samedi 5 mars 2016

La Turquie et nous


Paru dans L'Express 

Le prochain sommet  entre l’Union européenne et la Turquie sur la question des réfugiés  nous rappelle l’importance majeure de ce pays dans notre histoire et dans notre avenir.

Ce sommet, d’abord,  est crucial : si on n’arrive pas a y  trouver un accord avec Ankara , ce sont des millions de réfugiés, aujourd’hui retenus dans les camps turcs, qui  débarqueront dans  les iles  grecques, pour prendre la longue route qui les amènera  jusqu’ en Allemagne, en France, ou en Suède.

Et les Turcs, qui réclament aujourd’hui  des concessions majeures de l’Union,  ont beau jeu de soutenir qu’ils abritent et financent, en proportion de leur population, 10 fois plus de réfugiés que les Européens.

C’est donc  notre intérêt qu’ils continuent à le faire. Aucune concession ne sera trop chère payée.

La Turquie est aussi essentielle, pour nous, par le rôle qu’elle joue dans le conflit en Syrie et en Irak.

Un rôle ambigu: proche des Américains, mais aussi, par un étrange jeu de dominos,  soutien objectif de Daesh parce que les Turcs  privilégient la lutte contre les Kurdes sur tout autre bataille, et considèrent  tout ennemi des Kurdes avec une certaine bienveillance.

Un rôle essentiel aussi:, car c’est par son territoire que passe une part importante du trafic qui alimente, finance et fournit en armes  l’Etat Islamique.

Un rôle dangereux enfin:  car son hostilité,  désormais déclarée à l’égard de la Russie ( dont elle a tué un pilote)  et plus implicite à l’égard de l’Egypte, de l’Iran et de l’Arabie Saoudite, et son alliance avec le Qatar  compliquent sérieusement la conduite des opérations militaire en Syrie et la recherche de toute solution diplomatique. .

Dans cet imbroglio, la  Turquie a beau jeu de soutenir que ses  ennemis principaux sont ceux  qui remettent  en cause l’intégrité de son territoire, c’est à dire prétend elle, les Kurdes. Et que nul ne peut lui imposer ses décisions.

On pourrait trouver de très lointains précédents historiques a cette situation si dangereuse:  la Turquie a déjà influe très largement sur le cours de notre histoire. Depuis le  siège de Constantinople jusqu à celui de Sébastopol, bien des épisodes  nous rappellent qu’il y eut déjà des guerres entre les Turcs et les Européens, entre les Turcs et les Russes. Des guerres terriblement meurtrières.

Comment tant de siècles d’histoire ont-ils été si facilement oublié? Pourquoi nos dirigeants manquent ils tant de profondeur d’analyse et de références historiques?.

Pourquoi  sont-ils proches de refaire les mêmes erreurs?

Sans doute  faut-il  chercher la cause de ce retour de ce qu’on appelait  » la question ottomane »  dans la désastreuse façon dont on a écarté, depuis 20 ans,  la Turquie de toute perspective d’association a l’Union européenne, pour la pousser dans les bras d’un parti nationaliste et quasi-fondamentaliste.

Il ne sert a rien de  refaire  l’Histoire mais  il n’y a pas de raison de considérer cette évolution comme irréversible.

Il suffirait de tendre la main aux Turcs, sans pour autant leur faire croire que leur entrée dans l’Union est aujourd’hui imaginable,  pour qu’un ordre plus pacifique redevienne possible.

Tout faire, inlassablement, pour réintroduire la Turquie dans le jeu européen devrait être donc la priorité absolue de notre diplomatie..

Si on y parvient, et ce ne sera pas simple, il  faudra se souvenir de cette catastrophe évitée de justesse  pour ne pas refaire la même erreur avec les Russes en les isolant eux aussi, et en les rendant, eux aussi agressifs : rien n’a jamais été  pire, pour nous,  Européen,  que de nous couper de nos voisins.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE GRANDE LEÇON DE GÉOPOLITIQUE

On ne demande pas à nos hommes d’État d’être agrégés d’histoire mais en leur demande en revanche de s’entourer correctementnon pas d’experts mais de sages qui ont le sens du temps long si cher à Fernand Braudel. Jacques Attali ne cesse de nous le rappeler, notre alliée naturel c’est bien plus la Russie que les États-Unis. Les Américains n’aiment pas l’Europe et ils utilisent leur allié britannique pour briser ses élans et casser sa dynamique. L’Europe a tout intérêt à se rapprocher de la Russie avec qui elle entretient depuis près d’un millénaire des relations d’échange culturelles et commerciales. Quant à la Turquie, il y a bien longtemps qu’elle a cessé d’être l’homme malade de l’Europe. Les Ottomans ont un pied en Europe et ils rêvent depuis longtemps d’y poser leur seconde jambe. Faut-il leur ouvrir l’accès à l’union européenne ? Beaucoup ysont fermement opposés car ce serait, selon eux, renforcer la présence islamique en Europe. Mais attention que les réfugiés qui s’accumulent par millions sur le sol Turcs ne déferlent demain sur les terres européennes. Merkel qui est sans doute moins myope que ses collègues surtout la mémoire plus longue qu’eux. Elle se souvient que depuis l’époque de kaiser Guillaume l’Allemagne et l’empire ottoman ont souvent collaboré. Il serait temps que l’Europe prenne vraiment son autonomie et se forge une politique étrangère indépendante de celle des États-Unis. Cela suppose que Bruxelles développe une politique extérieure audacieuse et indépendante et que l’Europe se donne les moyens de cette politique en créant une armée européenne qui n’ait aucun lien avec celle de l’OTAN.

MG


« UN ETAT KURDE SERAIT UTILE À LA PAIX DANS LA RÉGION »

LE MONDE | 


Dans une boutique d'Erbil, capitale de la région autonome kurde d'Irak, le portrait du président de la région, Massoud Barzani. SAFIN HAMED / AFP

Bien qu’éparpillés en Syrie, Iran et Turquie, c’est en Irak que l’idée d’un Etat kurde indépendant se pose avec la plus grande légitimité. Autonomes depuis les années 1970, les Kurdes d’Irak se sont approprié leur autonomie pour en faire une quasi-indépendance : administration, forces de l’ordre, et bientôt une armée nationale, celle encore officieuse des peshmergas. Ils disposent aussi d’un drapeau, de frontières définies et de représentations quasi diplomatiques dans plusieurs pays.

Fort de cette situation favorable, le président Massoud Barzani a donc annoncé la tenue d’un référendum sur l’indépendance. Inspirée des cas catalan, écossais et québécois, cette consultation vise plus à tester l’opinion qu’à rompre avec le gouvernement de Bagdad. Elle vise surtout à relégitimer le président Barzani dont le mandat, arrivé à terme en 2013 et déjà exceptionnellement prolongé jusqu’en 2015, n’est plus valide, ce qui le place en porte-à-faux avec la Constitution du pays. Néanmoins, au-delà de l’intérêt personnel, la question de l’indépendance n’en demeure pas moins légitime.

Après des décennies de combat national, de persécutions diverses par le pouvoir central de Bagdad, notamment sous Saddam Hussein, les Kurdes ont acquis la maturité nécessaire. Depuis 1991 les liens avec Bagdad sont distendus ; le gouvernement d’Erbil a prouvé être capable d’autogestion, en dépit des difficultés. Par ailleurs, un Etat kurde irakien serait une entreprise rationnelle et utile. En premier lieu, elle mettrait fin à la pénible frustration des Kurdes malmenés et persécutés à travers...


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