dimanche 21 février 2016

Sarah Turine: "Le livre de Philippe Moureaux est une démarche terriblement égocentrée"

FRANÇOIS BRABANT ET BOSCO D'OTREPPE LA LIBRE BELGIQUE 



Islamologue, ancienne coprésidente d’Ecolo, Sarah Turine est actuellement échevine de la Jeunesse et de la Cohésion sociale à Molenbeek. Alors que l’ancien bourgmestre Philippe Moureaux (PS) sortait ce vendredi son livre "La vérité sur Molenbeek", elle propose elle aussi un regard particulier sur la ville.

PHILIPPE MOUREAUX PRÉSENTE SA VÉRITÉ SUR MOLENBEEK. OÙ SE SITUE LA VÔTRE ?

Après les attentats de Paris, il y a eu une focalisation compréhensible sur Molenbeek. Mais cette focalisation a simplifié la réalité. Il y a eu de surcroît un jeu de la part de certains politiciens ou chroniqueurs qui ont surfé sur le nom de Molenbeek pour faire passer les émotions qu’ils avaient envie de faire passer. Cela a porté préjudice à l’ensemble de la population. Nous devons être très humbles et prudents lorsque l’on souhaite donner des explications sur Molenbeek.

POUR EN REVENIR À PHILIPPE MOUREAUX, VOUS ÊTES AGACÉE PAR SON MODE D’EXPRESSION ?

J’ai lu une partie de son livre. On vient d’évoquer le fait que Molenbeek est salie et lui, il décide d’écrire un livre non pas parce qu’il trouve que Molenbeek a souffert, mais parce qu’il estime qu’il est lui-même sali. C’est une démarche terriblement égocentrée.

VOUS LUI REPROCHEZ UNE ATTITUDE ÉGOCENTRIQUE ?

De manière générale je ne sais pas, mais dans ce livre, il y a de cela. Philippe Moureaux a fait des bonnes choses pour la commune, mais il a également fait des erreurs, et il n’est pas capable de les reconnaître. Je trouve que ce livre n’amène par grand-chose au débat.



SCHEPMANS RÉPLIQUE À MOUREAUX: «IL RESTE DANS LE DÉNI ET LE PATERNALISME»

D. Ci 

La bourgmestre de Molenbeek réagit aux propos de Philippe Moureaux : « Il dit qu’il aurait peut-être vu monter le danger ? Ce n’est pas croyable ».



•                                                       © Bruno Dalimonte / Le Soir

Philippe Moureaux publie « La vérité sur Molenbeek » . Dans son livre, comme dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’ancien bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise, motivant longuement sa gestion communale, juge aussi que celle qui lui a succédé à l’hôtel de ville a, en quelque sorte, perdu le contact avec la population. Françoise Schepmans a tenu à réagir.

Aux commandes à Molenbeek depuis 2012 à la tête d’une coalition MR-Ecolo-CDH, Françoise Schepmans avait opéré aux côtés du socialiste auparavant, en coalition. Elle n’incrimine pas son prédécesseur comme certains (beaucoup) l’on fait, mais elle ne laisse pas passer : « Philippe est plus dur dans ses interviews que dans ce qu’il a écrit, je le connais, il ne peut pas s’empêcher d’attaquer ». Et réplique : « Alors là, quand il dit que, lui, les mamans seraient venues le voir, qu’il aurait peut-être vu monter le danger, je ne peux pas laisser passer, ce n’est pas croyable ».

 

« Cela laisse entendre qu’il y a une sorte d’omertà au sein de la communauté maghrébine de Molenbeek, et qu’elle a besoin d’un “papa” pour dire les choses… Ah !, cette image de patriarche qu’il cultive, qu’il se donne ! C’est du paternalisme. Moi, j’y vois une vision conservatrice de la fonction de bourgmestre, une conception du passé », poursuit-elle.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« JE N’AI PAS SUFFISAMMENT OSÉ L’UTOPIE » (Ph. M.)  

