jeudi 31 mars 2016

Faut-il détester la Belgique ?


La Libre

FRANÇOIS BRABANT 


 Photos Tim Dirven/Reporters

Ratés de la lutte antiterroriste, critiques impitoyables de la presse étrangère, défilé de hooligans devant le mémorial aux victimes des attentats… La Belgique est-elle devenue haïssable ? "La Libre" se livre à une méditation sur l’identité du pays, nourrie par de multiples allers-retours à travers l’Histoire. Un Récit de François Brabant.

 

Tout cela a passé comme une ombre. Quarante-huit heures se sont écoulées depuis que des bombes à clous ont éclaboussé de mort les parois d’une station de métro, les dalles d’un aéroport si peu national, tant sont diverses les origines des corps gisants. Nous sommes le 24 mars. Deux jours après l’apocalypse, trois jours avant Pâques.

Tout cela a passé comme une ombre. Ce jeudi, la vie a déjà repris son cours obstiné. Au rez-de-chaussée de la gare de Namur, des adolescents rieurs s’agglutinent aux tables d’une multinationale du café. Ils boivent un white caffè mocha ou un caramel macchiato, comme à Seattle, dans des gobelets en carton marqués de leur prénom. La scène a les apparences de l’ordinaire, mais la détresse flotte, en surplomb. L’un des baristas, bras tatoués comme de juste, porte une vareuse des Diables Rouges. Une serveuse a revêtu un étrange habit de deuil : sous-pull noir, polo jaune et tablier rouge. On dirait le carnaval, un carnaval triste. C’est Jeudi saint, mais ça ressemble au Mardi Gras. C’était un mardi noir. C’est un jeudi noir-jaune-rouge. Comme dans les toiles de James Ensor, le rassemblement funèbre s’est teinté de burlesque. A Namur, la capitale de la Wallonie où la gare fait face à l’hôtel de Flandre, et partout ailleurs au plat pays.

LA DÉRISION D’UN PAYS DÉRISOIRE

Le soir des attentats, le président du CDH, Benoît Lutgen est venu sur les plateaux de télévision avec un costume sombre rehaussé d’un pin’s aux couleurs de la Belgique. La cocarde est sous ces latitudes si incongrue que le détail a aussitôt alerté le journaliste, qui lui a demandé pourquoi. Pourquoi ce drapeau ?

Les jours d’après ont vu la résurgence d’une belgitude de bazar. Place de la Bourse, les bouteilles de Westmalle, Chimay, Chouffe et Kasteel sont devenues des vases délicats, d’où jaillissent les fleurs en mémoire des victimes. Sur les réseaux sociaux, ont défilé en rang serré Tintin, Eddy Merckx, les frites,"Manneken Peace" , "L’union fait la farce" , "Make waffles not war"… A la terreur, les Belges opposent la dérision comme antidote. Serait-ce qu’ils habitent un pays dérisoire ? On se l’est demandé dès le surlendemain du drame, à la lecture de la presse étrangère, d’une rare dureté à l’égard d’un pays qui n’avait pas encore compté ses morts.

Ces morts, justement, ne le seraient peut-être pas si les autorités belges s’étaient montrées moins lâches, moins faibles, moins molles… Moins belges, en somme. Du moins est-ce la morale qu’en retiendra le lecteur anglais, français ou espagnol. En novembre dernier, après des attentats perpétrés à Paris par des individus au pedigree bruxellois, les médias internationaux s’étaient déchaînés. Un article de l’influent "Politico" avait fait sensation, dépeignant la Belgique comme "le plus prospère des Etats en faillite"un "failed state" , terme habituellement réservé, en anglais, à la Somalie ou à l’Afghanistan. L’article mentionnait une "culture de non-respect de la loi" . Il décrivait une contrée où les structures étatiques n’ont jamais pu se substituer aux anciennes allégeances locales, où l’autorité est partout défiée. Quatre mois plus tard, les morts de Bruxelles ont rejoint ceux de Paris, de Beyrouth, d’Ankara et d’ailleurs, et la presque totalité des médias internationaux ont repris l’antienne du "failed state" .


(Seraing, février 2003. Selon la presse étrangère, il règne en Belgique “une culture de non-respect de la loi”.)

BRUGES-LA-MORTE

"Tout cela a passé comme une ombre, comme une rumeur fugitive." Le verset du Livre de la Sagesse, aux tréfonds de l’Ancien Testament, aurait pu offrir une devise adéquate à la Belgique, territoire de l’éphémère, du clair-obscur, de faux-semblants, de trompe-l’œil, où rien n’est jamais figé. Cliché, dites-vous ? Assurément. Les grands écrivains belges du XIXe siècle en ont abondamment joué. Désireux de restituer en mots le génie de leur jeune nation, indépendante depuis 1830, Georges Rodenbach (auteur de "Bruges-la-Morte"), Emile Verhaeren (dont la poésie fut inspirée par un fort sentiment pacifiste) et Maurice Maeterlinck (prix Nobel de littérature en 1911) ont pris pour matériau ce qui leur semblait le plus typiquement belge : atmosphères de grisaille, villes enveloppées de brouillard, canaux se perdant dans l’horizon, routes inondées par la pluie. Au fil de leurs pages, s’étalaient des "paysages états d’âme", où la météo, humide, souvent maussade, exprimait des sentiments si familiers aux Belges. Ces auteurs, et d’autres à leur suite, ont forgé un imaginaire de la nuance, traversé par le manque de clarté. Leur démarche trahissait une volonté de se démarquer du grand voisin français, si cartésien. "Je crois qu’on retrouve chez les auteurs belges une fascination pour le clair-obscur, pour ce qui n’est pas net, pour le gris , expliquait il y a peu le romancier bruxellois Xavier Hanotte . On essaie de voir les deux côtés de la réalité, ce qui n’est pas nécessairement le cas des gens qui sont plus latins, ou qui sont plus raisonneurs, comme les Allemands."

