jeudi 31 mars 2016

Faut-il détester la Belgique ?


La Libre

FRANÇOIS BRABANT 


 Photos Tim Dirven/Reporters

Ratés de la lutte antiterroriste, critiques impitoyables de la presse étrangère, défilé de hooligans devant le mémorial aux victimes des attentats… La Belgique est-elle devenue haïssable ? "La Libre" se livre à une méditation sur l’identité du pays, nourrie par de multiples allers-retours à travers l’Histoire. Un Récit de François Brabant.

 

Tout cela a passé comme une ombre. Quarante-huit heures se sont écoulées depuis que des bombes à clous ont éclaboussé de mort les parois d’une station de métro, les dalles d’un aéroport si peu national, tant sont diverses les origines des corps gisants. Nous sommes le 24 mars. Deux jours après l’apocalypse, trois jours avant Pâques.

Tout cela a passé comme une ombre. Ce jeudi, la vie a déjà repris son cours obstiné. Au rez-de-chaussée de la gare de Namur, des adolescents rieurs s’agglutinent aux tables d’une multinationale du café. Ils boivent un white caffè mocha ou un caramel macchiato, comme à Seattle, dans des gobelets en carton marqués de leur prénom. La scène a les apparences de l’ordinaire, mais la détresse flotte, en surplomb. L’un des baristas, bras tatoués comme de juste, porte une vareuse des Diables Rouges. Une serveuse a revêtu un étrange habit de deuil : sous-pull noir, polo jaune et tablier rouge. On dirait le carnaval, un carnaval triste. C’est Jeudi saint, mais ça ressemble au Mardi Gras. C’était un mardi noir. C’est un jeudi noir-jaune-rouge. Comme dans les toiles de James Ensor, le rassemblement funèbre s’est teinté de burlesque. A Namur, la capitale de la Wallonie où la gare fait face à l’hôtel de Flandre, et partout ailleurs au plat pays.

LA DÉRISION D’UN PAYS DÉRISOIRE

Le soir des attentats, le président du CDH, Benoît Lutgen est venu sur les plateaux de télévision avec un costume sombre rehaussé d’un pin’s aux couleurs de la Belgique. La cocarde est sous ces latitudes si incongrue que le détail a aussitôt alerté le journaliste, qui lui a demandé pourquoi. Pourquoi ce drapeau ?

Les jours d’après ont vu la résurgence d’une belgitude de bazar. Place de la Bourse, les bouteilles de Westmalle, Chimay, Chouffe et Kasteel sont devenues des vases délicats, d’où jaillissent les fleurs en mémoire des victimes. Sur les réseaux sociaux, ont défilé en rang serré Tintin, Eddy Merckx, les frites,"Manneken Peace" , "L’union fait la farce" , "Make waffles not war"… A la terreur, les Belges opposent la dérision comme antidote. Serait-ce qu’ils habitent un pays dérisoire ? On se l’est demandé dès le surlendemain du drame, à la lecture de la presse étrangère, d’une rare dureté à l’égard d’un pays qui n’avait pas encore compté ses morts.

Ces morts, justement, ne le seraient peut-être pas si les autorités belges s’étaient montrées moins lâches, moins faibles, moins molles… Moins belges, en somme. Du moins est-ce la morale qu’en retiendra le lecteur anglais, français ou espagnol. En novembre dernier, après des attentats perpétrés à Paris par des individus au pedigree bruxellois, les médias internationaux s’étaient déchaînés. Un article de l’influent "Politico" avait fait sensation, dépeignant la Belgique comme "le plus prospère des Etats en faillite"un "failed state" , terme habituellement réservé, en anglais, à la Somalie ou à l’Afghanistan. L’article mentionnait une "culture de non-respect de la loi" . Il décrivait une contrée où les structures étatiques n’ont jamais pu se substituer aux anciennes allégeances locales, où l’autorité est partout défiée. Quatre mois plus tard, les morts de Bruxelles ont rejoint ceux de Paris, de Beyrouth, d’Ankara et d’ailleurs, et la presque totalité des médias internationaux ont repris l’antienne du "failed state" .


(Seraing, février 2003. Selon la presse étrangère, il règne en Belgique “une culture de non-respect de la loi”.)

