkheid en eenheid brengen", verklaart El Bachiri zijn speech. "Ik heb uitgedrukt wat Loubna uitdrukte. Het weerspiegelt wat de meeste moslims denken. Ze willen gewoon liefde geven en krijgen. En dromen en vooruitgaan. Iets dat eigen is aan alle mensen."
In zijn hoofd staat de datum van 22 maart gegrift. "Het leven gaat verder, maar elke dag is de dag na 22 maart voor ons. Ik denk dat andere slachtoffers er ook zo over denken. Molenbeek blijft Molenbeek. Maar het leven is totaal veranderd. Het is niet meer leven, maar overleven. Zeker voor de kinderen."
"Jihad van liefde"
Daarna kijkt El Bachiri de kijker recht aan voor zijn oproep. "Ik ben Mohamed El Bachiri, Marokkaanse Belg, moslim en Molenbekenaar. Door mijn naam, godsdienst en de trieste reputatie van mijn gemeente beschouwt een deel van de bevolking en de wereld mij als een potentiële terrorist en dat doet pijn."
Hij roept vervolgens op tot zijn "Jihad van liefde", de jihad die "het antwoord moet zijn op zij die verdeeldheid willen zaaien en geweld en terrorisme propageren." 

 

LES AUMÔNIERS DE L'AÉROPORT PARIS-CHARLES-DE-GAULLE, PIONNIERS DE LA FRATERNITÉ RELIGIEUSE
Le Figaro
Quatre espaces prière accueillent chaque jour de nombreux voyageurs - chrétiens, musulmans et juifs - dans l'aéroport. Un exemple de vivre-ensemble.

La file d'attente s'allonge, pour passer la douane, dans le terminal 2E de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Les valises roulent et les touristes - passeport en main - attendent leur tour. A quelques mètres de là, une voyageuse musulmane franchit la porte coulissante de l'espace prière. Elle passe la tête dans le bureau que se partagent les aumôniers, et demande la permission d'entrer. C'est le pasteur, Pierre de Mareuil, barbe ébouriffée et sourire débonnaire, qui lui répond. «Allez-y, bienvenue». Elle se dirige vers la salle de prière, passe sous une rosace multicolore accrochée au plafond. «Chacune de nos religions est représentée par une teinte de verre différente», explique le diacre Yves de Brunhoff. Un symbole du partage et de la fraternité en ce lieu où les aumôniers des différentes religions sont collègues. La synagogue est mitoyenne d'une chapelle que les catholiques partagent avec les protestants. Cette dernière est collée à la salle de prière musulmane. Il y a aussi un bureau, où la Bible n'est pas rangée bien loin du Coran. Un îlot de calme de 70 m2 en zone de transit que ni le sectarisme, ni les conflits du monde ne semblent atteindre.
Le dernier-né des quatre espaces prière dans l'aéroport accueille en moyenne, 60 à 100 personnes par jour. Des voyageurs, mais aussi des salariés. La vie est rythmée par les cultes. Mais le travail des aumôniers est aussi d'aller à la rencontre d'autrui. «Il y a une activité intense, nous sommes en perpétuelle pérégrination, explique l'imam Hazem El Shafei. Les hommes de foi répondent aux questions des voyageurs perdus. Partagent un bout du chemin avec eux. «Nous sommes des serviteurs. J'éprouve du plaisir à être en communion avec tout ce monde. A parler avec des Syriens, des Péruviens, des Chinois...», explique le diacre. «Les gens se confient avec une profondeur stupéfiante, confie Haïm Korsia, le grand rabbin de France, également aumônier de l'aéroport. Ils ne nous reverront plus, alors ils n'ont pas peur d'être jugés».
Langage universel

Les hommes de foi se côtoient au quotidien. «Entre nous il y a un partage extraordinaire», pointe Hazem El Shafei. Le pasteur Pierre de Mareuil se souvient: «Il y a un an, lors du dimanche du Christ roi, nous avions reçu la visite de deux imams progressistes égyptiens. Je me suis retrouvé à faire mon culte avec eux. Il y avait aussi deux coptes, un collègue pasteur évangélique et un méthodiste. J'ai rarement eu des échanges aussi intéressants que ce jour-là. Il y a aussi des occasions où l'on s'invite, poursuit-il. Les fêtes juives Pourim ou Hanoucca par exemple. Et quand on voit sur le calendrier qu'il y a une fête importante pour l'un de nos collègues, on envoie un petit message, on passe un coup de fil». La religion devient le langage universel.
Cette année, le 25 décembre, «il se peut que l'orchestre de l'Armée du Salut (un mouvement protestant, NDLR) qui tournera dans l'aéroport ce jour-là, joue à proximité de la chapelle au moment de l'élévation eucharistique, lors de la messe», indique le pasteur.
Cellules de crise

Les aumôniers sont aussi en première ligne en cas de catastrophe aérienne. Ils intègrent la cellule de crise mise en place à Paris-Charles-de-Gaulle. A mille lieues des célébrations quotidiennes, il s'agit de soutenir les proches, et de tenter d'apaiser au mieux leur détresse. La dernière fois, c'était en mai 2016, lors de la catastrophe du vol Egyptair. 40 Égyptiens et 15 Français étaient décédés. «Là, il n'y a pas que le religieux qui compte, soutient le diacre. L'écoute humaine est fondamentale. C'est de l'aide pratique. Parfois, au contraire, certaines interrogations peuvent être également très métaphysiques. Dans ces moments difficiles, la solidarité entre les religions se renforce.» L'aumônerie musulmane a par exemple été créée à la suite de l'accident de Charm el-Cheikh en janvier 2004, sur une suggestion du rabbin Haïm Korsia.
D'autres circonstances funestes amènent les hommes de foi à travailler main dans la main: les attentats. Après celui de Charlie Hebdo, ils ont préparé ensemble un temps de recueillement et une déclaration commune. «Le fait que nous soyons si proches, permet d'aller plus loin, quand ça demanderait beaucoup d'organisation en dehors», confie Pierre de Mareuil. L'imam Hazem El Shafei, lui aussi, estime que leur exemple gagnerait à être reproduit hors des terminaux de l'aéroport. «C'est mon rêve: la possibilité de vivre ensemble dans la proximité».



samedi 24 décembre 2016

Attentat de Berlin: l'assaillant avait fait allégeance à l'EI dans une vidéo

© Reuters


Le Vif
L'auteur de l'attaque au camion-bélier qui a fait 12 morts à Berlin lundi avait fait allégeance au groupe Etat islamique (EI) dans une vidéo diffusée vendredi par l'agence de propagande de l'organisation jihadiste, Amaq.

L'enregistrement montre le Tunisien Anis Amri, abattu vendredi à Milan par la police italienne, faire allégeance au chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi.
L'homme, qui apparaît debout vêtu d'un manteau sur ce qui semble être une passerelle au dessus d'un fleuve, s'adresse directement à la caméra. Il dit son intention de venger les musulmans victimes de raids aériens et appelle à attaquer les "croisés".
La date et le lieu de l'enregistrement, qui dure près de trois minutes, ne sont pas mentionnés.
Un peu plus tôt vendredi, Amaq avait diffusé un communiqué affirmant que l'homme abattu à Milan par la police italienne était l'auteur de l'attaque de Berlin.

Il s'agit d'un demandeur d'asile arrivé en juillet 2015 en Allemagne et dont la requête a été rejetée en juin. L'Allemagne n'est toutefois pas parvenue à le renvoyer dans son pays, la Tunisie contestant pendant plusieurs mois qu'il soit l'un de ses ressortissants.
(…)



vendredi 23 décembre 2016

Attentat de Berlin: l'auteur serait Anis Amri, un Tunisien de 24 ans

© REUTERS


Le Vif
Le parquet anti-terroriste allemand a identifié mercredi le suspect de l'attentat au camion-bélier de Berlin comme étant Anis Amri, un ressortissant tunisien de 24 ans, et publié un avis de recherche assorti d'une récompense.

"Si vous voyez la personne recherchée, informez la police. Mais ne vous mettez pas vous-même en danger, cette personne pourrait être dangereuse et armée", prévient le parquet dans son communiqué.
"Une récompense pouvant aller jusqu'à 100.000 euros est disponible", poursuit-il.
Selon les autorités allemandes, l'homme faisait l'objet d'une enquête judiciaire pour soupçon de préparation d'attentat avant l'attaque au camion-bélier de Berlin.
Il s'agit d'un demandeur d'asile arrivé en juillet 2015 en Allemagne et dont la requête a été rejetée en juin. L'Allemagne n'est toutefois pas parvenue à le renvoyer dans son pays, la Tunisie contestant pendant plusieurs mois qu'il soit l'un de ses ressortissants.
Selon les autorités allemandes, ce n'est que ce mercredi, par coïncidence, que Tunis a reconnu sa nationalité tunisienne et fourni un document de voyage permettant son expulsion.
La brigade antiterroriste de la police tunisienne a par ailleurs interrogé la famille du suspect présumé de l'attentat de Berlin. "Une unité de la brigade antiterroriste interroge la famille du suspect", a indiqué le responsable de la sécurité, précisant qu'il s'agissait des parents.
Le suspect, dont la famille réside à Oueslatia (centre), a quatre soeurs et un frère, selon cette même source qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.
Contactés par l'AFP, les ministères tunisiens de l'Intérieur et des Affaires étrangères n'ont pas souhaité faire de commentaires sur cette affaire. 

