samedi 2 janvier 2016

Dit is geen vrolijke nieuwjaarsbrief

 Tessa Vermeiren is ex-hoofdredacteur van Knack weekend.


©AFP


Tessa Vermeiren. ©rv


Ikzelf heb definitief mijn geïdealiseerde kijk op het Midden-Oosten en de moslimwereld begraven

Zullen we het ooit bekijken als een historisch jaareen scharniereenkantelpunt?

Het heeft er de aard naar. De oorlog is niet meer ver wegHet geweld heeft onzevoordeur ingebeukt. IS heeft de oorlog verklaard aan onze manier van leven.Vrijheidblijheid het bevalt hen niet. We hadden moeten beseffen dat dit er aankwam maar we hebben onze kop in het zand gestoken. Niet in het stuivendevluchtige woestijnzand, maar in de harde Vlaamse klei die symbool staat voorvastigheid en onvergankelijkheid. Wat is er nog over van onze vastigheid enonvergankelijkheid?

Ikzelf heb definitief mijn geïdealiseerde kijk op het Midden-Oosten en de moslimwereld begraven. Dat heeft moeite gekost. Als mens van goede wil hebik decennialang empathisch gekeken naar die manier van leven en denkenIkheb - onbewust misschien - alle tekenen miskend die er waren, die ik nochtansmoet hebben genoteerd tijdens mijn vele reizen in de Arabische wereld. De onvrijheid van vrouwen, de harde dominantie van mannen, het oog om oogtandom tand, het onwrikbare geloof in zogenaamd heilige boeken, het afwijzen van wetenschapMet schaamte moet ik erkennen dat mijn blik versluierd werd door nood aan exotismeginder en hier.

Zeer lang heb ik gedacht dat een osmose van twee culturen vooruitgang brengt, maar wat ik heb gezien en ervaren is een groeiende eilandvorming. Lang wildeik niet geloven dat we evolueerden naar ijsbergen die elkaar kil zouden voorbijdrijven in de nacht van de geschiedenisErger nog, dat we met de rug naarelkaar zouden gaan staanovertuigd van het eigen gelijk. Of nog ergerdat het zou ontaarden in een oorlog die brutaal gebruikmaakt van wat eigen is aan de westerse maatschappij van de eenentwintigste eeuw, de grenzelozecommunicatie tussen mensenEen oorlog die religiewaarvan men alle heilbeweert te verwachtenverbindt met het meest crapuleuze misdaadmilieu.

Dit was geen 31 december als alle andereIk kijk naar boodschappen van vrienden die vanuit hun eigen veilige cocon positieve nieuwjaarswensen de wereld in sturen. Hoe overtuigd zijn ze van hun eigen kracht en weerbaarheidVoor mij lijkt het op fluiten in het donker.

HOE BLIJF JE EEN MENS ONDER DE MENSEN IN HARDE TIJDEN ALS DEZE?

Ik ben er niet gerust in dat 2016 een jaar wordt waarin we ons kunnenterugtrekken in dat cocon van huiselijkheidvertrouwen en vriendschap. Hoeweldat is wat we meer dan ooit nodig zullen hebbenstiltewarmtetederheidtroost.

Hoe blijf je een mens onder de mensen in harde tijden als deze? Met respect voor de andere misschienterwijl je toch de zo nodige lijn in het zand trekt en die waarden blijft verdedigen die essentieel zijn voor het in stand houden van ons maatschappijmodelvrijheidgelijkheidbroederlijkheidGeïnspireerd door humanisme, al dan niet ondersteund door een religie.

Vrijheidgelijkheidbroederlijkheid. Het mogen geen loze woorden zijn.Daarom wil ik me blijven inspannen om de dialoog met vrienden die andersdenken dan ik over het leven, die een god nodig hebbente blijven aangaanIn wederzijdsheid weliswaar. Liefde en respect moeten van beide kanten komenAlleen dat humanisme kan de basis zijn voor samenlevenVoor de wetten die het samenleven regerenSamenleven kan alleen als men zich een 'medemenstoont, in wederkerigheidDe inspiratie van waaruit de medemenselijkheid komtis individueel en privé, en dat moet ook zo blijven.