BRUGES-LA-MORTE

"Tout cela a passé comme une ombre, comme une rumeur fugitive." Le verset du Livre de la Sagesse, aux tréfonds de l’Ancien Testament, aurait pu offrir une devise adéquate à la Belgique, territoire de l’éphémère, du clair-obscur, de faux-semblants, de trompe-l’œil, où rien n’est jamais figé. Cliché, dites-vous ? Assurément. Les grands écrivains belges du XIXe siècle en ont abondamment joué. Désireux de restituer en mots le génie de leur jeune nation, indépendante depuis 1830, Georges Rodenbach (auteur de "Bruges-la-Morte"), Emile Verhaeren (dont la poésie fut inspirée par un fort sentiment pacifiste) et Maurice Maeterlinck (prix Nobel de littérature en 1911) ont pris pour matériau ce qui leur semblait le plus typiquement belge : atmosphères de grisaille, villes enveloppées de brouillard, canaux se perdant dans l’horizon, routes inondées par la pluie. Au fil de leurs pages, s’étalaient des "paysages états d’âme", où la météo, humide, souvent maussade, exprimait des sentiments si familiers aux Belges. Ces auteurs, et d’autres à leur suite, ont forgé un imaginaire de la nuance, traversé par le manque de clarté. Leur démarche trahissait une volonté de se démarquer du grand voisin français, si cartésien. "Je crois qu’on retrouve chez les auteurs belges une fascination pour le clair-obscur, pour ce qui n’est pas net, pour le gris , expliquait il y a peu le romancier bruxellois Xavier Hanotte . On essaie de voir les deux côtés de la réalité, ce qui n’est pas nécessairement le cas des gens qui sont plus latins, ou qui sont plus raisonneurs, comme les Allemands."

UTOPIES TRANSNATIONALES

Dans ce pays à l’identité si floue, si peu encombrante, il est facile d’embrasser une utopie transnationaleCe n’est pas un hasard si tant d’anciens premiers ministres (Wilfried Maertens, Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Herman Van Rompuy…) ont connu après leur mandat une carrière de haut vol dans les institutions européennes. Qui est né à Bruxelles, Ostende, Charleroi ou Liège sait d’instinct toute la relativité des frontières.

Plus désagréable : la Belgique est l’Etat européen qui compte, proportionnellement à sa population, le plus de djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak. Un document de l’ICSR, centre d’étude de la radicalisation basé à Londres, évalue leur nombre à quarante par million d’habitants, loin devant le Danemark (27), la Suède (19), la France (18) et l’Autriche (17). La thèse mérite débat, mais toujours est-il que plusieurs chercheurs établissent un lien entre la faiblesse du projet national belge et l’attrait qu’exerce sur des jeunes déboussolés une utopie mortifère et universelle, le djihad. "Est-ce un complexe dans l’identité belge, avec un mélange entre Flamands et Wallons qui fait question ?" , interrogeait Gilles Kepel, en août 2015, sur la RTBF. Le politologue français, spécialiste de l’islam, observait que lors de la guerre d’Espagne les Belges avaient déjà fourni un fort contingent de brigadistes internationaux. De même, entre 1940 et 1945, un nombre relativement élevé de Wallons et de Flamands s’étaient enrôlés dans les unités nazies sur le front de l’Est.

UN BON ACCORD

Et pourtant, elle tient. Sans cesse rafistolée, toujours plus complexe, la maison Belgique a su jusqu’ici éviter l’effondrement, au prix d’arrangements laborieux. Premier ministre de 1991 à 1999, Jean-Luc Dehaene, peut-être le plus talentueux fomenteur de compromis que le pays ait engendré, considérait qu’un bon accord était celui dont personne ne savait au juste ce qu’il contenait, de sorte que tous les acteurs de la négociation pouvaient s’estimer vainqueurs. Le manque de clarté comme art de vivre, à nouveau.

Les "Mémoires d’un révolutionnaire" de Victor Serge, né à Bruxelles en 1890, fils d’exilés russes, comportent quelques pages prodigieuses sur les curiosités de l’esprit local. L’écrivain y raconte sa perplexité face à ce socialisme belge qui, vers 1910, accumule les succès électoraux. "Je ne sais trop pourquoi un certain M.B., conseiller communal, m’avait paru ‘quelqu’un’ . Je m’arrangeai pour le voir d’un peu plus près. Je trouvai un monsieur très gros qui se faisait bâtir sur un terrain avantageux une maison charmante dont il me montra aimablement les lavis. J’essayai vainement de l’attirer sur le terrain des idées : impossibilité totale !"