Anis Amri © AFP 

Anis Amri, un islamiste connu, mais jamais arrêté
Le suspect tunisien de l'attentat au camion-bélier de Berlin, Anis Amri, est arrivé en Allemagne en 2015, où il a été rapidement identifié comme un militant islamiste dangereux. Mais la police n'est jamais parvenue à l'arrêter, malgré une foule d'indices.
Visage épais mangé par une barbe selon une photo diffusée par le parquet antiterroriste, ce gaillard de 1,78 m et 75 kilos est "dangereux" et peut-être armé, selon les autorités. Dans la nature depuis l'attaque du marché de Noël qui a fait douze morts lundi soir, Amri n'est pour les enquêteurs pas un inconnu.
Arrivé en Allemagne en juillet 2015, avant la grande vague migratoire, la police l'a rapidement soupçonné de liens avec la mouvance salafiste. Classé "individu dangereux" depuis des mois dans l'ouest du pays, et disposant de plusieurs identités, il a fini par être signalé au centre allemand national de lutte antiterroriste.
Il était aussi visé depuis mars par une enquête confiée au parquet de Berlin pour "préparation d'un acte criminel grave représentant un danger pour l'Etat".
Concrètement : il était soupçonné de préparer un braquage pour acheter des "armes automatiques et probablement ensuite, avec l'aide de complices qu'il voulait trouver, de commettre un attentat".
Malgré les filatures de la police, les investigations n'ont pas "pu confirmer les soupçons initiaux". L'affaire fut donc classée faute d'éléments suffisants et la surveillance d'Anis Amri a cessé en septembre.
L'homme a passé son temps à se déplacer en divers endroits du pays, manifestement pour brouiller les pistes. Le quotidien Bild affirme qu'il a quitté il y a quelques mois la Rhénanie (ouest) pour Berlin. Là, il a été arrêté puis relâché alors qu'il était déjà soupçonné d'avoir voulu préparer un attentat et de chercher à rejoindre la Syrie.
'JE N'EN AI PAS CRU MES YEUX'
Selon le parquet de Berlin, Amri a aussi attiré l'attention de la police dans une affaire de trafic d'une petite quantité de drogue et pour une bagarre.
Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, le Tunisien aurait par ailleurs entretenu des contacts avec un ressortissant irakien de 32 ans, identifié comme Ahmad Abdulaziz Abdullah A. alias "Abou Walaa". Ce dernier a été arrêté en novembre avec quatre complices pour avoir monté un réseau de recrutement pour le compte de l'EI, selon le parquet fédéral.
Pour sa famille, ces informations sont une surprise.
"Quand j'ai vu la photo de mon frère dans les médias, je n'en ai pas cru mes yeux. Je suis sous le choc et je ne peux croire que c'est lui qui a commis" l'attentat de Berlin, a dit à l'AFP Abdelkader Amri, frère du suspect.
"On a jamais eu l'impression qu'il avait quelque chose d'anormal. Il nous contactait via Facebook et il était toujours souriant et joyeux!", a affirmé de son côté sa soeur Najoua à l'AFP.
Les parents du suspect, qui ont été interrogés par la brigade antiterroriste tunisienne, sont installés à Oueslatia, une bourgade du centre du pays à 60 km de Kairouan. Quatrième ville sainte de l'Islam, elle fut à ce titre un des bastions des salafistes tunisiens après la révolution.
Selon une source sécuritaire tunisienne, le jeune homme a émigré vers l'Italie clandestinement après la révolution de janvier 2011, comme beaucoup de jeunes du pays qui ont à l'époque profité des troubles dans leur pays pour fuir la misère et le chômage et rejoindre l'Europe, souvent par la mer.
Anis Amri a vu sa demande d'asile en Allemagne rejetée en juin 2016 mais la Tunisie a bloqué la procédure d'expulsion, refusant longtemps de reconnaître l'individu comme l'un de ses ressortissants. Hasard de calendrier, le document devant permettre de le renvoyer dans son pays est arrivé mercredi en Allemagne.
"CLASSÉ DANGEREUX"
Un peu plus tôt, les autorités allemandes ont annoncé rechercher activement un Tunisien "classé dangereux" suite à l'attentat au camion-bélier sur un marché de Noël de Berlin, le plus grave jamais revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) dans le pays.
"Il y a un nouveau suspect, on recherche ce suspect" et "un avis de recherche a été émis à minuit pour l'Allemagne mais aussi pour l'espace Schengen, c'est-à-dire en Europe", a indiqué à la presse le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière, confirmant des informations de presse en ce sens, à l'issue d'une réunion avec des députés allemands.