 

Bien entendu, j’ai commis des erreurs. Celles que j’aperçois avec le recul sont à l’opposé de ce que disent mes détracteurs. En politique désireux de continuer mon action, j’ai parfois cédé à l’air du temps, je n’ai pas suffisamment osé l’utopie. J’aurais dû agir plus fermement dans ma volonté de mélanger les élèves des diverses écoles. J’aurais dû imposer ma politique de dispersion du logement social malgré l’opposition qui avait été organisée dans les quartiers plus aisés. Il y a quelque chose d’inachevé dans ce que j’ai accompli. Oui, Molenbeek terre de contrastes, qui a malheureusement engendré une poignée d’assassins, est avant toute une terre de générosité et de tendresse. Je vous en supplie, ne jugez pas cette population sur la déviance de quelques-uns. (p. 160)

Je n’ai pas pu résister plus longtemps à la tentation de lire le pamphlet de Philippe Moureaux. Je ne l’ai pas regretté. D’abord ce n’est ni un pamphlet ni une autojustification infantile mais simplement un témoignage, celui d’un homme d’État engagé et blessé par la médiasphère qui a consacré le meilleur de ses forces à reconstruire une commune et qui y est partiellement parvenu. C’est ensuite une analyse pointue, rigoureuse et extrêmement pénétrante de la situation socio-économique et culturelle d’une des communes les plus difficiles de la région bruxelloise. Il y en a d’autres. Cest écrit d’une plume allègre sur un ton qui n’est pas celui de la polémique mais bien de l’essai politique, un genre rarement pratiqué par nos hommes politiques belges à l’exception de Guy Verhofstadt bien entendu. Bref c’est du tout bon journalisme.

Je dois libérer le flot de certitude et de conviction qui se bouscule depuis quelques jours dans mon esprit. Une seule issue : l’écriture. Je dois m’exprimer personnellement sans intermédiaire. Je dois livrer ma vérité à ceux qui sont capables de sortir de l’ambiance délétère que certains créent autour de ma commune et de ma personne. (p. 8)

Il en est résulté un texte concis et dense qui se lit d’un trait et qui se révèle passionnant de la première à la dernière page. Il faut rendre à César ce qui lui appartient même si on ne fait pas partie de son fan-club. 

Il ne suffit pas de prendre des mesures policières, bien entendu indispensables, il faut aider les populations de nos quartiers à vivre mieux, dans un respect réciproque des uns et des autres. Il faut mettre en place une nouvelle politique, plus empathique, à l’égard d’une jeunesse parmi laquelle les recruteurs de haine se faufilent. (p. 8)

Je dois crier ma conviction que le combat contre le refus de la tolérance restera jusqu’à mon dernier souffle mon combat. (p. 20)

Ceux qui connaissent bien Molenbeek diront que l’ancien bourgmestre ne s’est pas toujours bien entouré, qu’il a fait quelques mauvais choix de collaborateurs. Il le reconnaît dans le livre. Certes, il est beaucoup plus confortable d’être bourgmestre à la tête d'Auderghem ou des Woluwé. Ce qui est certain, c’est qu’en débarquant à Molenbeek il y a plus de vingt ans Philippe Moureaux s’est forgé une vision de l’avenir de sa commune d’adoption. Marxiste convaincu -il fut initié, il le dit, à la pensée marxienne sur les genoux des domestiques de son père, un riche notaire libéral- c’est donc en termes de lutte des classes qu’il analysa la sociologie molenbeekoise. Pragmatique, il eut recours à une dynamique sociale-démocrate pour corriger les inégalités et pratiquer une stratégie de mixité sociale dans le dessein d’améliorer le vivre ensemble. Les sbires de Sharia 4 Belgium lui ont, il le reconnait franchement, joyeusement pourri la vie.

Ma politique a permis de construire un nombre impressionnant de logements accueillant une population nouvelle. Le phénomène est massif sur les bords du canal, au point que j’ai été accusé à la fin de mon dernier mandat de favoriser la gentrification de Molenbeek. (p.40)

Je terminerai ce commentaire en citant quelques phrases qui m’ont particulièrement interpellé :

La démarche qui consiste à laisser pour seul choix aux musulmans vivant chez nous de s’aligner complètement sur notre mode de vie ou d’être relégué en marge de la société n’est pas acceptable. (p.43)

DiverCity ne dit pas autre chose !

J’ai réuni autour de moi au moins une fois par an, les représentants des mosquées avec lesquels j’ai ouvert un dialogue. (p.45)

Pas de salut en dehors du dialogue et du respect réciproque.

Je dois reconnaître à Tariq Ramadan une réelle ouverture d’esprit, une interprétation des textes du Coran qui ne se limite pas au littéralisme mais qui les commente dans un esprit d’ouverture et de compréhension.(p. 49

J’ai noué progressivement une relation de confiance réciproque avec la grande majorité de la population dans un respect mutuel. Je n’ai jamais caché mes convictions philosophiques, je suis agnostique, et j’ai profité de ces différences pour prouver à mes amis musulmans qu’un mécréant peut être porteur de respect à leur égard. Dans la même logique, j’ai plaidé dans les milieux où les athées et agnostiques sont majoritaires pour un respect de l’islam dont je suis convaincu qu’il ne réussira une adaptation heureuse dans le cadre européen que s’il est objet de considération et d’empathie. Encore aujourd’hui, je suis convaincu que l’engagement pour plus d’égalité et de justice sociale représente notre plus grand défiAvec la création de la maison des cultures et de la cohésion sociale, je perçois la possibilité de mettre en œuvre une initiative novatrice. Il s’agit de créer au cœur de Molenbeek une structure ouverte aux cultures. Non pas à une culture plutôt qu’une autre. (p.61)

A mon sens, au lieu et place d’un choc des cultures, il faut prôner un rapprochement, apprendre à connaître celle du voisin, confronter pacifiquement les cultures, encourager leurs comparaisons et préparer la création de nouveaux courants culturels( p.62)

Comme chaque observateur un peu attentif, j’assiste à une évolution des comportements d’une partie des musulmans vers un rigorisme religieux qui rend plus difficile la cohabitation et l’osmose nécessaire entre groupes aux appartenances religieuses ou philosophiques différentes. (p.78)

Ramener ces jeunes hommes et femmes, à une vision plus humaniste de leur religion demandera des efforts dans les domaines les plus divers et ne réussira pas si notre société accentue son discours islamophobe et pratique une répression aveugleCe constat n’est pas nouveau. Certains jeunes sont en rupture avec toutes les formes d’autorité qui les entourent. On me répondra que la plupart des adolescents connaissent une période de mal être, particulièrement par rapport à leurs familles. Je pense que ce que vit une partie de la jeunesse de nos quartiers populaires revêt une dimension qu’il nous est difficile d’appréhender tellement elle est violente. (p.109)

Ils n’ont pas bénéficié, pour des raisons les plus diverses, d’un enseignement qui les mettrait au diapason de la demande de notre société et je vois les emplois qui leur sont accessibles se fermer devant eux. Ainsi les jeunes paumés se retrouvent dans une sorte de vide avec un rejet du mode de vie de leurs parents et de la culture européenne. (p. 110)

Les méthodes de traditionnelles d’approche des jeunes dans cette situation se révèlent inopérantes. En réalité ils ont besoin d’un choc qui leur donnera à nouveau un certain respect d’eux-mêmes et des autres. Si on ne fait rien ils sombreront à certains moments dans la grande délinquance. Que faire ? Les approcher prudemment avec l’utilisation du jargon qu’ils utilisent entre eux,leur proposer, lorsque le contact est noué, une aventure violente mais positive. (p. 111)

La dé-radicalisation ne peut réussir qu’avec le concours de musulmans attachés sincèrement à leur religion et qui véhiculent la lecture pacifique de l’islam, à mon sens la vraie lecture de l’islam. (p. 141)

Je suis convaincu que le travail en cette matière sera essentiellement accompli au sein de la communauté musulmane prise dans son sens le plus large 144

Le travail de désaffiliation doit se faire au sein de l’école, non pas dans de grands discours moralisateurs, mais à travers un enseignement qui ouvre réellement l’élève à cultiver un esprit critique. (p.146)

En évoquant le problème identitaire, qui est toujours le fruit de l’humiliation que le jeune a connue, je me trouve au cœur du défi qui nous attend. Ici nous devons agir. Il faut travailler sur l’estime de soi que le jeune intériorise, sur ce qui bouillonne dans son esprit, parfois sans être directement perceptible,.Changer le profil psychologique de quelqu’un ne se fait pas facilement. C’est un travail de longue haleine. (p.146)

Ces adolescents ne retrouveront une forme d’apaisement que lorsqu’ils pourront amalgamer leurs racines marocaines et belges. A long terme, l’aspect européen devrait prendre le dessus, mais, à mon sens, il ne sera jamais pleinement épanoui sans respect pour la culture d’origine des anciens. Il faut faire la chasse à l’humiliation j’ai toujours essayé d’agir dans ce sens parfois maladroitement, en pratiquant une forme de paternalisme qui peut, à la limite, être considéré comme l’expression d’un sentiment de supériorité, mais je l’ai fait. Aujourd’hui je retrouve ce souci dans les associations, mais rarement dans le monde politique (p.147)

