mercredi 9 mars 2016

L'Europe frissonne à mesure que Trump se rapproche de Washington
AFP  La Libre Belgique

Si l'Europe a d'abord réagi avec perplexité à la candidature de Donald Trump à la présidentielle américaine, sa progression dans la course à la Maison Blanche inquiète et sonne comme un avertissement pour les partis traditionnels du Vieux continent confrontés au populisme.
En visite à Washington, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est immiscé mardi dans la campagne américaine avec un discours visant clairement le favori de la primaire républicaine.
"En Allemagne et en Europe, quelque chose se développe dans notre vie politique et, pour être honnête, je le constate aussi ici aux Etats-Unis durant la campagne des primaires: c'est la politique de la peur", a-t-il dit devant des étudiants.
La presse européenne s'est également fait l'écho de ces craintes à mesure que l'hypothèse d'une victoire du milliardaire de 69 ans à la primaire devenait plus tangible, notamment après le "super mardi" lors duquel il a largement dominé ses rivaux.
Donald Trump à la Maison Blanche? Ce serait une "catastrophe planétaire", prévient l'éditorialiste du Financial Times Martin Wolf.
M. Trump est un "xénophobe et un ignare", ajoute-t-il sans ambages, dressant un parallèle entre la trajectoire du milliardaire et la chute de l'empire romain, voire même l'ascension d'Hitler.
"Lanceur d'alerte"
La presse française, unanime à s'inquiéter de l'ascension de Donald Trump, fait elle aussi le lien avec les succès électoraux récents de l'extrême droite en France et, au-delà, la montée des populismes en Europe.
"En France, on adore se moquer de Donald Trump", écrit le quotidien Le Parisien. Mais "s'il est bon de rire, il peut aussi être utile d'ouvrir les yeux".
"Le magnat de l'immobilier n'est pas qu'une curiosité yankee. Il fustige les élites en place, accuse les immigrés de tous les maux et promet la Lune aux petits Blancs déclassés par la crise. Une musique populiste bien connue de ce côté-ci de l?Atlantique. Et finalement bien plus inquiétante que drôle", ajoute-t-il.
"A sa manière, Trump est un lanceur d'alerte", juge de son côté le quotidien conservateur Le Figaro. "Aux élites politiques européennes, il vient rappeler qu'il est dangereux d'oublier la langue de ceux dont elles appellent le vote".
Alors qu'à droite comme à gauche, de très nombreux responsables politiques français ont dénoncé les prises de positions de Donald Trump, le milliardaire a reçu le soutien d'une autre incarnation du populisme: l'ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen.
"Si j'étais américain, je voterais Donald TRUMP", a déclaré le cofondateur du parti d'extrême droite sur Twitter.
Europe, USA, même constat
Pour le quotidien allemand Die Welt, Trump est finalement la version américaine de la montée de l'extrême droite et des populismes en Europe, un représentant d'une "envie de vengeance contre des élites arrogantes".
"Trump, Le Pen, (Frauke) Petry (chef du parti populiste allemand AFD) et tous les autres se ressemblent dans leur narcissisme qui se nourrit de tumulte et de la maladie de la démagogie", estime le journal.
"Quand les classes moyennes commencent à voter pour Trump, c'est que nous avons un problème", résume l'économiste suédois Sandro Scocco, du cercle de réflexion de gauche Arena, en imputant le succès des populistes au creusement des inégalités.
Ce sont les déclarations de M. Trump proposant d'empêcher "temporairement" les musulmans d'entrer aux Etats-Unis qui avaient, fin 2015, fait monter d'un cran, si ce n'est davantage, l'inquiétude en Europe vis-à-vis du tumultueux candidat à la primaire républicaine.
Ces "déclarations sont clivantes, stupides et fausses et s'il venait dans notre pays, nous serions tous unis contre lui", avait alors lâché le Premier ministre Britannique David Cameron.
Pour le Guardian, Trump et ceux qui militent pour une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne en vue du référendum sur la question prévu le 23 juin, sont "faits de la même étoffe".
"La raison pour laquelle le Royaume-Uni n'a pas de Donald Trump, c'est parce les mécontents s'expriment ici de manière codée, en s'opposant à l'Union européenne", ajoute le journal britannique, selon qui c'est "le long déclin social de l'Amérique (qui) a préparé le terrain pour Donald Trump".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MESSAGER DE L’INCERTITUDE