Selon l'un de ces députés, membre de la famille politique de la chancelière Angela Merkel, il s'agit d'un Tunisien "de 21 ou 23 ans qui dispose manifestement de plusieurs identités".
"Il s'agit d'un individu classé dangereux, que les services de sécurité connaissaient et qui appartenait à la scène islamiste-salafiste", a ajouté cet élu spécialiste des questions de sécurité, Stephan Mayer. Il s'exprimait aux côtés du ministre allemand.
Des médias allemands ont présenté le suspect comme se prénommant Anis ou Ahmed.
DÉJÀ CONNU DE LA POLICE
Un ministre régional allemand de l'Intérieur, Ralf Jäger, a en parallèle révélé que le suspect était un demandeur d'asile qui faisait déjà l'objet d'une enquête pour soupçon de préparation d'attentat avant que l'attaque au camion-bélier soit commise lundi soir sur un marché de Noël à Berlin, tuant 12 personnes et en blessant des dizaines d'autres.
La police judiciaire de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest), où l'homme a séjourné quelques temps après son arrivée en Allemagne en début d'année, a ouvert cette enquête pour "acte grave mettant en danger l'Etat" allemand.
Il serait lié à un réseau de recruteurs présumés du groupe EI en Allemagne et considéré comme particulièrement dangereux, selon les quotidiens Süddeutsche Zeitung et Bild.
C'est le parquet de Berlin, où le suspect s'était installé, "qui menait les investigations", a précisé M. Jäger, qui est ministre pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Il a aussi indiqué que la demande d'asile du Tunisien avait été rejetée en juin dernier et que l'homme faisait l'objet d'une procédure d'expulsion vers son pays. Mais "la Tunisie a d'abord nié que l'homme était tunisien", et donc refusé toute expulsion sur son territoire, avant finalement tout récemment de reconnaître sa nationalité, a dit le ministre.
Selon des députés allemand, c'est un portefeuille contenant des documents d'identité, trouvé dans le camion de Berlin, qui a mis les enquêteurs sur la piste du suspect.
La Tunisie est l'un des plus gros fournisseurs de combattants étrangers aux mouvements jihadistes. Quelque 5.500 Tunisiens sont partis ainsi combattre en Syrie, en Irak ou en Libye.
Les autorités allemandes restent toutefois prudentes, après le couac de mardi lorsque la police a finalement mis hors de cause un Pakistanais présenté par le gouvernement comme le principal suspect de l'attentat.
M. de Maizière a rappelé que "suspect ne veut pas dire qu'on est l'auteur".
Selon un média local allemand, environ 150 policiers ont perquisitionné dans l'après-midi un foyer de réfugiés dans la localité d'Emmerich, dans l'ouest du pays, où le Tunisien a séjourné dans le passé.
D'autres médias estiment que le suspect pourrait être blessé après avoir percuté le marché de Noël avec son poids lourd, dont la cabine était très abîmée. Des traces de sang ont été retrouvées à l'intérieur. Du coup, la police a effectué des vérifications dans plusieurs hôpitaux de Berlin, selon ces médias.
La police a indiqué examiner au total plus de 500 indices, parmi lesquels des traces ADN recueillies dans le camion, des images de vidéo-surveillance et des témoignages.
Le chauffeur routier polonais en titre du camion, retrouvé mort dans la cabine et à qui l'assaillant a apparemment volé le véhicule, a probablement cherché à contrer l'action de l'auteur de l'attentat, selon des médias allemands, qui assurent qu'il a tenté en vain de s'emparer du volant de son camion.
CRITIQUES CONTRE MERKEL
L'autopsie a montré que ce Polonais de 37 ans, abattu par balles dans la cabine, était vivant au moment où son véhicule a foncé sur le marché, selon Bild. Le corps de cet homme de 120 kg portait des traces de lutte et des coups de couteau.
Berlin n'a pas encore authentifié la revendication de l'EI, mais le parquet antiterroriste a jugé que la cible et le mode opératoire semblent signer un acte jihadiste: les circonstances rappellent en effet l'attaque, revendiquée par l'EI, au camion-bélier le 14 juillet à Nice en France (86 morts).
Les mesures de sécurité ont été renforcées à Berlin et un débat s'est engagé dans le pays sur la nécessité de protéger les places publiques par des bornes en béton ou d'autoriser l'armée à patrouiller comme cela se fait dans d'autres pays.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INCITATION À LA GUERRE CIVILE ? 

