vendredi 8 janvier 2016

Ce que craignent les services antiterroristes pour 2016

Le Vif

Source : Afp

Davantage que les attaques isolées, comme celle qui a visé jeudi un commissariat parisien, ce sont des attentats djihadistes multiples, coordonnés dans plusieurs pays européens, que craignent pour 2016 les services antiterroristes du continent.


© Reuters

Les massacres du 13 novembre à Paris (130 morts) ont montré que plusieurs équipes de kamikazes motivés, équipés de kalachnikovs et d'explosifs artisanaux, pouvaient causer de terribles pertes et traumatiser le pays avant d'être neutralisés. Multiplié à l'échelle de l'Union européenne, l'effet n'en serait que plus dévastateur.

"Je pense qu'hélas en 2015 on n'a rien vu", confie à l'AFP, sous le sceau de l'anonymat, un responsable de la lutte antiterroriste. "On va vers une espèce de 11 septembre européen: des attaques simultanées, le même jour dans plusieurs pays, plusieurs endroits. Un truc très coordonné. Nous savons que les terroristes travaillent là-dessus."

"Nous assistons actuellement dans les régions tenues par Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) au recrutement de groupes de jeunes Européens, à leur entraînement, dans le but de les renvoyer frapper dans leurs pays d'origine", ajoute-t-il. "Ils ont les faux papiers nécessaires, la maîtrise de la langue, des lieux, des armes. Nous en arrêtons beaucoup, mais il faut le reconnaître, nous sommes submergés par le nombre. Certains passeront. Sont déjà passés."

Les récentes arrestations de djihadistes rentrant des "terres de djihad" ajoutent à l'inquiétude, dit-il. "Les profils changent. On voit revenir des gens ultra-radicaux, très aguerris, qui auraient dû rester là-bas. Certains sont chassés par les bombardement russes, qui au moindre soupçon de présence djihadiste dans un village vitrifient tout le secteur. Mais d'autres rentrent pour mener à bien des missions en Europe."

"Avant, on avait surtout le retour de gens qui s'étaient trompés, qui n'avaient pas réalisé que la guerre, ça pique", ajoute-t-il. "Là, on assiste au retour de gars qui tiennent la route."

"2015, VALIDATION OPÉRATIONNELLE"

Le complot visant à mener des attaques coordonnées en Europe n'est pas nouveau : il a déjà échoué plusieurs fois, dont une fin août 2010, indique à l'AFP Yves Trotignon, ancien analyste des services antiterroristes de la DGSE, les services secrets français.

"A l'époque, c'était encore Al-Qaïda, mais l'idée a été reprise, bien sûr, par l'EI", dit-il. "Les équipes devaient arriver d'Europe orientale, récupérer du matériel pré-positionné, des armes de poing et des fusils d'assaut. Ca avait été déjoué par les Américains, qui avaient effectué une série de frappes de drones préventives en Afghanistan et au Pakistan contre les gens censés monter l'opération."

"Ce genre d'attaques multiples fait partie des scénarios du pire pour 2016", poursuit Yves Trotignon. "Je sais que dans les capitales européennes, à Londres notamment, les services spécialisés travaillent sur cette hypothèse."

Si policiers, militaires, analystes, législateurs tentent sans cesse d'adapter leurs réponses et leurs modes opératoires aux méthodes employées par les assaillants djihadistes, l'autre camp fait de même, et souvent de façon plus rapide et plus efficace, estiment les deux spécialistes.

"Il n'y a pas que nous qui tirons les leçons, l'Etat islamique aussi", fait valoir le responsable de la lutte antiterroriste. "Par exemple ils ont compris qu'il ne faut pas toucher au téléphone, ou très peu, que tout est écouté. Chaque attaque, même ratée, est mise à profit."

En jargon militaire, c'est ce qu'on appelle les "Retours d'expérience" (Retex). "Et des Retex, ils en font aussi", confirme Yves Trotignon. "Ils profitent des enquêtes de presse, lisent tout ce qui s'écrit sur le sujet. Ils ont vu qu'il a fallu deux heures et demie pour donner l'assaut au Bataclan", la salle de spectacles visée le 13 novembre à Paris. "Que leurs explosifs ne sont pas bons, donc qu'il faut en changer, que les gars ont laissé trop de traces. Ils apprennent vite."

"Le 13 novembre a montré qu'on peut se faire avoir par des gars qui n'étaient pas de très haut niveau opérationnel", conclut-il. "Donc si le niveau des agresseurs augmente, on va avoir un problème. Il y a un pessimisme horrible chez tous les professionnels autour de 2016. Peut-être que dans un an on se dira que l'année 2015 n'a été qu'une répétition, une espèce de validation opérationnelle."


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"JE PENSE QU'HÉLAS EN 2015 ON N'A RIEN VU"


Voici un article à vous fiche le cafard pendant tout le week-end qui vient et peut-être même pendant une année entière.

Le choc des civilisations ? On est en plein dedans sauf qu’on observe un bras de fer entre une civilisation démocratique de plus en plus fragilisée, la nôtre et une anti-civilisation, autrement dit une barbarie à visage inhumain. Il y a un pessimisme horrible chez tous les professionnels autour de 2016.

Ce pessimisme d’humeur est contagieux et est en train d’affecter l’ensemble de la population.

Pendant des décennies, on a raboté les crédits militaires, à raison puisqu’après l’effondrement par implosion de l'URSS il n’y avait plus d’ennemi en vue. On a négligé notamment de créer une structure de défense européenne. Et voilà que le système démocratique, grand triomphateur de 1989 est attaqué sur son propre territoire par un ennemi de plus en plus puissant, insidieux, déterminé à le détruire pour le remplacer par une théocratie moyen-âgeuse et régressive"Nous assistons actuellement dans les régions tenues par Daech au recrutement de groupes de jeunes Européens, à leur entraînement, dans le but de les renvoyer frapper dans leurs pays d'origine", ajoute-t-il. "Ils ont les faux papiers nécessaires, la maîtrise de la langue, des lieux, des armes. Nous en arrêtons beaucoup, mais il faut le reconnaître, nous sommes submergés par le nombre. Certains passeront. Sont déjà passés."

C’est un aveu d’impuissance et presque déjà un communiqué de défaite. Les djihadistes ont appris à se méfier de l’usage du GSM et à utiliser des explosifs plus performants : Chaque attaque, même ratée, est mise à profit. Si policiers, militaires, analystes, législateurs tentent sans cesse d'adapter leurs réponses et leurs modes opératoires aux méthodes employées par les assaillants djihadistes, l'autre camp fait de même, et souvent de façon plus rapide et plus efficace, estiment les deux spécialistes.

Peu leur chaut s’ils perdent du terrain en Irak, en Syrie, leur objectif est de mettre l’Europe à genoux. Ils utilisent les grosses ficelles de la guerre psychologique  pour démoraliser les Européens qui se découragent tout seuls et à toute vitesse. Il s’agit de venger des siècles d’humiliations générées par la domination coloniale de l’Europe. 

L’occident n’intervient pas au sol en Syrie de peur de réitérer le grand traumatisme de la guerre du Vietnam qui a mis les Etats Unis sur le flanc ou un nouvel Irak qui a contribué à installer le chaos au Moyen Orient. On voit revenir des gens ultra-radicaux, très aguerris, qui auraient dû rester là-bas. On assiste au retour de gars qui tiennent la route."

L’équation est simple : d’un côté de jeunes gars  paumés, déjantés qui n’ont rien à perdre et qui ont un moral de combattant boosté par la vulgate islamiste qui leur promet le paradis. De l’autre, une Europe déprimée ramollie par tous ses excès de consumérisme et en quête de sens. Pour qui a un peu de mémoire cela doit rappeler la désespérance de la république de Weimar après la défaite allemande de 1918, les rigueurs du traité de Versailles et la crise de 1929 qui mettront Hitler en selle. Déjà les Hongrois et les Polonais ont viré à la droite extrême et les Français flirtent avec le FN. Mais c’est vers l’Allemagne qu’il convient de tourner nos regards.  Les étranges événements de Cologne où la jeunesse bataclan, surtout les jeunes femmes ont été molestées durant la nuit de la Saint Sylvestre par des bandes de jeunes gens mal identifiés mais d’origine étrangère attestée. Faut-il y voir un hasard de circonstance ou une nouvelle stratégie islamiste ? Il est un peu tôt pour le dire. Non, décidément 2016 ne commence vraiment pas bien.

MG  

 

 

 

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