samedi 30 avril 2016

La Belgique près de défaillir ?


Par Jean Quatremer, Correspondant à Bruxelles
Libération 


A Molenbeek le 19 mars, au lendemain de l’arrestation de Salah Abdeslam. Photo Sander de Wilde

Métro, aéroport, réseau téléphonique… De la remise en route des infrastructures à leur entretien au quotidien, les attentats ont révélé une déliquescence de l’Etat central, déchiré par plus de cinquante ans de luttes entre Flamands et Wallons. La Belgique près de défaillir ?
La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population. Les attentats du 22 mars ont fait éclater la bulle de déni dans laquelle le pays se complaisait depuis longtemps. La déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone, est apparue au grand jour lorsque les Belges et le monde entier ont découvert, à la suite des tueries du 13 Novembre à Paris, qu’il avait laissé se développer, au cœur de sa capitale, mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques.
Le couvre-feu imposé à Bruxelles durant presque une semaine, fin novembre, par des autorités publiques totalement paniquées, a mis en évidence la déraison d’Etat belge, aucune explication rationnelle n’ayant été fournie à ce jour à ce lockdown sans précédent qui a coûté 0,1 % de son PIB au royaume. Mais ce sont surtout les attentats de Bruxelles et leurs suites qui ont achevé la relative indifférence des habitants pour la chose publique. Les Belges ont découvert coup sur coup que la planque de Salah Abdeslam (arrêté vivant à 500 mètres de son domicile familial après 4 mois de traque) était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines (Flandre), qui n’a pas jugé utile de transmettre l’information, et que le terroriste n’a été interrogé que deux petites heures après son arrestation, le 18 mars, chacun s’employant à faire savoir qu’il balançait ses complices, qui se sont empressés de se faire exploser quatre jours plus tard… Pis : il est apparu que le gouvernement fédéral avait délibérément ignoré des rapports de la Commission européenne pointant les graves insuffisances en matière de sécurité de l’aéroport, ce qui a conduit la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant, à démissionner.
Depuis, la gabegie non seulement n’a pas cessé, mais s’est amplifiée : aucune reprise en main, aucun sursaut d’unité nationale à l’image de la «marche blanche» qui avait suivi l’arrestation de Dutroux en 1996. La sidération semble avoir emporté ce qui restait de l’Etat, celui-ci multipliant les décisions sans queue ni tête au point de mettre en péril l’économie de la capitale et du pays. Ainsi, un mois plus tard, sans que l’on sache exactement pourquoi, l’aéroport de Bruxelles, poumon du pays, n’est que partiellement opérationnel, alors que seul le hall d’accueil a été touché, les autorités conseillant même de venir la veille de son vol pour s’enregistrer. Bruxelles-National n’est à nouveau desservi par train que depuis lundi, bien que la gare n’ait pas été touchée, sans que personne n’en fournisse la raison. De même, le métro est resté très perturbé jusqu’à lundi (fermeture de la moitié des stations, interruption du trafic à 19 heures, puis à 22 heures, accès aux stations limités à une ou deux bouches) par «mesure de sécurité», ce qui a poussé les gens à s’agglutiner pour entrer ou à s’entasser dans les tramways et les bus, qui sont pourtant autant de cibles potentielles. Dans cette ambiance délétère, les policiers de l’aéroport ont réussi à se mettre en grève une semaine après les attentats, suivis par les transporteurs routiers, qui ont pendant plusieurs jours bloqué les routes belges pour protester contre la vignette routière, et, pour faire bonne mesure, par les contrôleurs aériens… Et que dire de l’impossibilité d’utiliser un téléphone portable le jour des attentats (y compris pour les services de secours), le réseau étant tombé en rade sans que, encore une fois, on ne sache pourquoi.
Il aurait été dommage de s’arrêter en si bon chemin. Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, du parti indépendantiste flamand N-VA, première formation du pays, a rappelé au monde entier qu’il avait des racines d’extrême droite mal digérées. Après avoir comparé ingénument les terroristes islamistes aux Juifs qui «sont parvenus à rester quatre ans dans la clandestinité et ce, malgré le fait qu’un régime effrayant les recherchait de manière continue» pour justifier l’impotence de sa police, il a affirmé sans l’ombre d’une preuve qu’une «partie significative de la communauté musulmane avait dansé à l’occasion des attentats», mettant à mal les tentatives de renouer les liens entre les communautés. Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de «souche» et ceux issus de l’immigration.
L’impotence de l’Etat et de ses nombreuses subdivisions est aussi apparue au grand jour, sur un mode moins dramatique mais aussi douloureux sur le plan économique, lorsqu’une partie des tunnels et viaducs, legs du tout-voiture des années 50-80 qui a défiguré Bruxelles et menace de s’effondrer, a dû être fermée à partir de la fin du mois de janvier faute d’argent pour les entretenir. L’état de délabrement avancé d’une capitale détestée tant par la Flandre, qui lui reproche de ne pas parler le flamand, que par la Wallonie, centrée sur ses provinces, est alors apparu comme un symbole des maux belges. Une capitale qui est aussi celle de l’Union, à son grand désespoir. Et que dire des centrales nucléaires du pays qui coalisent les voisins, de plus en plus inquiets des conséquences d’un «Tchernobyl-sur-Meuse». Pour l’instant, la seule réponse de l’«Etat» belge est d’envisager de distribuer des pilules d’iode à ses citoyens…
Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’Etat, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales ? Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. De là à le qualifier de failed state («Etat en déliquescence»), il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi, y compris en Belgique, ce qui est totalement nouveau.
Mais le personnel politique refuse d’en tirer la moindre leçon : la N-VA, principal membre de la majorité au pouvoir, qui a perdu des points dans les sondages au profit de l’extrême droite du Vlaams Belang, vient ainsi de durcir le ton. Contre toute évidence, ses responsables affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?
Jean Quatremer Correspondant à Bruxelles 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUSSELS BLUES : KIP-KAP BLUES

« Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’Etat, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales ? Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. De là à le qualifier de failed state («Etat en déliquescence»), il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi, y compris en Belgique, ce qui est totalement nouveau. »
Failed State ! La Belgique est moribonde. Il règne à Bruxelles un climat de fin de règne : celui du bon sens et du pragmatisme bon enfant qui a passé le relais à la forme de gouvernance la plus brouillonne qui soit.
La déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone, est apparue au grand jour lorsque les Belges et le monde entier ont découvert, à la suite des tueries du 13 Novembre à Paris, qu’il avait laissé se développer, au cœur de sa capitale, mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques.
Bruxelles, si volontiers louangée par les évadés fiscaux de France et de Navarre, souffre d’un collapse d’image et semble avoir perdu son aura même auprès de ses habitants qui la fuient depuis des décennies pour une banlieue verte où l’on périt d’ennui.
La morosité plombe l’atmosphère dans le métro, les cafés et les maisons de bouches menacées de faillite par une politique  de la mobilité insensée. L’humour belge est plombé de désespoir et même la bière belge a pris un goût amer. Brussels Blues ; Kipkapblues.
L’état de délabrement avancé d’une capitale détestée tant par la Flandre, qui lui reproche de ne pas parler le flamand, que par la Wallonie, centrée sur ses provinces, est alors apparu comme un symbole des maux belges.
La gabegie non seulement n’a pas cessé, mais s’est amplifiée : aucune reprise en main, aucun sursaut d’unité nationale à l’image de la «marche blanche» qui avait suivi l’arrestation de Dutroux en 1996.
Le peuple belge, qui du reste n’existe pas, pratique plus que jamais la haine de soi.
Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de «souche» et ceux issus de l’immigration.
Rien ne va plus, comme dit le croupier de nuit quand il lance la boule en manoeuvrant la roulette du destin.
Contre toute évidence, les responsables de la NVA affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?
La N-VA entend bien asséner à la Belgique le coup de grâce avant les prochaines élections de 2019. On se demande vraiment qui succédera à la défaillante suédoise qui va d’échec en démission. Une seconde suédoise ? C’est très peu probable. Une nouvelle tripartite ? Peut-être, mais sans la N-VA qui continuera son show en se régénérant dans l’opposition.  Charles Michel a perdu son pari, il disparaîtra dans les oubliettes de la triste histoire de ce pays à l’agonie.
Mais rien n’est plus déprimant que le trajet filmé dans le métro d’un roi Philippe raide et gauche entouré de ses garde-corps et interpellé par un quidam d’âge mûr en casquette et au ton faussement enjoué.
Pauvre Belgique et pôvre Bruxelles. Mais aussi pauvre Europe, pauvre Vieux Continent. Il est tout simplement vieux, dépassé, pris dans une spirale infernale. Les pays européens s'appauvrissent, le rêve européen se délite. La Belgique qui lui servit longtemps de prototype à l’Europe est en ruine ; l’Europe ne se porte pas mieux.
MG

UN LECTEUR COMMENTE DANS LE VIF :
Dans 2 ou 3 ans, la plupart vont voter pour les mêmes ou pour l'alternance "habituelle"! MAIS OU EST LE PROBLEME? Tant que nous pouvons rouler avec une belle bagnole, tapoter sur notre smartphone,communiquer avec une armée "d'amis" sur facebook ou Twitter,voir les foot, tennis,cyclisme en "life" ou à la télé,se balader dans des shopping-centers de plus en plus vastes et partir qlqs semaines par an au soleil ..... "C'est pas beau la vie"?
UN AUTRE
2016, le grand -père a son petit-fils. En 1960 j'ai hérité de mes parents un beau pays, riche et prospère ou il faisait bon vivre et travailler. Un pays parmi les plus riches du monde. Aujourd'hui je te laisse à mon tour un pays en miette, avec 440 milliards de dettes et pas beaucoup de travail. Un pays qui descend dans tous les sondages. Excusez moi mon petit de n'avoir pas mieux protégé et d'avoir gaspillé ton héritage. Il te faudra travailler dur pour payer mes dettes et le pays risque de tomber en plus dans une guerre civile. Bonne chance mon petit. Bonne chance.

vendredi 29 avril 2016

"Il faut rendre publics les revenus des politiciens"


Le Vif  Opinions
Peter Mertens, Président du PTB
"Il faut rendre publics les revenus des politiciens"
"Les hommes politiques qui touchent 10 000 euros par mois sont de plus en plus hors de la réalité, écrit Peter Mertens, le président du PTB. Ils ne vivent pas dans le monde des très chères factures d'électricité, des conditions de travail pénibles et de l'obligation de travailler plus longtemps. Nous voulons que les revenus des politiciens soient rendus publics. Et limiter leur salaire à un montant maximal ne serait par ailleurs pas une mauvaise chose."