Bonhomie, passion de l’immobilier ("une brique dans le ventre"), inexistence d’un quelconque esprit de sérieux et indifférence au débat d’idées. Tout un pays est contenu dans ces quelques lignes.

(Putte, province d’Anvers, mai 2001. La Belgique ? Bonhomie, passion de l’immobilier, inexistence d’un quelconque esprit de sérieux et indifférence au débat d’idées.)


TARTE AU RIZ

Plus tard, en 1936, Victor Serge retrouvera la Belgique de son enfance, et sa chère pâtisserie Timmermans, place Communale à Ixelles. "Tant d’idées embrassées, tant de luttes, tant de sang versé, les guerres, les révolutions, nos martyrs dans les prisons - et rien ne changeait. Les bonnes tartes au riz à l’étalage du pâtissier attestaient une stupéfiante pérennité des choses !" Dans le quartier des Marolles, l’écrivain rencontre Emile Vandervelde. Le patron du Parti ouvrier belge lui dit ne guère apprécier "le style agressif" des communistes russes. Et lui lance cette mise en garde "Cette Belgique heureuse que vous voyez est une véritable oasis entourée de dangers, d’immenses dangers."

Nous sommes quatre-vingts ans plus tard. D’autres dangers menacent. La Belgique, de toute façon, a déjà cessé d’être une oasis.

Des kamikazes se font sauter dans le métro bruxellois. Nos F-16 bombardent l’Irak. Des amoureux de la mort, scolarisés à Verviers, Anvers ou Molenbeek, se couchent sur la terre de Syrie, en rêvant de ce moment où une rafale de Kalachnikov viendra les anéantir. Alors, est-on en guerre ou ne l’est-on pas ?

RAVAGES DE LA VIOLENCE

Tout ce que la guerre peut infliger comme douleur, notre pays ne le sait que trop bien. Les mentalités d’ici ont été façonnées par les ravages de la violence, qui ont pris entre 1914 et 1918 des proportions insensées. Rien que dans les deux premiers mois du conflit, on dénombra 10 000 victimes civiles. A Dinant, Visé, Andenne, Aarschot, Louvain…, les Allemands semèrent la terreur pour forcer la Belgique à capituler. De ce traumatisme naîtra un sentiment pacifiste ancré dans la société belge comme nulle part ailleurs en Europe.

Mais le traumatisme, en réalité, puise ses racines plus loin encore. Depuis le XIVe siècle, la Belgique constitue le champ de bataille favori des grandes puissances. Le général de Gaulle appelait "la grande allée" ce théâtre de toutes les boucheries, s’étalant de la mer du Nord jusqu’au Rhin"Nous ne sommes pas un peuple d’envahisseurs, mais un peuple d’envahis" , souligne Piet Chielens , le coordinateur du musée In Flanders Fields, à Ypres. "Nous étions les Latins - si Latins nous étions - les plus septentrionaux de l’Europe , a écrit dans l’un de ses livres l’ancien ministre socialiste Alain Van der Biest. Nous vivions dans un petit coin, un petit triangle , enfoncé entre la France, la Hollande et l’Allemagne : le triangle des invasions où, de tout temps, ont défilé les hordes violentes ou pacifiques."

Alors, quand les médias anglais, français ou allemands ciblent la Belgique pour la faiblesse de son Etat, ils pourraient ajouter que si l’Etat belge est faible, ce n’est pas en raison de la débilité des cerveaux de ce pays. C’est le produit d’une histoire. Une histoire extrêmement violente, celle d’une population transbahutée au fil des siècles de joug espagnol en domination autrichienne, de suprématie française en tutelle néerlandaise. On peut concevoir qu’elle en ait gardé une méfiance viscérale pour les démonstrations de force de quelque autorité que ce soit. L’essayiste Geert Van Istendael parle à ce sujet d’un "anarchisme petit-bourgeois" . Sous les dehors du conformisme, les Belges cachent un esprit de rébellion qui tient à la fois de l’égoïsme ( "Je fais ce que je veux, le reste, je m’en fous" ) et de la modestie obligatoire ( "Pour qui il se prend, celui-là ?" ).