Et voilà que soudain nous sortons de l’anecdote bouffonne pour basculer doucement vers l’inquiétude. Ce Donald Trump, fils de l’imprévisible, semble soudain prendre de la consistance. Et voici que petit à petit la panique s’installe à Wall Street comme en témoigne à l’article du monde mais aussi au sein du parti républicain et dans toute l’Amérique comme en témoigne cet article singulier Daily News. Trump est regardé par Le Monde comme un bateleur narcissique, un ovni politique pesant quelques milliards de dollars, qui finance lui-même sa campagne, dit n’importe quoi, mais qui, de primaire en primaire, semble séduire une bonne partie de l’électorat ? Donald Trump, roi de la télé-réalité, de l’immobilier de luxe, des casinos et des clubs de golf pour millionnaires, tient plus que jamais la tête dans la course à l’investiture du parti pour le scrutin présidentiel de novembre. C’est inquiétant.
Il promet de ramener l’Amérique à sa grandeur passée. Trump gagne en tronçonnant « l’élite » politico-économique du pays – « l’establishment » –, y compris la direction républicaine. Il la rend responsable de la stagnation des revenus de la classe moyenne et d’une croissance anémique. Il dénonce le programme économique républicain : il est contre le libre-échange, pour une taxation forte de Wall Street et pour le maintien des grands programmes de sécurité sociale, bête noire du parti !
Faute de programme, il cible deux boucs émissaires : l’immigration et les économies émergentes
Contre le terrorisme, il prône ouvertement la torture des suspects – « Ça marche ». Contre Daech, il vante la solution B-52 : détruire les villes aux mains de l’EI sous un tapis de bombes. Il veut augmenter les dépenses militaires. Il se fiche comme d’une guigne du déficit du budget fédéral.
Comment ne pas évoquer face à ce phénomène sidérant la résistible ascension d’Hitler en Allemagne dans les années 30.
"En Allemagne et en Europe, quelque chose se développe dans notre vie politique et, pour être honnête, je le constate aussi ici aux Etats-Unis durant la campagne des primaires : c'est la politique de la peur  »  Walter Steinmeier.
C’est que le ministre des affaires étrangères d’Allemagne est vraiment un sage et sans doute l’un des meilleurs connaisseurs de la politique européenne ainsi que des relations avec la Russie.
MG

