lundi 8 février 2016

Un général français arrêté suite à une manifestation anti-migrants à Calais


L.Co, Le Soir avec AFP

L’extrême droite s’est insurgée de l’interpellation du général Christian Piquemal.

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Un général au cachot. Cinq personnes, dont le général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère, passeront ce lundi en comparution immédiate. Ils ont été interpellés samedi à Calais lors d’une manifestation anti-migrants, à l’appel du mouvement islamophobe Pegida. Le rassemblement était interdit par la préfecture.

Le général est désigné comme ayant eu «  le rôle principal  » dans cette manifestation, rapporte Le Monde. Il sera poursuivi pour «  participation à un attroupement qui ne s’est pas dissous après sommation  ». «  On sait bien que la manifestation a été interdite et que l’autorité de l’Etat a été défiée. Le général n’est pas venu à Calais pour faire de la figuration  », a lancé le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Valensi.


QUI EST CHRISTIAN PIQUEMAL ?


Christian Piquemal au rassemblement proche du mouvement Pegida, le 6 février à Calais. © AFP Philippe Huguen


 75 ans ; Général quatre étoiles de larmée française, il nest plus en service actif ; Christian Piquemal a occupé les fonctions suivantes : membre du cabinet militaire de trois premiers ministres (entre 1989 et 1992), commandant de la Légion étrangère entre 1994 et 1999 et président de l’Union nationale des parachutistes ; Christian Piquemal est décoré comme officier de la Légion dhonneur et commandeur de lordre national du Mérite.

Christian Piquemal figurait au premier rang de la manifestation de samedi. Le rassemblement a mal tourné. Vingt personnes en tout ont été interpellées.

L’extrême droite française s’est aussitôt insurgée contre l’arrestation du général. Notamment les députés du Front national Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

 

Comme le note Sud Ouest, Christian Piquemal a aussi été un proche du général Marcel Bigeard. Ancien résistant, militaire français vivant le plus décoré jusqu'à sa mort en 2010, il est accusé d'avoir pratiqué la torture pendant la guerre d'Algérie, ce qu'il a toujours nié.  Christian Piquemal anime aujourd'hui un blog ("Cercle des Citoyens-Patriotes"), où il avait appelé à participer à la manifestation du samedi 6 février Calais, une réunion "apolitique" selon lui. Sur ce blog, il évoque la théorie du "grand remplacement" et dénonce ce qu'il considère comme l'"idéologie bobocapitalomondialiste", "le déferlement migratoire", "la décadence de la France" et son "islamisation rampante et progressive".

C’est dire si l’arrestation du général FN quatre étoiles fait du remous sur la blogosphère de la droite extrême.

On comprend mieux, sous cet éclairage, combien la N-VA est soucieuse que le camp de Calais ne déborde vers la côte flamande, notamment à Zeebrugge où des campements sauvages commencent à s’organiser. Mot d’ordre donné par un gouverneur chrétien démocrate : «  ne pas nourrir les réfugiés », aussitôt corrigé par son président de parti prenant de grands airs en vierge chrétienne effarouchée

Ne pas voir que le fascisme de plus en plus s’installe dans les têtes c’est carrément faire l’autruche.

MG


 

CHRISTIAN PIQUEMAL, GÉNÉRAL DE RANCE

Par Jonathan Bouchet-Petersen — Libération

 

Il y a de la graine de putschiste chez ce général Piquemal, nostalgique du général Bigeard et arrêté samedi à Calais, mégaphone en main, alors qu’il fustigeait les gendarmes venus contenir et disperser un rassemblement de militants extrémistes antimigrants interdit par la préfecture. Une décision confirmée vendredi par la justice mais que le général et ses hommes, en grande partie issus de l’ultra droite, n’étaient pas décidés à respecter, certains traitant les gendarmes leur faisant face de «collabos». Piquemal l’a dit, il place ses «valeurs patriotiques» au-dessus des lois de la République, au nom de la «France éternelle» et contre la «décadence» de l’époque. Le refrain de la «résistance» a été entonné ce week-end par ses partisans, dans la fachosphère au sens large et jusqu’aux plus proches de Marine Le Pen. «En France, le patriotisme devient un délit : honneur au général !» a tweeté l’avocat et, rappelons-le, député Gilbert Collard. Agé de 75 ans, le général Piquemal, patron de la Légion étrangère de 1994 à 1999, a été interpellé samedi avec une vingtaine d’autres personnes parmi la centaine de participants à un rassemblement se tenant illégalement à l’appel de la groupusculaire branche française de Pegida. A quel titre le général Piquemal, de fait le leader de la mobilisation interdite, n’aurait-il pas été arrêté par les gendarmes chargés de faire respecter l’ordre ?

Alors que Piquemal et quatre autres personnes qui avaient, elles, des armes en leur possession (cutter, Taser, poing américain), seront présentés ce lundi à un juge en comparution immédiate (le général risque jusqu’à six mois ferme), l’extrême droite et une partie de la droite traditionaliste ont trouvé là un nouveau martyr de ce pouvoir socialiste scélérat par nature, cette «dictature PS». On repense aux défilés de la Manif pour tous, où étaient alors portées en étendard des «lois naturelles» jugées supérieures à celle de la République ouvrant aux homosexuels le droit au mariage et à l’adoption. Chaque fois, la même remise en cause de la légitimité du pouvoir institutionnel, a fortiori celui de François Hollande. Une haine qui a même conduit certains de ces «patriotes» à siffler le chef de l’Etat un 14 juillet sur les Champs-Elysées. Une faune qui trouve en Marion Maréchal-Le Pen bien davantage qu’en sa tante sa figure de proue institutionnelle et même son héroïne. Il faut dire qu’une députée affirmant «ne pas comprendre cette obsession pour la République» et craindre que celle-ci «n’efface la France», ce n’est pas si courant. Aux Etats-Unis, on imagine bien le général Piquemal voter Trump pour son rapport fascisant à la politique et sa haine revendiquée des immigrés. Une haine qu’il n’est pas glorieux, à Calais comme ailleurs, d’habiller des atours de la nostalgie ou d’un «patriotisme» alors dévoyé en ultra-nationalisme tendance ratonnade

 

 

Comme le rapporte Libération, Christian Piquemal avait animé, le matin précédant la manifestation, un meeting de "patriotes" près de Calais. A la tribune, il affirmait que "la gangrène a commencé avec le rapprochement familial" et s'en prenait aux familles "musulmanes et polygames".

L'ancien général avait par ailleurs expliqué sa présence à la manifestation anti-migrants à Boulevard Voltaire, que Libération qualifie de "site pilier de la fachosphère". Il justifiait la manifestation par le désir de "défendre la grandeur et l’identité de la France, menacée à Calais".

Peu avant son arrestation, Christian Piquemal critiquait encore les forces de l'ordre présentes en marge de la manifestation, accusant les policiers de s’en prendre à d'"honorables citoyens" et estimant qu'ils auraient dû "se mettre au garde à vous" alors que la Marseillaise était entonnée

"On sait bien que la manifestation a été interdite et que l'autorité de l'Etat a été défiée. Le général, il n'est pas venu à Calais pour faire de la figuration", a déclaré à l'AFP le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Valensi.

 

 

 

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