(Wavre, 2002. “Nous vivons dans un petit triangle, entre la France, la Hollande et l’Allemagne, où de tout temps ont défilé les hordes violentes”, a écrit l’ex-ministre Alain Van Der Biest)


Ce particularisme désarçonne souvent les expatriés installés dans la capitale de l’Europe. La plupart partagent l’impression d’un pays relax, accueillant, mais où règne la désinvolture. Luka Rogic, un interprète slovène confiait, il y a peu, à "La Libre" son sentiment sur sa vie à Bruxelles :"L’autorité est si peu présente qu’on a l’impression de pouvoir faire à peu près ce qu’on veut, tant qu’on ne dérange pas trop de monde." Nicholas Brookes, un Franco-Britannique vivant depuis dix ans à Bruxelles, évoquait pour sa part "une nonchalance généralisée" . "C’est aussi ce qui rend les Belges très sympathiques. J’ai réussi à négocier une amende avec un policier parce que j’avais brûlé un feu rouge à vélo. J’en ai été quitte pour un sermon : faites attention la prochaine fois ! Ce serait impensable en France ou en Angleterre. Par contre, ce qui m’agace chez les Belges, c’est une difficulté à assumer ses responsabilités. Comme rien n’est jamais très clair, c’est souvent la faute de personne."

DES HÉROS SI DISCRETS

La guerre, encore ? Entre 1940 et 1945, il y eut comme ailleurs des salauds et des héros. En Belgique, cependant, au lieu de répudier les premiers et de glorifier les seconds, la mémoire nationale a préféré les noyer tous dans le brouillard de l’amnésie. Résultat : pas un écolier sur mille n’est en mesure de citer le nom d’un seul résistant.

En ces années de mort, pourtant, un courage ordinaire s’est manifesté au pays de Rubens. Nulle part ailleurs en Europe occupée, sauf au Danemark, la population ne s’est opposée aux déportations antisémites avec autant d’efficacité qu’en Belgique : 55 % des juifs ont survécu à la guerre, pour 25 % à peine aux Pays-Bas. "Il ne faut pas s’attendre à de courageuses déclarations ou à une grève générale. Il s’agit d’un combat modeste, secret du système D , relate Geert Van Istendael dans son ouvrage: "Le Labyrinthe belge" . Nous ne sommes ni plus ni moins racistes que d’autres pays. En Belgique, comme partout ailleurs, des juifs ont été trahis ou dénoncés. Mais aucun Belge ne fait confiance à l’autorité, et certainement pas à une autorité chaussée de bottes de cuir. Personne n’est aussi roublard quand il s’agit d’esquiver les règlements que les Belges. Personne n’improvise avec autant de génie." L’obéissance des Belges était si peu claire, leurs actes de bravoure si nébuleux, que les nazis y perdirent souvent tout repère.

"Tout cela a passé comme une ombre." La phrase a donné son titre aux Mémoires d’André de Staercke. Chef de cabinet du Premier ministre Hubert Pierlot, en exil à Londres de 1942 à 1944, celui-ci fait partie de ces hommes et femmes de courage dont le nom reste superbement ignoré des Belges. Dans ses souvenirs consacrés à la Seconde Guerre mondiale, l’auteur se montre impitoyable sur la faillite des autorités, au plus haut niveau du Royaume. Mais à leur décharge, André de Staercke note ceci : "Les temps étaient injustes. Ils exigeaient trop des hommes. Dans une période ordinaire et calme, ceux qui détiennent le pouvoir vivent sur l’illusion de leur valeur. Dans les époques troublées, cette illusion est la cause de leur chute." Le commentaire devrait offrir aux éminences de la Belgique contemporaine - le Premier ministre en tête - une intense source de méditation.



 

COMMENTIRE DE DIVERCITY

BELGITUDE ET EUROPITUDE


Dans ce pays à l’identité si floue, si peu encombrante, il est facile d’embrasser une utopie transnationale.

Les événements atroces qui nous endeuillent, nous incitent à réfléchir à notre belgitude, un mot vague à connotation relativement négative-comme négritude-que nous utilisons toujours avec quelque réticenceSans doute le Bruxellois se sent-il de plus en plus un étranger en Flandre comme en Wallonie, du reste, sans doute se réfugie-t-il dans son humour-dérision qui rappelle celui des juifs qui comme nous autres Bruxellois vivent dans une sorte de perpétuelle incertitude. Bruxelles capitale de l’imprévisible,de l’incertitude, mais aussi de l’Europitude.

Bruxelles cosmopolite, Bruxelles métissée depuis la nuit des temps, bousculée par les invasions successives, violée mais fécondée par le sac et le ressac des occupations, Bruxelles plurielle, microcosme du vieux continent ; capitale incertaine d’une Belgique prototype de l’Europe.

Bruxelles a mal à la Belgique et plus encore, elle a mal à l’Europe. L’Europe qui, comme elle, se délite, se désarticule, s’évapore dans l’indifférence générale. Sans cesse rafistolée, toujours plus complexe, la maison Belgique a su jusqu’ici éviter l’effondrement, au prix d’arrangements laborieux, comme la maison Europe.

"Cette Belgique heureuse que vous voyez est une véritable oasis entourée de dangers, d’immenses dangers."

Rien de nouveau sous le soleil, il en fut toujours ainsi. La terre Belgique, transculturelle par héritage et par vocation fut, de tout temps, foulée par la soldatesque romaine, mérovingienne,  les drakkars vikings, la furie espagnole, l’ingérence autrichienne, l’occupation française, hollandaise, teutonne. 

La Belgique depuis tant de siècles est le champ de bataille de l’Europe une sorte d’enjeu permanent des conquérants Européens. Mais : la Belgique est l’Etat européen qui compte, proportionnellement à sa population, le plus de djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak.

Y aurait-il vraiment un lien entre la faiblesse du projet national belge et l’attrait qu’exerce sur des jeunes déboussolés une utopie mortifère et universelle, le djihad. "Est-ce un complexe dans l’identité belge, avec un mélange entre Flamands et Wallons qui fait question ?"  Au vrai, il n’existe pas, à proprement parler, de projet national belge, c’est ce qui fait des Belges des Européens par défaut, des Européens malgré eux. Comment peut-on être belge ? Ce n’est pas un hasard si tant d’anciens premiers ministres (Wilfried Maertens, Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Herman Van Rompuy…) ont connu après leur mandat une carrière de haut vol dans les institutions européennes.

Si la Belgique est une invention européenne et principalement anglaise, en revanche on pourrait parfaitement imaginer que l’Europe soit une production belge, engendrée, pour ainsi dire par clonage ou par parthénogénèse.

Toute médaille a son revers : Ce qui m’agace chez les Belges, c’est une difficulté à assumer ses responsabilités. Comme rien n’est jamais très clair, c’est souvent la faute de personne.

Si ce n’est jamais la faute à personne peut-être est-ce celle de l’Europe ?

Les deux destins, celui de la petite Belgique et celui de la grande Europe sont étroitement liés. L’Europe survivra-t-elle à la Belgique ou la Belgique à l’Europe ?

C’est une question que nous devons aujourd’hui nous poser,"nous qui ne sommes pas un peuple d’envahisseurs, mais un peuple d’envahis"

FAUT-IL DETESTER L’EUROPE ?

Les Anglais, les Hongrois, les Polonais, les sceptiques, les populistes les nationalistes, les frontistes, les souverainistes vous diront que oui et ils feront assaut d’arguments pour vous expliquer que tous les maux nous viennent de cette Europe de technocrates arrogants qui nous imposent des directives et des ingérences à tous les niveaux de pouvoir. Ces gens de mauvaise foi s’obstinent à ne pas comprendre qu’ils ne résoudront rien par le souverainisme et l’autarcie nationaliste. Bien au contraire, tout, aujourd’hui, exige les rassemblements de peuples autour d’un projet, d’une idée, d’un dessein, d’une vision, d’un rêve. Pourquoi renoncer maintenant au rêve européen ? Mais il se pourrait bien que par une ruse de l’imprévisible, si cher à Edgar Morin, le terrorisme islamiste refonde le projet européen comme autrefois la menace soviétique. Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve, dit Hölderlin dans un vers célèbre souvent cité par le prophète de la complexité.

MG

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