« Parallèlement, la pression politique s'est encore accrue sur Angela Merkel, qui concentre depuis des mois les critiques pour sa politique migratoire jugée trop généreuse.
Les populistes de droite ont renouvelé leur offensive contre la chancelière, l'accusant, à moins d'un an de législatives, d'avoir mis le pays en danger avec sa politique d'accueil des demandeurs d'asile. Ils ont prévu deux manifestations mardi, dont une devant la chancellerie.
L'aile droite de sa famille politique réclame aussi un net durcissement de la politique d'immigration. »
Ce paragraphe résume parfaitement les retombées politiques de cet attentat odieux. Il est clair que le but des commanditaires est d’affaiblir nos démocraties  dans le dessein d’amener l’extrême droite au pouvoir. Pourquoi une telle stratégie ? Pour que le fascisme s’installe partout et rende la vie impossible aux ressortissants européens de religion musulmane afin que ceux-ci se radicalisent, se révoltent et, in fine,  entraînent l’Europe dans une vaste guerre civile comparable aux guerres de religion du 16ème siècle.
Derk Jan Eppink fait dans De Morgen une analyse pointue et extrêmement inquiétante. Selon lui, « la magie et le crédit de Mutti se délite rapidement », ce qui pourrait à terme miner et empêcher sa réélection. Certes elle est la chancelière qui le mieux incarne « la patience et le long terme » mais l’attentat hautement symbolique de Berlin a mis à mal sa défense inconditionnelle du politiquement correct. L’Allemagne a beau être le champion économique européen, ce géant n’en est pas moins « un avorton » politique (mentaal een druiloor) La Nation allemande demeure plombée par son passé nazi et une immense chape de culpabilité qui explique sans doute une générosité affichée à l’égard de la souffrance des réfugiés.
Mais gare aux conséquences pratiques. Le marché de Noël est au cœur de la culture allemande et l’église du souvenir (la Gedächtniskirche) rappelle en effet la destruction de Berlin causée par la démence hitlérienne.
S’il ne s’était agi que d’absorber les réfugiés syriens, leur accueil n’aurait pas posé trop de problème mais quid de tous les autres qui constituent les deux tiers de l’ensemble des demandeurs d’asile  ?
La population allemande qui souffre d’un déficit démographique “en vient à se demander si elle n’est pas en train de devenir une étrangère dans son propre pays. » Si les Allemands de l’Ouest sont obsédés par une culture de la culpabilité, en revanche, les Allemands de l’Est réagissent plutôt comme les Hongrois, ou les Polonais. Un mur sépare l’Allemagne :d’un côté les partisans  de l’accueil, de l’autre ses adversaires acharnés. L’enjeu des prochaines élections fédérales, c’est sûr concerneront moins l’économie que l’ « identité allemande ».
L’Europe est confrontée selon Derk Jan Eppink à un nouveau dilemne culturel.
(Wederom een Kulturkampf) Les pays qui forment la civilisation européenne doivent-ils rester égaux à eux même où s’adapter aux nouvelles populations   qui s’installent sur leurs territoires ?
Le politiquement correct est en bout de course. Les Allemands veulent « un leadership culturel affirmé »(Duitsers verlangen cultureel leiderschap) La culture c’est le lien. Mais attention « il se pourrait bien que la population allemande soit plus proche qu’on n’imagine du point de rupture. » Qu’on oublie surtout pas que la question allemande est depuis plusieurs siècles au cœur de la question européenne.
MG 

 
DE MAGIE VAN 'MUTTI' ZAKT STILAAN WEG 

Merkel is bondskanselier van geduld en lange adem, maar Duitsland wil geen beleid uit politieke correctheid meer
Derk Jan Eppink werkt in New York bij de conservatieve denktank London Policy Center.
De Morgen 