UTOPIES TRANSNATIONALES

Dans ce pays à l’identité si floue, si peu encombrante, il est facile d’embrasser une utopie transnationaleCe n’est pas un hasard si tant d’anciens premiers ministres (Wilfried Maertens, Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Herman Van Rompuy…) ont connu après leur mandat une carrière de haut vol dans les institutions européennes. Qui est né à Bruxelles, Ostende, Charleroi ou Liège sait d’instinct toute la relativité des frontières.

Plus désagréable : la Belgique est l’Etat européen qui compte, proportionnellement à sa population, le plus de djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak. Un document de l’ICSR, centre d’étude de la radicalisation basé à Londres, évalue leur nombre à quarante par million d’habitants, loin devant le Danemark (27), la Suède (19), la France (18) et l’Autriche (17). La thèse mérite débat, mais toujours est-il que plusieurs chercheurs établissent un lien entre la faiblesse du projet national belge et l’attrait qu’exerce sur des jeunes déboussolés une utopie mortifère et universelle, le djihad. "Est-ce un complexe dans l’identité belge, avec un mélange entre Flamands et Wallons qui fait question ?" , interrogeait Gilles Kepel, en août 2015, sur la RTBF. Le politologue français, spécialiste de l’islam, observait que lors de la guerre d’Espagne les Belges avaient déjà fourni un fort contingent de brigadistes internationaux. De même, entre 1940 et 1945, un nombre relativement élevé de Wallons et de Flamands s’étaient enrôlés dans les unités nazies sur le front de l’Est.

UN BON ACCORD

Et pourtant, elle tient. Sans cesse rafistolée, toujours plus complexe, la maison Belgique a su jusqu’ici éviter l’effondrement, au prix d’arrangements laborieux. Premier ministre de 1991 à 1999, Jean-Luc Dehaene, peut-être le plus talentueux fomenteur de compromis que le pays ait engendré, considérait qu’un bon accord était celui dont personne ne savait au juste ce qu’il contenait, de sorte que tous les acteurs de la négociation pouvaient s’estimer vainqueurs. Le manque de clarté comme art de vivre, à nouveau.

Les "Mémoires d’un révolutionnaire" de Victor Serge, né à Bruxelles en 1890, fils d’exilés russes, comportent quelques pages prodigieuses sur les curiosités de l’esprit local. L’écrivain y raconte sa perplexité face à ce socialisme belge qui, vers 1910, accumule les succès électoraux. "Je ne sais trop pourquoi un certain M.B., conseiller communal, m’avait paru ‘quelqu’un’ . Je m’arrangeai pour le voir d’un peu plus près. Je trouvai un monsieur très gros qui se faisait bâtir sur un terrain avantageux une maison charmante dont il me montra aimablement les lavis. J’essayai vainement de l’attirer sur le terrain des idées : impossibilité totale !"

Bonhomie, passion de l’immobilier ("une brique dans le ventre"), inexistence d’un quelconque esprit de sérieux et indifférence au débat d’idées. Tout un pays est contenu dans ces quelques lignes.

(Putte, province d’Anvers, mai 2001. La Belgique ? Bonhomie, passion de l’immobilier, inexistence d’un quelconque esprit de sérieux et indifférence au débat d’idées.)


TARTE AU RIZ

Plus tard, en 1936, Victor Serge retrouvera la Belgique de son enfance, et sa chère pâtisserie Timmermans, place Communale à Ixelles. "Tant d’idées embrassées, tant de luttes, tant de sang versé, les guerres, les révolutions, nos martyrs dans les prisons - et rien ne changeait. Les bonnes tartes au riz à l’étalage du pâtissier attestaient une stupéfiante pérennité des choses !" Dans le quartier des Marolles, l’écrivain rencontre Emile Vandervelde. Le patron du Parti ouvrier belge lui dit ne guère apprécier "le style agressif" des communistes russes. Et lui lance cette mise en garde "Cette Belgique heureuse que vous voyez est une véritable oasis entourée de dangers, d’immenses dangers."

Nous sommes quatre-vingts ans plus tard. D’autres dangers menacent. La Belgique, de toute façon, a déjà cessé d’être une oasis.

Des kamikazes se font sauter dans le métro bruxellois. Nos F-16 bombardent l’Irak. Des amoureux de la mort, scolarisés à Verviers, Anvers ou Molenbeek, se couchent sur la terre de Syrie, en rêvant de ce moment où une rafale de Kalachnikov viendra les anéantir. Alors, est-on en guerre ou ne l’est-on pas ?

RAVAGES DE LA VIOLENCE

Tout ce que la guerre peut infliger comme douleur, notre pays ne le sait que trop bien. Les mentalités d’ici ont été façonnées par les ravages de la violence, qui ont pris entre 1914 et 1918 des proportions insensées. Rien que dans les deux premiers mois du conflit, on dénombra 10 000 victimes civiles. A Dinant, Visé, Andenne, Aarschot, Louvain…, les Allemands semèrent la terreur pour forcer la Belgique à capituler. De ce traumatisme naîtra un sentiment pacifiste ancré dans la société belge comme nulle part ailleurs en Europe.

