dimanche 7 février 2016

A Calais, «Migrants dehors !», Marseillaise et doigts d'honneur

 

Haydée Sabéran, Lille, de notre correspondante Libération


Interpellation au cours de la manifestation anti-migrants à l'appel du mouvement islamophobe Pegida, le 6 février 2016 à Calais. Aimée Thirionpour Libération

 

Le rassemblement de Pegida a eu lieu ce samedi, malgré l'interdiction de la préfecture. Une vingtaine de personnes ont été interpellées, dont un général à la retraite, ancien commandant de la légion étrangère.

 A Calais, «Migrants dehors !», Marseillaise et doigts d'honneur

Une grosse centaine de manifestants, une vingtaine d’interpellés dont un général en retraite-, un paquet de journalistes, quelques pétards, quelques Marseillaise, des échauffourées, des jets de gaz lacrymogènes. La manif interdite anti-migrants des islamophobes de Pegida samedi devant la gare de Calais s’est dispersée dans le calme.

Devant le buffet de la gare, beaucoup de crânes rasés, David Rougemont et son fils Gaël, les deux Calaisiens qui avaient été pris à partie et essuyé des projectiles de participants à la manifestation de soutiens aux migrants du 23 janvier - Gaël Rougemont avait sorti un fusil de chasse et fait mine de leur tirer dessus -, et puis le général en retraite Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère. Selon Nord Littoral, David Rougemont avait participé à la précédente manifestation islamophobe de Pegida à Calais le 8 novembre 2015 devant la gare, au cours de laquelle un Coran a été en partie brûlé. Des identitaires sont là, mais aussi des commerçants calaisiens. Denis, 54 ans, ouvrier à Châlons-en-Champagne, est venu avec des amis de Douai : «Il y a des terroristes dans les immigrés», avance-t-il. Et puis, : «je suis pas raciste mais on est un pays, catholique. Ils veulent mettre des mosquées partout, la charia en France, voiler les femmes. Bientôt vous verrez, on va tous voter Marine Le Pen. Moi je ne l’aime pas, mais je vote pour elle». Il assure : «On n’est pas des fachos, on est des patriotes, on en a ras-le-bol». De quoi ? Il a peur de perdre son travail. «On est descendu à 27 heures par semaine, chômage technique. Les immigrés, on va les mettre où, on va leur donner quel travail. Moi je suis senior, si je perds mon boulot, je fais comment ?» Son héros ? «Mitterrand. C’est lui qui nous a donné la cinquième semaine. C’est un homme comme ça qu’il faudrait à la France. Ou un Poutine.»

«La manifestation est interdite. Repartez chez vous»

Un gendarme prend un porte-voix «La manifestation est interdite. Repartez chez vous». Huées, slogans. «On est chez nous !», «Antifa fils de pute !», «Antifa où es tu ?» Doigts d’honneur. Marseillaise. Drapeau identitaire flamand. Drapeaux tricolores. ReMarseillaise. «La police avec nous !» «Liberté d’expression !» «Migrants dehors !» «Vive Calais !» «Hollande, démission !» Et le classique identitaire : «Europe, jeunesse, révolution !» Hostilités envers les journalistes, surtout si on a des traces de boue sur les bottes, preuve qu’on a marché dans la «jungle». Quelques-uns refusent de répondre : «Vous n’avez qu'à interroger vos copains No Border !», les militants pro-migrants.

Un homme plaqué au sol, mais ligotées dans le dos. Une femme : «bon, ben c’est fini, je défendrai plus les forces de l’ordre.» Une commerçante du marché de Calais, venue avec son mari et sa fille, a les larmes aux yeux : «J’ai perdu 60% de mon chiffre d’affaires depuis un an. Au marché ce matin, on aurait pu jouer au foot avec les autres commerçants tellement il y avait peu de monde. Certains d’entre nous n’ont pas 10 euros pour finir le mois.» Elle pense que c’est à cause de l’image que les migrants donnent de sa ville. «Ils n’ont pas demandé à vivre tout ça, mais pourquoi ils s’en prennent aux routiers ? Vous imaginez le routier anglais qui veut rentrer chez lui après quatre semaines de route, la peur au ventre ?» Autre grief : «On voit des migrants pousser des caddies remplis, alors que certains Calaisiens ne finissent pas le mois. Il y a des boutiques dans la jungle, des restaurants. Ils ne paient aucune taxe, nous on croule sous les impôts.» Échauffourées, lacrymos. Le général Piquemal, ancien commandant de la légion étrangère, est interpellé.

A leur place, «on partirait aussi» 

«Des interpellations ont eu lieu, les regroupements sont terminés. La police a fait un remarquable travail et je les en remercie très sincèrement», a indiqué Natacha Bouchart, maire LR de Calais, dans un communiqué. «Je ne saurais accepter que Calais soit le terrain de jeu des extrémistes, d’un côté ou d’un autre, et force doit rester à la loi.» Elle a ajouté : «A l’issue de la manifestation, un individu apparenté "antifa" a été interpellé à la statue du Général de Gaulle, alors qu’il était en train d’y apposer un drapeau d’extrême gauche. Pris en flagrant délit, il a été emmené au commissariat.» 

