vendredi 15 janvier 2016

Et si la N-VA agaçait les Flamands avec trop de communautaire?


Béatrice Delvaux Le Soir

Bart de Wever rouvre le chantier du communautaire pour répondre aux critiques du Mouvement flamand. Le début de la fin de la Belgique ? Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef, a répondu à vos questions.

CHARLES MICHEL A-T-IL ÉTÉ TROMPÉ PAR LA N-VA ?

La N-VA fait du communautaire, ceci n’a rien de neuf. La surprise n’est pas tellement là. Le MR ne s’estime d’ailleurs pas trahi. Ce qui est plus gênant, c’est qu’on avait le sentiment que la N-VA ne ferait pas de communautaire durant la législature. Certes ils n’en font pas à l’intérieur du gouvernement, mais ils en font en dehors. Et cela va durer. Nous sommes à 4 ans de l’élection et la N-VA va se repositionner en permanence.

C’EST CE MOMENTUM QUI CONSTITUE UNE SURPRISE ?

Oui mais c’est en même temps explicable. Bart De Wever pense qu’il doit rassurer ses électeurs. Il a des réactions épidermiques qui ont pour but de réconforter son électorat selon les circonstances. Il a un vrai problème sur son flanc nationaliste. Certains ont dit que la N-VA était devenue tiède en entrant au gouvernement. Sur ce terrain, le mouvement flamand est très présent et une personnalité, Jean-Pierre Rondas, tient des propos extrêmement durs. Il attaque le parti en demandant si la N-VA n’a pas perdu son âme.

COMMENT RÉAGISSENT LES AUTRES PARTIS ?

Wouter Beke essaie de calmer le jeu. Gwendolyn Rutten dit qu’elle n’arrive plus à suivre De Wever, notamment en ce qui concerne la sécurité sociale. Maggie De Block s’est voulue plus raisonnable, en porte à faux avec les déclarations de De Wever. Du côté flamand, il y a une volonté de ne pas aller en frontal contre la N-VA. Groen appelait les francophones à ne pas paniquer, répétant que les Flamands ne sont pas demandeurs de la séparation. Si De Wever parle très fort de communautaire dans les prochains mois, ce sera très gênant pour Charles Michel. Par ailleurs il se peut aussi que ce retour du communautaire rassure l’aile nationaliste du parti mais agace les électeurs préoccupés par d’autres thèmes, et les patrons aussi.

LE JEU RESTE OUVERT ?

C’est intéressant. Devons-nous tous danser comme De Wever siffle ? Charles Michel a décidé de diriger son gouvernement et ne pas répondre aux déclarations de De Wever. Nous devons nous demander si nous n’accordons pas trop d’importance à chaque sortie de De Wever.

VA-T-ON VERS L’INDÉPENDANCE DE LA FLANDRE OU LA FIN DE LA BELGIQUE ?

Ecolo dit que si l’indépendance est gérée démocratiquement avec une gestion équitable de la dette, on ne peut pas refuser l’autodétermination. La N-VA ne peut pas construire l’indépendance toute seule. Elle a besoin de créer un mouvement populaire, un consensus. Et là, il pourrait y avoir l’effet inverse.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« ON SE CALME »


On ne prêt qu’aux riches et on enfile volontiers à De Wever un costume de Machiavel. Et si, au fond, victime de son succès électoral c’était Bart De Wever qui était pris à son propre piège ? On sait combien l’électorat flamand est devenu volatile (le CD&V le sait mieux que personne) et Bart De Wever doit donner des gages à deux types d’électeurs, ceux qui veulent une gestion ultra libérale du pays et ceux qui ont un agenda communautaire, c’est-à-dire indépendantiste ou, pour le dire en latin de cuisine politique, Deweverien, ceux qui rêvent de confédéralisme.

Cette annonce de Bart De Wever est aussi le signe d'une fébrilité croissante au sein de la N-VA. En cela, le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) a sans doute une analyse plus fine de la situation (il maîtrise ne néerlandais et lit la presse flamande) que nombre de ses collègues de parti lorsqu'il évoque l'expression d'un "malaise" interne au parti. 

Kristof Calvo le jeune et brillant chef de la fraction Groen au parlement fédéral fait la même analyse en suggérant paradoxalement que le communautaire est précisément "le point faible" de la N-VA. Il est vrai que le petit parti devenu grand doit désormais gérer deux électorats à la fois, son noyau dur radical devenu minoritaire et un cercle plus large conservateur-libéral. Epineux. (Le Vif)

Mais qu’on ne s’y trompe pas :Si De Wever a pris cette décision de relancer le débat, c'est certes pour des raisons très conjoncturellesMais aussi et sans doute surout  pour "maquiller" un malaise interne au groupe de la Chambre, le leadership d'Hendrik Vuye étant de plus en plus ouvertement contesté. (Lr Vif). Vuye qui a la fibre communautaire très sensible rongeait son frein comme chef de file à, la chambre. Il s’enfermera désormais dans son cabinet d’étude pour plancher sur la prochaine réforme de l’Etat.

Et si le bourgmestre d’Anvers, hyper exposé aux medias en faisait désormais un peu trop ? C’est l’hypothèse que lance Béatrice Delvaux : Et si la N-VA agaçait les Flamands avec trop de communautaire? Bart Eeckhout (De Morgen) va jusqu’à laisser entendre que cette fois l’oracle d’Anvers pourrait s’être trompé.Francophones, ne tombez pas dans le panneau! Avertit Olivier Mouton dans le Vif. Suspense.

MG

 

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