Mais le traumatisme, en réalité, puise ses racines plus loin encore. Depuis le XIVe siècle, la Belgique constitue le champ de bataille favori des grandes puissances. Le général de Gaulle appelait "la grande allée" ce théâtre de toutes les boucheries, s’étalant de la mer du Nord jusqu’au Rhin"Nous ne sommes pas un peuple d’envahisseurs, mais un peuple d’envahis" , souligne Piet Chielens , le coordinateur du musée In Flanders Fields, à Ypres. "Nous étions les Latins - si Latins nous étions - les plus septentrionaux de l’Europe , a écrit dans l’un de ses livres l’ancien ministre socialiste Alain Van der Biest. Nous vivions dans un petit coin, un petit triangle , enfoncé entre la France, la Hollande et l’Allemagne : le triangle des invasions où, de tout temps, ont défilé les hordes violentes ou pacifiques."

Alors, quand les médias anglais, français ou allemands ciblent la Belgique pour la faiblesse de son Etat, ils pourraient ajouter que si l’Etat belge est faible, ce n’est pas en raison de la débilité des cerveaux de ce pays. C’est le produit d’une histoire. Une histoire extrêmement violente, celle d’une population transbahutée au fil des siècles de joug espagnol en domination autrichienne, de suprématie française en tutelle néerlandaise. On peut concevoir qu’elle en ait gardé une méfiance viscérale pour les démonstrations de force de quelque autorité que ce soit. L’essayiste Geert Van Istendael parle à ce sujet d’un "anarchisme petit-bourgeois" . Sous les dehors du conformisme, les Belges cachent un esprit de rébellion qui tient à la fois de l’égoïsme ( "Je fais ce que je veux, le reste, je m’en fous" ) et de la modestie obligatoire ( "Pour qui il se prend, celui-là ?" ).

(Wavre, 2002. “Nous vivons dans un petit triangle, entre la France, la Hollande et l’Allemagne, où de tout temps ont défilé les hordes violentes”, a écrit l’ex-ministre Alain Van Der Biest)


Ce particularisme désarçonne souvent les expatriés installés dans la capitale de l’Europe. La plupart partagent l’impression d’un pays relax, accueillant, mais où règne la désinvolture. Luka Rogic, un interprète slovène confiait, il y a peu, à "La Libre" son sentiment sur sa vie à Bruxelles :"L’autorité est si peu présente qu’on a l’impression de pouvoir faire à peu près ce qu’on veut, tant qu’on ne dérange pas trop de monde." Nicholas Brookes, un Franco-Britannique vivant depuis dix ans à Bruxelles, évoquait pour sa part "une nonchalance généralisée" . "C’est aussi ce qui rend les Belges très sympathiques. J’ai réussi à négocier une amende avec un policier parce que j’avais brûlé un feu rouge à vélo. J’en ai été quitte pour un sermon : faites attention la prochaine fois ! Ce serait impensable en France ou en Angleterre. Par contre, ce qui m’agace chez les Belges, c’est une difficulté à assumer ses responsabilités. Comme rien n’est jamais très clair, c’est souvent la faute de personne."

DES HÉROS SI DISCRETS

La guerre, encore ? Entre 1940 et 1945, il y eut comme ailleurs des salauds et des héros. En Belgique, cependant, au lieu de répudier les premiers et de glorifier les seconds, la mémoire nationale a préféré les noyer tous dans le brouillard de l’amnésie. Résultat : pas un écolier sur mille n’est en mesure de citer le nom d’un seul résistant.

En ces années de mort, pourtant, un courage ordinaire s’est manifesté au pays de Rubens. Nulle part ailleurs en Europe occupée, sauf au Danemark, la population ne s’est opposée aux déportations antisémites avec autant d’efficacité qu’en Belgique : 55 % des juifs ont survécu à la guerre, pour 25 % à peine aux Pays-Bas. "Il ne faut pas s’attendre à de courageuses déclarations ou à une grève générale. Il s’agit d’un combat modeste, secret du système D , relate Geert Van Istendael dans son ouvrage: "Le Labyrinthe belge" . Nous ne sommes ni plus ni moins racistes que d’autres pays. En Belgique, comme partout ailleurs, des juifs ont été trahis ou dénoncés. Mais aucun Belge ne fait confiance à l’autorité, et certainement pas à une autorité chaussée de bottes de cuir. Personne n’est aussi roublard quand il s’agit d’esquiver les règlements que les Belges. Personne n’improvise avec autant de génie." L’obéissance des Belges était si peu claire, leurs actes de bravoure si nébuleux, que les nazis y perdirent souvent tout repère.

"Tout cela a passé comme une ombre." La phrase a donné son titre aux Mémoires d’André de Staercke. Chef de cabinet du Premier ministre Hubert Pierlot, en exil à Londres de 1942 à 1944, celui-ci fait partie de ces hommes et femmes de courage dont le nom reste superbement ignoré des Belges. Dans ses souvenirs consacrés à la Seconde Guerre mondiale, l’auteur se montre impitoyable sur la faillite des autorités, au plus haut niveau du Royaume. Mais à leur décharge, André de Staercke note ceci : "Les temps étaient injustes. Ils exigeaient trop des hommes. Dans une période ordinaire et calme, ceux qui détiennent le pouvoir vivent sur l’illusion de leur valeur. Dans les époques troublées, cette illusion est la cause de leur chute." Le commentaire devrait offrir aux éminences de la Belgique contemporaine - le Premier ministre en tête - une intense source de méditation.



 

COMMENTIRE DE DIVERCITY

BELGITUDE ET EUROPITUDE


Dans ce pays à l’identité si floue, si peu encombrante, il est facile d’embrasser une utopie transnationale.