De migratiepolitiek van Angela Merkel staat onder druk. 'Politieke correctheid als wapen is uitgewerkt', zegt Eppink. ©AP 

Duitsland is zowel het sterkste als het zwakste land van Europa. Economisch een reus, mentaal een druiloor. De Duitse natie leeft in de schaduw van haar verleden; overschaduwd door de Tweede Wereldoorlog, vooral de Holocaust. Vrijwel elk beleid wortelt in Schuld. Er is een ontembare behoefte om het 'betere Duitsland' te laten zien. Gevolg: ruime gastvrijheid voor asielzoekers in 2015. Zum Teufel met de praktische gevolgen.
De Duitse samenleving staat onder hoogspanning na de aanslag op de kerstmarkt in Berlijn, uitgerekend bij de herdenkingskerk, een monument tegen oorlog. De Islamitische Staat (IS) eiste de aanslag op. Bondskanselier Merkel werd ingelicht over de aanslag juist op het moment dat ze een 'integratiefeest' vierde met medewerkers en multiculturalisme aanprees. De kerstmarkt hoort bij de Duitse cultuur zoals Sinterklaas en Zwarte Piet bij Nederland. Duitsers vinden intussen net als Nederlanders en Vlamingen dat hun cultuur wordt aangetast.
VRIJWEL ELK BELEID IN DUITSLAND WORTELT IN SCHULD. ER IS EEN ONTEMBARE BEHOEFTE OM HET 'BETERE DUITSLAND' TE LATEN ZIEN
Uit schuldbesef opende Duitsland vorig jaar de armen. Merkel heette asielzoekers welkom en in het stadion van Bayern München hingen spandoeken met 'Refugees Welcome'. De aanzuigende werking was krachtig. Ze kwamen. In 2015 bijna een miljoen - het aantal van 1,1 miljoen werd later bijgesteld tot 890.000. Van hen kwam de helft uit Syrië. Dit jaar tot oktober nog eens 210.000. In de grote golf zaten veel uitkeringstoeristen uit de Balkan, die geen aanspraak kunnen maken op asiel. Er kwamen ook mensen uit Pakistan, Afghanistan, Irak. Waren het enkel Syrische vluchtelingen, dan was opvang beheersbaar. Merkel opende ongezien alle poorten. "Wir schaffen das."
Immigratie is een enorme drijver van politieke onrust, vooral uit niet-westerse culturen. Aanpassingsproblemen zijn talrijk en het risico op incidenten is groot. Die waren er ook, zoals tijdens de nieuwjaarsviering in Keulen. Duitse autoriteiten durven de problemen, zoals stijgende misdaad, nauwelijks bij de naam te noemen en wentelen zich in verhullend taalgebruik. De Duitse bevolking vraagt zich af of zij geen vreemdeling in eigen land wordt.
West-Duitsers zijn doordesemd in de schuldcultuur, maar Oost-Duitsers uit de vroegere DDR reageren als Polen en Hongaren. De 'welkom-cultuur' slaat een mentale muur door Duitsland.
POLITIEKE CORRECTHEID ALS WAPEN RAAKT UITGEWERKT EN DE DUITSERS VERLANGEN CULTUREEL LEIDERSCHAP. CULTUUR IS WAT EEN NATIE BINDT
De vele verkiezingen volgend jaar gaan niet zozeer over economie maar over cultuur. Wederom een Kulturkampf. Blijven Europese landen zoals ze zijn of moeten ze zich maar aanpassen aan de nieuwkomers? Peilingen in Nederland zien de PVV van Geert Wilders veruit als grootste partij. In Frankrijk is het Marine Le Pen. Duitsland heeft in september 2017 Bondsdag-verkiezingen. In mei als voorproefje Landsdag-verkiezingen in Noord-Rijnland-Westfalen. Protestpartij bij uitstek is de AfD van Frauke Petry. AfD werd dit jaar al derde in Baden-Württemberg en tweede in Mecklenburg-Vorpommern en Sachsen-Anhalt.
Politieke correctheid als wapen raakt uitgewerkt en de Merkel is de kanselier van geduld en lange adem. Maar de magie van 'Mutti' zakt stilaan weg. Duitsers verlangen cultureel leiderschap. Cultuur is wat een natie bindt. Schuld is de slechtste basis van politiek omdat goede bedoelingen de weg plaveien voor onbedoelde gevolgen. De Duitse bevolking kan wel eens dichter bij een mentaal breekpunt zitten dan Duitse buurlanden denken.