mercredi 10 février 2016

La politique ferroviaire belge? Une poule sans tête

Béatrice Delvaux 

Le Soir


RER

La polémique sur le RER démontre bien que la politique ferroviaire belge est totalement désorganisée et que les politiciens n’agissent pas sur le long terme. L’Edito de Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef.

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Jeudi, Jacqueline Galant a pour l’instant sauvé sa tête mais, depuis, le rail belge a perdu la sienne. Hier, dans la foulée notamment des débats télévisés, on pouvait juste placer l’index sur la tempe : « Mais c’est quoi ce cirque ! » Jeudi déjà, on avait servi un mensonge gouvernemental à une opinion publique dont on a visiblement oublié qu’elle aussi a des yeux et des oreilles, et avait, pour l’occasion, surtout compris que l’urgence n’était pas au RER mais à empêcher le MR de s’étriper, Jacqueline Galant d’imploser et le Premier ministre de tanguer.

Résultat, le chaos : faute de leadership assumé, parce que ceux qui sont en charge se sont mis aux abonnés absents ou se sont cachés derrière des explications bancales.

 

Pauvre trophée : le Premier ministre sauve la tête de sa fidèle mais se prend le grand n’importe quoi ferroviaire. Car, dans la brèche du RER wallon, sont venus s’engouffrer le communautaire (touche pas à Anvers et Gand, sinon…), mais aussi les démons de la SNCB. L’échange « d’irresponsabilités » entre le patron de la SNCB et Infrabel – « c’est pas moi, c’est toi ; tes trains sont lents ; non ils s’arrêtent plus souvent » – relevait du sketch !

En cas de fiasco ferroviaire en Belgique, seuls les bernés auraient-ils donc un visage ? Un RER wallon ? À deux ou quatre voies ? Pour quand ? Et pour quel coût total – cela reste une inconnue ? Les coupes budgétaires dans la SNCB tuent-elles l’offre de trains ? On craint d’avoir compris depuis trois jours : il n’y aura pas de réponses ou de solutions, tant l’idée est d’éviter les balles. La situation serait affligeante si, cinq ans quasi jour pour jour après la catastrophe de Buizingen, elle était surtout indigne.

À quoi sert la politique, les gouvernements, une charge de dirigeant ? A assurer sa réélection, à assurer un nouveau mandat ? À gérer l’équilibre au sein de son parti, à enfoncer les partis ennemis et à ménager les amis du moment ? «  Nous passons tous. L’action doit être ancrée et durable. Le reste est éphémère. » Il y a décidément beaucoup à gagner à lire Christiane Taubira.

Des milliards ont été mis sur la table, des gens expropriés, des communes défigurées pour une finalité (le RER) que nombre de parties prenantes – navetteurs, entreprises – souhaitent plus que jamais. Ils se fichent à ce stade de savoir si c’est le PS, le MR ou les autres qui ont fauté, si Infrabel et la SNCB se haïssent, si Charles Michel s’est trompé avec Mme Galant : ils veulent une politique de mobilité efficace et durable, un Premier ministre et des dirigeants pour la mettre en place.

Le comité de concertation « mobilité » ne s’est jamais réuni depuis les élections : cela sert à quoi la politique ?

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

A QUOI SERT LA POLITIQUE ?


C’est bien en effet la question que se pose la majorité des Belges et des Français et des Européens qui ne voient plus, qui ne voient vraiment pas à quoi peuvent leur servir ces politiciens qui s’agitent et se confondent en déclarations contradictoires. Toute cette agitation, on le craint de plus en plus, n’a qu’un objectif, s’ assurer une improbable réélection. À part cela, l’intérêt des citoyens, celui du pays, voire de la région passe carrément au second plan. Cela devient absolument insupportable. Jamais on n’aura vu autant de votes blancs qu’aux prochaines élections régionales et fédérales. Le PS et comme le CDH sont devenus tétraplégiques ; quant au MR, il court comme une poule décapitée. En Flandre ce n’est guère mieux. Bart de Wever redoute qu’une partie de son électorat ne retourne au Belang. Le CD&V lutte pour sa survie, le VLD fait du surplace et le SPA également. Quand aux verts, ils pédalent dans les épinards. À la surprise générale, seul le roi Philippe tient bien à peu près bien son rôle. Pour le reste, la politique marche sur sa tête. Les problèmes de la SNCB nous donnent un aperçu de ce qui nous attend relativement à la gouvernance de la sécurité sociale. Selon nous, le démontage de la sécu sera la prochaine pomme de discorde entre les communautés flamandes et francophones.

 

 

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