Le parlement européen © AFP 

Je les rencontre régulièrement lors de débats, ces politiciens du pouvoir qui, d'un revers de la main, balaient de la table les prix élevés de l'énergie. Puisque leur facture de gaz et d'électricité ne représente qu'à peine 1% de leur budget mensuel, ils ne peuvent s'imaginer que, chaque mois, énormément de gens doivent consacrer non pas un 1, mais 10% de leur revenu à payer leur énergie.
LES HOMMES POLITIQUES QUI TOUCHENT 10 000 EUROS PAR MOIS SONT DE PLUS EN PLUS HORS DE LA RÉALITÉ
Il en va de même pour la jeune génération de politiciens, les nouveaux "boys" de la rue de la Loi, qui n'ont jamais vu une usine de l'intérieur et soutiennent sans rougir qu'il faut faire travailler les gens deux ou trois années de plus. Eux-mêmes sont assurés de bénéficier d'une pension de 3 ou 4 000 euros... quand ils auront à peine 52 ans. Il y a aussi les parlementaires qui plaident en long et en large pour allonger le temps de travail - et recommandent en même temps de se "déstresser" -, sans avoir la moindre idée de ce qu'est l'économie réelle et des cadences infernales qui existent dans quasiment tous les secteurs. La crise sociale, avec son très large fossé entre l'abondance pour quelques-uns et le manque pour tous les autres, va de pair avec une autre crise : la crise de la légitimité politique.
LE PROBLÈME DES EURO-POLITICIENS À 10 000 EUROS
Bruno a 41 ans. Il est facteur. Il doit donc se lever très tôt pour aller distribuer le courrier, qu'il vente ou qu'il pleuve. Il est chronométré, et a de moins en moins de temps pour les gens. Après une carrière de 40 ans, Bruno aura droit à une pension de 1 548 euros. Il n'a pas de deuxième pilier (de pension extra-légale). Si les mesures du gouvernement passent, Bruno perdra chaque mois 329 euros de pension. Il devra désormais s'en tirer avec 1 219 euros. Une fameuse saignée... "Nous vivons tous au-dessus de nos moyens", a entendu Bruno. Et, bien sûr, cette phrase le met en colère.
La phrase du vice-Premier ministre Kris Peeters (CD&V) est typique de notre époque. "Une citation malheureuse", dit-on. Certes. Mais la sortie verbale de Peeters montre bien à quel point un nombre croissant de politiciens et de responsables sont de plus en plus étrangers au monde. Quand on gagne chaque mois 10 786 euros, comme Kris Peeters, on ferait bien de réfléchir à deux fois avant de sortir de grands discours sur le niveau de vie des autres. Il est en effet choquant que cette génération de politiciens à 10 000 euros pointe un doigt accusateur sur les prétendus "privilèges" des dockers, des puéricultrices, des facteurs, des cheminots et des aiguilleurs du ciel, alors que leurs propres privilèges restent d'année en année entièrement préservés.
D'UN CÔTÉ, ON SE SERT EN ABONDANCE, DE L'AUTRE, ON IMPOSE RESTRICTION SUR RESTRICTION À LA POPULATION. C'EST ÇA, L'AVENIR ?
Dans l'actuel discours de droite politiquement correct, aborder la question de l'écart de revenu avec la classe politique est un grand tabou. Ainsi, la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, m'affirme que je souffrirais d'une "image négative du monde" qui, en outre, "s'appuie sur le passé". Or elle-même, en tant que présidente de son parti, gagne environ 203 000 euros bruts par an, un montant qu'elle arrondit, en tant qu'échevine d'Aarschot, avec 47 000 autres euros. Rien que pour cela, il est tout à fait inapproprié de prononcer de grands discours sur le rythme de travail de gens qui doivent travailler en continu, souffrent de problèmes au dos et ont du mal à payer leur facture d'électricité.
Il est tout aussi dérangeant que Mme Rutten dépeigne les moeurs politiques du 20esiècle comme une sorte d'usine de l'avenir. "Liberté et avenir, tel est le modèle que nous voulons", affirme donc la présidente libérale. Vraiment ? Jetons un coup d'oeil du côté de son collègue de parti Guy Verhofstadt, une figure de proue de ces politiciens du self-service qui s'enrichissent en rendant des services aux grandes entreprises industrielles et institutions financières, mais qui imposent restriction sur restriction à la population. C'est ça, l'avenir ?
LA "LIBERTÉ" DE M. VERHOFSTADT
La liberté de M. Verhofstadt est très grande, en effet. En sus de son très plantureux salaire de parlementaire européen, notre figure de proue du libéralisme gagne encore annuellement 230 000 euros sous forme d'extra. Pour un tel montant, d'autres doivent travailler pendant quinze ans. Par ailleurs, en tant qu'administrateur du holding Sofina - de la famille de millionnaires Boël -, Verhofstadt touche environ 130 500 euros de jetons de présence et défraiements. J'ai déjà écrit l'an dernier sur la manière dont Verhofstadt avait pris la liberté, via Sofina, d'être directement impliqué dans la privatisation de l'eau à Thessalonique, en Grèce. Ce que les libéraux appellent "liberté", les gens ordinaires, ceux comme vous et moi, le qualifient tout simplement de "confusion d'intérêts".
En outre, le champion de la "liberté et de l'avenir" touche 42 800 euros par an du fonds de pension néerlandais APG. Et son strapontin au conseil d'administration de l'armateur gazier Exmar lui rapporte également 60 000 euros par an. Exmar appartient à la richissime famille Saverys, une famille qui est - mais est-ce vraiment étonnant ? - également citée dans les Panama Papers.
Depuis des années, la famille Saverys fait partie de la fine fleur des multimillionnaires qui déterminent les faits et gestes des gouvernements belges successifs. Voici quelques décennies, la famille Saverys a vidé la réserve des subsides d'État prévus pour les chantiers navals Boel et Cockerill Yards. Elle a ensuite poursuivi dans cette voie en s'enrichissant par les subsides destinés aux sociétés d'armateurs. La semaine dernière, on apprenait que, le 17 mai, Verhofstadt allait quitter Exmar, passant son siège à Michel Delbaere, CEO de l'entreprise de légumes surgelés Crop's et ancien président de l'organisation patronale Voka. On se connaît bien, dans ce petit monde de "l'entre-nous". Tout là haut, au sommet, on est comme en famille. Cela, ce n'est pas un modèle d'avenir très démocratique, et cela, ce n'est pas la liberté. Désolé, Mme Rutten, je ne serai jamais assez cynique pour m'y faire.
AU PARLEMENT EUROPÉEN, ON N'AIME PAS LES FOUINEURS
Il y a quelques années, une équipe de la chaîne de télévision RTL Allemagne était allée au Parlement européen pour effectuer un reportage sur les jetons de présence que touchent les parlementaires. Ces eurodéputés ont tous un traitement de base de 7 957 euros bruts par mois. Pour leur ordinateur et leurs frais de téléphone et de courrier, ils bénéficient en outre d'un défraiement de 4 299 euros par mois. Quand un parlementaire est présent à une réunion, il reçoit en plus un petit extra de 304 euros par jour de présence. C'est censé "couvrir les frais de logement, les repas et autres dépenses qu'entraîne leur présence", lit-on sur le site internet de l'institution, qui précise que "le Parlement ne verse l'indemnité que si le parlementaire a signé une liste officielle des présences". Une petite addition montre, qu'au bout du compte, ces jetons de présence constituent un fameux supplément. En étant présent deux ou trois fois par semaine, un(e) député(e) voit ses émoluments augmenter rapidement de 2 500 euros d'extra. Bref, on n'est donc pas loin des 15 000 euros.
Le reportage télévisé montre comment les parlementaires signent le registre de présence, puis repartent tranquillement avec leur valisette à roulettes. Personne n'accepte de donner la moindre explication. "Ce ne sont pas vos affaires !", lance un parlementaire. Pourtant, il s'agit bien de l'argent de nos impôts. Essayez donc vous-même : le matin, vous présentez votre badge à la porte de l'usine ou du bureau, et vous faites aussitôt demi-tour tout en toisant avec arrogance ceux qui auraient l'audace de vous interpeller, et vous rentrez chez vous. Vous, votre C4 serait très vite prêt. Mais, au Parlement européen, la seule chose qui vous attend, c'est votre jeton de 304 euros.
Dans ce reportage, on voit quelques parlementaires qui en ont très vite assez de ces questions, pourtant poliment posées par les journalistes. Ils téléphonent à la sécurité, et sept gorilles viennent manu militari reconduire toute l'équipe de télévision vers la sortie. Dans la Mecque de la démocratie européenne, on n'aime pas les fouineurs.
RENDRE PUBLICS LES REVENUS DES MANDATAIRES POLITIQUES
Les parlementaires, conseillers provinciaux et conseillers communaux du PTB vivent d'un salaire modeste, de même que les personnes du service d'études, les avocats et les médecins des maisons médicales de Médecine pour le Peuple. Nos mandataires gagnent entre 1 600 et 1 800 euros nets par mois. S'ils touchent plus, par exemple en étant député au Parlement fédéral, le montant dépassant cette limite est alors reversé au parti. Pourquoi ce principe ? Parce que, dans cette société, nous ne connaissons que trop bien les tentations de l'argent et les immenses dégâts causés par la corruption et l'enrichissement personnel. On ne peut pas discourir à gauche et se remplit les poches à droite. Personne ne vous prendra au sérieux, et à très juste titre. Nous voulons que notre discours corresponde à notre choix de vie, et notre choix de vie à notre discours. Ce principe est également appliqué par la bourgmestre de Barcelone, Ada Colau, et par les élus de Podemos en Espagne. C'est un principe de transparence, un principe d'avenir.
Soyons clairs : nulle part, je n'ai affirmé qu'avec leurs fiches de paie à 10 000 euros, les politiciens étaient les plus gros gagnants de cette société. Dans l'action quotidienne de notre parti, nous pointons nos flèches bien plus haut, vers la couche supérieure des multimillionnaires. Pourtant, je comprends très bien que les gens soient dérangés par ces "politiciens à 10 000 euros", et que la confiance en la politique soit tombée à un niveau abyssal. L'an dernier, le PTB a introduit une proposition de loi pour rendre publics les revenus des mandataires politiques. "Quand il s'agit d'argent, la Belgique entretient une tradition du secret, avait alors déclaré le député fédéral PTB Raoul Hedebouw. Nous devons en finir avec cette tradition. Ceux qui, aujourd'hui, remplissent leur déclaration d'impôts sur internet remarquent que le document est déjà pré-complété pour eux. Les données de chaque salarié sont transparentes, et cette transparence doit être étendue aux mandataires politiques." Commençons par là. Et limiter leur salaire à un montant maximal ne serait par ailleurs pas une mauvaise chose. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NO COMMENT 