Les événements atroces qui nous endeuillent, nous incitent à réfléchir à notre belgitude, un mot vague à connotation relativement négative-comme négritude-que nous utilisons toujours avec quelque réticenceSans doute le Bruxellois se sent-il de plus en plus un étranger en Flandre comme en Wallonie, du reste, sans doute se réfugie-t-il dans son humour-dérision qui rappelle celui des juifs qui comme nous autres Bruxellois vivent dans une sorte de perpétuelle incertitude. Bruxelles capitale de l’imprévisible,de l’incertitude, mais aussi de l’Europitude.

Bruxelles cosmopolite, Bruxelles métissée depuis la nuit des temps, bousculée par les invasions successives, violée mais fécondée par le sac et le ressac des occupations, Bruxelles plurielle, microcosme du vieux continent ; capitale incertaine d’une Belgique prototype de l’Europe.

Bruxelles a mal à la Belgique et plus encore, elle a mal à l’Europe. L’Europe qui, comme elle, se délite, se désarticule, s’évapore dans l’indifférence générale. Sans cesse rafistolée, toujours plus complexe, la maison Belgique a su jusqu’ici éviter l’effondrement, au prix d’arrangements laborieux, comme la maison Europe.

"Cette Belgique heureuse que vous voyez est une véritable oasis entourée de dangers, d’immenses dangers."

Rien de nouveau sous le soleil, il en fut toujours ainsi. La terre Belgique, transculturelle par héritage et par vocation fut, de tout temps, foulée par la soldatesque romaine, mérovingienne,  les drakkars vikings, la furie espagnole, l’ingérence autrichienne, l’occupation française, hollandaise, teutonne. 

La Belgique depuis tant de siècles est le champ de bataille de l’Europe une sorte d’enjeu permanent des conquérants Européens. Mais : la Belgique est l’Etat européen qui compte, proportionnellement à sa population, le plus de djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak.

Y aurait-il vraiment un lien entre la faiblesse du projet national belge et l’attrait qu’exerce sur des jeunes déboussolés une utopie mortifère et universelle, le djihad. "Est-ce un complexe dans l’identité belge, avec un mélange entre Flamands et Wallons qui fait question ?"  Au vrai, il n’existe pas, à proprement parler, de projet national belge, c’est ce qui fait des Belges des Européens par défaut, des Européens malgré eux. Comment peut-on être belge ? Ce n’est pas un hasard si tant d’anciens premiers ministres (Wilfried Maertens, Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Herman Van Rompuy…) ont connu après leur mandat une carrière de haut vol dans les institutions européennes.

Si la Belgique est une invention européenne et principalement anglaise, en revanche on pourrait parfaitement imaginer que l’Europe soit une production belge, engendrée, pour ainsi dire par clonage ou par parthénogénèse.

Toute médaille a son revers : Ce qui m’agace chez les Belges, c’est une difficulté à assumer ses responsabilités. Comme rien n’est jamais très clair, c’est souvent la faute de personne.

Si ce n’est jamais la faute à personne peut-être est-ce celle de l’Europe ?

Les deux destins, celui de la petite Belgique et celui de la grande Europe sont étroitement liés. L’Europe survivra-t-elle à la Belgique ou la Belgique à l’Europe ?

C’est une question que nous devons aujourd’hui nous poser,"nous qui ne sommes pas un peuple d’envahisseurs, mais un peuple d’envahis"

FAUT-IL DETESTER L’EUROPE ?

Les Anglais, les Hongrois, les Polonais, les sceptiques, les populistes les nationalistes, les frontistes, les souverainistes vous diront que oui et ils feront assaut d’arguments pour vous expliquer que tous les maux nous viennent de cette Europe de technocrates arrogants qui nous imposent des directives et des ingérences à tous les niveaux de pouvoir. Ces gens de mauvaise foi s’obstinent à ne pas comprendre qu’ils ne résoudront rien par le souverainisme et l’autarcie nationaliste. Bien au contraire, tout, aujourd’hui, exige les rassemblements de peuples autour d’un projet, d’une idée, d’un dessein, d’une vision, d’un rêve. Pourquoi renoncer maintenant au rêve européen ? Mais il se pourrait bien que par une ruse de l’imprévisible, si cher à Edgar Morin, le terrorisme islamiste refonde le projet européen comme autrefois la menace soviétique. Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve, dit Hölderlin dans un vers célèbre souvent cité par le prophète de la complexité.

MG

mercredi 30 mars 2016

Hooligans à la Bourse: les casseurs belges inspirés par l’Allemagne?

Jean-Claude Matgen  La Libre Belgique

Qui sont les hooligans qui ont convergé vers la place de la Bourse, dimanche, ont déroulé un calicot portant le slogan "Casual hooligans against terrorism" et se sont distingués par des chants racistes et fascisants ?

DES SUPPORTERS

Ce sont des groupes de supporters, généralement ennemis, provenant de plusieurs clubs. Le noyau dur le mieux représenté serait celui du Sporting d’Anderlecht suivi, dans l’ordre, par ceux de Bruges, de la Gantoise, de l’Antwerp, du Beerschot, du Standard, de Charleroi, de Saint-Trond, de Genk, du FC Liège, du RWDM, de La Louvière et d’Eupen.

A entendre certains, seule une minorité aurait adopté une attitude violente et raciste. Le groupe aurait revêtu une tenue sombre en signe de deuil et la majorité n’aurait eu aucune volonté islamophobe. Reste que l’impression que ces 450 énergumènes ont laissée a été désastreuse et que plusieurs citoyens rassemblés pacifiquement place de la Bourse ont été molestés.

