vendredi 22 janvier 2016

Edito: il faut pousser à l’accouchement d’un islam belge

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Le Soir

L’islam « belge » a vécu – et vit encore en grande partie aujourd’hui – refermé sur lui-même. Il y a un moment à saisir. L’édito de Béatrice Delvaux


•                                                          © Laura de Clippele

C’est l’islamologue belge, Radouane Attiya, chercheur à l’ULg, qui le déclarait la semaine dernière au « Soir » : «  Si les autorités religieuses veulent regagner leur autorité, elles devront produire un discours plus critique, en phase avec les attentes des jeunes. On arrivera forcément à un schisme entre un islam traditionnel, militant, politique et un islam contemporain, dépolitisé.  »

C’est peut-être ce qui se joue déjà, du moins un commencement, en Belgique. Si cela se confirme, c’est une très bonne chose. L’islam « belge » a vécu – et vit encore en grande partie aujourd’hui – en autarcie, refermé sur lui-même, permettant à des imams d’officier en Belgique depuis des dizaines d’années sans être intégrés – sans connaître ni le flamand ni le français – à des cours de religion islamique d’être donnés sans supervision, à des mosquées d’opérer hors de tout contrôle et à des individus de répandre une interprétation radicalisée ou en tout cas ultra-conservatrice du Coran auprès de jeunes Belges.

UNE OMERTÀ QUI COMMENCE À VOLER EN ÉCLATS

On a connu la parole confisquée, hypocrite ou sans audace de l’Exécutif des musulmans de Belgique, refusant de se mouiller dans la critique et la régulation des excès à l’œuvre dans leur communauté.

Aujourd’hui, sous l’effet des actes de terrorisme commis à Paris et les menaces pesant sur Bruxelles, cette omertà commencé à voler en éclats. L’émergence de voix libres et d’initiatives venues de personnalités musulmanes pousse à la responsabilisation des « officiels » en relation avec les autorités belges.

L’explosion en plein décollage du projet de « déradicalisation » du trio Benzine-Saidi-Privot a révélé de façon très crue les divisions internes très fortes de la communauté et les pressions des « traditionalistes » sur les « contemporains ». La dénonciation par le président de l’Exécutif des musulmans, de menaces extérieures et des pressions internes dont il ferait l’objet, est un élément neuf, – à considérer avec prudence, car venant d’un homme peu connu jusque-là pour son audace ou sa volonté d’imprimer de la modernité à son organisation.

Mais il y a un moment à saisir. Et le nouvel arrêté royal en préparation, réformant l’Exécutif, est en tout cas une étape à ne pas rater. L’Exécutif n’a en soi pas de pouvoir mais il est aujourd’hui le seul interlocuteur du gouvernement fédéral, des Communautés et Régions. Ceux-ci ont besoin d’une professionnalisation de leur « partenaire » pour réguler ce culte dans le sens de l’accouchement de cet islam belge/européen contemporain.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

Y A-T-IL UNE ÉTHIQUE CORANIQUE ?

OUI ET JE L’AI RENCONTRÉE !


Si les autorités religieuses veulent reconquérir leur crédibilité, elles devront produire un discours plus critique, en phase avec les attentes des jeunes. On arrivera forcément à un schisme entre un islam traditionnel, militant, politique et un islam contemporain, dépolitisé. 

Les jeunes musulmans nés ici, scolarisés ici (pas toujours aussi bien qu’il aurait fallu) ne sauraient en effet se contenter d’un islam approximatif et anecdotiquefait de licite et illicite, d’orthopraxie et de clichés manichéens : celui que pratiquent benoitement leurs parents. La fréquentation des mosquées par lesjeunes est en net recul. Certains, les radicaux frustrés acquis plus à la radicalitéqu’à l’islam, se tournenten désespoir de cause vers l’islamisme djihadisteviolent et barbare : "Il en est parmi eux un parti qui tord la langue sur l'Ecriture, pour vous faire croire que c'est l'Ecriture alors que ce n'en est pas...." (J. Berque Essai de traduction du Coran p.79)

Et tous les autres ?  Béatrice à raison, comme si souvent, comme presque toujours, ils ont besoin d’autre chose, d’un aggiornamento de leur religion.L’islam « belge » a vécu – et vit encore en grande partie aujourd’hui – en autarcie, refermé sur lui-même, permettant à des imams d’officier en Belgique depuis des dizaines d’années sans être intégrés – sans connaître ni le flamand ni le français – à des cours de religion islamique d’être donnés sans supervision, à des mosquées d’opérer hors de tout contrôle et à des individus de répandre une interprétation radicalisée ou en tout cas ultra-conservatrice du Coran auprès de jeunes Belges.