"Dans cette société, nous ne connaissons que trop bien les tentations de l'argent et les immenses dégâts causés par la corruption et l'enrichissement personnel. On ne peut pas discourir à gauche et se remplir les poches à droite. Personne ne vous prendra au sérieux, et à très juste titre. Nous voulons que notre discours corresponde à notre choix de vie, et notre choix de vie à notre discours. "

C’est vous qui le dites: «Pas de redoublement avant 15 ans, c’est absurde»

Le Soir
Chloé Monge-Cadet (St.) et Adrien Suys (St.)
Journée plus longue, congés plus longs : le pacte d’excellence, la grande réforme de l’enseignement, est presque terminée.


• © Le Soir
LES FAITS
Après un an de travail acharné, le groupe central du pacte d’excellence a compilé toutes les propositions de réformes proposées jusqu’à présent par le groupe de travail en charge du dossier. Le pacte d’excellence, qui est sur le point d’être finalisé, sera ensuite présenté au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui décidera de transformer ces réformes en décrets ou pas.
Au programme de cette grande réforme de l’enseignement, rallonger la journée type et prolonger les vacances de Carnaval et de Toussaint d’une semaine sans toucher aux grandes vacances. Également proposé, un tronc commun jusqu’à la troisième secondaire. À l’heure actuelle, il se termine un an plus tôt. Le redoublement serait interdit jusqu'à 15 ans.
Les enseignants considérés comme « expérimentés » pourraient aussi s’offrir une année sabbatique. Ils passeraient 50 % de leur temps à se former et seraient disponibles le reste du temps pour remplacer des collègues absents. L’obligation scolaire serait également imposée dès 3 ans et non plus 6 ; les maternelles deviendraient donc obligatoires. Le Certificat d’Etude de Base (CEB), quant à lui, deviendrait purement indicatif.
Vous avez été nombreux à réagir à ce sujet tant sur les réseaux sociaux que sur notre site internet. Le rallongement de la journée de 1 heure à 1h30 est fort critiqué.
AVELINE G.  : «  Personnellement, je refuse que mes enfants passent plus de temps avec leurs enseignants plutôt qu’en famille. L’éducation, c’est mon mari et moi qui la faisons. Ce n’est pas le travail de l’école. Perdre 1 heure à 1h30 chaque jour, je dis non.  »
JOELLE D.M.  : «  Les plus jeunes apprennent aussi par le jeu, vos horaires ne leur permettront plus rien !!! Même plus le temps de faire du sport qui est bon pour la santé, il y aura encore plus d’enfants en surpoids, trop longtemps assis sur un banc, à leur bureau à la maison et sans activités parascolaires et sportives. Il y aura beaucoup plus de décrochage scolaire.  »
MARC P.  : «  Si le temps passé à l’école est rallongé, on peut supposer que le temps de travail demandé à la maison sera réduit. Et dans ce cas, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée. Quand l’école est finie, elle est finie, j’ai toujours trouvé ça anormal qu’il soit quasi obligatoire de travailler chez soi après l’école pour réussir convenablement (pour le plus grand nombre en tout cas).  »
LILI L.  : «  Rallonger la journée d’école, c’est parfait. Comme ça, les mamans comme moi pourront travailler.  »
Le redoublement interdit avant 15 ans ainsi que le tronc commun imposé jusqu’en troisième secondaire a également fait couler beaucoup d’encre.
BERNARD V.  : «  Le redoublement donne l’occasion à un élève d’approfondir et surtout de comprendre ce qu’il n’a pas compris la première année, le laisser continuer à avancer ne fait que l’enfoncer un peu plus et le pousse au décrochage scolaire !  »
NATHALIE B.  : «  Pas de redoublement avant 15 ans, c’est vraiment absurde. J’étais déjà contre le fait de ne plus doubler en 1ère. Les enfants (et je parle du mien) deviennent de plus en plus fainéants, ils ne verront pas l’intérêt d’étudier puisque d’office ils passent dans la classe supérieure. Déjà que certains ne veulent pas étudier quand il n’y a pas interro. Du grand n’importe quoi.  »
ROSA P.  : «  On a déjà, en deuxième, un tas de jeunes complètement démotivés et en décrochage scolaire parce que l’enseignement général n’est pas fait pour eux, ils vont devoir rester un an de plus avant d’être enfin valorisés dans des matières qui leur conviendraient mieux!! Ne devait-on pas revaloriser l’enseignement technique et professionnel ??  »
ISABELLE P.  : «  Seule bonne idée, le CEB qui devient indicatif ! Beaucoup d’élèves qui réussissent le CEB ne sont pas prêts à aller en humanités ! Obliger l’enfant à aller jusqu’à la fin de la 3e année secondaire est du non-sens ! Certains élèves souhaitent aller en technique ou en professionnelle après la 6e primaire !  »
Le pacte d’excellence semble néanmoins en satisfaire certains, dont CORINNE H.  : « Enfin, une proposition intelligente ! Copiée sur le système utilisé en Scandinavie, où là-bas, il porte ses fruits et obtient de très bons résultats ! Plus de classification, ni d’orientation avant 15 ans. Le choix de l’orientation à 15 ans se base alors bien plus sur le goût de l’élève, et non pas parce qu’il n’atteint pas le niveau (comme cela se passe actuellement chez nous) !  ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE BON SENS DES BELGES.

La suppression du redoublement avant 15 ans n’est pas une mesure de caractère pédagogique mais elle est inspirée essentiellement  par les coûts budgétaires faramineux qu’entraînent les redoublements massifs pour un bénéfice pédagogique discutable. Supprimer le redoublement c’est briser le thermomètre et affirmer ensuite que le patient n’est pas fiévreux.
Et sur quels critères va-ton se fonder pour faire doubler demain les ados ayant atteint l’âge fatidique de 15 ans ? On peut imaginer que beaucoup seront réorientés  d’office vers le technique, voire le professionnel.
L’allongement des congés dits de détente va mettre beaucoup d’enfants et d’ados dans les rues sans surveillance. Bonjour les dégâts. Il faudrait que la collectivité organise des stages divers gratuits pour occuper les jeunes. Mais cela aurait un coût et Wallobrux est exsangue.
Le rallongement de la journée scolaire pour permettre des financer ces deux semaines de vacances supplémentaires est évidemment une fausse bonne idée. Puisque, on l’aura compris, il faut que l’enseignement coûte moins cher, il serait plus judicieux de créer enfin un réseau scolaire unique et faire ainsi de vraies économies d’échelle.
Et ce sera quoi demain une bonne école ?
Une école qui aura réussi à attirer le plus grand nombre possible d’enfants issus d’un milieu social très favorisé.  Tous les efforts visant à installer le mixité scolaire à l’école ont échoué. On est en train de transformer l’école en une vaste garderie et en une vraie usine à cancres. Qu’on ne s’étonne pas que la Wallonie et Bruxelles vont tout droit au déclin.
Ce qui est particulièrement cynique, c’est que ces mesures de caractère essentiellement budgétaires soient prises au nom d’un pacte qualifié d’excellence.
MG


