jeudi 28 janvier 2016

Bruxelles, les fissures du rêve américain


Arnaud Pinxteren

Député bruxellois, Secrétaire Politique, Ecolo Bruxelles

OPINION  Le Vif


Depuis plus de cinquante ans, nos dirigeants veulent une "Bruxelles drive in" où la voiture est le symbole ultime de la modernité. Comme si les embouteillages étaient un signe de réussite et le gage de la prospérité économique. Avec la fermeture du tunnel Stéphanie, n'est-il pas temps de faire de vrais choix ? Que voulons-nous pour notre capitale ?



© DR

Les fissures observées dans le plafond du tunnel Stéphanie ne mettent pas seulement à nu des armatures corrodées, mais également tout un modèle d'approche des questions urbaines liées à la mobilité, héritées des années d'abondance de l'État providence et du rêve de la ville américaine tel que le représentait l'Expo 58. Il s'agissait alors de régler les problèmes d'accessibilité posés dans une capitale, centre économique et commercial par excellence, en donnant plus de place à chaque mode de déplacement à grands coups d'investissements publics, financés par la productivité exceptionnelle des Trente Glorieuses.

Ce modèle reposait sur une vision où la ville, ses quartiers historiques, ses habitants et ses espaces publics sont remodelés au profit des déplacements des travailleurs et des consommateurs. Les travaux colossaux de la Petite Ceinture devaient servir ce modèle "drive in". Désormais, il serait possible de rallier le coeur de la capitale, ses bureaux et ses centres commerciaux au volant de son véhicule particulier.

Mais, aujourd'hui, les conditions ont changé. L'espace se fait trop rare pour le donner exclusivement à un mode de transport. La puissance publique est désargentée. Les infrastructures sont usées jusqu'à la corde. Il s'agit maintenant de développer une approche intégrée de la mobilité et d'imaginer un nouveau partage inventif de l'espace public.

Car notre ville s'asphyxie, la voiture continue d'occuper près de 2/3 de nos rues, nos tunnels routiers se fissurent, et nos finances publiques se raréfient. On peut faire un peu plus de la même chose, faire comme si la voiture était toujours ce symbole ultime de modernité et de réussite. On peut continuer à essayer d'attirer un maximum de consommateurs-automobilistes au coeur de la ville. On pourrait continuer à investir dans le béton et l'acier. On pourrait procéder à des réparations de fortune sur des tunnels symboles d'une autre époque qui, après le viaduc Reyers et le tunnel Stéphanie, vont les uns après les autres, inéluctablement arriver en fin de vie. Oui, on pourrait garder notre "capitale Drive In". Ou pas.


Ne serait-il pas temps, à Bruxelles, de revoir notre vision de l'avenir de notre ville ?

Outre-Altantiquenos "cousins d'Amérique" en sont revenus, eux, de ce modèle de ville 'Moderne' à l'américaine. Des modèles différents ont vu le jour ces 20 dernières années. Ils remettent les citoyens, les habitants des villes au centre de la réflexion. Ils veulent émanciper les villes de leur dépendance automobile. Ne serait-il pas temps, à Bruxelles, de revoir notre vision de l'avenir de notre ville ? Pourquoi ne pas faire, nous aussi, le choix de cette "nouvelle modernité" ?

Créons une ville européenne, cosmopolite, du XXIe siècle. Ne soyons plus l'exemple du mal belge "court-termiste". Soyons plutôt la preuve qu'une transition écologique et sociale de nos sociétés et de nos villes est possible, aussi en matière de mobilité. C'est pour cela qu'Ecolo veut un Mobility shift qui réduit sensiblement la place dévolue à la voiture, dans les déplacements comme dans l'espace public. Cela passe par un investissement massif dans les transports publics de surface, par l'augmentation drastique de la part modale cycliste, l'intégration généralisée du déplacement piéton, par le développement massif du parc automobile partagé (voitures partagées, taxis, professionnels).

L'argent est là, il ne reste qu'à choisir le modèle de ville souhaité. Le Gouvernement bruxellois annonce dans le cadre de son budget 2016 et du plan d'investissement de la Stib, des investissements de 5,2 milliards sur 10 ans liés essentiellement à la réalisation de quelques kilomètres de métro. Dans le même temps, Beliris serait prêt à injecter des millions dans la rénovation des tunnels bruxellois. Ces moyens ne pourraient-ils pas être investis bien plus efficacement, au profit d'un espace public plus agréable, retravaillé grâce et en lien avec le développement d'un réseau de transport en commun de surface ? Au profit d'un air plus respirable dans tous les quartiers apaisés, pour préserver notre santé ? En organisant la desserte fréquente dès aujourd'hui de l'ensemble des gares bruxelloises au travers d'un réseau express ?

