mardi 2 février 2016

Cyril Dion : «Demain», c’est pas loin

Par Gabriel Siméon — Libération



Cyril Dion, auteur du documentaire «Demain». Photo Nicolas Guiraud

 

Auteur d’un docu avec Mélanie Laurent, cet enthousiaste filme les actions positives contre le réchauffement climatique.

 Cyril Dion : «Demain», c’est pas loin

Comme si l’épais brouillard traversé en train depuis Paris, le froid mordant de novembre et les rues vides à l’arrivée à Dreux ne suffisaient pas. Chez lui, quand on commençait à se réchauffer autour d’un thé, il a fallu que Cyril Dion commence par nous parler du dérèglement climatique et de «ce moment où notre civilisation pourrait disparaître si on ne fait rien». Ambiance…

Bon. On est peut-être un peu dur. Car ce gentil barbu de 37 ans avait une bonne raison de refroidir l’atmosphère : il coréalise avec Mélanie Laurent le film Demain,  où les deux compères mettent en scène leur tour du monde à la recherche d’«initiatives positives qui commencent à transformer le monde». On les suit tantôt dans une ferme normande où la permaculture est reine, tantôt à Copenhague, la capitale danoise à fond sur les éoliennes, ou encore dans un village du sud de l’Inde devenu un modèle de mixité sociale.

Ce docu-gonzo de 118 minutes se veut «un électrochoc d’énergie et d’enthousiasme pour toucher ceux qui se préoccupent le moins de ces sujets», avec Cyril dans le rôle du prof et Mélanie en candide inquiète pour l’avenir de ses enfants. On n’est pas très loin de la réalité… Car Cyril Dion n’est pas seulement la caution écolo ou l’inconnu souriant derrière l’épaule de la star Mélanie Laurent. C’est lui qui, dès 2010, a mis toute sa colère dans l’écriture de ce film. A l’époque, il dirige l’ONG Colibris, cofondée avec l’agriculteur et essayiste Pierre Rabhi en 2007. Plus il sillonne l’Europe en quête de «ces solutions extraordinaires», moins il comprend pourquoi les politiques et les gens ne se les approprient pas. Après des discussions avec Luc Besson et la réalisatrice Coline Serreau, Cyril tombe sur Mélanie. «Elle voulait voir une initiative positive, je l’ai emmenée à la ferme du Bec Hellouin en Normandie. On s’est découvert des tas d’affinités. Et quelques jours, après je lui proposais de faire le film ensemble», raconte-t-il. Les 444 000 euros récoltés l’an dernier auprès du public, via le site KissKissBankBank, les ont confortés dans les chances de succès du projet.

Mais au-delà du pédagogue enthousiaste, Cyril Dion fait-il «sa part», comme le prône la légende du colibri (qui tente d’éteindre seul un feu de forêt) souvent reprise par Pierre Rabhi ?

Cyril Dion vit confortablement à Dreux depuis six ans avec sa femme, photographe, et ses deux enfants, dans son six-pièces avec encens dans les toilettes et un petit jardin au bout duquel coule une rivière. Il ne faut pas une minute pour se tutoyer. Marinière sur les épaules, il commence par nous montrer le potager en construction dans la maison de retraite voisine, où il passe un peu de temps. Il possède une voiture, une Clio, mais jure ne prendre que le train pour se rendre à Paris. Il nous parle des «quarante copains» qu’il s’est faits ici : le maraîcher, le restaurateur, le boulanger, l’épicier (bio) et la libraire. De sa conversion au végétarisme à la fin du tournage. Mais n’en fait pas des caisses sur sa fibre écolo. Il concède volontiers des entorses à la règle face à «une bonne viande». Ses revenus mensuels ? «4 000 euros en ce moment : des droits d’auteur pour mes livres et le scénario, mon salaire comme réalisateur du film et des conférences. Mais, en janvier il faudra que je trouve d’autres choses.» Pour l’essentiel, c’est lui qui subvient aux besoins de la famille.

L’auteur-réalisateur se décrit comme un artiste qui a «toujours inspiré confiance aux gens». Il parle sans gêne des fois où il a «pleuré toutes les larmes de [son] corps». «Il se jette dans ce qu’il fait avec une apparente sérénité. Mais il est traversé par des sensibilités, des anxiétés qui lui donnent une fragilité. C’est aussi sa force. Il est exigeant mais juste, intransigeant et doux», dit son ami Emmanuel Druon, l’un des héros de Demain.

Cyril Dion a grandi au Vésinet, un «ghetto de riches» des Yvelines. Mais à l’inverse du célèbre film tourné dans la ville, sa vie n’est pas un long fleuve tranquille. Enfant, il oscille entre famille Groseille («je détestais l’école, être enfermé là-bas sans en comprendre l’utilité») et famille Le Quesnoy («j’étais enfant de chœur jusqu’à 16 ans, j’avais peur que Dieu m’appelle»). «La drogue, les filles…» tout cela viendra juste avant le bac.

C’est au milieu de cette «adolescence tardive» qu’il se fait une promesse : «Ne jamais faire quelque chose qui ne me passionne pas. Ne pas rester dans un bureau contre mon gré ou reproduire la vie de mes parents.» Son paternel fut attaché parlementaire de Mitterrand et rêvait d’être diplomate, mais s’est reconverti dans la gestion de patrimoine. Sa mère peignait, dessinait, mais n’a pas poussé plus loin sa passion. «Je veux aller toujours au plus proche de celui que je suis. A quoi bon, sinon ?» lance-t-il calmement.

