mercredi 17 février 2016

Etre jeune prof

CONTRIBUTION LECTEUR  La Libre Belgique



Une opinion de Florent Monderer, professeur de mathématiques en 2e et 3e secondaires générales.

 

C’est à partir de cette année que j’ai pu vraiment m’intéresser à la pédagogie. En effet, là où ma première fut plutôt une année de découverte, j’ai commencé la seconde avec un objectif : assurer la réussite de tous mes élèves avec un bon niveau en mathématiques.

Quelle baffe je me suis prise pendant les premiers mois, jusqu’à Noël ! Combien de fois ne suis-je pas rentré chez moi au bord de la crise de nerfs. Prenons mes deuxièmes par exemple : j’arrive le matin avec mon cours si bien préparé… Seule, la moitié des élèves est présente, les autres arrivent au compte-gouttes. "C’est le bus M’sieur." "J’ai pas trouvé le local." "J’étais chez les éducateurs." Etc. Et ça bavarde en classe, comme si c’était la récréation. Ensuite, correction des exercices : presque aucun élève ne les a réalisés. Beaucoup n’ont pas leur cours, et certains me répondent agressivement lorsque je leur demande leur journal de classe pour y mettre une remarque. En plus de tout cela, on m’appelle pour me poser des questions. "M’sieur, M’sieur." A peine trente minutes de passées, je me sens déjà épuisé. Comment tenir les cinq prochaines heures de la journée ?

Le temps passe et les examens approchent. A Noël, rempli de peine, je n’ai pas de surprise : 75 % de mes élèves sont en échec.

Heureusement, pendant les vacances, je recharge mes batteries et je réfléchis à de nouvelles solutions. D’où vient le problème ? Dès la reprise, je repars donc sur de nouvelles bases. Après un long discours de motivation sur leurs résultats, leur place à l’école et le rôle de l’école, je leur parle d’autonomie. "Pourquoi venir à l’école ? A quoi ça sert ? Qu’est-ce que je fous là ? Voilà les premières questions auxquelles vous devez répondre. Ce sont elles qui vous guideront vers la réussite. Ensuite, il s’agit de s’organiser. Avoir un journal de classe en ordre, et un planning dans lequel vous prévoyez des moments pour travailler. Enfin, il faut s’y mettre, s’exercer, s’entraîner. Apprenez à vous connaître, faites des erreurs, collaborez et corrigez-vous. Je suis là pour vous aider, vous apprendre la matière, mais tout dépend de vous."

J’ai prononcé ces mots comme un coach parle à son équipe. J’ai bien compris que la motivation est primordiale pour réussir. Si je continue à traîner des élèves qui se sentent forcés, c’est comme si je m’épuisais à tirer un buffle à contresens.

Pour ne pas m’arrêter là, un dimanche, j’ai appelé les parents de chacun de mes élèves en échec. "Bonjour, c’est le professeur de maths de Sandy. Je vous appelle pour voir comment ça va à la maison, au niveau du travail de votre enfant. Que peut-on faire pour l’aider ?" Et puis, je parle à l’ado. "Salut Sandy, c’est ton prof de maths. Comment ça va ? Tu as fait tes devoirs ?" Devinez combien de ces enfants, un dimanche après-midi, avaient fait leurs travaux pour la semaine qui vient, voire le lendemain… ? Presque aucun !

Il n’y a pas de secret. Pour réussir, il faut avoir envie, s’organiser et travailler. C’est seulement lorsque les deux premiers points sont accomplis que l’on peut envisager le dernier.

Aujourd’hui, je dirais que je m’éclate en classe. J’accueille mes élèves à l’entrée du local avec un grand sourire. Et quel bonheur de leur annoncer les résultats de la période : tout le monde a augmenté ses points. De vingt élèves, nous passons à quarante-neuf élèves en positif. Plus du double par rapport au quadrimestre passé ! Et je n’ai pas baissé le niveau ! Bien sûr, il reste du travail. Mais quel plaisir de voir les jeunes s’applaudir et afficher un immense sourire, symbolisant la fierté d’annoncer les beaux résultats à leurs parents.

J’y crois fermement; cette année, tous mes élèves vont réussir.

(1) Participant au programme Teach for Belgium.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA VOLONTÉ DE VOULOIR 


Ce texte se lit comme un conte de fées. C’est le récit d’un jeune prof qui commence par échouer face à sa classe indolente et insolente mais il ne désespère pas, il refuse de baisser les bras

Il se remet en question et ne sollicite l’aide de personne : ni de ses collègues, ni de la direction, ni de l’inspection. Il se remet tout seul en selle et en scène. Surtout et avant tout, il se remet en question et c’est ce qui transformera son échec en réussite. On ne parle ici ni de contenu, ni d’aptitude mais simplement de volonté, celle de réussir et surtout de faire réussir ses élèves. Le secret de la réussite scolaire est là et nulle part ailleurs : dans la volonté de faire réussir et plus encore dans la volonté de la réussite. Il reste à savoir comment on éduque et renforce cette fameuse volonté de vouloir qui est le secret de toute réussite scolaire et de toute réussite dans la vie. 

MG

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