LES RÉACTIONS :
On veut imposer des journées de 8 heures et demie, cinq jours par semaine, bref une semaine de 42 h 30. Ah j'oubliais, ce n'est pas aux adultes mais aux enfants, donc c'est OK. Appelons un chat un chat et ce système de la maltraitance.
Qui peut m'expliquer quel est le but du pacte d'excellence ?
Et jusqu'à 14ans vous faites quoi de vos enfants pendant que vous partez travailler? .... des vagabonds de rue?
J'ai 77 ans et j'essaie d'accompagner un élève de 2eme secondaire et je suis horrifiée par son manque d'intérêt pour les matières enseignées . Il est passé de 1ere en 2eme avec des échecs qui se répercutent maintenant . Il n'est pas motivé pour s'investir plus. Il a des lacunes en néerlandais alors que mon mari est d'origine flamande et il ne mord pas à l'aide proposée . Idem pour les lacunes en français avec moi .
Super, la fabrique à cons va se mettre sur les rails. Moins de cours, plus de vacances, plus de sport, interdit de redoubler avant la 4° secondaire (soit à 16 ans), merveilleux. Pourquoi me fatiguer à étudier (quoi) et à faire mes devoirs (si il y en a), de toute façon, je passe et dans 2 ans la quille. Le jeu est clair, créer une race de cons facilement manipulables et dépendants de la société.
Et c'est avec ça qu'on veut remonter la pente aux tests PISA ? Encore une soi-disant réforme à la Milquet, à côté de la plaque et des enjeux véritables !
L'école en Belgique, devient lentement mais sûrement une usine à produire de futurs chômeurs
Je suis perplexe : 1) qui va payer les deux semaines de vacances supplémentaires pour tous les enseignants…
Ahahaha .. Je pense que l'on nous prend pour des cons ... Est-ce vraiment un changement en faveur des enfants ou en faveur des ENSEIGNANTS? ... On ne me fera pas croire que se lever plus tard et avoir deux semaines de vacances supplémentaires PAYEES à la Toussaint et à Pâques étaient un besoin vital pour les enfants ... je me demande d'ailleurs comment les parents qui travaillent vont encore pouvoir conduire leurs enfants à l'école?
Une journée devrait effectivement être étendue mais avec des activités intellectuelles concentrées sur la matinée et du sport et de la culture l'après-midi. Ce qui est vraiment top dans cette école de la "réussite", c'est que le redoublement avant 15 ans ne sera plus autorisé (ou exceptionnellement). Les élèves cumuleront donc leurs lacunes jusqu'à cet âge. Magnifique ! Et merci qui ? "merci joelle et milquet" !
Voilà encore des décisions destinées à produire des générations d'abrutis. L'école n'est pas un centre d'attractions, on y va pour se former, s'instruire, apprendre la vie en communauté. Je suis tout à fait opposée à l'allongement 1h de la journée scolaire, les enfants (jeunes) ont déjà de très longues journées. Pour les ados, c'est déjà le cas dans beaucoup d'écoles, où, un ou deux jours par semaine, ils ont une heure de cours en plus. Quant aux congés de deux semaines toutes les sept semaines, que vont faire les enfants pendant ces congés ? Nos zélites au gouvernement disposent de personnel pour leurs enfants et ne se posent pas la question de ce que vont en faire les parents qui partent au boulot de 6h du mat à 6h du soir.
Vacances plus longues. Comment vous s'occupe les enfants des milieux où on n'a pas les moyens de payer des stages ? Je me demande si c'est vraiment une bonne idée!
L'excellence, pour moi, c'est 10 % de réussite, ce sont les meilleurs qui y arrivent et qui produisent l'émulation. C'est le paradigme anglo-saxon, évidemment, pas celui d'une sous-région d'un pays en voie de sous-développement. Seule gain : cela coûtera moins cher au budget et on pourra créer deux ou trois ministres de plus.
In Le Vif

jeudi 28 avril 2016

Appelons un chat, un chat ?


CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre Belgique


Les torrents de boue que charrient les réseaux sociaux témoignent de la désinhibition des propos les plus haineux. La médiatisation de la transgression permet à ceux qui s’identifient à des people de dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Une opinion de Véronique De Keyser, professeur de psychologie (ULg) et ancienne députée européenne.

Appelons un chat, un chat : cette phrase est devenue le sésame des politiques. Leur langue de bois, parce qu’ils veulent ratisser large sur les terres de leurs adversaires, avait fini par tuer l’information. Ce que le public veut désormais, c’est du vrai, même si ce vrai n’est que la conviction de l’orateur, même si ce vrai n’est qu’un produit éphémère issu de l’émotion. "Au moins il dit ce qu’il pense, et ose appeler un chat, un chat." En clair, au moins il ne ment pas comme tous les politiciens et il est honnête. La crise de confiance dans des politiciens, jugés retors, calculateurs, à la pêche constante aux voix, a fait émerger des Coluche, des Beppe Grillo, des clowns mais aussi des populistes moins éphémères et moins comiques. Ces héros d’un jour sont innombrables. Surexposés soudain dans les médias, ils retombent dans l’ombre le lendemain. Mais tous, pour jouir de cette gloire fut-elle fugace, doivent transgresser, faire bouger les lignes. Ils doivent oser, trouver la phrase choc, attaquer l’establishment qui étouffe les petites gens et en même temps, incarner une réussite. Plus la crise est sévère, plus cette attitude de transgression décomplexée fera mouche, rencontrera les vieilles rancœurs, sera la revanche des petits.
Lorsque le gouverneur de la province de Flandre occidentale, représentant le pouvoir fédéral belge, déclare le 3 février 2016 qu’"Il ne faut pas nourrir les migrants pour ne pas créer un appel d’air" , ou que les Danois votent la confiscation des biens personnels des réfugiés "qui peuvent cependant garder leur alliance" (sic !) Marine Le Pen doit se sentir battue sur son propre terrain. Les propos racistes et islamophobes de Donald Trump auraient été inaudibles il y a huit ans, lors de l’élection de Barack Obama. Certes, à l’occasion de sa campagne, le Klu Klux Klan s’était déchaîné, et le Tea Party également, mais le phénomène restait marginal : aucun de ses adversaires, pas même Sarah Palin n’a poussé l’attaque xénophobe aussi loin que certains candidats actuels à la présidence des Etats-Unis. La médiatisation de la transgression conforte tous ceux qui s’identifient à des people : ils peuvent désormais dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Les torrents de boue que charrient les réseaux sociaux dépourvus de modérateurs, sont là pour témoigner de la désinhibition des propos les plus haineux.
L’INACCEPTABLE DEVENU TOLÉRABLE
Il y a dix ans, l’escalade par des gamins en guenilles des grillages de Ceuta et Melilla nous causait un malaise. Même réaction face aux migrants de Calais, montant à l’assaut des camions. Devant ces images fortes, certains téléspectateurs sensibles zappaient sur une autre chaîne. Nous avions honte de vivre dans une Europe forteresse. Aujourd’hui, nous avons honte des Danois qui font main basse sur les bijoux des réfugiés, à l’instar des passeurs de Juifs en 1940-1945. Ces transgressions répétées de normes et de valeurs démocratiques, jugées un temps inqualifiables, font bouger les lignes. Mais pas dans le bon sens. Dans le sens d’un inacceptable devenu tolérable, parce qu’il se produit par touches répétées. Pleurerons-nous encore devant la photo d’un deuxième petit Eylan ? Rien n’est moins sûr. Car derrière cette image surgirait furtivement l’idée que cet enfant pourrait être le fils du passeur. Celui dont la sœur émigrée au Canada aurait, selon la rumeur, tardé à envoyer son chèque à son frère. Ce serait elle la responsable, finalement, pas nous. L’égoïsme se nourrit de tant de ruses ! Et ce, après avoir versé des larmes de crocodile sur la dépouille d’un petit garçon, la tête dans l’eau - parce qu’il ressemble tellement à celui que nous avons laissé chez nous, bien au chaud sous son édredon. Que Ceuta et Melilla nous laissent désormais impassibles, que Marine Le Pen ose aller à Lampedusa dire qu’on ne peut pas accepter toute la misère du monde, est un non-événement. Que le ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon n’hésite pas, en avril 2016, à lancer à la presse qu’une "partie significative des musulmans a fêté les attentats terroristes de Bruxelles du 22 mars" , et cela sans preuve et sans excuse et qu’il n’est pas sommé de présenter sa démission, est monstrueux. Mais c’est dans la ligne directe des propos du gouverneur de la Flandre orientale, puis du comte Lippens, bourgmestre de Knokke : simplement, c’est au niveau le plus haut cette fois que les chiens sont lâchés.
A petits coups répétés, le délitement des solidarités s’installe. Un système effrayant se met en place.
LE DANGER SOURNOIS DES LENTES DÉRIVES
Dans l’évaluation de la sécurité d’un système, il y a des défaillances qu’on peut déceler immédiatement car elles entraînent une brusque dégradation des paramètres clés. Si cela se produit dans une centrale nucléaire, même si un opérateur ne parvient pas à diagnostiquer la cause du problème, il suivra la procédure d’urgence permettant d’éviter la catastrophe. Le vrai danger est plus sournois : ce sont les "drifts", les dérives lentes de certains paramètres, auxquelles on s’habitue, car elles font graduellement partie du paysage.
Elles se creusent et minent le système, comme autant de fissures presque invisibles. Et quand la catastrophe survient, il est trop tard pour revenir en arrière. Pour qui a lu "La destruction des Juifs d’Europe" de Raul Hilberg (1), les lentes dérives d’un système politique, passées non pas inaperçues, mais finalement acceptées par la majorité, doivent rappeler quelque chose. Comment construire le mal ordinaire ? Celui dont on ne s’offusque surtout pas, puisqu’il est pensé par d’autres ? Celui dont on pourra toujours se défausser - ce n’était pas moi, je n’ai fait qu’obéir aux ordres ? Et bien, par touches successives. A tous petits pas.
En évitant d’offusquer, en changeant le vocabulaire, en changeant les lois, en déportant les gens ce qui les soustrait au regard. Dans des "trains de vacances" et non dans des convois vers la mort. En dissimilant, en enfermant, en créant une discrimination entre eux et nous. Nous, les authentiques, les seuls ayants droit. Les seuls légitimes. Quand on compare la manière dont les Kosovars ont été accueillis dans nos pays au moment de la guerre de Yougoslavie qui s’embrasait à nos frontières, il y avait de la crainte, mais beaucoup de compassion.
La guerre avait été odieuse et des rumeurs circulaient sur des colliers d’oreilles coupées et de charniers secrets. Aujourd’hui, la détresse des réfugiés est oblitérée par le souvenir des attentats récents commis par Daech : ceux de Paris, mais aussi de Beyrouth, de l’avion russe disparu en plein vol, et de tout autre attentat "imminent et quasi inéluctable" selon les autorités françaises. Ceux de Bruxelles désormais. Contre toute logique, les victimes deviennent les bourreaux potentiels : assimilés à des terroristes, ou s’ils ne le sont pas, au moins à des musulmans et en tout cas à des arabes (autant de crimes passés, présents et à venir) les réfugiés payent pour Daech, pour Bachar Al Assad, et surtout pour leur misère. Car après tout mêmes s’ils ne sont pas des criminels, ils ne sont pas citoyens des Etats membres et ils viennent manger un pain qu’ils n’ont pas gagné. La peur est un scénariste impitoyable.

(1) Raoul Hilberg, "La destruction des Juifs d’Europe", Gallimard 1961, Coll. Folio 38/39. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’INACCEPTABLE DEVENU TOLÉRABLE 

"La médiatisation de la transgression permet à ceux qui s’identifient à des people de dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas.  
Ce que le public veut désormais, c’est du vrai, même si ce vrai n’est que la conviction de l’orateur, même si ce vrai n’est qu’un produit éphémère issu de l’émotion. "Au moins il dit ce qu’il pense, et ose appeler un chat, un chat."  Plus la crise est sévère, plus cette attitude de transgression décomplexée fera mouche, rencontrera les vieilles rancœurs, sera la revanche des petits.
C’est une retombée assez malheureuse des réseaux sociaux. Comment la combattre ? Comment la neutraliser ? Par un enseignement qui développe l’esprit critique. Vite dit…
Les propos racistes et islamophobes de Donald Trump auraient été inaudibles il y a huit ans, lors de l’élection de Barack Obama.
Les torrents de boue que charrient les réseaux sociaux dépourvus de modérateurs, sont là pour témoigner de la désinhibition des propos les plus haineux.
Cette parole déshumanisée et déshumanisante a eu cours sous le troisième Reich où elle était carrément la doxa dominante. Il semble qu’on y revienne.
Ces transgressions répétées de normes et de valeurs démocratiques, jugées un temps inqualifiables, font bouger les lignes. Mais pas dans le bon sens. Dans le sens d’un inacceptable devenu tolérable, parce qu’il se produit par touches répétées.
L’égoïsme se nourrit de tant de ruses ! A petits coups répétés, le délitement des solidarités s’installe. Un système effrayant se met en place. Une tendance qui ne  fait qu’exprimer publiquement ce qui gît inexprimé au fond du conscient et de l’inconscient de la majorité des gens. Se montrer perméable à l’autre et tolérant exige un effort considérable sur soi. Cela demande, comme l’interculturel, du reste, qu’on aille au rebours de sa pente, qu’on se force à aller vers l’autre.
Le vrai danger est plus sournois : ce sont les "drifts", les dérives lentes de certains paramètres, auxquelles on s’habitue, car elles font graduellement partie du paysage.
Certes, si on caresse la bête dans le sens du poil elle aura tendance à relâcher ses défenses.
Les lentes dérives d’un système politique, passées non pas inaperçues, mais finalement acceptées par la majorité, doivent rappeler quelque chose. Comment construire le mal ordinaire ? Celui dont on ne s’offusque surtout pas, puisqu’il est pensé par d’autres ? Celui dont on pourra toujours se défausser - ce n’était pas moi, je n’ai fait qu’obéir aux ordres ? Et bien, par touches successives. A tous petits pas.
La peur est un scénariste impitoyable." 
La formule est superbe. Elle invite à la méditation. Ce qu’il faut donc, c’est vaincre sa peur de l’autre et aussi peut-être sa peur de soi. 
Facile à dire mais très difficile à faire. C’est pourtant la seule voie.
MG


mercredi 27 avril 2016

"On casse des élèves à la chaîne"

La Libre

ENTRETIEN ANNICK HOVINE
Pour l’économiste Jean Hindriks (UCL et Itinera), l’école ne joue pas son rôle dans le développement de la résilience. 


VOUS ÊTES TRÈS DUR VIS-À-VIS DE L’ÉCOLE.
Mais une école qui fait échouer la moitié de ses élèves ne développe pas du tout la confiance en soi des élèves : elle les casse. Et chez nous, on en casse à la chaîne. On a le taux d’échec le plus élevé de tout l’OCDE et j’inclus là-dedans des pays comme le Chili ou la Turquie… C’est dramatique. C’est invraisemblable cette espèce de machine à détruire des jeunes et le peu de confiance qu’ils ont à 15 ans. Quand on casse la confiance, on casse la résilience. L’école a un rôle central à jouer et elle ne le joue pas.
QUEL EST LE CŒUR DU PROBLÈME ?
J’ai mesuré l’inégalité entre établissements scolaires : elle est la plus grande chez nous de tous les pays de l’OCDE. Il y a une telle hiérarchie, une telle différence, dramatique, entre les écoles d’en haut, hyperperformantes, et les écoles d’en bas, où vous avez plutôt tendance à vous retrouver si vous venez d’un milieu défavorisé. Ce n’est plus possible de gravir les échelons : ils sont trop espacés. Au Canada, où il y a une très bonne mobilité sociale, ce genre d’écarts entre écoles est beaucoup moins grand. L’inégalité se trouve entre élèves forts et élèves faibles au sein de même établissement et il peut y avoir une dynamique positive.
L’ÉTUDE MONTRE QUE LA MOBILITÉ SOCIALE EST PLUS FORTE DANS LE RÉSEAU OFFICIEL QUE DANS LE RÉSEAU LIBRE. POURQUOI ?
Il y a une plus grande proportion d’élèves de milieux défavorisés dans le réseau officiel. Il y a moins d’écarts entre écoles. Ce n’est pas qu’un problème de mixité sociale mais aussi de niveaux d’élèves. Si on veut l’égalité des chances, il faudrait que les écoles aient une proportion égale d’élèves difficiles et faciles. Chez nous, ce qui se passe, c’est que les élèves à difficultés sont concentrés dans certaines écoles et les élèves faciles dans d’autres. On sait que le réseau libre a tendance à faire de l’écrémage, même si ce n’est pas volontaire. Les élèves qui ont plus de facilités sont davantage représentés dans ce réseau-là. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FORTE DUALISATION DES CONDITIONS DE VIE DE LA JEUNESSE BRUXELLOISE

Il y a une grande précarité sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement, de l’accès aux soins de santé…
Tout est dit. A terme, c’est absolument intenable. Reste à savoir ce que à terme signifie ? Cinq ans ? dix ou quinze ?  Ce qui est sûr c’est que la marmite qui bout finira par exploser. Elle explose déjà avec les départs en Syrie et les monstrueux attentats djihadistes.
En réalité, plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles avec des vies "en parallèle". "Elles se croisent peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquent pas le même type de mobilité, et n’ont ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi".
"il est nécessaire d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche".
C’est tout à fait exact mais comment procéder concrètement ? C’est l’école qui doit innover et surprendre par sa créativité. Le pacte d’excellence est une grand-messe médiatique dont il ne se dégage que des réformettes que devra mener à bien une Marie Martine Schyns sans charisme.
C’est carrément tragique.
Ils sont particulièrement sujets au chômage. Ils cumulent souvent plusieurs désavantages : sans diplôme, issu de l’immigration, vivant dans des quartiers précarisés, avec des parents eux-mêmes sans emploi. En 2014, le taux de chômage des jeunes actifs de 15 à 24 ans était de 39,5 %. Puis une nouvelle catégorie de jeunes émerge : les NEETs (Neither in employment nor in education and training) des jeunes qui ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail.
Ils sont où ceux-là ?  Dans la rue, la délinquance, le décrochage social ?
Vu la restriction croissante du droit aux allocations de chômage, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’aide sociale. La part de jeunes recevant une allocation d’aide sociale est d’ailleurs particulièrement élevée par rapport aux personnes relevant d’autres tranches d’âge.
« Le nombre de citoyens bénéficiaires du CPAS ne cesse d’augmenter à Schaerbeek. Ils étaient 1.750 à l’arrivée de Dominique Decoux à la présidence en 2000 : ils sont 6.550 aujourd’hui. » (Le Soir)
De plus en plus de jeunes en décrochage total font appel à cet expédient.
La géographie du taux de chômage montre une forte opposition centre-périphérie, avec des proportions très élevées de jeunes inscrits au chômage dans les espaces défavorisés du croissant pauvre (48 % à Saint-Josse contre 26,7 % à Woluwe-St-Pierre en 2012, par exemple).
C’est un problème d’une ampleur exceptionnelle qui devrait être la première priorité des autorités publiques car il offre un terreau fertile pour tous les vendeurs d’illusion qu’il s’agisse de la petite mafia des stupéfiants qui les fait glisser dans la délinquance ou de la grande mafia du Daesh qui les attire vers la barbarie. 
On en vient à se demander ce que font les pouvoirs publics et avec quel taux de réussite pour lutter contre ce fléau social qui prend des proportions terrifiantes et entraîne le renforcement des départs de la classe moyenne vers le périphérie et donc toujours moins de rentrées fiscales pour Bruxelles.
Mais nos responsables politique ont déjà tellement à faire avec la gestion (digestion) du piétonnier, des tunnels et forcément de la mobilité exécrable dans la région capitale…
MG 


