mardi 2 février 2016

Tariq Ramadan: «Face au radicalisme, il faut de la mixité»


Corentin Di Prima Le Soir

Quelle place pour la religion dans la cité ? Pour Tariq Ramadan, il faut moins de ghettos et plus de mixité. Résumé du 3e débat.



•                                                 Tariq Ramadan © Pierre-Yves Thienpont

La ville est devenue le creuset du relâchement le plus marqué à l’égard des normes religieuses traditionnelles et, dans le même temps, le théâtre effervescent de dynamiques religieuses nouvelles. Alors, la religion dans la ville, est-elle vecteur de cohésion sociale ou plutôt de repli identitaire ? N’est-elle pas au cœur de la ségrégation sociale et spatiale qu’affichent les villes européennes ? Quel rôle la religion joue-t-elle dans la transformation du paysage urbain ? Et que devient la culture religieuse et son patrimoine dans l’espace urbain, entre mémoire et oubli ?

Le débat s’annonçait sulfureux entre Tariq Ramadan et Nadia Geerts. En coulisses, le ton était déjà donné, a confié Béatrice Delvaux, qui menait le débat avec Jean-Pierre Jacqmin : « Il parait que vous êtes la Caroline Fourest belge », lance l’islamologue. Béatrice Delvaux intervient : « Vous avez aimé Caroline Fourest, vous allez adorer Nadia Geerts »…

Religion et espace public

Selon le sondage que nous avons publié ce vendredi, 73 % des francophones estiment que la religion relève de la sphère privée.

Quelle place lui accorder dans la cité, dans l’espace public ? La définition même d’espace public ne fait pas l’unanimité. Pour Nadia Geerts, les signes convictionnels n’ont pas leur place dans les administrations publiques. Pour Tariq Ramadan, ce débat est très francophone, et dans d’autres pays européens, du sud au nord de l’Europe, ne s’écharpent pas sur ces questions.

Comment voulez-vous qu’une religion s’exprime si elle n’a pas accès à l’espace public ?, tranche Hervé Hasquin ? Qui met en garde : « d’anticléricalisme, on passe à un discours antireligieux, où un seul dogme serait enseigné : l’athéisme. »




« L’Etat n’a pas à tenir compte dans l’établissement de ses lois de quelques prescrits religieux que ce soit. Cela arrive de plus en plus souvent… », déplore Nadia Geerts. Allusion à la question du voile dans les administrations, des repas halal à l’école. Pour Tariq Ramadan, il faut une application stricte et égalitaire de la loi laique. Mais, estime-t-il, de plus en plus, son application est à géométrie variable. Pour lui, «  il est interdit d’imposer à une femme de porter le foulard, mais il n’appartient à aucun Etat de la forcer à l’enlever. » Et dans les administrations ?« L’autorité de l’Etat ne se résume pas à la manière dont on s’habille. » Pour Nadia Geerts, c’est non : les fonctionnaires doivent apparaître comme étant neutres.

Les politiques urbaines peuvent-elles aider à gérer le fait religieux dans la ville ? La diversité ? « Il est urgent de considérer qu’il faut une mixité sociale qui passe par l’habitat. On doit lutter en amont contre les discriminations au logement, à l’emploi. Mais cela ne peut se faire sans politique de mixité scolaire. Sans cela, vous fomentez le sentiment de l’isolement et de l’ignorance. La religion n’est pas le problème, elle est la conséquence d’un problème plus profond », analyse Tariq Ramadan. Gare, réplique Nadia Geerts, le socio-économique n’explique pas tout. « La plupart des terroristes du 11/09 étaient des intellectuels qui ne tenaient pas les murs dans leur quartier. Il y a un vrai problème de radicalisation dans la communauté musulmane. »Pour Hervé Hasquin, il y a un phénomène mondial qui dépasse l’islam : on constate un retour du religieux qui traverse l’ensemble des religions. Et il prend des formes, y compris chez les catholiques, parfois très radicales.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

QUID DE L’INTERCULTUREL ?


J’ai malheureusement manqué ce grand rendez-vous, coincé dans mon lit par la grippe. Je ne me sens donc pas autorisé à émettre le moindre commentaire sauf peut-être que le journaliste chargé de ce compte rendu ne semble pas avoir entendu prononcer le mot interculturel. En pendant ce temps je terminais la lecture de "gouverner au nom d’Allah" de Boualem Sansal, un maître ouvrage consacré à l’islamisme et à sa soif de pouvoir.

Quelques phrases chocs :

Il n’est pas question de confondre l’islam, religion respectable et brillante s’il en est, avec l’islamisme qui est l’instrumentalisation de l’islam dans une démarche politique sinon politicienne, critiquable et condamnable.p.26

Ce n’est certes pas un scoop mais il est bon de le rappeler de temps à autre.

La seule voie pour que l’actualisation de la pensée islamique se fasse de manière pacifique et profite à tous, c’est de libérer la parole des musulmans, que chacun puisse exprimer en toute sécurité en tant qu’individu et en tant que citoyen. P.47

Ceci, on le dit beaucoup moins et c’est bien dommage car de toute évidence, c’est le nœud du problème.

Partout où l’islam est de plus en plus pris en main par des islamistes, aujourd’hui très nombreux et bien structurés qui s’inscrivent dans une démarche offensive : ils endoctrinent, recrutent, convertissent, développent des affaires dites islamiques, édictent des lois, imposent des normes islamiques, assureent la police des mœurs sur leur territoire. Les plus radicaux forment des cellules, s’articulent à des réseaux djihad terroristes et mafieux. P.56

c’est un phénomène qui se développe partout, même source le sol européen.