Il commence par apprendre l’art dramatique au cours Périmony, sur les traces de Sabine Azéma, Jean-Pierre Bacri et André Dussollier. Il est ensuite comédien pendant deux ans : «J’ai fait des rôles à oscar comme le complice du brocanteur dans Une femme d’honneur ou le maitre-nageur violeur dans un téléfilm», sourit-il. A l’époque, on le voit aussi gratter des tickets Star Wars pour la Française des jeux. «Je détestais attendre toute la journée sur les plateaux. Et je ne m’y retrouvais pas artistiquement.»

Il arrête et écrit deux romans. «Catastrophiques. Je les ai jetés», rit-il. Il s’initie ensuite à la médecine douce et va masser les employés de Sony et Warner Music au plus fort de la crise du disque. «Les gens se mettaient à pleurer tellement ils étaient tendus», se souvient Cyril Dion. Ça ne dure pas. On l’aperçoit ensuite à la fondation Homme de paroles, de 2003 à 2006, où il aide à monter le congrès israélo-palestinien de Caux et les premiers congrès mondiaux des imams et rabbins pour la paix, à Bruxelles, puis Séville.

On lui propose ensuite de créer Colibris, un mouvement autour des idées de Pierre Rabhi. «C’était un super défi.» En parallèle, l’hyperactif dirige aussi la collection «Domaine du possible» chez Actes Sud, crée le magazine Kaizen, commence à écrire son film, élève ses enfants… Jusqu’au burn-out, en juin 2012. «Je compensais une frustration de créativité. J’ai démissionné de Colibris et arrêté la direction du magazine.» Il écrit en ce moment un autre film et termine un roman. On s’étonne de ne pas le voir encore en politique, sachant que les Verts et Nouvelle Donne l’ont déjà approché. «Impossible. Ça me dessèche d’essayer de convaincre les gens. La politique, c’est une vie pas drôle…»Son vote, Cyril Dion le donne aux «écolos». Comme eux, il n’attend pas des miracles de la COP 21. Avec Demain, il a sans doute déjà fait sa part.

Gabriel Siméon


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DEMAIN EST VIRTUELLEMENT PRÉSENT DANS AUJOURD’HUI


Oui, j’ai vu et apprécié « Demain », comme un remake moins trash que Solutions locales pour un désordre global, le célèbre documentaire de Coline Serreau(2010).

Oui, les solutions existent et elles se pratiquent déjà dans quelques lieux dispersés sur cette terre. S’imposeront-t-elles à l’humanité ? Nul ne le sait mais rien n’est moins sûr. Les forces d’autodestruction sont redoutablement puissantes et parfaitement organisées… Bruxelles vit actuellement un drame qui augure des catastrophes qui vont s’abattre sur nous : nos tunnels automobiles urbains, héritage de l’expo 58, sont menacés d’effondrement. Les politiques s’agitent comme des poulets décapités et gèrent l’urgence dans l’urgence car ils ne connaissent rien d’autre en dehors de l’urgence et du très court terme. Cela va très mal se terminer. Tout le monde le sait mais rien ne change en profondeur. On attend un Churchill qui nous face endurer Blood, ToilTears and Sweatrien que des mots Saxons, commentait Roger Marlé à sa classe d’anglais médusée. C'était en 1964, à l’athénée F. Blum.

MG

 


"L'HOMME A BESOIN DE CRÉER DU SENS ET DE CONSTRUIRE DES FICTIONS POUR SURVIVRE »



« Demain » est une variation sur un thème de Pierre Rahbi : la sobriété heureuse. « Demain », un film pour raconter une nouvelle Histoire et construire le monde qui vient



Cyril Dion et Mélanie Laurent - 20 mai 2014 - cc by = @SoAnn

"Cela fait sept ans que j'attends que quelqu'un fasse ce film, mais personne ne le fait, alors je me suis lancé. Nous parlons souvent du futur, sans jamais le montrer, ou alors de manière catastrophiste", explique Cyril Dion.  Profondément marqué par un livre, L'espèce fabulatrice de Nancy Houston, Cyril Dion estime que la fiction et le récit font partie des choses les plus puissantes dans l'humanité: "l'homme a besoin de créer du sens et de construire des fictions pour survivre. Aujourd'hui nous devons construire un nouveau récit pour remplacer le récit d'après-guerre orienté sur le consumérisme, le matérialisme, la technologie et le confort... qui a été très porté par le cinéma, la littérature, la publicité", poursuit celui qui rêve de réaliser une fiction sociétale suffisamment forte pour que chacun puisse se raconter cette nouvelle histoire et construire ce monde de demain.

Il s’agit bien de  "montrer à quoi notre société pourrait ressembler demain si nous mettions bout à bout toutes les solutions que nous connaissons dans l'agriculture, l'énergie, l'habitat, l'éducation, l'économie, la démocratie..."

" Le problème du monde aujourd'hui ? on met trop les choses entre parenthèses, on met toujours ce temps au lendemain, on se dit que c'est pas si grave, que des gens supers vont trouver des solutions à notre place... Tout le monde doit prendre conscience que c'est maintenant... et c'est demain".

"Il faut qu'on se pose, qu'on regarde un peu plus son voisin que son téléphone, ou ses écrans... et qu'on aille puiser dans ce que l'on a su faire pendant des siècles. Reprendre le temps de faire les choses bien, et être heureux de faire des choses. Nous devons revenir à l'humain, au local et à la solidarité" juge-t-elle avant d'ajouter: "les petites choses c'était hier, aujourd'hui il faut faire des grandes choses, il faut être beaucoup plus radicaux. Ce qui m'angoisse terriblement c'est quand j'aborde le sujet avec les gens de mon entourage, toute génération confondue il y a encore énormément de gens qui ne se rendent pas compte de l'état du monde. Raison pour laquelle il faut montrer ce qui se fait, car tout le monde n'est pas au courant".

!D’après Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

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