Il y a un en effet un moment à saisir. Et le nouvel arrêté royal en préparation est une bonne nouvelle. Il entend réformer l’Exécutif pour professionnaliser leur « partenaire » pour réguler ce culte dans le sens de l’accouchement de cet islam belge/européen contemporain.

Cet islam existe, ici chez nous dans la tête de musulmans en recherche qui sont selon leur propre expression des Corans qui marchent. Ils ne sont guère nombreux pour l’instant ("Mais combien peu vous êtes à méditer le rappel" (Coran ibid p.163)

Ce sont ces musulmans éveillés et critiques que le monde politique a toujours qualifiés de non représentatifs (Ch Picquéet en effet ils ne le sont pas puisqu’ils sortent du lot, puisqu’ils réfléchissent de manière autonome à leur texte fondateur sans se contenter de le psalmodier comme des perroquets. "Nous l'avons fait descendre en forme de Coran arabe escomptant que vous raisonniez." (Coran ibid p.244)

Pour Ali Daddy auteur du Coran contre l’intégrisme, le Coran contient une éthique exigeante, celle du Bel Agir qui dans son esprit est à peu de chose près celle du Bon Samaritain ou de Mathieu XXV. J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!”
“Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…?  

Je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Cette éthique de l’Agir Bellement (Jacques Berque) est aussi celle du libre penseur agnostique ou athée qui choisit de faire le bien, non pas dans la crainte d’un quelconque jugement ultime et divin mais pour le seul amour de bien et face à son seule juge : la voix de sa conscience.

Ne dit-on pas que tout ce qui s’élève converge. Il faudrait tendre vers une éthique de caractère convergent et universel (moreel esperanto ; Paul Cliteur). Mais comment ? C’est le grand défi des années qui viennent.

Il est tout à fait urgent, dans un premier temps de faciliter et d’accélérerl’accouchement de cet islam belge/européen contemporain qu’on attend en espérant que ce n’est pas un remake d’en attendant Godot mais un schisme entre un islam traditionnel, militant, politique et un islam contemporain, dépolitiséj’ajoute éthique et libéré du dogme et des imams ignorants et le plus souvent importé d’ailleurs ou autoproclamés. Rêve utopique ? 

Non il ne faut pas désespérer du souffle éthique apaisant qui irradie des plus beaux versets du CoranCertes, il en est aussi d’insupportables, on ne saurait le dissimuler. Une religion disait Camus ne saurait se juger sur ce qu’elle a de plus vil mais bien sur ce qu’elle a de plus élevé. 

« Appréhende le Coran comme s’il t’avait été révélé personnellement » dit un adith c’est-à-dire avec ta raison, ton libre arbitre et ton esprit critique"Que ne réfléchissent-ils pas sur le Coran" (Coran ibid p. 107)

Il devient urgent et nécessaire qu’un musulman, une musulmane se lève et élève la voix pour dire cela au troupeau bêlant des croyants passifs et auto satisfaits"La semblance (la race) des dénégateurs est comme de mener un bétail à grands cris qui n'attend que l'appel ou l'invective: sourds, muets, aveugles, incapables sont-ils de raisonner." (Coran ibid p. 48)

Personnellementje me passe sans effort des éthiques révélées et des messages des religions, toutes les religions estimant que l’éthique, la morale participent de la liberté personnelle de choix. Par chance nous vivons dans une société sécularisée. Par chance ? non, par conquêtes successives d’esprits libres, libérés et libérateurs. Les catholiques de ce pays ont mis des générations à s’en accommoder.  

Les musulmans n’y sont apparemment pas encore arrivés

J’ai de la sympathie pour mes compatriotes allochtones mais j’ai en horreur le fanatisme de certains musulmans. Ce fanatisme doit être éradiqué coûte que coûte, de préférence par un islam qui soit avant tout éthique et pas politique ni sociétal. Je crois que c’est possible mais cela prendra du temps, beaucoup de temps, d’énergie et de volontéaussi bien de la part des musulmans que des non musulmans. La cohésion sociale et la qualité du vivre ensemble à Bruxelles est à ce prix.

Bruxelles, deuxième ville cosmopolite au monde après Dubai, sera demain majoritairement musulmane. Il est essentiel de se demander quel type d’islam y sera pratiqué: celui qui est financé par l’Arabie Saoudite ou un islam de Belgique ? Et donc, d’œuvrer activement pour que les imams de Belgique soient enfin formés dans nos universités, ce qui n’est toujours pas le cas.


MG

 

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