LA POPULATION BRUXELLOISE EST LA PLUS JEUNE DU PAYS, MAIS TRÈS DUALISÉE
CHRISTIAN LAPORTE  La Libre
Belgique

CE QUI DEVRAIT ÊTRE UN ATOUT SE CARACTÉRISE AUSSI PAR UNE FORTE DUALISATION.
La population bruxelloise est la plus jeune de Belgique. En 2015, les jeunes âgés de 12 à 24 ans y représentaient 15 % de l’ensemble. De quoi donner envie de faire une radiographie de cette catégorie de la population de plus en plus nombreuse à Bruxelles mais cela nécessita de faire une synthèse de la noria de travaux portant sur le sujet ! Le Brussels Studies Institute a rassemblé autour de la sociologue Muriel Sacco (l’ULB) une équipe mêlant des chercheurs francophones et néerlandophones.
La note produite, à l’initiative de la Fondation Bernheim en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin porte sur près de 200 travaux d’universités, fondations, institutions publiques, associations…
Des acteurs de terrain ont complété les informations récoltées et permis de mieux appréhender les enjeux du travail au sujet des jeunes. Il en est issu un portrait partiel et fragmenté de la jeunesse bruxelloise. A l’image du morcellement des institutions… notamment sur le plan communautaire.
Reste que la note de synthèse permet de dégager quelques constats partagés.
Un : l’importance numérique et la diversité croissante de la jeunesse en Région bruxelloise. Deux : le portrait est assez sombre. En effet, il y a une grande précarité sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement, de l’accès aux soins de santé…
PLUSIEURS JEUNESSES EN PARALLÈLE
La plupart des études concernent la jeunesse en difficulté ou défavorisée. Il en ressort une très forte dualisation des conditions de vie de la jeunesse bruxelloise.
En réalité, plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles avec des vies "en parallèle". "Elles se croisent peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquent pas le même type de mobilité, et n’ont ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi".
En outre, de nombreuses thématiques mériteraient d’être davantage étudiées. Ainsi on en sait peu sur la vie intime des jeunes, les déterminants du choix du partenaire amoureux, les goûts, les activités et les gestes de la vie quotidienne, ou les pratiques religieuses. Quelques rares analyses articulent la thématique du genre avec les relations sociales au sein de certaines communautés ethniques bruxelloises. La place des activités culturelles et sportives n’est que très partiellement connue.
IMPLIQUER AUSSI LES PREMIERS CONCERNÉS
Il y a donc pas mal de pain sur la planche. Beaucoup de ces connaissances viennent du canal scolaire. Il faut donc davantage mobiliser d’autres points d’entrée comme les loisirs et les espaces de la recherche d’emploi, de la formation, ainsi que les lieux de travail ou l’espace public. La conclusion coule de source : "il est nécessaire d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche".
NI À L’ÉCOLE, NI EN FORMATION, NI AU TRAVAIL
Les données sur l’accès des jeunes au marché du travail exposées dans la note sont interpellantes. On y apprend que si moins de 30 % des jeunes Bruxellois de 15 à 24 ans sont effectivement présents sur le marché de l’emploi, ils sont particulièrement sujets au chômage. Ils cumulent souvent plusieurs désavantages : sans diplôme, issu de l’immigration, vivant dans des quartiers précarisés, avec des parents eux-mêmes sans emploi. En 2014, le taux de chômage des jeunes actifs de 15 à 24 ans était de 39,5 %. Puis une nouvelle catégorie de jeunes émerge : les NEETs (Neither in employment nor in education and training) des jeunes qui ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail.
La géographie du taux de chômage montre une forte opposition centre-périphérie, avec des proportions très élevées de jeunes inscrits au chômage dans les espaces défavorisés du croissant pauvre (48 % à Saint-Josse contre 26,7 % à Woluwe-St-Pierre en 2012, par exemple). Ce taux élevé s’explique par le déficit de formation, de qualification et de connaissances des langues étrangères mais cela occulte l’insuffisance du nombre d’emplois disponibles et n’explique pas pourquoi à qualification égale les jeunes du croissant pauvre ont un taux de chômage plus élevé.
MOINS D’ALLOCATIONS DE CHÔMAGE, PLUS D’AIDES SOCIALES
Il y a donc un phénomène d’inégalité d’accès à l’emploi et de discrimination à l’embauche. La faible expérience professionnelle est pointée tout comme le manque de reconnaissance par les employeurs des compétences non attestées par des diplômes. Le phénomène de déqualification, par lequel des jeunes qualifiés, subissant eux aussi une certaine compétition dans la recherche d’un emploi, acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, renforce ces processus. Vu la restriction croissante du droit aux allocations de chômage, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’aide sociale. La part de jeunes recevant une allocation d’aide sociale est d’ailleurs particulièrement élevée par rapport aux personnes relevant d’autres tranches d’âge.

--> "Note de synthèse BSI. Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité" à lire dès ce lundi surwww.brusselsstudies.be





Djemila Benhabib : Considérer le musulman non comme un opprimé à défendre, mais comme un être universel aspirant à la modernité


Source : MEMRI FR

Le 18 mars 2016, le quotidien algérien francophone Al-Watan accordait un entretien à l’auteure algérienne québécoise Djemila Benhabib, à l’occasion de la sortie de son ouvrage  Après Charlie.«Laïcs de tous les pays, mobilisez-vous», écrit-elle, qualifiant les écrivains et penseurs algériens Kamel Daoud, Boualem Sansal et Amin Zaoui de phares dans l’obscurité. Extraits de l’interview d’Al-Watan : (1)