LES ALLEMANDS D’HOGESA

Dans l’état actuel des choses, il semble toutefois difficile d’établir une comparaison entre ces hooligans (qui veulent se revoir la semaine prochaine à Molenbeek) et le groupe Hooligans contre salafistes (HoGeSa) qui a été créée à l’été 2014, en Allemagne.

Ce mouvement regroupe des militants d’extrême droite et des supporters plus ou moins apolitiques mais aimant la castagne. Pour plusieurs observateurs, la lutte contre le salafisme ne serait pour eux qu’un prétexte, une manière d’essayer de s’attirer la sympathie d’une partie de l’opinion publique allemande.(…)

RECUL AVANT RECRUDESCENCE

En Belgique, le profil des hooligans a profondément changé. Pour Manu Comeron, administrateur de l’ASBL "Fan Coaching" de l’ULg, du temps de la catastrophe du Heysel, en 1985, et pendant les années 90, ce fut le règne des "sides" composés d’éléments très violents, avides de se battre contre leurs ennemis jurés dans le stade ou à proximité. Aujourd’hui, le mouvement est devenu plus organisé. Avec le développement des réseaux sociaux, l’arrivée des GSM et d’Internet, les casseurs se donnent le plus souvent rendez-vous en des lieux éloignés, en dehors même des jours de match.

Pour autant, le sociologue liégeois relève qu’on assiste à une augmentation des faits de "hooliganisme" depuis cinq ans. Ce ne sont plus des batailles rangées ou des affrontements sanglants entre fans et forces de l’ordre mais des échauffourées rapides aux abords des stades ou sur le chemin qui y mène (aire d’autoroute, gares, etc.). Le pire incident de ces derniers mois s’est produit lors de la finale de la Coupe de Belgique 2015, entre le FC Bruges et le RSC Anderlecht.

Pour le reste, dans certains stades flamands, le racisme anti-noir et anti-wallon s’exprime chaque semaine. Il suffit qu’un joueur de couleur touche le ballon pour que quelques centaines d’imbéciles lancent des cris de singe ou qu’une équipe du sud vienne jouer pour qu’on entende monter des tribunes des chants du style "les Wallons, c’est du caca" .




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CASSER L’IMAGE DE BRUXELLES


L’antagonisme viscéral qui oppose l’actuel bourgmestre de Bruxelles à l’actuel ministre de l’intérieur de signature N-VA est légendaire. Yvan Mayeur n’a certes pas la rondeur et la souplesse de son prédécesseur qui savait, en toutes circonstances, arrondir les angles et apaiser les conflits. Mayeur, c’est l’inverse, il s’épanouit dans la polémique et dans l’adversité. Tous les prétextes sont bons pour en découdre avec les représentants du parti nationaliste flamand au pouvoir. Il est vrai que les 400 ou 450 hurluberlus fascisants vêtus de noir, alcoolisés et particulièrement agressifs (saluts nazis et slogans xénophobes) lui ont fourni un alibi en or pour cracher sa bile. Il n’est pas possible qu’Yvan Mayeur n’ait  appris que la veille la venue des hooligans à la Bourse.  La DH écrit "Il apparaît clairement qu’Yvan Mayeur a été informé bien avant, à l’instar de tous ses collègues bourgmestres qui sont les seuls compétents dans ce genre de situation. C’est à lui de réagir. Lui et lui seul aurait dû donner l’ordre d’interdire à ces personnes de sortir du train !" Et le journal flamand de Standaard exige la démission du mayeur tonitruant.

C’est ajouter une polémique au drame et faire vraiment peu de cas du chagrin des familles et des belges en général.

Ce qui est sûr, c’est que ces 400 ou 450 enragés ont contribué immanquablement à détériorer un peu plus l’image de notre ville.

Ce qui est certain c’est que cette démarche lamentable ne saurait déplaire à tous ceux qui sont déterminés à salir la réputation de Bruxelles, ce qui n’est certainement pas pour déplaire à la métropole anversoise concurrente et surtout à son bourgmestre Bart De Wever.

MG




HOOLIGANS À LA BOURSE: LE GROS MENSONGE D’YVAN MAYEUR

LA DH N. BEN, N. G ET M. L

Le bourgmestre de Bruxelles a claironné qu’il avait été averti la veille. Un mail prouve qu’il savait déjà le vendredi matin…

Pas une journée depuis les attentats sans que la Belgique ne s’offre une nouvelle polémique, sous les yeux du monde entier qui plus est. La dernière en date a trait aux débordements liés à la manifestation organisée par douze groupes de hooligans, sur la place de la Bourse. Venu s’expliquer sur les plateaux télévisés ce week-end, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles a lourdement chargé le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), l’accusant à plusieurs reprises de mensonges.

Il n’a pas non plus égratigné son homologue de Vilvorde, le bourgmestre SP.A Hans Bonte. Ce dernier s’est défendu benoîtement. Avait-il le choix de les laisser partir vers Bruxelles ? Il est néanmoins certain que les 40 policiers présents à Vilvorde n’auraient pas pu faire grand-chose face aux 500 hooligans… De ceci, Yvan Mayeur n’en a pas pipé mot.

