mercredi 16 mars 2016

Il y aura d’autres Forest. Il faut vivre avec l’idée


Béatrice Delvaux éditorialiste en chef Le Soir

Il n’y a a priori pas de raison que la Belgique échappe aux drames qui se sont produits à Paris à deux reprises. L’édito de Béatrice Delvaux.



•                                             © Reuters

Voici donc la première manifestation d’action violente en Belgique, de ce terrorisme dont on sait depuis des mois qu’il est à l’œuvre sur notre territoire. Les images diffusées hier , en direct, étaient spectaculaires et la tension extrêmement forte durant plusieurs heures. Les inconnues aussi, face à ce danger soudain très concret et aux coups de feu, perdurent aujourd’hui. Et l’on mesure le stress et les craintes qui se sont emparés des familles – enfants, parents – et des habitants de ce quartier de Forest soudain plongé dans ce très mauvais scénario.

Les événements d’hier montrent à quel point on ne peut négliger ce terrorisme qui menace notre quotidien, mais qu’il ne faut pas non plus lui laisser toute la place. La raison doit rester le maître mot, au milieu de cette angoisse légitime. Il nous faut nous faire à l’idée que ce qui s’est passé ce mardi à Forest suit le lockdown bruxellois généralisé de la fin d’année, qui lui-même succédait aux interpellations mortelles de Verviers, qui elles-mêmes précédaient la tuerie au Musée juif. Il n’y a a priori pas de raison que la Belgique échappe aux drames qui se sont produits à Paris à deux reprises, ou il y a quelques jours à Ankara et en Côte d’Ivoire. Nous devons apprendre à vivre avec ces moments-là , en parallèle avec, en incrustation dans une vie quotidienne à laquelle nous ne devons rien changer.

 

Ce que les perquisitions et les échanges de tirs de Forest nous rappellent, c’est la présence réelle d’un terrorisme actif sur notre sol, même quand il ne se manifeste pas. Mais ils nous démontrent en même temps la vigilance et le travail, eux aussi permanents, des forces de police et de renseignement. Un travail qui s’effectue très visiblement cette fois en coopération avec les forces françaises. La traque se poursuit donc aussi dans les coulisses de notre quotidien : c’est rassurant de le vérifier.

Gare cependant à la tentation de la généralisation qui s’est emparée hier très vite de certains commentateurs, surtout étrangers. «  Forest, un nouveau Molenbeek ?  » La question s’imposait déjà médiatiquement dans la foulée de ces perquisitions mortelles. Les événements des derniers mois l’ont également prouvé, nombre de villes belges comme françaises ont leurs foyers criminels et les services de renseignement doivent y faire preuve de la même attention, effectuer les mêmes contrôles permanents. Réduire le fait terroriste à quelques localisations pousserait à commettre de graves erreurs par naïveté : les terroristes ne squattent pas et ne menacent pas qu’une ou deux communes. Il faut éviter la stigmatisation facile et surtout se féliciter à ce stade, et dans l’attente d’éléments d’informations plus concrets, de la surveillance exercée visiblement très précisément sur des individus suspects, quel que soit le quartier où ils se cachent.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« RAISON GARDER »


La raison doit rester le maître mot, au milieu de cette angoisse légitime. Les terroristes ne squattent pas et ne menacent pas qu’une ou deux communes

En effet, c’est le bien vivre ensemble en ville qui est l’objet de toutes les haines et de toutes les menaces. Bref, c’est notre mode de vie à l’occidentale qui est partout attaqué dans ses principes et sa réalité. Ce n’est peut-être pas encore une guerre des cultures  mais c’est sans doute déjà un rude choc des civilisations, autrement dit des modes de vivre.

Tout ceci a commencé le 11 septembre 2001 par l’attentat suicide contre les tours jumelles de Manhattan. On ne voit vraiment pas quand et comment cela pourrait se terminer. Il convient donc de vivre avec, nous n’avons pas le choix.

Et vivre aussi avec son terrible corollaire : la résistible montée de l’extrême droite partout en Europe et désormais même en Allemagne.

Résistible encore mais pour combien de temps. Angela Merkel parviendra-t-elle à éviter que la très radicale AFD (Alternativ Für Deutschland) ne fasse son entrée au Bundestag en Novembre ? Rien n’est moins sûr. 

MG

 

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