Suivons l'exemple de San Francisco, Grenoble, Vancouver, Copenhague...OEuvrons, autorités régionales et fédérales, à une capitale qui place la qualité de vie au coeur de la vision de notre ville, les transports publics de surface au coeur de notre stratégie de mobilité, l'interaction entre nos communautés d'habitants au coeur de notre projet et de notre prospérité.

Nous, Bruxellois, ne sommes pas qu'un groupement de consommateurs. Notre ville, Bruxelles, n'est pas qu'une capitale administrative. Elle n'est pas qu'un noeud routier. Bruxelles et ses habitants vivent, mais se cherchent encore un destin propre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MOBILITY SHIFT


Nos "cousins d'Amérique" en sont revenus, eux, de ce modèle de ville 'Moderne' à l'américaine

Créons une ville européenne, cosmopolite, du XXIe siècle. Ne soyons plus l'exemple du mal belge "court-termiste". Soyons plutôt la preuve qu'une transition écologique et sociale de nos sociétés et de nos villes est possible, aussi en matière de mobilité.

Nous, Bruxellois, ne sommes pas qu'un groupement de consommateurs. Notre ville, Bruxelles, n'est pas qu'une capitale administrative. Elle n'est pas qu'un noeud routier. Bruxelles et ses habitants vivent, mais se cherchent encore un destin propre.

Il est assez lamentable qu’il faille la crise des tunnels pour prendre conscience, dans l’urgence, qu’on se trompe de politique depuis soixante ans, de gouvernance et surtout de vision de la ville. Après la crise du piétonnier (n’importe quoi, n’importe comment) voici l’imbroglio des tunnels (le triomphe de l’imprévoyance géré  par une succession de ministres flamands : Grauwels, De Lille, Smet) dont on ne voit pas la moindre lumière poindre à la sortie.


MG





Onkelinx sur les tunnels à Bruxelles : «Le problème est monstrueux»

Le Soir avec Belga

Laurette Onkelinx (PS) et Didier Reynders (MR) appellent les Régions et le fédéral à se mettre autour de la table pour trouver une solution sur la mobilité à Bruxelles.

Les chefs de file du PS et du MR à Bruxelles ont appelé lundi à un travail commun, associant le fédéral et les Régions, sur la mobilité dans et autour de Bruxelles après les avaries de deux tunnels dans la capitale.

«Il faudra des investissements. Il faut qu’au niveau belge, gouvernement fédéral, gouvernements bruxellois, wallon et flamand, on se mette ensemble, autour de la table, pour trouver une solution», a déclaré la présidente de la fédération bruxelloise du PS, Laurette Onkelinx, sur les ondes de Matin Première.« Le problème des tunnels est un problème monstrueux. On coupe l’accessibilité à certains quartiers. Pour les habitants des autres régions, les navetteurs wallons et flamands c’est aussi un problème », a-t-elle commenté.

«On doit travailler ensemble, entre le fédéral et les Régions. Comment gérer le RER, le métro bruxellois, la rénovation des tunnels?», a lancé, comme en écho, le président du MR bruxellois, Didier Reynders, sur Bel-RTL (la vidéo pour mobile).

La Région bruxelloise doit dégager des moyens pour ses tunnels, estime Mme Onkelinx. Mais au préalable, elle doit connaître la situation exacte de ces infrastructures et décider ensuite quels tunnels pourront être rénovés ou abandonnés et quelles sont les solutions de rechange qui se présentent.

Une alternative  : le RER

La mobilité bruxelloise repose aussi sur le RER. Or, sa mise en oeuvre connaît un retard considérable en Wallonie alors qu’en direction de la Flandre, il sera opérationnel dès 2016. La presse a fait état ce week-end des problèmes de financement qui hypothèquent l’avenir du projet sur les lignes Bruxelles-Namur et Bruxelles-Nivelles.

«Le RER devra être complété», a assuré M. Reynders, vice-premier ministre MR. «Il y a un vrai débat à avoir: comment finance-t-on l’ensemble du RER, parce qu’il doit être réalisé.»