C’est dans un débat ouvert et franc, sur des questions précises que nous trouverons les arguments pour dénoncer la fausseté de l’islamisme et le faire reculer. Nous le devons d’autant plus que l’islamisme affirme tirer sa légitimité de l’islam et en être le gardien loyal. Il s’arroge ainsi le droit de nous critiquer, nous condamner et nous tuer. P.79

c’est la raison pour laquelle les permis de parler d’une véritable guerre contre l’islamisme

La misère alimente l’islamisme qui accroît la misère, et ainsi de suite. P. 93

Le silence des intellectuels musulmans est le vecteur le plus fort de l’islamisme. Il portent en effet une responsabilité lourde en se dérobant à leur fonction sociale qui est d’expliquer à leur société les enjeux auxquels elle est confrontée p.95

Il faut bien voir que depuis que le livre est sorti, et surtout depuis les attentats du 13 novembres, les choses ont commencé à changer.

Les idéologues islamiste ont bien compris que l’humiliation est un levier puissant qu’il est facile de manipuler. En leur offrant de la religion et une autre vision des rapports politiques dans le monde, ils canalisent la colère des jeunes vers des objectifs transcendants exaltants et leur font accepter jusqu’à l’idée de mourir en martyr 101

Voilà qui défie l’imagination mais se vérifie dans la réalité, partout dns le monde. 

Le contrôle des jeunes et des femmes est le secteur que les islamistes vont le plus travailler à l’avebir. Ils le font déjà123

C’est dire que l’islamisme est absolument pas soluble dans les valeurs démocratiques.

L’islamisme est devenu un fascisme meurtrier obéissant à la seule volonté de puissance.130

On ne saurait être plus clair que Boualem Sansal qui fait preuve d’un courage politique extraordinaire. Cet homme mériterait largement le Nobel de l Paix.

MG

 

CE QUE NOS JOURNALISTES AURAIENT DÛ RAPPELER À TARIQ RAMADAN


Abdel Serghini

Citoyen de Bruxelles ? IN Le Vif

OPINION

Invité au grand oral de la RTBF et du Soir, Tariq Ramadan a pu exposer ses idées avec une certaine aisance. Il a poussé le culot jusqu'à inverser les rôles à un moment de l'interview. Un véritable coup de maître.


Tariq Ramadan © RTBF.be

Loin de moi l'idée de critiquer les deux journalistes, mais je souhaiterais pointer quelques occasions manquées de répliquer aux propos de Tariq Ramadan.

Lorsque Tariq Ramadan prétend "il ne peut pas y avoir de différences entre les citoyens dans les sociétés majoritairement musulmanes", nos journalistes auraient dû lui rappeler qu'il accepte d'être employé par les autorités du Qatar, pays où la constitution n'offre aucun autre choix à ses citoyens que l'islam et où les étrangers doivent s'abstenir d'afficher tout signe extérieur lié à une autre religion que l'islam.

Lorsque Tariq Ramadan critique l'Iran, l'Arabie Saoudite et leurs pétrodollars, nos journalistes auraient dû lui souffler que les gaz dollars du Qatar ont un autre effet sur lui.

Lorsque Tariq Ramadan se réfère à Sartre, nos journalistes auraient dû lui rappeler sa position scandaleuse d'estimer qu'être français se limite à une situation géographique et d'embrayer que justement lorsqu'on est français ou européen, c'est aussi être l'héritier d'oeuvres philosophiques marquant l'humanité tout comme les oeuvres religieuses.

Lorsque Tariq Ramadan met en relief les enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur le rôle particulièrement troublant et déstabilisant du Qatar qui, en alliance stratégique avec les Frères Musulmans, use de tous les instruments du soft power pour diffuser une idéologie visant à une politisation de la religion.

Lorsque Tariq Ramadan critique les bombardements français en Syrie, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur la Libye et le rôle financier et politique du Qatar dans ces interventions militaires.

Lorsque Tariq Ramadan dit que les Européens doivent avoir la décence d'accueillir les réfugiés, nos journalistes auraient dû lui rafraîchir la mémoire en citant le nombre de réfugiés déjà accueillis et lui poser la question du nombre de réfugiés accueillis par les pays arabes qui disposent des richesses inépuisables, avec à leur tête le Qatar, pays dont il semble devenir un ambassadeur de premier plan.

Lorsque Tariq Ramadan s'émeut que "lorsqu'on s'énerve à Paris, on ressent la nervosité à Bruxelles, malheureusement.", nos journalistes auraient dû lui rappeler que la nervosité se ressent dans le monde civilisé, dans son entièreté, par solidarité avec ce pays qui a offert au monde entier les lumières et dont la révolution constitue la source des démocraties occidentales.

Lorsque Tariq Ramadan affirme qu'il est interdit d'imposer le port du foulard à une femme et qu'il défendra toute femme qui se dit musulmane, mais qui ne souhaite pas porter un voile, nos journalistes auraient dû lui demander pourquoi il ne se saisit pas de sa proximité privilégiée avec les autorités qataries afin de diffuser, via leur instrument de propagande Aljazeera, ce message à l'aide d'une campagne de communication efficace et durable, comme cette chaîne sait le faire sur d'autres sujets tels que la couverture affichée ou dissimulée de l'idéologie des Frères Musulmans.

Lorsque Tariq Ramadan ose parler des pratiques de l'industrie du textile, nos journalistes auraient dû l'interpeller sur le statut des centaines de milliers de Philippins, Pakistanais, Bangladais et Indiens ainsi que sur les traitements inhumains que leur réserve le Qatar pour, notamment, s'offrir une coupe du monde achetée à coup de millions de gaz dollars.


 

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