Dit is geen vrolijke nieuwjaarsbrief. Maar bij alle angst die 2015 brachtwil iktoch op zoek gaan naar een sprankeltje hoopVerwachtend dat ik bij nabije en verre vrienden evenveel zal vindenAlleen op die manier kunnen we de angstoverwinnen.

Tessa Vermeiren

 


TRADUCTION LIBRE DE CES NON-VOEUX DE NOUVEL AN

 

Faudra-t-il que nous regardions 2015 comme une année historique, un momentcharnière, un signal de rupture ? Il semble bien que oui. La guerre s’est rapprochée. La violence s’est invitée par la porte de devantDaech a carrément déclaré la guerre à notre mode de vie : la liberté, la joie lui sont insupportables. On aurait dû le sentir arriver mais on a préféré s’enfoncer la tête dans le sable.Non pas dans les sables chauds du désert mais bien  dans la glaise dure du Nord qui symbolise la solidité, la foi dans l’avenir. Que reste-t-il aujourd’hui de notrebelle détermination ?

Pour ma part j’ai enterré pour de bon ma vision idéalisée du Moyen-Orient. Cela n’a pas été sans peine car je suis une personne de bonne volonté qui pendant des décennies a observé avec empathie leur manière de vivre et de penser.
Inconsciemment sans doute, j’ai voulu ignorer les signes de changement qui pourtant s’annonçaient et que je n’ai pas manqué de noter au cours de mes nombreux voyages dans le monde arabe. La non liberté des femmes, la domination masculine brutale, l’obsession « œil pour œil, dent pour dent »fondée sur la foi inflexible en des textes prétendus sacrés et le rejet de la science. J’ai honte de le reconnaître aujourd’hui, mon regard a été brouillé par un besoin d’exotisme là-bas et ici également. Pendant très longtemps j’ai pensé que l’osmose entre nos deux cultures était irréversible. Ce que j’ai pu observer et vivre récemment, c’est au contraire une tendance à s’éloigner pour former des sortes d’îles qui s’ignorent.

J’ai longtemps refusé de croire que nous étions en train de devenir comme  des icebergs qui se regardent froidement dériver dans la nuit de l’histoire. Plus grave je n’ai pas vu que nous nous tournions le dos, persuadés de notre propre supériorité. Et pire encore, que tout cela entrainerait une guerre d’une brutalité inouïe qui entraverait la communication sans limite entre les hommes qui est le propre de la civilisation occidentale du XXIe siècle. Une guerre, dont certains attendent le salut, mais qui est faite par des membres de milieux criminelscrapuleux

Non ceci n’est pas un début d’année comme les autres. Je prends connaissance des messages  de nombreux amis qui depuis leur cocon confortable envoient dans le monde des voeux de nouvel an pleins d’espoir.

Quelle foi peuvent-ils avoir en leurs propres forces et en leur résilience ? C’est un peu comme s’ils sifflaient dans la nuit.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BIENVENUE AU PAYS DU PAS ENCORE


Difficile de ne pas partager ces paroles marquées du coin du bon sens mais aussi par un bel élan d’empathie malgré tout.

Jamais depuis les années de guerre l’an neuf n’a commencé sous de plus sinistres auspices. On s’attend au pire, on ne pourra donc qu’être surpris par le meilleur. Ce qui est certain c’est qu’une bande de voyous sans scrupules,fascinés par Thanathos ont réussi à nous saper ce qui nous restait de confiance en l’avenir. C’est absolument dramatique.

Un ami m’écrit : 

L’approche sécuritaire technologique doit être déployée avec précaution, elle contribue également à sacrifier toujours plus nos libertés au nom d’une sécurité supposée.

Nous assistons en fait à un changement ontologique de notre statut juridique. Avant, nous étions innocents tant que le contraire n’avait pas été prouvé. Aujourd’hui, nous sommes tous considérés comme des coupables en puissance puisque, sans aucune raison a priori ni mandat préalable, les Etats collectent nos données.

Après le délit de faciès, nous sommes en passe de créer un délit de données !

Il me semble au contraire indispensable que de réelles politiques publiques plus globales soient déployées.

