mardi 19 janvier 2016

"Il y a des Mohamed Merah en puissance partout"


LAURA CERRADA-CRESPO DH



Latifa Ibn Ziaten, la maman du militaire tué par Merah, est venue à Molenbeekpour livrer un message de paix et de vivre ensemble.

Ce dimanche, la Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeekrecevait une invitée de taille : Latifa Ibn Ziaten, la mère d’Imad Ibn Ziaten, le militaire tué par Mohammed Merah.

Depuis ce tragique événement, elle ne cesse de partir à la rencontre des gens et des jeunes. Face à une salle comble (essentiellement remplie de femmes de tous âges), elle raconte son histoire et donne les bases de son nouveau combat, fait d’amour. Son sourire est désarmant. "C’est important de sourire", nous dit-elle. "Il faut faire passer le message de paix et du vivre ensemble. J’ai pleuré, je pleure encore chaque soir et chaque matin, mais c’est important de faire face."

Tout aussi important de partir à la rencontre de jeunes dans des quartiers souvent pointés du doigt. "Les tragiques événements ne sont à mettre sur le compte que d’une petite minorité. On ne peut pas jeter la pierre sur une ville ou un quartier. Il faut tendre la main aux jeunes. Ils sont moins écoutés, ce sont des mal aimés. J’ai vu la fragilité de ces enfants. Quand je leur demande s’ils ont des rêves, ils me répondent ‘non ’. Un espoir ? ‘ Non ! ’ C’est à nous, parents, journalistes, politiciens et associations de montrer l’espoir aux enfants."

Il faut arrêter de stigmatiser les religions, aussi. "L’islam, c’est la tolérance. C’est une religion d’amour qui a sa place en Europe, comme les autres religions. Ce qui s’est passé, ça n’a rien à voir avec l’islam. La religion n’a rien à voir dans ces violences."

Pour elle, l’enrôlement intégriste des jeunes se fait par manque d’amour. "Ce sont des jeunes fragiles qui manquent d’amour. Ils ont un vide à combler. Ils le font avec de la haine. Ils sont livrés à eux-mêmes, sans aucun contrôle parental. Il y a des Merah en puissance partout !"

Elle est persuadée que les parents ne jouent plus leur rôle éducatif. "Les parents sont la base, le modèle et le cadre des jeunes. Des parents se disent dépassés. Ils baissent les bras. Certains me disent qu’ils ont perdu leur travail et leur dignité. Non, je suis désolée, je ne vois pas le rapport. Nous fabriquons des Mohammed Merah. Pour éviter cela, il faut se mettre en marche et aimer ses enfants, manger tous les jours avec eux, les écouter, s’intéresser à eux, les éduquer, leur donner les clés pour réussir."

Sillonnant la France et la Belgique pour parler de son combat et partir à la recherche des jeunes, Latifa Ibn Ziaten se dit parfois menacée. "Mais ce n’est pas du tout ça qui m’arrêtera. S’il faut déplacer des montagnes pour aider ces jeunes, je le ferai ! Ils sont notre avenir, les adultes de demain."




COMMENTAIRE DE DIVERCITY S’IL FAUT DÉPLACER DES MONTAGNES POUR AIDER CES JEUNES, JE LE FERAI ! ILS SONT NOTRE AVENIR, LES ADULTES DE DEMAIN."


Cette femme est un Coran qui marche  et qui avance droit devant elle, avec sa foi musulmane pour seule guidance. Pour elle, l’enrôlement intégriste des jeunes se fait par manque d’amour. "Ce sont des jeunes fragiles qui manquent d’amour. Ils ont un vide à combler. Ils le font avec de la haine. Ils sont livrés à eux-mêmes, sans aucun contrôle parental. Il y a des Merah en puissance partout !"

Elle est persuadée que les parents ne jouent plus leur rôle éducatif. "Les parents sont la base, le modèle et le cadre des jeunes. Des parents se disent dépassés. Ils baissent les bras. Certains me disent qu’ils ont perdu leur travail et leur dignité. Non, je suis désolée, je ne vois pas le rapport. Nous fabriquons des Mohammed Merah. Pour éviter cela, il faut se mettre en marche et aimer ses enfants, manger tous les jours avec eux, les écouter, s’intéresser à eux, les éduquer, leur donner les clés pour réussir."

Quel admirable message d’une grande humilité et d’une parfaite simplicité, malgré le chagrin causé par la perte irréparable de son fils aimé. "C’est important de sourire", nous dit-elle. "Il faut faire passer le message de paix et du vivre ensemble. J’ai pleuré, je pleure encore chaque soir et chaque matin, mais c’est important de faire face."

Voilà donc, à la pointe du sublime, une parole de mère, capable de déconstruire par amour et générosité l’infâme discours djihadiste.

Tout autre chose est la colère légitime de Nadine Ribet-Reinhart, la mère d'une des victimes de la tuerie perpétrée au Bataclan le 13 novembre. Elle a annoncé lundi sur le plateau de BFM TV qu'elle comptait porter plainte contre l'État belge qu'elle a accusé d' "inaction" dans la surveillance des djihadistes. Il faut écouter la vidéo où elle exprime froidement en l’argumentant sèchement sa révolte en constatant que la plupart des djihaddsites impliqués dans l’attentat meurtrier sont originaires de Molenbeek en Belgique. "Je vais demander, en lien avec notre avocat, de se retourner contre la Belgique parce que ça s'appelle de l'inaction et derrière l'inaction il y a des familles décimées", a expliqué la mère de famille, qui estime que les autorités belges étaient en mesure d'agir avant les attaques.

On peut comprendre ces deux réactions l’une inspirée par le pardon, l’autre par une légitime colère et un désir de vengeance. Mutter Courage face à Mutter Pardon. 

MG

 

LA MÈRE D'UNE VICTIME DU BATACLAN VA PORTER PLAINTE CONTRE L'ÉTAT BELGE 

Le Vif

Source: Belga


L'enquête sur les attaques qui ont fait 130 morts a établi de multiples liens entre les auteurs de celles-ci et la Belgique. Les frères Brahim et Salah Abdeslam sont des ressortissants français qui résidaient à Molenbeek-Saint-Jean, le deuxième étant toujours recherché. Abdelhamid Abaaoud et Chabib Akrouh, tués lors de l'assaut mené par les forces de l'ordre à Saint-Denis, étaient eux des Belgo-Marocains.

"Je vais demander, en lien avec notre avocat, de se retourner contre la Belgique parce que ça s'appelle de l'inaction et derrière l'inaction il y a des familles décimées", a expliqué la mère de famille, qui estime que les autorités belges étaient en mesure d'agir avant les attaques.

Dix autres hommes suspectés d'être en lien avec les attentats ont été inculpés en Belgique dans le cadre de l'enquête, tandis qu'un Belge d'origine marocaine "directement lié" aux auteurs des attaques a été interpellé lundi au Maroc.

 

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