dimanche 24 janvier 2016

A Bruxelles, un modèle de mobilité d’une grande fragilité

Michel De Muelenaere 

Il y a manifestement eu défaut de prévoyance des autorités; et pas seulement bruxelloises.



•                                                 © Photo News

L’annonce de la fermeture du tunnel Stéphanie « pendant au minimum un an »en raison de risques de stabilité dans l’ouvrage est assurément un nouveau coup dur pour Bruxelles. Alors que la capitale cherche à effacer le douloureux souvenir du « lockdown » qu’elle a enduré fin novembre, l’étranglement d’une des voies d’entrée et de sortie du Pentagone ne pouvait pas plus mal tomber.

Cruelle ironie, les autorités de la Ville de Bruxelles, voulant à la fois faire oublier le lockdown et l’impact du piétonnier sur l’accessibilité du centre, ne cessent de répéter que celui-ci est « atteignable en voiture ». Alors que le Pentagone est le quartier de la capitale le mieux desservi par les transports en commun – trains, métros, trams et bus – et facile à parcourir à pied et à vélo…

Les problèmes du tunnel Stéphanie pourraient résulter d’un manque d’entretien. Il ne serait pas le seul : d’autres tunnels importants de la capitale doivent être rénovés d’urgence et à grand prix. Il y a manifestement eu défaut de prévoyance des autorités ; et pas seulement bruxelloises. On doit aujourd’hui réagir dans l’urgence dans un domaine, la mobilité, où les problèmes ont des impacts immédiats et où les effets des solutions n’apparaissent que lentement.

Il reste de nombreuses questions sans réponses pour l’instant. Pourquoi cette annonce d’une fermeture qui, de deux jours, passe à une semaine puis à un an « au moins » ? Quelle est l’origine exacte des problèmes constatés ? Pourquoi faudra-t-il un an pour y remédier ? Que va-t-il se passer maintenant ? Et après ?

Ce qui se produit sous la petite ceinture bruxelloise illustre cruellement les conséquences d’un modèle de mobilité imaginé dans les années 50. À l’époque, la voiture se popularise et se répand comme une traînée de poudre. Près de 350 % de croissance sur les décennies 50-60. C’était au temps où Bruxelles s’américanisait. Le boom automobile fait craquer les coutures de la vieille ville. Le mythe s’impose : il faut rouler. Rouler vite et jusqu’au plus proche possible de sa destination. Il faut aussi préserver l’auto d’éventuels conflits avec les autres occupants de la rue. La solution : une combinaison d’autoroutes urbaines et d’un maximum de parkings à destination. Cette idéologie urbaine et sociale qui n’a pas entièrement disparu.

Progressivement, les « canalisations » ont été débordées. Mais on n’a pas pris la mesure de cette évolution. À défaut d’avoir franchement développé les solutions de remplacement, internes et externes, et d’avoir tenté de rééquilibrer la mobilité à et vers Bruxelles, on constate à quel point ce modèle est devenu fragile. À l’instar d’autres chaînes logistiques ou énergétiques.

La capacité d’une société à résister à des chocs imprévus dépend de sa diversité. En matière de mobilité à Bruxelles, c’est une règle d’or qu’on a négligée.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA LENTE AGONIE DE BRUXELLES


Bruxelles, deuxième ville cosmopolite au monde se meurt d’auto étouffement et surtout de manque de vision et de gouvernance. Gouverner c’est prévoir. Auto étouffement ? Etouffement par excès d’automobiles ? Oui, on peut dire ça en boutade mais ce ne fera rire personne.