DJEMILA BENHABIB : LES DÉBATS RELATIFS À L’ISLAM SONT CENSURÉS DANS LES DÉMOCRATIES OCCIDENTALES
« J’ai toujours été sensible à la force des idées et à la brutalité déployée pour les étouffer. Lorsque la conférence de Mouloud Mammeri a été interdite en 1980, j’avais 8 ans et j’habitais à Oran. Bien entendu, je ne comprenais pas grand-chose à cette affaire. Néanmoins, interdire une parole libre me paraissait déjà suspect. (…)
L’histoire n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a deux façons de l’appréhender : la subir ou y participer. La dernière posture n’est pas de tout repos. Lorsqu’on est habité par une conscience, on se doit d’agir. Pour ma part, je le fais avec les mots et la parole. L’idée centrale de la citation que vous évoquez c’est la censure qui existe bel et bien dans les démocraties occidentales, s’agissant des débats entourant l’islam.
ON « NE RECONNAÎT PAS L’UNIVERSALITÉ DE L’ÊTRE DIT MUSULMAN. » ON « VOIT EN LUI TOUT AU PLUS UN ÊTRE DOMINÉ » QU’ON « SE DONNE POUR MISSION DE DÉFENDRE »
Il y a une détestable police de la pensée qui a fait sa niche au sein de la gauche communautariste et qui considère que toute critique de l’islam relève du racisme et de la xénophobie. Cette pensée a fait son chemin dans les universités, les médias, les groupes féministes, les syndicats et les partis politiques. Elle ne reconnaît pas l’universalité de l’être dit musulman. Elle voit en lui tout au plus un être dominé qu’elle se donne pour mission de défendre.
Pour cette gauche communautariste, cet être doit être pensé exclusivement sous la lorgnette du religieux. Ce qui relève d’une méconnaissance profonde des aspirations à la modernité des peuples de la région, à commencer par les luttes d’indépendance nationale. Souvenez-vous de nos moudjahidate de la guerre de Libération. Leur souci était notre émancipation politique. Aujourd’hui, résister c’est porter avec fierté cet héritage, le transmettre à nos enfants et proclamer haut et fort que la religion ne doit pas interférer dans le champ politique. (…)
L’islamisme, c’est la fusion du politique et du religieux, mais pas seulement. C’est d’abord et avant tout l’idée que l’on se fait de l’homme et de sa contribution dans la cité. Pour faire court, les islamistes, qu’ils soient «fréristes» ou djihadistes, prétendent que tout a été dit et écrit dans le Coran et la sunna. Il ne nous reste qu’à appliquer ce qui est contenu dans ces textes dits sacrés. Le reste, c’est-à-dire, l’innovation, la création, les sciences, les arts, la culture, la literature, relèvent de la bid’a qu’il faut combattre par tous les moyens, quitte à assassiner les créateurs et les penseurs. En ce sens, les islamistes incarnent un projet mortifère.
« LE TERRORISME N’EST PAS LE SIMPLE FAIT DE LA MONTÉE DE L’INTOLÉRANCE. C’EST PLUS QUE ÇA. C’EST LA LÉGITIMATION RELIGIEUSE DE L’EXÉCUTION POLITIQUE »
A cet éclairage philosophique, il faut bien entendu ajouter des éléments d’ordre géopolitique pour fermer la boucle. Le fait est que l’islam politique a gagné du terrain à partir des années 1980 en raison de la crise des Etats-nations, de la révolution islamique iranienne, du dynamisme de l’Arabie Saoudite et de sa diplomatie du portefeuille. Dans ces conditions, la parole des démocrates devenait de moins en moins audible. (…)
Comprenons-nous bien, le terrorisme n’est pas le simple fait de la montée de l’intolérance. C’est plus que ça. C’est la légitimation religieuse de l’exécution politique. De l’attentat-suicide, à l’assassinat du journaliste, à la lapidation de la femme adultère ou à la pendaison de l’homosexuel, nous sommes face à un processus de déshumanisation des masses pour asseoir une hégémonie planétaire qui nous rappelle exactement les précédés utilisés par les nazis pour contraindre et aliéner. (…)
La prise de conscience est réelle face à la menace islamiste. Elle ne vient pas forcément de là où on l’attend. Elle survient souvent de l’ombre à travers les voix de citoyennes et de citoyens prêts à affronter le déni d’une classe politique trop occupée à des calculs électoralistes. Ces gens-là me donnent de l’espoir et leur résistance me touche particulièrement. Je leur dois beaucoup, qu’ils soient au Québec, en France, en Algérie ou ailleurs. Il n’y a qu’à travers la mobilisation citoyenne que la résistance est possible.
« LA FEMME EST L’AVENIR DU MONDE MUSULMAN »
(…) Des universitaires pétitionnaires qui ne supportent pas la pensée d’un homme libre nous renseignent sur leur incapacité à saisir le réel et à participer au débat d’idées. Ces universitaires ont perdu tout contact avec la réalité. Je leur conseille de marcher dans les rues du Caire ou d’Alger, ne serait-ce que quelques minutes pour saisir des attitudes qu’aucun livre, aussi puissant soit-il, ne parviendra jamais à rendre. Car en définitive, comment traduire en mots l’humiliation quotidienne du corps souillé par des mains pestiférées ?
Comment rester insensible à cette atteinte profonde à la dignité humaine ? De quoi a besoin le monde islamique à l’heure actuelle, de plus de liberté ou de moins de liberté, là est la question. Daoud agit et écrit en homme libre. Il pourfend l’étalage ostentatoire de la religion et replace l’Algérien ainsi que sa dignité au centre de nos préoccupations. Plus encore, il nous projette dans l’histoire et dans l’universel. Il reprend à son compte la célèbre citation d’Aragon : La femme et l’avenir de l’homme. Oui, la femme est l’avenir du monde musulman ! Daoud, tout comme Boualem Sansal et Amin Zaoui, pour ne citer que ceux-là, sont des phares dans l’obscurité. Ils sont notre honneur. »
(1) Les sous-titres ont été ajoutés par MEMRI



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA FEMME EST L’AVENIR DU MONDE MUSULMAN » 

De quoi a besoin le monde islamique à l’heure actuelle, de plus de liberté ou de moins de liberté, là est la question. Daoud agit et écrit en homme libre. Il pourfend l’étalage ostentatoire de la religion et replace l’Algérien ainsi que sa dignité au centre de nos préoccupations. Plus encore, il nous projette dans l’histoire et dans l’universel. Il reprend à son compte la célèbre citation d’Aragon : La femme et l’avenir de l’homme. Oui, la femme est l’avenir du monde musulman ! Daoud, tout comme Boualem Sansal et Amin Zaoui, pour ne citer que ceux-là, sont des phares dans l’obscurité. Ils sont notre honneur.
Le courage et la lucidité de ces femmes me sidère et me donne espoir que la version la plus imprévisible de l’avenir, à savoir le salut par les femmes est la bonne.
Oui la modernisation de l’islam est possible grâce à ce type de femmes admirables qui s’insurgent contre une possible et menaçante islamisation de la modernité. Le terrorisme n’est pas le simple fait de la montée de l’intolérance. C’est plus que ça. C’est la légitimation religieuse de l’exécution politique. De l’attentat-suicide, à l’assassinat du journaliste, à la lapidation de la femme adultère ou à la pendaison de l’homosexuel, nous sommes face à un processus de déshumanisation des masses pour asseoir une hégémonie planétaire qui nous rappelle exactement les précédés utilisés par les nazis pour contraindre et aliéner. (…)
Il n’y a qu’à travers la mobilisation citoyenne que la résistance est possible. l’islam politique a gagné du terrain à partir des années 1980 en raison de la crise des Etats-nations, de la révolution islamique iranienne, du dynamisme de l’Arabie Saoudite et de sa diplomatie du portefeuille.
Mais attention qu’on reconnaisse les vrais coupables :
Il y a une détestable police de la pensée qui a fait sa niche au sein de la gauche communautariste et qui considère que toute critique de l’islam relève du racisme et de la xénophobie. Cette pensée a fait son chemin dans les universités, les médias, les groupes féministes, les syndicats et les partis politiques. Elle ne reconnaît pas l’universalité de l’être dit musulman. Elle voit en lui tout au plus un être dominé qu’elle se donne pour mission de défendre. Pour cette gauche communautariste, cet être doit être pensé exclusivement sous la lorgnette du religieux. Ce qui relève d’une méconnaissance profonde des aspirations à la modernité des peuples de la région, à commencer par les luttes d’indépendance nationale.
Aujourd’hui, résister c’est porter avec fierté cet héritage, le transmettre à nos enfants et proclamer haut et fort que la religion ne doit pas interférer dans le champ politique. (…)
L’islamisme, c’est la fusion du politique et du religieux, mais pas seulement. Pour faire court, les islamistes, qu’ils soient «fréristes» ou djihadistes, prétendent que tout a été dit et écrit dans le Coran et la sunna. Il ne nous reste qu’à appliquer ce qui est contenu dans ces textes dits sacrés. Le reste, c’est-à-dire, l’innovation, la création, les sciences, les arts, la culture, la littérature, relèvent de la bid’a qu’il faut combattre par tous les moyens, quitte à assassiner les créateurs et les penseurs. En ce sens, les islamistes incarnent un projet mortifère.  

 
Boualem Sansal ne dit rien d’autre dans ses livres dont tout honnête homme/femme se doit vraiment de prendre connaissance. Pardon de me contenter de recopier les passages les plus forts de ce message puissant qui m’interpelle au premier chef.
Les Français -certains Français- aiment à penser que la pucelle a sauvé la France du grand péril Anglais. Ce qui paraît se profiler, c’est une résistance pugnace de la part des femmes contre la chape autoritariste que le salafisme militant tente de leur imposer. Leur combat est celui de tous les démocrates d’ici et d’ailleurs.
Puisse leur message être entendu et relayé par toutes celles et tous ceux dont la première ambition est de penser librement.
MG 



mardi 26 avril 2016

Une éditorialiste néerlandaise arrêtée en Turquie "pour des tweets visant Erdogan"

La Libre Belgique 




Une journaliste néeerlandaise d'origine turque, Ebru Umar, a été interpellée par la police dans la nuit de samedi à dimanche à son domicile de Kusadasi, une station balnéaire de l'ouest de la Turquie, pour des tweets visant le président turc Recep Tayyip Erdogan, a-t-elle indiqué sur son compte Twitter. "Je ne suis pas libre, nous allons à l'hôpital" pour un examen médical avant d'être présentée devant des procureurs, a notamment écrit l'éditorialiste.
Ebru Umar a récemment rédigé une chronique très critique de l'homme fort de Turquie dans le quotidien Metro sur un courriel envoyé par le consulat général turc de Rotterdam (ouest des Pays-Bas).
Ce courriel qui avait provoqué la controverse demandait aux Turcs de leur signaler les insultes exprimées sur les réseaux sociaux visant le chef de l'Etat turc. Le consulat avait par la suite parlé d'un "malentendu".
Les procès pour injure envers M. Erdogan se sont multipliés depuis son élection à la tête de l'Etat en août 2014, signe, selon ses détracteurs, d'une dérive autoritaire.
Près de 2.000 procédures judiciaires ont été lancées en Turquie, visant aussi bien artistes et journalistes que simples particuliers.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AU NOM DE LA LIBERTÉ DE PAROLE

Ebru Umar, n’a pas peur de la controverse. Au contraire, elle la suscite volontiers. Fille d’un anatomiste pathologiste et d’une mère ophtalmologue, elle a vécu une jeunesse protégée aux Pays-Bas. Elle a travaillé dix ans en entreprise avant  d’écrire ses premières cartes blanches dans le  Algemeen Dagblad et Het Parool. De plus elle publia assez régulièrement des interviews de gens comme Geert Wilders ou le premier ministre Mark Rutte. Elle a repris dans Métro la rubrique  de Theo van Gogh, le cin
éaste assassiné par un extrémiste musulman. C’est dire si cette jeune femme de 45 ans n’a pas froid aux yeux. "Zij is, net als Theo, in staat met haar columns lezers diep in het hart te raken. En ze is door Theo ontdekt en publiceerde columns op zijn website De Gezonde Roker."