Le quotidien local Nord Littoral a par ailleurs déposé plainte jeudi contre des internautes qui leur ont envoyé des menaces de mort, dans des commentaires Facebook, et des messages privés. Extrait : «J’espère qu’il va vous arriver comme à Charlie Hebdo en pire. (...) On va violer vos enfants» ou encore : la roue tourne et nous allons tous sortir les armes» et aussi : «Vous inquiétez pas. Ils finiront tondus et brûlés vifs comme les autres connards de politiciens.» Objet de leur ire? Le 29 janvier, Nord Littoral avait titré : «Gilbert Collard défendra les deux fachos calaisiens», c’est à dire Gaël et David Rougemont. De l’autre côté du pont, dans une boulangerie, une femme s’étouffe d’indignation : «Mais on est parti où là? J’ai même vu des gens qui disaient "Dehors les Bougnoules!" Des gens venus de partout, même de Berlin! Mais qu’ils les laissent tranquilles les étrangers. Qu'est-ce qu’on ferait, nous ? On partirait aussi. Dans n’importe quel pays, pour fuir. J’en tremble.» Près du pont, un migrant afghan regarde la masse des gendarmes et des policiers, sans comprendre ce qu’il se passe derrière. On lui explique. «C’est mauvais pour nous», dit-il.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE VIVRE ENSEMBLE SOUS TRÈS VIVE TENSION


Pegida, phénomène typiquement allemand circonscrit, au départ à la ville de Dresde étend ses métastases dans de nombreuses autres villes allemandes et jusqu’à Calais en France en passant, bien sûr, par Anvers. Le flot des réfugiés venus de Syrie, d’Irak mais de bien d’autres pays incite toutes sortes d’ultras àexaspérer les tensions. Par rapport aux assaillants, on parle effectivement de "pays du Maghreb" mais ces 2000 hommes qui ont violenté des femmes venaient de Cologne, d'autres villes allemandes et aussi de Belgique ou du Nord de la France. D’une part l’extrême droite est à la manœuvre, comme dans les événements de Calais, d’autre part les djihadistes exacerbent les tensions par l’organisation de harcèlements collectifs de caractère sexuel tels que ceux qu’on a pu observer à Cologne et dans de nombreuses grandes villes allemandes et européennes. Ce qui est certain, c’est que dans ce climat de vive tension le vivre ensemble est très sérieusement mis à mal.

MG



 

"A COLOGNE, LES ISLAMISTES NOUS ONT DÉCLARÉ LA GUERRE"

JONAS LEGGE   La Libre


 


En Allemagne, lorsqu'il est question de féminisme, un nom est sur toutes les lèvres : Alice Schwarzer. Journaliste, auteur à succès, fondatrice du magazine "Emma", mais aussi activiste du "Mouvement de libération des femmes", la septuagénaire continue de peser médiatiquement en distillant ses opinions dans de nombreux débats. Qualifiée par certains de "super-émancipée", Alice Schwarzer a consacré sa vie à la lutte pour le droit des femmes. "Le moteur de toute mon action est l’équité. L’équité dans ma vie privée, dans le pays où je vis, dans le monde entier", explique-t-elle. Outre-Rhin, être la féministe numéro 1 n'apporte pas que des honneurs ."Il y a pas mal de haine à mon encontre. Mais je n'ai pas le choix."

Un mois après les violences du Nouvel an perpétrées à Cologne, où la police a enregistré plus de 1000 plaintes, dont une grande partie pour agressions sexuelles.

 

AVANT LE NOUVEL AN, VOUS VOUS ATTENDIEZ À VIVRE UNE TELLE VAGUE D'AGRESSIONS EN ALLEMAGNE ?

Non ! Ce qui s'est passé à Cologne constitue un tout nouveau phénomène. C'est la première fois qu'au cœur de l'Europe se sont déroulés les mêmes actes qu'à la place Tahrir du Caire : une chasse sexuelle aux femmes perpétrée en groupe et de manière organisée. Je suis persuadée que cette nuit de violence a été déclenchée par un noyau d'islamistes qui n'ont rien à voir avec les réfugiés qui fuient la guerre. Il est bien possible, que parmi ces mille à deux mille hommes, il y avait aussi des jeunes musulmans nés en Allemagne. En molestant ces femmes, ils ont appliqué une stratégie politique. La violence sexuelle est une arme classique utilisée en temps de guerre. Et les islamistes nous ont déclaré la guerre.

QUEL EST LE BUT RECHERCHÉ ?

(...)

Les assaillants de Cologne sont essentiellement des ressortissants des pays du Maghreb et non des migrants issus de pays en guerre. Les Allemands font-ils la distinction ?

Pas vraiment ! Et c'est dramatique pour ces réfugiés. Par rapport aux assaillants, on parle effectivement de "pays du Maghreb" mais ces 2000 hommes qui ont violenté des femmes venaient de Cologne, d'autres villes allemandes et aussi de Belgique ou du Nord de la France. Je suis persuadée qu'ils ont choisi Cologne car c'est une ville facilement accessible des pays limitrophes. Le carnaval s'y déroule ces jours-ci. Cologne a la réputation d'être une ville particulièrement gaie et tolérante, ouverte donc. Pour son image, de nouveaux incidents seraient dramatiques.

 

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