lundi 18 janvier 2016

Fermeture du tunnel Stéphanie : pauvres de vous, navetteurs

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef 

Le Soir

Le tunnel Stéphanie restera fermé encore «au moins» jusqu’au week-end prochain. L’édito de Béatrice Delvaux



Le tunnel Stéphan

C’est par un communiqué sec, balancé ce week-end, que la population a été avertie : l’agence régionale Bruxelles… mobilité a fait savoir que le tunnel Stéphanie restera fermé encore «  au moins  » jusqu’au week-end prochain. Pauvres de vous, navetteurs vers la capitale ou habitants de la région bruxelloise. Le « tunnel Stéphanie » est un passage pivot au centre de la ville. Qui dit « tunnel Stéphanie » bouché, dit enfer sur terre, car l’afflux en surface des voitures habituellement en souterrain, bloque le trafic, bus et trams compris. On l’a vécu depuis la fermeture en « urgence » du fameux « boyau » lundi dernier.

L’urgence ? C’est bien là qu’est la mystification servie par les pouvoirs publics, aux usagers et aux commerçants qui ont déjà dû ingurgiter le lancement d’un piétonnier géant au centre-ville et la paralysie consécutive au lockdown« terroriste ». Certes, c’est un rapport récent qui a mis au jour les défauts structurels importants du réseau de tunnels bruxellois. Mais on sait depuis des mois – des années en fait – que les tunnels qui traversent la région en sous-sol étaient devenus obsolètes pour les voitures qui s’y risquent, en plus d’être inadaptés à l’évolution du trafic.

« Attention ! Chute de blocs de béton » : c’est ce panneau qu’on devrait placer à chacune des entrées, si l’on voulait reconnaître que la seule solution offerte ces derniers mois au danger – des blocs de béton ont raté de peu une voiture dans le Léopold II –, est uniquement liée au goût du risque de l’automobiliste : soit il tente le coup, soit il prend un itinéraire de délestage. 

Fermer certains tunnels ? L’hypothèse est évoquée, au plus haut niveau bruxellois. Mais la manière dont le « débat » est lancé (tout le monde s’étripe déjà) en dit long sur l’absence de stratégie et le défaut de prévoyance qui président à l’exercice. Dans un Bruxelles « rêvé », il aurait fallu que la réfection de ces tunnels et des viaducs ait lieu à temps – il y a des années –, en prévision de leur fin de vie et dans un plan global de mobilité, où l’on aurait programmé la généralisation des piétonniers, la délimitation de la circulation automobile, en lien avec le RER (bouh le gros mot), le métro et les dessertes ferroviaires. Le tout – là on ose – dans un groupe de travail métropolitain, englobant les autres régions, le fédéral, de Lijn et la SNCB.

Au lieu de cela, on va trancher sans débattre, sous la pression – l’urgence – de la sécurité, de la colère des usagers et de l’absence de moyens. Et en attendant, on continuera à rouler sous les blocs de béton.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA DICTATURE DE L’URGENCE


Gouverner c’est prévoir dit l’adage mais celui-ci n’a pas cours à Bruxelles qui pratique la gouvernance dans l’urgence. Les célèbres tunnels ont saccagé Bruxelles (entre 1958, année de l’Expo et les années septante) en la striant d’autoroutes urbaines qui ont été financés par l’Etat unitaire belge, fier de sa capitale nationale, bientôt européenne. Ils furent la pompe qui éloigna le flot la classe moyenne vers la ceinture verte flamande et le Brabant wallon. Les réparations extrêmement onéreuses seront payées par une région bruxelloise exsangue financièrement. Après l’annonce récente de la fermeture définitive de certains de ces tunnels devenus dangereux. Didier Gossuin, ministre bruxellois de l’économie, vitupère en hurlant à l’intox. Pour l’heure, il ne  serait question que d’une inspection générale de ses tunnels après diverses chutes de blocs de béton notamment dans le tunnel Rogier.

Pauvre Bruxelles décidément rien ne lui est épargné. La manière dont le « débat » est lancé (tout le monde s’étripe déjà) en dit long sur l’absence de stratégie et le défaut de prévoyance qui président à l’exercice.

C’est un nouveau coup terrible pour l’image internationale de Bruxelles après la gestion délétère du piétonnier du centre, le passage au niveau maximum de l’alerte à l’attentat et la découverte d’un repaire de terroristes à Molenbeek.  Pauvre Bruxelles.

MG

 

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