Ce n’est pas son seul oubli du week-end. Car l’auteur du plus gros mensonge du week-end, c’est lui : Yvan Mayeur, bourgmestre PS de la capitale du pays ! "J’ai appris la veille (samedi, NdlR) qu’il y avait un risque avec ces manifestants. Nous ne savions pas spécialement que le groupe allait se diriger vers la Bourse", nous a-t-il déclaré hier, confirmant ses propos tenus la veille un peu partout en télé. "Selon les informations données par la Sûreté de l’État, leurs intentions étaient plutôt de casser dans les quartiers. Dès l’arrivée des extrémistes à la gare du Nord, ils ont été encadrés par la police. Mais il y avait seulement moyen de les canaliser, pas de les arrêter car ils étaient extrêmement nombreux. Le gros des forces se trouvait aux alentours de la Bourse car, comme je l’ai déjà évoqué, il y avait une menace sur la Bourse qui était toute autre que ces manifestants. Il fallait surtout agir en amont et ne pas laisser ces fauteurs de troubles venir à Bruxelles. Mais le bourgmestre de Vilvorde, Hans Bonte, n’a rien fait, tout comme le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, qui pouvait agir via la police des chemins de fer dans le train."

Un document nous prouve le contraire. Le vendredi 25 à 11 h 15, un mail est envoyé à quasi toutes les zones de police de la région bruxelloise, dont celle dirigée par Yvan Mayeur. Ce mail annonce le rassemblement d’un groupe de supporters à risque (lire document ci-dessous), le dimanche 27 mars au mémorial de la Bourse. Ce mail précise encore que, d’après divers réseaux sociaux, ces hooligans viennent des clubs, entre autres, du RSCA, de Bruges, du RWDM, de l’Antwerp, etc. et qu’ils partiront de la gare de Vilvorde. Difficile d’être plus clair. Difficile de croire, enfin, que le bourgmestre de Bruxelles et chef du collège de police n’en a pas eu connaissance…

Pour le président du Syndicat de police SLFP Vincent Gilles, il n’est pas possible qu’Yvan Mayeur n’ait appris que la veille de la venue des hooligans à la Bourse. "Il apparaît clairement qu’Yvan Mayeur a été informé bien avant, à l’instar de tous ses collègues bourgmestres qui sont les seuls compétents dans ce genre de situation. C’est à lui de réagir. Lui et lui seul aurait dû donner l’ordre d’interdire à ces personnes de sortir du train !"



ALS MAYEUR LIEGT, MOET HIJ ONTSLAG NEMEN’

De Standaard 

 

Foto: AP

 

Dat zegt vakbondssecretaris Jan Adam van ACV Politie in een reactie op de verklaringen van de Brusselse burgemeester na de extreemrechtse betoging zondag aan het Beursplein in Brussel. De andere politiebonden blijven voorzichtiger en eisen van de betrokken politici ‘een meer volwassen houding’.

In een interview met France Inter haalde de Brusselse burgemeester ook hard uit naar de minister van Binnenlandse Zaken. ‘Jan Jambon staat politiek dicht bij de hooligans’, citeert De Tijd hem. ‘De fout voor het incident ligt bij hem. Hij heeft het laten gebeuren. Dit is een vuil politiek spel.’ Mayeur verklaarde ook nog dat hij ‘gewoon niet genoeg manschappen had om te verhinderen dat de hooligans in Brussel afstapten’.

De uithaal van Mayeur komt er nadat Jambon op zijn beurt hard had uitgehaald naar de Brusselse burgemeester in de Franstalige krant La Dernière Heure.


TOUS ENSEMBLE (BEHALVE N-VA)

Marc Van Ranst is viroloog en activist 



Op het Beursplein moest een vreedzame wake plaatsvinden. Toen arriveerden de hooligans. ©Stefaan Temmerman


  

Marc Van Ranst. ©rv

Op paaszaterdag verzochten binnenlandminister Jan Jambon (N-VA) en Brussels burgemeester Yvan Mayeur (PS) de burgers dringend en dwingend om hun 'Mars tegen de angst' wegens angst voor de veiligheid een paar weken uit te stellen. Want alle agenten waren nodig om loslopende terroristen te vangen. Dat klonk redelijk, en de geplande manifestatie werd afgelast tot na de paasvakantie. 

Op dat moment wist Binnenlandse Zaken al dat op paaszondag een betoging zou plaatsvinden van hooligans van eersteklasseclubs. In plaats van elkaar de kop in te slaan, zouden zij graag 'tous ensemble' vreedzaam hun afkeer van terrorisme en geweld uiten. De overheid besliste dat de hooliganmanifestatie, in tegenstelling tot de 'Mars tegen de angst', wel gedoogd zou worden. Wat zou er in hemelsnaam mis kunnen lopen met een betoging van een breiclubje vredelievende hooligans?

Op zondagmiddag verzamelden 450 hooligans met zwarte jekkers, zwarte bivakmutsen en zwartleren handschoenen in Vilvoorde. Vanuit Vilvoorde ging de korte treinrit naar Brussel-Noord, en dan was het slechts een met Cara-pils overgoten en door de politie geescorteerd wandelingetje van 20 minuutjes naar het Beursplein. Onder dekking van een salvo racistische leuzen, bierblikjes en voetzoekers chargeerden de hooligans de trappen van het Beursgebouw, en duwden ze de vredelievende multiculturele kaarsjesbranders weg. Enkele hooligans bleken de zwaartekrachtrekening voor hun rechterarm niet betaald te hebben, en deze leek dan ook 'automatisch' Hitlergroet-gewijs de lucht in te gaan. Pas daarna arriveerde de oproerpolitie, en werden de huilende heethoofden met het waterkanon teruggespoeld naar het Noord-station.