Au sujet du financement, M. Reynders trace des lignes de partage: le ferroviaire incombe à la compétence fédérale, la Région prendrait en charge les tunnels tandis que l’extension du métro bruxellois doit bénéficier d’un co-financement de Beliris, fonds fédéral affecté à Bruxelles. Sur ce point, le ministre attend la conclusion d’un accord définitif avec le gouvernement bruxellois.

Le budget de la Région bruxelloise n’est pas en déficit, grâce au refinancement obtenu dans le cadre de la 6e réforme de l’Etat. «Nous ne demandons rien aux autres Régions», a assuré Mme Onkelinx. L’ex-vice-première ministre en appelle en revanche aux autres entités dans le cadre du débat européen sur le respect des normes budgétaires. «Il faudra en parler aussi avec l’Europe: laissez-nous investir sans pour autant nous sanctionner pour un petit déficit», a-t-elle demandé.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MARQUER DES POINTS


Harcelés par les mauvais sinbdages (Vervoort-Onkelinx) ou enhardis par une soudaine embellie (Reynders) notre petit personnel politique bruxellois ne songe qu’à se faire mousser pour gagner des points. Il y parviennent, for the worse not for the better. Tour ceci achève de décrédibiliser les hommes et les femmes politiques et d’écorner une image de Bruxelles de plus en plus désastreuse.

They are not funny. C’est du cinéma ! Du très mauvais cinéma !

MG

 



POLÉMIQUE SUR LES TUNNELS: CECI N’EST PAS DIGNE D’UNE CLASSE POLITIQUE

BÉATRICE DELVAUX, ÉDITORIALISTE EN CHEF
Le Soir

BÉATRICE DELVAUX REVIENT SUR UNE JOURNÉE QUI A TOURNÉ À L’AIGRE APRÈS LE COMITÉ DE CONCERTATION SUR LES TUNNELS BRUXELLOIS.


•                                                                  © DR

Mais quelle conception surannée de la politique ! Quoi, elle servirait à trouver des solutions ? L’intérêt public dépasserait l’intérêt particulier et s’imposerait face aux susceptibilités et aux bas calculs électoraux ! Lundi, on pensait encore que si les gouvernants avaient institué un « comité de concertation », c’était pour son utilité, pour ses vertus de mener à des solutions, au terme de discussions, houleuses ou tendues, mais qui tendaient vers un mieux pour la collectivité. On imaginait qu’au sortir de ces réunions, le pays fonctionnerait mieux, car durant quelques heures, les hommes et les femmes qui en ont reçu la charge en avaient huilé les rouages.

« C’EST DU CINÉMA »

Mais quelle naïveté ! Hier, la définition de ce comité de concertation nous est venue d’un de ses membres : «  C’est du cinéma. Il ne s’y passera rien. Ça ne sert absolument à rien. Quand j’y suis, je me mets en mode off et j’attends que ça passe. » Le « meilleur » est en effet que le spectacle du désaccord n’est pas assumé dans la salle et réservé aux seuls (20 !) participants, mais qu’il est offert à tous, à la sortie. Déjà qu’ils n’aient pas honte de n’avoir rien résolu, mais en plus, ils exhibent les désaccords, voire pire, le mépris profond qu’ils ont les uns pour les autres.

Le gouvernement fédéral nous avait promis de faire fonctionner ce pays, d’oser les réformes jamais entreprises, de faire avancer la Belgique vers un mieux. Quoi de mieux dès lors qu’un comité de concertation pour forcer tout le monde à entrer dans le tempo, avec un Premier ministre chef d’orchestre ? Un vieux briscard belge nous le disait mardi à propos de l’Europe : «  Celui qui exerce un vrai leadership au service d’une perspective finit toujours par triompher  », ajoutant, «  c’est en se montrant modeste et au service de tous, qu’on gagne ses galons  ». Un leader ne peut laisser une réunion qui doit donner des solutions aux Belges – et à l’Europe qui s’inquiète de la mobilité belge – se transformer en foire d’empoigne dont l’extérieur ne peut retenir qu’une chose : la Belgique est un pays non gouverné. Et l’étranger en l’occurrence n’a ni le temps, ni la patience, ni l’envie de se demander si c’est le fédéral ou les Régions qui sabotent le pays.

 

 


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