WALL STREET, UNE PRÉSIDENCE TRUMP FAIT PEUR
AFP Le Vif

Le milliardaire Donald Trump a tout pour plaire à Wall Street, qui l'a aidé à bâtir son empire immobilier, mais sa position de favori à l'investiture républicaine fait trembler les tenants du capitalisme américain.
La liste de leurs craintes est longue: guerres commerciales avec la Chine et le Mexique, hausse des impôts pour les plus riches, conflit ouvert avec la banque centrale, blocage au Congrès...
"Donald Trump fait peur à Wall Street", résume auprès de l'AFP Greg Valliere, chef stratégiste du fonds Horizon Investments. "C'est un électron libre. Il est porteur d'incertitude et les marchés détestent l'incertitude".
Les déclarations à l'emporte-pièce du magnat de l'immobilier depuis son entrée en campagne déconcertent les entreprises.
Il dénonce les gros salaires des grands patrons, la cupidité des banquiers et traders et les politiques d'immigration du pays alors que les milieux d'affaires apprécient l'arrivée de main d'oeuvre bon marché en provenance du Mexique.
Il y a aussi ses attaques récurrentes contre la Chine et le Japon, accusés de manipuler leurs monnaies, et contre le libre-échange au moment même où les Etats-Unis nouent des accords commerciaux avec la région Asie-Pacifique et l'Europe.
Son protectionnisme dérange les multinationales quand il distribue les cartons rouges à Ford et Apple, qui fabriquent une partie de leur production à l'étranger. Son appel au boycott d'Apple sur fond de bras de fer avec le FBI a également semé le trouble dans la Silicon Valley.
Son offensive contre les niches fiscales qui profitent aux fonds d'investissement a fini par sceller le divorce avec les voix influentes de la finance.
Mais Donald Trump sait aussi faire des oeillades aux milieux d'affaires en promettant une réduction des déficits et des baisses d'impôts pour les entreprises. Il loue également le milliardaire Carl Icahn, l'un des investisseurs les plus craints de Wall Street, dont il veut faire, une fois élu, son secrétaire au Trésor.
"Il ne rentre dans aucun moule économique. Il n'est pas un conservateur traditionnel comme Ronald Reagan qui serait attaché à une politique de l'offre faite de baisses d'impôts, d'ouverture aux échanges internationaux et à moins de régulation", indique Mark Perry, expert au groupe de réflexion conservateur American Enterprise Institute.
"Sa plateforme est réellement un mélange de populisme et d'isolationnisme", ajoute-t-il.
"Certains de mes clients apprécient qu'il (Donald Trump) veuille baisser les impôts pour les entreprises mais ils ont aussi très peur des représailles de la Chine en cas de guerre commerciale", déplore Chris Low gérant de portefeuille chez FTN Financial.
Sollicité par l'AFP, l'entourage de Donald Trump n'a pas donné suite.
Dans les milieux bancaires, c'est également un sentiment général anti-Trump qui prévaut. "L'image de M. Trump avec son doigt sur le bouton nucléaire me laisse sans voix", avait déclaré en septembre dernier le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein.
"Il est incapable de gérer une entreprise. Comment va-t-il pouvoir gérer un pays ?", s'interroge un banquier sous couvert de l'anonymat, renvoyant aux quatre faillites entre 1991 et 2009 des casinos Trump.
L'ancien candidat républicain à la Maison Blanche Mitt Romney s'est joint jeudi aux critiques en assurant que Trump était "loin d'être un génie des affaires".
"Ses faillites ont anéanti les petites entreprises et les hommes et femmes qui y travaillaient", a taclé M. Romney, qui est aussi l'ancien gérant de la société d'investissement Bains Capital.
Mais Donald Trump a toutefois su accumuler une fortune personnelle évaluée à 4,5 milliards de dollars -il affirme en avoir le double- et bâtir un empire économique qui va des immeubles de luxe aux parcours de golf.
"Parfois nous oublions derrière tout son discours, ses cheveux et ses shows de télé-réalité, qu'il sait vraiment construire des immeubles d'une manière extrêmement efficace et économique", assure à l'AFP Gwenda Blair, auteur d'une biographie sur la dynastie Trump ("The Trumps").
Depuis le retrait de Jeb Bush, qui avait les faveurs des milieux d'affaires, Wall Street se sent orphelin et se résignerait presque à une élection de la démocrate Hillary Clinton.
"Hillary Clinton est +le diable qu'on connaît+. C'est mieux qu'un +diable qu'on ne connaît pas+", avance Greg Valliere.
"La Bourse pourrait vaciller cet été s'il apparaît que Trump a des chances de l'emporter en novembre. En attendant, si ses succès lors des primaires se poursuivent, la volatilité va s'accroître", dit David Lafferty stratégiste chez Natixis Global Asset Management.
PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE 2016 : LE "DAILY NEWS" PRÉPARE LES AMÉRICAINS À FUIR SI DONALD TRUMP EST ÉLU PRÉSIDENT
AU CŒUR DE LA CAMPAGNE (5/5) - Le quotidien new-yorkais publie un guide pour "fuir le pays" et échapper à la "fin du monde".

Fuir, c’est une promesse qu’on entend ici ou là depuis plusieurs mois, chez les célébrités comme l’acteur Samuel Jackson. De plus en plus d'américains envisagent de quitter le territoire si jamais Donald Trump est élu président. Les médias semblent encourager ce mouvement. La Une du journal new-yorkais, le Daily News, au lendemain du "Super Tuesday", présente une allumette qui enflamme un passeport et un appel qui détourne le slogan du milliardaire. On passe donc de "Make America Great" à "Make America migrate" ("Que l’Amérique émigre !").

"Vous vous souvenez quand vous aviez dit que vous quitteriez l’Amérique si Donald Trump était élu ? Et bien, il est temps de se préparer", prévient le tabloïd, qui publie aussi en page intérieure, un guide pour "fuir le pays" et échapper à la "fin du monde".


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