ALS LINKS SOMS TE VOORZICHTIG IS OM KRITIEK TE GEVEN OP ISLAMEXTREMISME, IS (EXTREEM)RECHTS EVENZEER TE VOORZICHTIG MET KRITIEK OP RACISME EN HAAT

Burgemeester Mayeur reageerde verontwaardigd: "Ik stel vast dat dit crapuul onze rouwende mensen komt provoceren. Hoewel we gisteren al gewaarschuwd werden, ondernamen de burgemeester van Vilvoorde en Jambon niets om hun komst naar Brussel te voorkomen. Ik wil in ieder geval een reactie van de federale regering!"

Premier Charles Michel (MR) keurde de ontsporingen met klem af. De partijvoorzitters veroordeelden zondagnamiddag unisono de rellen op het Beursplein. Alle Belgische partijen dus, behalve Vlaams Belang en N-VA. Bij Vlaams Belang hoorde men niets van voorzitter Tom Van Grieken. N-VA 'zag de meerwaarde niet' om een gezamenlijke mededeling te onderschrijven. N-VA vond het 'een fout perspectief' en 'verkoos de hooligans geen aandacht te schenken', en daardoor zelf de aandacht te trekken. Een vintage BDW-trucje, die aldus een bot gooide naar zijn extreemrechts electoraat.

De houding van N-VA is merkwaardig. Een paar dagen geleden vond Geert Bourgeois nog dat de media de flessen gooiende jongeren in Molenbeek op tv hadden moeten brengen. Waarom vindt Bart De Wever dan nu dat de hooligans in Brussel niet te veel aandacht moeten krijgen? Als links soms te voorzichtig is om kritiek te geven op islamextremisme, is (extreem)rechts evenzeer te voorzichtig met kritiek op racisme en haat.

The Financial Times kopte gisteren: "Brussels peace rally disrupted by the far right". Le Monde stelde: "Hommage troublé par les hooligans à Bruxelles". CNN bracht live verslaggeving vanop het Beursplein onder de titel "Nazi salutes disrupt Brussels memorial". De Vlaamse kijker wist op dat moment nog van niets. Die kon ondertussen op VRT enkel kijken naar de benen van Koeznetsov in Gent-Wevelgem...

De internationale reputatieschade loopt alweer op, en België wordt nog maar eens 'a failed state' genoemd. Deze regering had voldoende verantwoordelijkheidszin of gezond verstand moeten hebben om de hooliganmanifestatie niet te faciliteren. N-VA gaat hier niet vrijuit. Ook al denken zij momenteel nog van wel.

 

 

Edouard Delruelle: «Il est urgent de construire un islam de Belgique»

Le Soir

M. C. (st)

Le philosophe et ancien directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a répondu à vos questions concernant le vivre ensemble et l’ « après attentat ».

                                                                     

 Edouard Delruelle

Lors d’un chat organisé ce matin sur le site internet du Soir, Edouard Delruelle, professeur de philosophie et ancien directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, a répondu aux questions des lecteurs du Soir par rapport aux attentats qui ont touché Bruxelles.

Beaucoup ont remarqué la différence de réactions post-attentats entre la France et la Belgique. « Les attentats de Bruxelles arrivent après ceux de Paris, qui a en quelque sorte posé la « symbolique ». Historiquement, Paris a toujours été une ville de manifestations et même de révolutions. Et en Belgique, il y a tout de même eu des initiatives, il est vrai plus modestes… C’est la Belgique… »explique Edouard Delruelle.

CES PSEUDO-MESURES N’APPORTENT RIEN À LA POPULATION

Des mesures de sécurité ont également été mises en œuvre, passant du niveau 3 au niveau 4, pour revenir à 3 en seulement trois jours. « On a très mal géré ces histoires de niveau 4 ou 3 » affirme le philosophe. « Fermeture précipitée d’écoles, annonces contradictoires (niveau 3 mais mesures de niveau 4). Et puis qu’est-ce que ces chiffres signifient ? Peut-on vraiment objectiver une menace ? Quel rapport entre celle-ci, « objective » et le sentiment d’insécurité, « subjectif » ? Dans les autres pays, ils n’ont pas ces pseudo-mesures qui, à mon sens, n’apportent rien à la population… ».

Depuis les attentats, le racisme semble plus que présent et les événements de ce week-end durant lesquelles des hooligans ont tenu à se faire entendre ne sont pas là pour le démentir. « La parole raciste se libère, les actes (discriminations, agressions) aussi. Et c’est en tous sens… Mais le racisme a toujours été là, non pas comme un vieux démon mais comme une composante structurelle des sociétés modernes depuis des siècles. Les barrages que nous y mettons ne sont que de fragiles parapets. »

Cependant, Edouard Delruelle voit une solution : « Pour contrer le racisme, les leçons de morale comptent peu, il n’y a qu’une vraie cohésion sociale, un « grand récit » collectif qui donne le sentiment aux gens que « demain sera meilleur », qui puisse détourner le grand nombre d’entre eux du racisme. On ne peut vaincre les passions tristes (le racisme est une passion triste) qu’avec des passions joyeuses ».

IL FAUT DONNER AUX IMMIGRÉS LEUR PLACE DANS LA SOCIÉTÉ

Samedi, le philosophe belge s’était exprimé dans le journal Le Soir en affirmant qu’il faut « donner aux populations immigrées une place qu’elles n’ont pas dans la société aujourd’hui ». Ces propos font peur à certains internautes, mais il a tenu à s’expliquer : « Il faut sortir de l’opposition entre « laïcisme » et « multiculturalisme ». Donc il faut donner aux immigrés toute leur place dans la société (= reconnaissance), mais il faut aussi de la neutralité, affirmer le primat de la loi étatique sur les religions. Il faut les deux. C’est pourquoi je suis pour qu’on aide un islam de Belgique, mais aussi (par exemple) pour l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique ».