La guerre des tunnels a commencé. Didier Reynders candidat Ministre Président malchanceux, on le sait, est partisan des tunnels et de plus de tunnels encore. Ne proposait-il pas dans sa campagne électorale bruxelloise (il visait le poste de Vervoort) de mettre les voitures sous terre de l’avenue Louise jusqu'au bois et de Marnix à la gare du midi ? Il jubile désormais et propose de confier la réfection des tunnels endommagés à Belliris dont il a la charge. "D'autres villes européennes montrent que cela est possible. Regardez à Madrid, où toute la circulation de transit se fait en sous-sol. Ce projet a certes coûté 3 à 4 milliards d'euros, mais le résultat est là", commente M. Smagghe.

La fermeture annoncée pour au moins un an du tunnel Stéphanie à Bruxelles est, selon Touring, le résultat de l'incompétence des gouvernements successifs. La tournée d'inspection des tunnels de la capitale a eu lieu bien trop tard, et la situation actuelle est due à des années de sous-investissements dans les transports et les infrastructures, estime l'association. "La situation que nous vivons aujourd'hui est préjudiciable pour l'image de Bruxelles et la vie économique de notre capitaleLa décision de fermer pendant au minimum un an le tunnel Stéphanie, a affirmé vendredi le député bruxellois MR Boris Dilliès, est le début d'une série noire. Va-t-on assister à la fermeture successive des différents tunnels routiers de la Région bruxelloise?" C'est apparemment l'objectif affiché de certains membres du Parti Socialiste. 

Voyons cela de plus près. Apparemment le bourgmestre de Bruxelles et le Ministre Président de la Région bruxelloise ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde.

 YVAN MAYEUR  est tombé de sa chaise lorsqu’il a entendu les experts de Bruxelles Mobilité annoncer que, vu le danger, la fermeture était immédiate et durerait minimum un an. « Ils estiment que le chantier devrait durer quatre mois. Mais ils prévoient surtout six mois d’études préalables !, s’énerve Yvan Mayeur. Là, j’ai clairement dit que ce n’était pas possible. » (…) « Les conséquences sont extrêmement négatives pour les quartiers concernés, pour les commerces, pour l’activité économique. Tout le Haut de la Ville, le Sablon, la Toison d’Or, ce sont des enjeux stratégiques pour la Ville. Ils sont extrêmement inquiets. Et moi, je ne peux pas accepter ça ! Je veux qu’on s’engage à étudier toutes les solutions possibles. »

RUDI VERVOORT « Fin de l’année dernière, nous avons discuté en gouvernement de l’avenir du tunnel Léopold 2. Qu’avons-nous conclu ? Que le débat vient 15 ou 20 ans trop tôt, car nous ne croyons pas, à long terme, à ce type de déplacements, la voiture et les tunnels. » « Aujourd’hui, en l’absence d’alternatives, même de notre chef, on doit prendre l’option de rénover un certain nombre de tunnels. Mais à un moment donné, au travers du développement d’alternatives, il faudra amener certains tunnels à disparaître. »

Résumons : Reynders plaide pour une restauration radicale des tunnels et le cas échéant pour leur extension. Vervoort veut leur disparition à moyen terme et Mayeur exige leur maintien en vie, coûte que coûte. Et les Bruxellois, ils en pensent quoi, eux qui ne sont jamais consultés pour rien ou presque ?

A quoi bon dépenser des sommes folles pour améliorer l’image de la capitale européenne, à quoi bon commander étude sur étude comme aima le faire Charles Picqué pour ne jamais rien décider et que Bruxelles se saborde toute seule par absence de gouvernance. Bruxelles est dirigée par des nains de jardin dont l’arrogant ministre de la mobilité, cet éternel agité, est sans doute le plus grotesque.

MG

 

DIDIER REYNDERS: «BELIRIS POURRAIT CONTRIBUER À LA RÉNOVATION DES TUNNELS»

Véronique Lamquin 
Le Soir

 

Le vice-Premier MR se dit « étonné » par les problèmes des tunnels bruxellois. Mais est prêt à discuter avec le gouvernement bruxellois d’un financement des travaux de rénovation via les fonds fédéraux Beliris.



• © Belga

Ce matin, dans les colonnes de l’Echo, Didier Reynders se disait « ouvert à réfléchir à un partenariat fédéral/Région bruxelloise » pour la rénovation des tunnels. Des propos tenus avant l’annonce de la fermeture, pour un an minimum, du tunnel Stéphanie. Ce matin, le vice-Premier MR persiste et signe. Tout en se disant « étonné de la manière dont tout ça se passe ».

QU’EST-CE QUI VOUS ÉTONNE ?

Cela fait des années que les tunnels devraient être entretenus. On a l’air de découvrir les problèmes. Et puis, d’un coup, on prend une mesure, on ferme, pour un jour, une semaine, puis au moins un an. Et on apprend que cela va coûter 600 millions, c’est le coût du plan de rénovation du réseau routier wallon ! Certaines sources parlent même d’un milliard pour les tunnels bruxellois !

C’EST IMPAYABLE ?

Le problème est qu’on ne voit pas, en tout cas dans la situation actuelle, comment on pourrait fermer les tunnels. J’ai eu l’occasion de discuter avec une série de bourgmestres, pas seulement libéraux, ils sont inquiets pour l’activité économique de Bruxelles. Vous savez, j’ai mes bureaux rue des Petits Carmes et au Palais d’Egmont, depuis la fermeture du tunnel Stéphanie, les problèmes de circulation sont gigantesques. Et forcément, cela a des répercussions sur les autres quartiers, puisque les gens cherchent des détours.

LE FÉDÉRAL POURRAIT AIDER LA RÉGION BRUXELLOISE À FINANCER L’ENTRETIEN DES TUNNELS ?

Il faut voir si, via le refinancement obtenu dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat, la Région bruxelloise peut dégager des moyens pour ses tunnels. Sinon, il y a bien sûr l’option de Beliris. Nous avons précisément voulu donner la priorité à l’affectation de cette enveloppe.

JUSQU’À PRÉSENT, VOUS N’AVEZ JAMAIS ÉTÉ SAISI D’UNE DEMANDE EN CE SENS ?

Jamais ! Mais la rénovation des tunnels peut clairement être discutée. Le tout est de voir si le gouvernement bruxellois souhaite une collaboration en ce sens. Si je suis saisi d’une demande, et qu’il y a un dossier précis et détaillé, qui permette notamment d’évaluer les travaux nécessaires et leurs coûts, je suis tout prêt à l’examiner. Cela relève de la mobilité, et de la fonction nationale et internationale de Bruxelles, que le fédéral soutient.

OÙ EN SONT LES NÉGOCIATIONS SUR BELIRIS ?

Fin de l’année dernière, nous avons conclu un accord entre représentants des gouvernements fédéral et bruxellois sur l’affectation des montants pour 2015/2016/2017. Il reste maintenant aux cabinets à finaliser toutes les clauses, le diable se cache souvent dans les détails.

IL EST DONC TROP TARD POUR INCLURE LES TUNNELS ?

Bien sûr que non. Nous avons, à ce stade, prévu 50 millions annuels pour l’extension du métro, à charge pour la Région d’avancer le même montant. Si la Région souhaite réorienter une partie de cette enveloppe vers les tunnels, par exemple pour accélérer les chantiers de rénovation, on peut en discuter. Mais le tout, je le répète, c’est que le gouvernement bruxellois le souhaite.

EST-IL IMAGINABLE QUE LES RÉGIONS WALLONNE ET FLAMANDE CONTRIBUENT À LA RÉNOVATION DES TUNNELS BRUXELLOIS ?

C’est imaginable mais là, moi, je suis au balcon !

QU’EN EST-IL DU RER ET DE SON ACHÈVEMENT SUR LES LIGNES WALLONNES ?

J’attends de voir le plan d’investissements de la SNCB. Je serai attentif, non seulement au RER, mais aussi au réseau urbain bruxellois. Les lignes existent !

 

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