Lenseignement, sa qualité, son adaptation aux publics les plus difficiles sont une des clés de l’avenir.(p.150)

Notre enseignement doit devenir plus démocratique et cesser de figer territorialement les importantes minorités fragilisées par leurs conditions sociales. (p.154)

Le contenu de cet enseignement doit également sortir d’un européocentrisme désuet. Enfin, dans un harmonieux mélange de formation générale et de connaissance de nouvelles technologies, il doit aider à la recherche d’emploi et briser cette conviction que l’on est vouée à rejoindre le rang des chômeurs. Tout cela devra se faire à contre-courant de la recherche de facilité qui a caractérisé de la dernière décennie. (154)

Comme on aimerait que d’autres bourgmestres, que d’autres municipalistes saisissent la plume à leur tour pour témoigner de ce qu’ils vivent au quotidien face aux problèmes que Philippe Moureaux appréhende brillamment et avec une belle sincérité dans son essai dont je recommande la lecture à tous ceux qui s’intéressent vraiment à la problématique bruxelloise. J’espère que Philippe Moureaux aura dédicacé un exemplaire de son bouquin à la bonne attention de Ruquier et de ce grand simplificateur qu’est le pamphlétaire à la mode Éric Zemmour. Il ne s’agit pas de « bombarder » l’ancien bourgmestre de Molenbeek d’éloges mais plutôt de raison garder face aux tombereaux de critiques déversées sur le blason de sa commune. Comme aurait dit Pogge, le sage de Schaerbeek, just es just, alles es just.

MG

 

MOUREAUX: "SALAH IS MEER EEN AMATEUR DAN HET BREIN ACHTER DE AANSLAGEN"


Salah Abdeslam, de meest gezochte man van het land, is eerder een 'amateur' dan het brein achter terroristische aanslagen. Dat zei minister van staat en oud-burgemeester van Molenbeek Philippe Moureaux (PS) bij de voorstelling van zijn boek 'La vérité sur Molenbeek' (De waarheid over Molenbeek). Daarin blikt hij terug op de aanslagen van Parijs en de kritiek op Molenbeek, de gemeente die hij 20 jaar bestuurde en die de uitvalbasis bleek van de daders van de aanslagen.

Volgens hem is Salah Abdeslam eerder een amateur en een "besluiteloze uitvoerder" dan het brein achter de aanslagen. Net als zijn broer Brahim behoorde hij tot die 'kleine boefjes' of 'losers' die zich vanaf het begin hebben laten meeslepen in de marginaliteit die leidde naar de klassieke misdaad van diefstallen en drughandel.

Voor Philippe Moureaux is het radicalisme een erg complex probleem dat niet meteen opgelost zal geraken en een aanpak van de verschillende beslissingsniveaus vereist. Die gezamenlijke aanpak is er jammer genoeg niet, stelde hij vast.

Het eerste deel van het boek bevat beschouwingen en persoonlijke gevoelens die de gewezen politicus in de uren en dagen na de aanslagen in Parijs en de daaropvolgende mediaheisa heeft neergeschreven.

Moureaux probeert ook de argumenten van bepaalde 'politieke tegenstanders', die hem onder meer laksheid en cliëntelisme verweten, punt per punt te weerleggen. Zo wijst hij op het verbod op het dragen van een volledig bedekkende sluier, de sluiting van zaken waar drugs verhandeld werd of zijn contacten met verantwoordelijken van moskeeën om beter te begrijpen wat er zich in de migrantengemeenschap afspeelde. 

Hij staat ook stil bij de problematiek van de geradicaliseerde jongeren en de rol die de Antwerpse 'sharia4Belgium' in bepaalde Molenbeekse wijken gespeeld heeft.

Moureaux erkende bij de voorstelling van zijn boek dat hij soms "opvliegend en agressief reageerde, maar nooit rancuneus". Hij zag zichzelf eerder alspaternalistisch, tegelijk "autoritair en empathisch". Hij gaf ook toe dat niet alles in zijn beleid perfect was.

Het kanaalplan van minister van Binnenlandse Zaken Jan Jambon -een functie die hij zelf ooit vervulde- bevat volgens hem positieve elementen, onder meerinzake de inzet van de politie. "Het is echter onvoldoende om te voorkomen dat een nieuwe generatie van geradicaliseerde jongeren zal opstaan."

 

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