 

Dans ce contexte, un enseignement laïque, de qualité, pour tous, soucieux d’éduquer à la citoyenneté et au vivre ensemble, s’impose comme une urgence. Cela demandera évidemment des investissements publics, certainement très importants, notamment pour désenclaver des quartiers et des banlieues. Il est surtout impératif qu’on nous propose enfin un réel projet politique émancipateur qui ne laisse personne sur le carreau. (P.F.)

Propos utopiques ? Pas vraiment si on considère que l’utopie n’est pas forcément le pays de nulle part mais peut être regardée comme le pays du pas encore. Certes ils convient de pratiquer, pour s’en rapprocher l’optimisme de la volonté que recommandait Gramsci.

Not exactly a soft job. 

MG 

 

LA POUSSIERE SOUS LE TAPIS 

La chronique mensuelle de Michel Onfray | N°128 – Janvier 2016

 

Le dernier quart de siècle aura été celui de l’effacement du réel. La télévision et la radio y ont beaucoup contribué, l’une en laissant croire que ce qui était montré était le seul réel, l’autre, en affirmant que c’était ce qui se trouve entendu. Or, la télévision montre ce qu’elle choisit et la radio ne fait entendre que ce qu’elle a élu. De sorte que ça n’est pas le réel qu’on nous présente, mais la fiction choisie par le journaliste. Nous vivons dans la fable d’un monde créé par les médias. Le réel n’ayant pas eu lieu, la fiction le remplace.

L’un des signes de cet effacement du réel est l’effacement du mot qui dit le réel. Quiconque met le signifiant sous le tapis croit avoir aboli le signifié. Ainsi, il n’y a plus de clochards, mais, d’abord des sans domiciles fixe, avant que ceux-ci ne laissent place aux SDF ; il n’y a plus de nains, mais des personnes de petite taille ; plus de gros, mais des personnes en surcharge pondérale ; plus d’avortement, mais des Interruptions Volontaires de Grossesse, puis des IVG ; plus de contraception, mais un contrôle des naissances ; plus de prolétaires, mais des OS, des OQ, des OP – autrement dit des ouvriers spécialisés, des ouvriers qualifiés, des ouvriers professionnels ; plus de ceinture ou de banlieues, mais des ZUP et des ZEP ; plus d’handicapés, mais des personnes à mobilité réduite , voire des « personnes en situation de handicap »; plus de noirs, mais des blacks ; plus de femmes de ménage, mais des techniciennes de surface ; plus d’allocations, mais des aides, voire des RSA ; plus de juifs, mais des feujs ; plus de maghrébins, mais des beurs ; plus d’émigrés ou d’immigrés, mais des migrants ; plus de vieux, mais des personnes du troisième âge ; plus d’homosexuels, mais des gays ; plus de chômeurs, mais des demandeurs d’emploi ; plus de téléphone, mais des iPhone ou des Smartphones ; plus de droits de l’homme, mais des droits humains ; plus de tiers-monde mais des pays en voie de développement ; plus de prostituées, ni de putes bien sûr, mais des travailleuses du sexe ; plus d’élèves, mais des apprenants ; plus d’instituteurs, mais des professeurs des écoles ; plus de professeurs, mais des enseignants ; plus de ballons, mais des référentiels bondissants ; plus de lectures sur scène, mais des mises en voix ; plus de romanichels, mais des gens du voyage ; plus de sexe, mais du genre ; plus de races, mais des peuples ; plus de mensonges mais des contre-vérités ; sans parler des tsunamis qui ont remplacé les raz-de-marée ou les congères qui prennent la place des tas de neige, voire de la neige à laquelle la vulgate médiatique substitue désormais le stupide manteau neigeux …

Voilà comment on ne peut plus parler de marchandisation d’utérus puisqu’il s’agit d’une gestation pour autrui ; ni de crimes de guerre puisque ce sont des dommages collatéraux. De même pourquoi ferait-on encore la révolution puisqu’il n’y a plus ni prolétaires ni femmes de ménage, ni chômeurs ni clochards. Et pourquoi y aurait-il encore une école puisqu’il n’y a plus ni instituteur ni professeur ? Rabelais faisait dire à Pantagruel : « Si les signes vous fâchent, ô quand vous fâcheront les choses signifiées ? ». Les signes étant morts, les choses signifiées le sont aussi. Le désert avance…

©Michel Onfray, 2016

 

Aucun commentaire: