mercredi 23 mars 2016

Le Grand Mufti d'Égypte, présent à Bruxelles, condamne la double attaque

Le Vif

Le Grand Mufti d'Égypte, Shawki Ibrahim Abdel-Karim Allam, a fermement condamné la double attaque terroriste perpétrée mardi à l'aéroport de Bruxelles-National et dans une station du métro de la capitale. Il participait le même jour à un débat au Parlement européen à Bruxelles situé non loin de l'arrêt de métro soufflé par l'explosion.



Shawki Ibrahim Abdel-Karim Allam © Reuters

Le Grand Mufti d'Égypte, considéré comme la principale source d'autorité religieuse en Égypte, a fermement condamné ces attentats terroristes et exprimé sa solidarité envers les familles et amis des victimes, soit une trentaine de morts et quelque 230 blessés à ce stade. Shawki Ibrahim Abdel-Karim Allamparticipait à un débat en commission des Affaires étrangères du Parlement européen. "Le terrorisme ne connaît pas de frontière et représente un fléau pour nous tous. Nous devons travailler ensemble pour éradiquer le terrorisme. Les dialogues comme celui-ci sont un pas dans la bonne direction", a-t-il déclaré rapporte le service de presse du Parlement européen.

Le président de cette commission parlementaire, l'Allemande Elmar Brok (PPE) a pour sa part appuyé que ces attentats ne devaient pas mettre un terme au dialogue et à la coopération entre l'Égypte et l'Occident, rappelant que la majorité des victimes du terrorisme sont musulmanes. "Je ne trouve pas les mots pour dire comment je me sens aujourd'hui après de tels actes terroristes. Ce que je peux dire c'est que je condamne ces attaques dans les termes les plus forts. Nous souhaitons exprimer notre solidarité avec le peuple belge", a encore indiqué le Grand Mufti d'Égypte, interviewé dans La Libre Belgique, affirmant comprendre d'autant plus que la population traverse "parce que nous vivons (en Égypte, ndlr) avec cette menace depuis longtemps". Tant au Parlement européen que dans son interview, le Grand Mufti a détaillé les mesures qu'il a prises pour lutter contre le radicalisme religieux.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET NOS IMAMS LOCAUX ?

Et nos imams locaux, pourquoi donc se drapent-ils une fois de plus dans le silence des mosquées. Que n’élèvent-ils pas la voix contre les crimes commis au nom de leur Dieu ? Peur des représailles ?

Ce silence est absolument insupportable, il faut le dénoncer de la manière la plus déterminée.

MG



«MES EXCUSES»: LETTRE À MON FILS, À MA FILLE

Béatrice Delvaux
Le Soir


Après la colère et la tristesse, le temps est venu pour moi de te présenter mes excuses. Cela fait 20 ans que je te mens. La chronique de Béatrice Delvaux.


• © Kenzo Tribouil

Cher toi,


Ce matin, j’ai hurlé, en traversant notre ville du nord au sud. Je ne pouvais arrêter mes larmes. Je voulais me boucher les oreilles, je n’en pouvais plus d’entendre les sirènes.

Mais après la colère et la tristesse, le temps est venu pour moi de te présenter mes excuses. De te demander pardon.

Cela fait 20 ans que je te mens. Je n’ai qu’une excuse : cela fait 20 ans que je crois mon mensonge. Je t’ai vendu ce monde comme celui des possibles, du grand voyage, de ces espaces que tu allais, toi, pouvoir arpenter, de ces peuples que tu allais, toi, rencontrer. Moi qui avais pris l’avion pour la première fois à 15 ans, moi qui avais vu l’Amérique à 22 ans, moi qui avais appris l’anglais en cours de route et le néerlandais quand il fallait.

 

Moi qui étais certaine que nous t’avions épargné la guerre, en la rangeant dans les livres d’histoire ou dans les anecdotes que ta grand-mère ou ton grand-père te racontait depuis leur village natal. Nous étions tellement certains de les avoir enterrés, les démons qui avaient fait les camps de concentration, les génocides, le napalm, le goulag. Goulag ? Tu as même cru que je parlais d’un plat hongrois. On en a tant ri, tu te souviens ?

Pourquoi aurions-nous eu peur? Nos parents l’avaient faite, eux, la guerre, mais ils avaient aussi, dans la foulée, fait la paix. Elle avait même pris la forme de cette Europe qui devait être le garde-fou en béton de nos folies, de nos dérives. Ce monde que nous t’avons promis, nous y croyions vraiment, pour la bonne raison que nous l’avions vu advenir.

Nous avons vu tomber les murs, les idéologies, les barrières et pas que commerciales. Moi, ta mère, j’ai profité de l’égalité croissante avec les hommes, de ces droits conquis et transcrits en lois. Moi, ton père, je n’ai pas dû faire mon service militaire dont j’ai vécu les derniers spasmes. Car l’heure n’était plus aux armées, mais aux consciences. L’heure n’était plus à envahir le voisin pour le soumettre, mais à y séjourner, à y séduire, à apprendre la langue de l’autre, en tente, en caravane ou en camping-car d’abord, sac à dos façon Routard ensuite et puis sous le couvert de cet Erasmus que tu devrais – devais ? – enfourcher dans quelques mois.

Nous avions vaincu les haines – « plus jamais ça », c’était plus qu’un slogan, c’était devenu une charte, une convention, des lois, le droit.

Nous avions vaincu les diktats de l’Eglise et de la religion – l’avortement, l’euthanasie avaient gagné petit à petit droit de cité.

Nous avions vaincu les tabous et les morales étroites – tu peux être homosexuel(le), te marier, te pacser, adopter.

Nous avions vaincu les préjugés et les racismes – à quelques pas d’ici réside le Centre pour l’égalité des chances qui protège les hommes/femmes des maléfices d’autres hommes/femmes.

En grandissant, j’ai assisté, incrédule mais extatique, à l’incroyable croisade qui faisait d’un Noir l’égal d’un Blanc, avec des droits égaux. « One man one vote » : on a marché pour les rêves de Martin Luther King, on a boycotté les oranges d’Afrique du Sud. C’était juste magique : un combat débouchait sur une victoire, le monde se déplaçait inexorablement du pire au meilleur. Imagine, on t’offrait sur un plateau, comme la promesse d’éternité de ce nouveau monde que nous avions bâti, Obama et Mandela, présidents ! C’était pas beau ça ? C’étaitpas grand ? Mais qu’est-ce qui pouvait bien tourner mal ? On l’avait décrochée, la timbale, non ! Obama et l’Europe, Prix Nobel de la Paix. On était les rois du pétrole ! Alleluyah !

Alors, non ! Je ne voulais pas que tu voies ces corps déchiquetés, ces chairs explosées station MaelbeekMaelbeek, à deux pas de chez toi, Maelbeek, centre de Bruxelles, au nom qui sonne comme une blague, un rendez-vous, un plan drague : « on se voit à Maelbeek  », «  tu descends à Maelbeek  », «  on s’est embrassé à Maelbeek  » ?

Alors, non ! Je ne voulais pas que tu entendes, hier, les cris de cet enfant terrorisé, dans la fumée de l’explosion, seul fil conducteur dans l’horreur, menant vers la sortie de ce métro éventré, déchiqueté, assassiné.

Alors, non ! Je ne voulais pas que tu penses qu’on pouvait mourir dans ta ville et que ton innocence s’arrête à cette date – 22 mars 2016–, à ces ceintures de la mort, à ces détonateurs tenus dans la main de garçons perdus qui, et c’est là tout le tragique, ont ton âge.

Ta détresse me transperce, ta peur surtout. Mais plus que tout, ton calme, la manière dont tu fais face, la retenue que tu t’imposes me rendent fière et triste. Le fait aussi que tu ne me lances pas à la tête ce « putain de monde » qui est le tien. Tu as cette grâce, mon fils. Tu as cette force, ma fille. D’autant que quand tu m’interroges, même si je n’arrive pas à te le dire, tu le sais : je n’ai pas les solutions.

Nous allons essayer de fixer ce b…, mais cela nous paraît de plus en plus clair : tu ne pourras y échapper, tu vas devoir te battre. Au moment où j’écris ces lignes, je croise simplement les doigts pour que ce ne soit pas au sens premier du terme. Comme avant…

La guerre? Je me refuse à prononcer le mot, je me refuse à dire que c’est notre état aujourd’hui. Je me refuse à tomber dans la haine, je me refuse à désigner les boucs émissaires que les prêcheurs de haine, dans les deux camps, nous proposent et imposent.

C’est tout ce que j’ai à t’offrir aujourd’hui : être à tes côtés et te protéger du bouclier des valeurs auxquelles je crois et que nous devrons tous protéger.

Nous devrons être forts, mon fils. Nous devrons être résistants, ma fille.

Cher toi,

Après la colère, la tristesse, le temps est venu pour moi de te présenter mes excuses. De te demander pardon. Mais de te dire aussi que te sentir là, à mes côtés, me force à redresser la tête.

Et à croire à demain.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

HUMILITE

Merci Béatrice.

 

Aucun commentaire: