jeudi 14 janvier 2016

Les violences anti-étrangers de Cologne organisées sur les réseaux sociaux



"Dans les quatre cas d'agressions, nous partons du principe qu'ils étaient liés à des soi-disant 'promenades'" - © Belga


Les violences anti-étrangers commises dimanche à Cologne ont été organisées sur les réseaux sociaux par des appels de l'extrême droite à participer à des "promenades" dans le centre-ville, a affirmé la police locale lundi."Dans les quatre cas d'agressions (visant des Syriens, des Pakistanais et des Africains), nous partons du principe qu'ils étaient liés à ces soi- disant 'promenades'", a affirmé le chef de la section criminelle de la police de Cologne Norbert Wagner qui a évoqué un renforcement de la présence policière "à partir d'aujourd'hui" (lundi), dans la ville et notamment près de la cathédrale. 



COLOGNE: PRESQUE TOUS LES SUSPECTS D'ORIGINE ÉTRANGÈRE

Le Vif Rédaction en ligne

Source: Afp

La quasi-totalité des suspects des violences, notamment sexuelles, qui ont émaillé la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des personnes d'origine étrangère, notamment des demandeurs d'asile arrivés ces derniers mois en Allemagne, a déclaré lundi le ministre régional de l'Intérieur.



© AFP

"Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d'origine immigrée", a déclaré Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

"Par ailleurs, il ressort de beaucoup d'éléments qu'il s'agissait de personnes originaires d'Afrique du Nord et du monde arabe (...) En l'état actuel des investigations, il y a aussi parmi les suspects des réfugiés venus chez nous l'année dernière", a-t-il dit présentant un premier rapport d'ensemble sur ces évènements qui ont entraîné plus de 500 dépôts de plaintes.

Au total, près d'un millier d'hommes se sont rassemblés la nuit de la Saint-Sylvestre devant la gare de Cologne, dont "de nombreux réfugiés", selon M. Jäger. Des heurts y ont éclaté, des agressions notamment sexuelles ont été commises avant que la place ne soit évacuée. Mais la foule a pu s'y rassembler de nouveau et de nouvelles violences ont été perpétrées, selon lui.

M. Jäger a reconnu dès lors que l'action de la police "avait été inacceptable" et a admis que les autorités n'avaient pas disposé "d'image d'ensemble" des évènements avant le matin du 1er janvier. Le chef de la police de Cologne a été suspendu en conséquence de ses fonctions la semaine dernière.

M. Jäger, lors de la présentation de son rapport lundi devant des élus locaux, a mis en garde contre la stigmatisation des étrangers qui apporterait de l'eau au moulin de l'extrême droite.

"Stigmatiser un groupe (de population) comme des agresseurs sexuels est non seulement une erreur mais aussi dangereux. C'est ce que font les charognards de l'extrême droite, c'est leur seul argument", a-t-il martelé.

"Ca n'a aucune importance de savoir si ces hommes (suspects des agressions, ndlr) disposent d'un passeport arabe, africain ou allemand, s'ils sont nés et ont grandi ici ou s'ils viennent d'arriver. Ca n'a aucune implication concernant les poursuites pénales. Tous les hommes sont égaux devant la loi", a souligné le ministre.

Ces déclarations interviennent alors que dans la nuit de dimanche à lundi six Pakistanais et un Syrien ont été violemment agressés par des inconnus dans deux incidents séparés impliquant au total un vingtaine de personnes. Deux Pakistanais et le Syrien ont été blessés.

La politique d'ouverture vis-à-vis des migrants d'Angela Merkel a été fragilisée par les évènements du Nouvel An, conduisant la chancelière à se prononcer en faveur d'une procédure facilitée d'expulsion des demandeurs d'asile enfreignant la loi.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« IL FAUT ÉCOUTER ET DONNER PLUS DE VOIX AUX FEMMES MUSULMANES QUI S’EXPRIMENT SUR LA QUESTION. »


1 Les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d'origine immigrée", a déclaré Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

2 Il y a aussi parmi les suspects des réfugiés venus chez nous l'année dernière", a-t-il dit présentant un premier rapport d'ensemble sur ces évènements qui ont entraîné plus de 500 dépôts de plaintes.

On est là dans une forme de violence inédite qui n'entre pas dans un registre connu dans les pays européens, mais qui est en revanche fréquent dans les pays arabes où la police locale, connaissant ce phénomène, intervient immédiatement à coup de lanières ou de matraques.

4 Dans le monde arabe aujourd'hui, les relations sexuelles sont plus que jamais cadenassées

5 Avec pour modèle le wahhabisme saoudien, hommes et femmes sont poussés à vivre dans des mondes séparés où la mixité est perçue comme une invitation à la débauche et où tout comportement contrevenant à cette attitude est considéré comme non islamique.

« Soyez impudiques. Soyez rebelles, désobéissez et sachez que vous méritez d’être libres.» C’est sur cette invitation adressée aux femmes du Moyen-Orient que la journaliste américano-égyptienne Mona Eltahawy ouvre son premier livre, Foulards et hymens (Belfond, 258 p., 19 €). A 47 ans, celle qui se présente comme «musulmane et féministe, mais féministe laïque » s’attaque à la misogynie et à l’obsession du contrôle du corps et de la sexualité des femmes arabes.(Le Monde)

Je renvoie à son article publié en 2012 dans le Monde et repris ici en version révisée. Cet article terrible-il faut le lire absolument- nous renvoie à une réalité peu connue et souvent regardée comme tabou en Europe par crainte de passer pour islamophobe.  Il faut briser ce silence et casser ce tabou qui enferme la femme musulmane dans un ghetto culturel, vestimentaire et communautariste. Il n’est pas concevable que les hommes venus de là-bas traitent ainsi les femmes d’ici ni les femmes de là-bas du reste. Tout ceci participe, osons le dire et l’écrire, de la face sombre d’ l’islam alors qu’on s’évertue et notamment sur ce blog à éclairer sa face lumineuse. 

La nuit funeste de Cologne a révélé à une échelle dramatique l’ampleur d’un phénomène mal connu des autorités qui surgit au plus mauvais moment possible dans une Allemagne mal préparée psychologiquement à l’arrivée massive de réfugiés sur son territoire (plus de un million l’ année dernière et on en attend autant en 2016).

Le combat doit être législatif, et avoir lieu dans la rue. Il faut imposer des quotas de femmes en politique et dans les entreprises
IL FAUT RÉINTERPRÉTER LA RELIGION
Il faut promouvoir une image plus positive des femmes dans les médias. La désobéissance civile est importante, comme lorsque les femmes saoudiennes défient l’interdiction de conduire. Il faut louer le rôle des rebelles, car c’est la minorité qui brise les tabous.
Foulards et hymens sont les deux choses auxquelles les femmes sont réduites dans cette «culture de la modestie »  très proche de la «culture de la pureté » des fondamentalistes chrétiens ou des juifs orthodoxes  qui oppresse le corps de la femme et lui fait porter le fardeau de la pureté.
Certes, il y a cet argument simpliste : «Cest mon choix. Regardez comment lOccident sexualise ses femmes !» On ne poursuit pas la réflexion pour dire comment de nombreux musulmans sexualisent aussi les femmes par le voile.  
Le port du voile intégral équivaut à la disparition des femmes et induit une hiérarchie dangereuse entre les femmes pures et proches de Dieu, dont on ne voit rien, et les autres. 
Il faut écouter et donner plus de voix aux femmes musulmanes qui s’expriment sur la question. (Mona Eltahawy)

Message entendu par DiverCity qui redoute les retombées délétères  de la funeste nuit de la saint Sylvestre à Cologne et dans plusieurs autres grandes villes européennes. La suppression du feu d’artifice a peut-être eu cet positif de nous épargner une funeste nuit de Bruxelles.

Répétons-le une fois encore, nous assistons à une partie de bras de fer entre les partisans de l’islamisation de la modernité et ceux qui militent pour une modernisation de l’islam (il faut réinterpréter la religion). Daech et le wahabisme conquérant sont clairement du côté de l’islamisation du monde moderne et de l’Europe en particulier. 

Prendre le parti inverse, c’est-à-dire celui de la modernisation nécessaire c’est-à-dire de l’indispensable réforme de l’islam ne participe en rien de l’islamophobie. Bien au contraire, c’est lutter contre la chape de plomb du conservatisme qui écrase la femme musulmane de là-bas et d’ici mais pas seulement elle. C’est faire évoluer la conception traditionnaliste et moyenâgeuse d’un islam régressif vers un islam progressif mieux adapté aux profonds changements qui ont transformé l’humanité depuis deux ou trois siècles, ce qu’on appelle la modernité. Si l’islam du XXIème siècle se montre incapable de faire son indispensable aggiornamento (comme le fit le christianisme au XXème siècle) l’Europe risque de glisser dans la pire des catastrophes une guerre civile doublée d’une guerre de religion. Il est donc urgent et indispensable que les nouveaux penseurs de l’islam donnent de la voix et que les représentants des mosquées annoncent clairement la couleur. S’ils ne le font pas il y a fort à parier qu’une vague d’islamophobie va renforcer la marée encore résistible -mais pour combien de temps encore- de l’extrême droite xénophobe et congénitalement islamophobe. Qu’on ne se voile pas la face l’heure est grave, vraiment très grave. 

MG  

 


UNE IMMENSE FRUSTRATION SEXUELLE À LA BASE DES VIOLENCES DE Cologne

Laurence D'Hondt Le Vif

 

Les événements de Cologne rappellent la violence sur la place Tahrir au Caire. C'est le reflet d'une frustration sexuelle qui hante le monde arabe. Avec la montée du wahhabisme saoudien et l'absence de perspectives économiques, les jeunes gens n'ont plus accès aux femmes de leur pays.



La gare de Cologne le soir du 31 décembre. © Belga

Les violences sexuelles que l'Allemagne découvre ne peuvent être excusées. Mais il n'est peut être pas inutile d'essayer de comprendre d'où elles viennent pour mieux les endiguer.

On se souvient sans doute du récit de ces journalistes françaises qui lorsqu'elles avaient couvert les évènements de la place Tahrir au Caire, avaient fait l'objet d'attouchements poussés, voire dans certains cas, de viols. Malgré leur connaissance de ces pays, ces femmes journalistes étaient revenues choquées par la violence soudaine exprimée par ces hommes qui étaient pourtant rassemblés dans de tout autres objectifs.

Les faits qui se sont déroulés lors de la nuit de Nouvel An à Cologne ressemblent à ces violences vécues en Egypte : des hommes entourent en nombre de jeunes femmes sur lesquelles ils fondent littéralement dans l'objectif de les toucher, de pousser leurs mains où ils peuvent, de palper ce qui dans leur société est si difficile d'accès. Le viol dans ce cas est rare et généralement le fait d'un homme isolé qui a une intention délibérée de passer à l'acte.

On est là dans une forme de violence inédite qui n'entre pas dans un registre connu dans les pays européens, mais qui est en revanche fréquent dans les pays arabes où la police locale, connaissant ce phénomène, intervient immédiatement à coup de lanières ou de matraques. L'absence de réaction immédiate de la police allemande est sans doute en partie liée à l'incompréhension de ce qui se passait sur la place de Cologne durant la nuit de la St Sylvestre.

La plupart des jeunes hommes, -et des jeunes femmes-, qui grandissent aujourd'hui dans les sociétés arabo-musulmanes ont une sexualité totalement bridée. La littérature et le cinéma regorgent d'histoires de leurs petites et grandes frustrations. Que l'on prenne le film égyptien, "Les femmes du bus" dont l'histoire s'articule autour de jeunes hommes qui se frottent contre le corps 'trop' proche de jeunes femmes dans les transports du Caire. Que l'on lise l'auteur Khaled El Khamissi qui, dans "l'Arche de Noé", raconte combien la jeunesse est dans l'impasse quand elle découvre l'impossibilité d'avoir accès au marché du travail et a fortiori à la sexualité, en l'absence de moyens pour épouser une femme. Selon un rapport des Nations unies réalisé en avril, 99,3 % des femmes et jeunes filles égyptiennes ont été victimes de harcèlement sexuel, un phénomène qualifié d'endémiqueUne situation identique au Yémen et qui devient monnaie courante en Irak ou en Syrie où l'effondrement des structures d'Etat laisse libre cours à la violence à l'égard des femmes. Même dans le très libéré Liban, l'auteur Rachid El Daif, raconte dans "Montre moi tes jambes Leila", comment la sexualité est objet de fantasmes déconnectés de la réalité et comment les hommes et les femmes ne se rencontrent que dans une fiction où la femme doit prétendre à la virginité et l'homme à la toute puissance. Les premières victimes de cette frustration sont donc arabes et non occidentales.

Il y a à cela plusieurs raisons. Elles sont d'abord économiques. En effet, il n'y a dans la plupart des régions rurales et même urbaines du monde arabo-musulman que le mariage qui donne accès à la sexualité et ce mariage n'est possible qu'en ayant les moyens d'offrir à la femme, le montant exigé par sa famille pour l'épouser. En l'absence de moyens dus à l'absence de perspectives économiques, les hommes sont obligés de rester vivre auprès de leur famille et n'ont qu'un seul exutoire à leur sexualité : tenter leur chance auprès de prostituées ou d'étrangères. Depuis quelques décennies, ces blocages économiques ont été renforcés par des considérations religieuses restrictives : avec pour modèle le wahhabisme saoudien, hommes et femmes sont poussés à vivre dans des mondes séparés où la mixité est perçue comme une invitation à la débauche et où tout comportement contrevenant à cette attitude est considéré comme non islamique.

Ainsi, il n'est pas rare dans les pays arabes de rencontrer des hommes qui a 30 ou 35 ans n'ont jamais eu l'occasion de toucher une femme. Cette frustration sexuelle, racontée par la littérature et le cinéma est un des moteurs de la violence que connaît aujourd'hui le monde arabe.

Il ne s'agit donc pas d'excuser les comportements de la nuit de Cologne, mais de donner un éclairage sur leur origine. L'intégration des migrants passe aussi par la prise de conscience de l'univers sexuel dans lequel ils ont grandi.

Dans ce cadre on ne peut qu'approuver la proposition faite par le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA), qui veut introduire des cours sur la manière de se comporter avec les femmes dans les centres d'accueil. Car s'il y a bien un domaine où le malentendu est profond et intime, c'est celui là.

Il y a 20 ans, une dame syrienne faisait cette réflexion : "Mais je ne comprends pas comment les hommes et les femmes en Europe peuvent s'allonger les uns à côté des autres sur les plages, sans se jeter les uns sur les autres" .

Elle avait pourtant 60 ans, était chrétienne et Syrienne d'origine, vivant au Caire...

 

MONA ELTAHAWY : « FEMMES MUSULMANES, IL FAUT BRISER LA BARRIÈRE DE LA HONTE » REGARDS D'AILLEURS

LE MONDE CULTURE ET IDEES 



Mona Eltahawy à Paris, le 12 juin 2012.

Féministe et musulmane, la journaliste américano-égyptienne prône une révolution sexuelle et sociale pour les femmes du Moyen-Orient. 

« Soyez impudiques. Soyez rebelles, désobéissez et sachez que vous méritez d’être libres.» C’est sur cette invitation adressée aux femmes du Moyen-Orient que la journaliste américano-égyptienne Mona Eltahawy ouvre son premier livre, Foulards et hymens (Belfond, 258 p., 19 €). A 47 ans, celle qui se présente comme «musulmane et féministe, mais féministe laïque » s’attaque à la misogynie et à l’obsession du contrôle du corps et de la sexualité des femmes arabes. Elle y parle de celles qu’elle a rencontrées comme journaliste et militante, ainsi que d’elle-même. A 15 ans, Mona Eltahawy découvre, après huit années passées au Royaume-Uni, l’Arabie saoudite. Dans ce pays où, écrit-elle, «la seule alternative qui soffre aux femmes est de perdre la tête ou de devenir féministe », elle choisit de porter le voile et se découvre féministe. Des Etats-Unis à l’Egypte, où elle a pris part à la révolution du 25 janvier 2011, son engagement n’a cessé de s’affirmer.

VOUS DITES DES HOMMES AU MOYEN-ORIENT : «ILS NOUS DÉTESTENT.» CETTE THÈSE VOUS A VALU BEAUCOUP DE CRITIQUES DES MILIEUX CONSERVATEURS MAIS AUSSI PROGRESSISTES.

J’ai voulu provoquer. Quand les tests de virginité ont été pratiqués en Egypte contre les manifestantes, après la chute du président Hosni Moubarak, en février 2011, j’ai été horrifiée de voir que la colère visait davantage les héroïnes de la révolution qui ont dénoncé les tests que les militaires qui les ont pratiqués. J’ai pensé : si nous ne lançons pas un appel fort pour l’égalité des sexes maintenant, alors quand ?

C’était aussi très personnel. En 2012, j’ai développé cette idée dans un article publié dans Foreign Policy [«Why Do They Hate Us », 23 avril 2012], le premier que j’ai écrit de mes dix doigts après avoir eu les bras plâtrés pendant trois mois. J’ai été l’une des nombreuses femmes égyptiennes attaquées, et agressées sexuellement, par les forces de sécurité. J’étais en colère. Je voulais faire comprendre que, si la libération de la société et des femmes n’avait pas lieu, la révolution échouerait. 

LE TERME «HAÏR » EST FORT. MAIS QUEST-CE QUAGRESSER SEXUELLEMENT UNE RÉVOLUTIONNAIRE, SINON DE LA HAINE ? Quest-ce quexciser une fillette de 6 ans pour contrôler sa sexualité, sinon de la haine ? Qu’est-ce que permettre à un violeur d’épouser sa victime, sinon de la haine ? Il faut reconnaître cette haine pour la combattre.

COMMENT LES HOMMES PERÇOIVENT-ILS CET APPEL ?

L’appel ne vise pas les hommes, mais le triptyque Etat-rue-foyer qui opprime les femmes. Certains hommes reconnaissent que le féminisme est une bonne chose pour tous et pensent qu’il faut questionner la féminité et la masculinité comme constructions sociales.

VOUS DÉNONCEZ L’OBSESSION DU CONTRÔLE DU CORPS. COMMENT SE MANIFESTE-T-ELLE ?

Cette obsession existe dans toutes les religions. En Egypte, musulmans comme chrétiens soumettent les filles à la mutilation génitale féminine. La religion, dans le contexte patriarcal, veut contrôler le vagin et la sexualité des femmes pour garantir la paternité. Il y a aussi la peur de la sexualité féminine et de son pouvoir, surtout chez les religieux fondamentalistes. Ils désirent les femmes, et détestent ce désir qui les rend faibles.

LA SOLUTION EST-ELLE UNE RÉFORME DU DISCOURS RELIGIEUX ?

Misogynie et obsession du contrôle sont le résultat d’un mélange toxique de religion et de culture. Je crois beaucoup aux mouvements comme le groupe Musawah égalité »], auquel j’appartiens [il a été lancé en Malaisie en 2009 pour l’égalité et la justice dans la famille musulmane], ou au rôle des féministes musulmanes comme Amina Wadud, une érudite de l’islam qui a étudié à l’université Al-Azhar [au Caire, la plus ancienne université islamique] et réinterprète l’islam au prisme du féminisme. Ils offrent la possibilité de penser autrement les mariages précoces, la polygamie ou les discriminations légales envers les femmes.

QUELS EFFETS LA RÉVOLUTION A-T-ELLE EUS DANS LA SOCIÉTÉ ?

En Egypte, la révolution a échoué sur de nombreux plans, politique d’abord. Nous ne réussirons pas la révolution sexuelle et sociale tant que la dictature n’aura pas été abattue dans la rue, dans les esprits et chez les gens. Il y a eu du changement dans les foyers, pas radical mais ça a commencé. Des femmes m’ont dit que la révolution leur a appris à dire : «Je demande », pour voyager seule ou enlever le voile…

LA JEUNE GÉNÉRATION DÉBAT BEAUCOUP SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX DU HARCÈLEMENT SEXUEL ET DES QUESTIONS DE GENRE. CELA VOUS REND-IL OPTIMISTE ?

Oui, car il s’agit de la majorité : 60 % des Égyptiens ont moins de 30 ans. Ce qu’ils ont vu au cours des quatre dernières années est sans précédent. Ce que nous avons commencé en 2011 est irréversible. La façon dont cette jeune génération discute en ligne est étonnante. Ils parlent de sexe, de minorités sexuelles, d’athéisme. Nous avons désormais un mot pour dire « homosexuel » en arabe. La révolution sexuelle a commencé.

OÙ CE COMBAT DOIT-IL ÊTRE PORTÉ ?

Le combat doit être législatif, et avoir lieu dans la rue. Il faut imposer des quotas de femmes en politique et dans les entreprises. Il faut réinterpréter la religion. Il faut promouvoir une image plus positive des femmes dans les médias. La désobéissance civile est importante, comme lorsque les femmes saoudiennes défient l’interdiction de conduire. Il faut louer le rôle des rebelles, car c’est la minorité qui brise les tabous.

POURQUOI ÉTAIT-IL IMPORTANT DE LIVRER VOTRE HISTOIRE PERSONNELLE, MALGRÉ LA DIFFICULTÉ QUE VOUS DITES AVOIR EU À L’ÉCRIRE ?

Pour la révolution sociale et sexuelle, la plus importante à mon sens, il faut briser la barrière du silence, de la honte et du tabou. Je ne peux pas appeler à cette révolution sans raconter ma propre révolution et mes deux luttes féministes : celle que j’ai menée contre mon voile et celle qui concerne mon hymen. La chose la plus subversive qu’une femme puisse faire, c’est raconter sa vie comme si elle avait de l’importance.

COMMENT AVEZ-VOUS CONCILIÉ LE VOILE ET LE FÉMINISME ?

J’ai décidé de me voiler à 16 ans, en Arabie saoudite, pour me cacher de la vue et des mains des hommes. Je m’enfonçais dans une profonde dépression. J’ai pensé que si je me voilais Dieu me sauverait, car la société et ma famille m’ont appris qu’une bonne musulmane est voilée. En même temps, je voyais que les femmes de mon entourage étaient maltraitées. J’ai été féministe avant de tomber sur le mot « féminisme »dans des livres, à 19 ans. J’ai alors concilié voile et féminisme.

Depuis, mon opinion sur le voile a évolué. J’ai décidé de le retirer quand j’ai compris qu’il était plus important que l’individu. Foulards et hymens sont les deux choses auxquelles les femmes sont réduites dans cette «culture de la modestie »  très proche de la «culture de la pureté » des fondamentalistes chrétiens ou des juifs orthodoxes  qui oppresse le corps de la femme et lui fait porter le fardeau de la pureté.

DE NOMBREUSES FEMMES MUSULMANES REVENDIQUENT CE CHOIX…

Nous devons interroger le mot «choix ». Jai choisi de me voiler, mais il ma fallu huit ans pour me dévoiler. Pourquoi est-il plus simple de se voiler que de se dévoiler ? Il y a cet argument simpliste : «Cest mon choix. Regardez comment lOccident sexualise ses femmes !» On ne poursuit pas la réflexion pour dire comment de nombreux musulmans sexualisent aussi les femmes par le voile. Pour moi, porter le voile n’est pas un choix féministe.

VOUS SOUTENEZ L’INTERDICTION DU PORT DU VOILE INTÉGRAL EN FRANCE

Comme partout. Le port du voile intégral équivaut à la disparition des femmes et induit une hiérarchie dangereuse entre les femmes pures et proches de Dieu, dont on ne voit rien, et les autres. En Occident, la question du voile se pose dans un contexte différent. Il est difficile pour les femmes de se voiler car elles sont minoritaires et subissent pressions, racisme et islamophobie. La discussion est instrumentalisée par la droite. Le silence de la gauche – et je suis de gauche – est une erreur. Cela revient à pratiquer une forme de racisme : le relativisme culturel, qui est le racisme des faibles attentes. Pour se départir de cette peur d’être associé aux xénophobes et aux racistes, il faut écouter et donner plus de voix aux femmes musulmanes qui s’expriment sur la question.

 

 

 

 

 

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