Une question reste pourtant sur les lèvres de tous les Belges : comment vivre avec cette menace ? Le professeur y répond avec philosophie : « Nous nous sommes habitués à vivre avec le risque d’être tués sur la route ; nous devrons nous habituer à celui-ci… L’être humain a une énorme faculté d’adaptation – heureusement et hélas… ».

Pour conclure, l’homme de 53 ans reste optimiste : « Je crois que nous vivons des heures sombres, et que la seule façon de les traverser est l’intelligence collective. La tentation est au contraire le « chacun pour soi » (comme on le voit avec la question des réfugiés), le « sauve-qui-peut » (qui peuvent ? les plus forts). Le racisme, c’est un peu ça aussi. Alors que face à n’importe quelle difficulté, l’intelligence collective est capable de trouver des solutions. Y arriverons-nous ? « Pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté », disait Gramsci… ».

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MOBILISER L’INTELLIGENCE COLLECTIVE


Depuis les attentats, le racisme semble plus que présent et les événements de ce week-end durant lesquelles des hooligans ont tenu à se faire entendre ne sont pas là pour le démentir. « La parole raciste se libère, les actes (discriminations, agressions) aussi. Et c’est en tous sens… Mais le racisme a toujours été là, non pas comme un vieux démon mais comme une composante structurelle des sociétés modernes depuis des siècles. Les barrages que nous y mettons ne sont que de fragiles parapets. »

Cependant, Edouard Delruelle voit une solution : « Pour contrer le racisme, les leçons de morale comptent peu, il n’y a qu’une vraie cohésion sociale, un « grand récit » collectif qui donne le sentiment aux gens que « demain sera meilleur », qui puisse détourner le grand nombre d’entre eux du racisme. On ne peut vaincre les passions tristes (le racisme est une passion triste) qu’avec des passions joyeuses ».

IL FAUT DONNER AUX IMMIGRÉS LEUR PLACE DANS LA SOCIÉTÉ

« Donner aux populations immigrées une place qu’elles n’ont pas dans la société aujourd’hui. »

Une place, sa place dans la société, cela se conquiert de haute lutte, cela ne se donne pas. C’est ce qu’ont compris au fil des décennies les immigrés venus de Pologne, d’Italie (ils nous ont même fourni un premier ministre), d’Espagne (ils ont fourni à la France le sien), de Flandre (du temps de charbonnages et de la sidérurgie wallonne), qui ont su habilement conquérir la leur.  C’est ce qu’ont compris, surtout, les juifs de la diaspora qui sont désormais dans nos sociétés comme des poissons dans l’eau. C’est une évidence, les musulmans ont beaucoup à apprendre de l’adaptabilité et de la résilience sémite. Mais qu’ils sachent que dans les communautés hébraïques, l’intégration voire l’assimilation(Finkielkraut) passe nécessairement par l’école et surtout par la réussite scolaire. Cela, curieusement, seules les jeunes filles musulmanes semblent l’avoir bien compris.  

 

Mais aussi de la neutralité : affirmer le primat de la loi étatique sur les religions. Il faut les deux. C’est pourquoi je suis pour qu’on aide un islam de Belgique, mais aussi (par exemple) pour l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique ».

 

Plus que jamais et surtout avec la montée d’un islam salafiste, traditionaliste et partisans de la charia c’est-à-dire du non-respect de la séparation entre la mosquée État, ceci doit être rappelé avec force et insistance. Il est devenu urgent de combattre cette forme d’islam réactionnaire importé massivement d’Arabie Saoudite par des imams qui ne savent rien et qui veulent tout ignorer de notre système démocratique. Pas de signes convictionnels donc dans l’espace public.

 

Comment vivre avec la menace terroriste ? « Nous nous sommes habitués à vivre avec le risque d’être tués sur la route ; nous devrons nous habituer à celui-ci… L’être humain a une énorme faculté d’adaptation – heureusement et hélas… ».

Cette réponse n’est pas digne d’un philosophe, c’est une réponse de sophiste qui ne saurait convaincre personne. On ne se résigne pas au terrorisme, on le combat avec détermination, toutes les armes disponibles et de préférence à l’échelle européenne. Et l’une d’entre elles, convenons-en, c’est bien évidemment l’école de qui on est en droit d’attendre qu’elle forme des citoyens armés d’un esprit critique capable de leur faire résister aux tentations barbares et totalitaires. La carte blanche du professeur de religion de l’école de la Sainte-Famille à Schaerbeek que nous analyserons dans un prochain commentaire montre que ce n’est pas vraiment simple.

Mobiliser l’intelligence collective. La tentation est au contraire le repli identitaire, communautariste, inspiré par une pensée triste qui raisonne en fonction d’appartenance à des groupes, un autre mot pour dire nationalisme.

Bien sûr qu’il faut envisager de créer un islam de Belgique ou plus exactement d’Europe et ne plus se contenter de laisser se développer de manière anarchique l’islam en Europe. C’est un défi à dimension européenne. On évoque cela volontiers et très souvent sur ce blog mais on ne dit jamais comment penser cet islam de Belgique, comment, surtout, former les imams qui demain devront le dispenser. C’est une question fondamentale à laquelle personne ne semble vouloir s’atteler sérieusement. C’est pourtant la pierre angulaire de la bonne intégration des musulmans et des musulmanes dans notre société démocratique.

MG