Umar a fait parler d’elle en 2013 avec une série d’articles sur la manière dont on fête le ramadan en Turquie qui lui valurent plus de deux mille réactions hostiles et menaces diverses sur Twitter. Elle renvoie les twitter haineux à leurs expéditeurs après avoir corrigé les fautes d’orthogra
phe. Son seul critère « publier ce qui est vrai » De enige persoonlijke grens die Umar zegt te hanteren, is of iets juist of onjuist is. "Ik zal alles opschrijven als ik er van overtuigd ben dat het de waarheid is. Voor mij is dat de grens."  Elle est invitée à prendre la parole le  3 mai, jour de la liberté de la presse. Mais la Turquie de Erdogan la maintient en liberté surveillée. "Ik mag het land niet uit. Ik ben een soort Syriër geworden."
DiverCity rend hommage au cran de cette femme téméraire qui ridiculise au risque de sa vie la susceptibilité du dictateur Erdogan ('Sultan Erdogan, de megalomaanste dictator die Turkije sinds de oprichting van de republiek in 1923 kent'.) qui supporte si peu la critique qu’il a exigé de Merkel qu’elle intervienne contre un humoriste allemand qui s’est payé la tête de l’homme fort turc.  Il est absolument insupportable de penser qu’une femme d’origine turque soit l’objet d’un courrier haineux et de menace de mort de la part de sa propre communauté qui a tendance à idolâtrer Erdogan.
Décidément la valeur phare de l’Europe, la liberté (La liberté se conquiert, Malraux) n’est pas la valeur la plus partagée dans les communautés turco-turques d’Europe.
MG 

 
OPGEPAKTE COLUMNISTE HAALT KEIHARD UIT NAAR NEDERLANDSE TURKEN: "
 JULLIE LOYALITEIT AAN EEN STEL BERGGEITEN UIT TURKIJE"
HLN 


Ebru Umar heeft vandaag hard uitgehaald in haar column in de Nederlandse krant Metro, de eerste die ze heeft geschreven sinds ze in Turkije werd gearresteerd. Ze is vooral boos op Nederlanders van Turkse komaf, die er volgens haar voor hebben gezorgd dat ze Turkije niet mag verlaten.
"GEFELICITEERD met jullie totaal mislukte Nederlanderschap'', schrijft Umar

"GEFELICITEERD met jullie loyaliteit aan een stel berggeiten uit Turkije, geitenneukers zo je wilt, die jullie volgen zodra ze oproepen tot NSB-gedrag (NSB was een autoritaire partij in WOII nvdr.). Enig idee wat een NSB'er was? O wacht nee, die lessen over de Tweede Wereldoorlog zijn geschrapt he? Ja, dank voor het weg met ons. Ik feliciteer jullie Nederturken met je NSB-gedrag. Jullie zijn de reden dat ik vastzit in Turkije.''

"Ik heb zeven dagen om het uitreisverbod op te heffen. Daar wordt aan gewerkt maar laten we eerlijk zijn: dat gaat natuurlijk niet gebeuren. Nog voordat die zeven dagen voorbij zijn, zal ik weer opgepakt worden, deze keer met een andere oorzaak. Weet ik, weet de advocaat, weet elke Turk (én Nederlander) maar mijn ouders zitten in de ontkenningsfase", schrijft Umar verder. Ze bedankt in haar column ook familie, vrienden en collega's voor alle steun.
Umar werd zaterdagavond in haar vakantiehuis in Kusadasi door de politie van haar bed gelicht en aangeklaagd voor het beledigen van president Erdogan. Zo twitterde ze verschillende keren met de hashtag #fuckerdogan en ze noemde hem 'Sultan Erdogan, de megalomaanste dictator die Turkije sinds de oprichting van de republiek in 1923 kent'. Zondag werd ze vrijgelaten, maar ze mag Turkije voorlopig niet verlaten.

Dit weekend werd er in haar woning in Amsterdam ingebroken. Ebru gaat uit van opzet en ziet een rechtstreeks verband met haar aanhouding. De politie wil niet zover gaan.
'ACHTERLIJKE GLADIOLEN'
"Een paar achterlijke gladiolen'', noemde de Nederlandse premier Rutte de inbrekers. De premier noemde het verschrikkelijk dat dat is gebeurd. Wel wimpelde hij gisteren de kritiek af dat de Nederlandse regering te weinig doet in de kwestie Umar.

"Het is nog erger. Er wordt zelfs gesuggereerd dat we te weinig zouden doen omdat we afspraken met Turkije hebben over vluchtelingen.'' Volgens Rutte kun je nooit marchanderen met fundamentele waarden als de vrijheid van meningsuiting en de persvrijheid. "We laten ons op geen enkele manier beïnvloeden door het feit dat er ook nog andere belangen spelen.''
ZORGEN
De Europese Commissie heeft 'met zorg kennisgenomen' van de arrestatie van Umar. Brussel houdt de zaak 'nauwgezet' in de gaten, zei een woordvoerster van het dagelijks bestuur van de EU gisteren.

Frans Timmermans, vicevoorzitter van de Europese Commissie, benadrukte in een interview met de NOS dat de arrestatie van Umar geen aanleiding om de gesloten migratiedeal met Turkije te laten varen. Hij vindt de twee zaken los van elkaar staan. "Het is niet in ons belang de afspraken over vluchtelingen stop te zetten.''


Jambon se fait applaudir au Parlement européen pour sa défense des musulmans belges

Le Soir
Jurek Kuczkiewicz

Le ministre belge de l’Intérieur a rabroué une eurodéputée d’extrême droite néerlandaise, qui pointait l’islam comme la racine du terrorisme. 

  Jan Jambon © Reporters / Abaca 

Ce lundi après-midi, la commission des Libertés civiles et de la Justice du Parlement européen auditionnait les ministres belges de l’Intérieur Jambon et de la Justice Geens au sujet des attentats. Une initiative du président de la commission en question, le Britannique Claude Moraes, saluée par tous les intervenants. Certains regrettant qu’on n’ait pas fait de même avec leurs homologues français après les attentats chez eux.
UN MESSAGE DE LOUIS MICHEL À JAN JAMBON
S’il y avait pas mal de monde dans la salle, on ne peut dire que les membres de la commission Libe se sont déplacés en masse : ce sont même trois suppléants belges qui ont parlé les premiers au nom de leurs groupes respectifs : Hugues Bayet pour les sociaux-démocrates du S&D, Sander Loones pour les conservateurs de ECR, et Gérard Deprez pour les libéraux de l’ADLE.
La séance a donné lieu à une petite partie politique belgo-belge. Juste avant l’intervention de Louis Michel (MR/ADLE), membre effectif et ténor de la commission Libe, l’eurodéputée d’extrême-droite néerlandaise Vicky Maeijer avait conclu en demandant aux deux excellences belges « comment ils peuvent assurer la sécurité de leurs citoyens sans reconnaître que l’islam est la racine du terrorisme ».

Louis Michel n’allait pas rater la fenêtre de tir : posant une question à Koen Geens sur les efforts belges contre la radicalisation, l’ex-ministre des Affaires étrangères soulignait que « cela doit être fait sans faire d’amalgame, comme je viens d’en entendre un derrière moi, contraire aux valeurs européennes. » La question s’adressait à Geens, mais le message était évident à l’intention de Jambon, auteur de propos controversés la semaine dernière sur les « danses de joie de musulmans »après les attentats.
« FAIRE DES MUSULMANS NOS ENNEMIS EST LA PIRE CHOSE »
Une flèche mouchetée, donc, invisible de non Belges, à l’adresse du plus lourd ministre et partenaire gouvernemental de… Michel fils. Touché ? A la fin de ses réponses – concrètes, concises, précises et en anglais, alors qu’il avait fait sa communication liminaire en néerlandais – Jambon passe au néerlandais et s’adresse à l’eurodéputée batave d’extrême-droite Maeijer.

Il hausse le ton : « Madame, il y a 600.000 musulmans en Belgique, et la grande majorité partage nos valeurs. Faire d’eux nos ennemis est la pire des choses que nous puissions faire. Si vous cherchez l’insécurité, c’est la voie à suivre. Ces musulmans, il faut en faire nos concitoyens ! » Salve d’applaudissements dans la salle. L’intervention de Jan Jambon a été la seule applaudie, dans cette enceinte qui se veut l’un des hauts lieux de la défense des valeurs fondamentales en Europe. Chapeau l’artiste.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 
PIROUETTE 

On a raison de dire que Jambon est redoutablement intelligent. Il vient d’en fournir une nouvelle preuve de la manière la plus cinglante. Jambon kreeg applaus met een scherpe reactie op Vicky Maeijer, een Europarlementslid van de PVV van Geert Wilders die de rol van de islam in de huidige terreurgolf aan de kaak stelde. "Het slechtste wat we kunnen doen, is van de islam onze vijand maken (...) We moeten steunnetwerken detecteren en bikkelhard aanpakken, maar het overgrote deel van de moslims tot onze bondgenoot maken." (De Morgen)


JAMBON EN GEENS GEVEN TEGENGAS NA INTERNATIONALE KRITIEK: "BEELD VAN FALENDE STAAT IS EEN BELEDIGING"
De Morgen


Ministers Jan Jambon en Koen Geens hebben in het Europees Parlement geprobeerd om het "ongenuanceerde" beeld van België als falende staat in de strijd tegen het terrorisme bij te stellen. Er kunnen ongetwijfeld zaken verbeterd worden, zo erkenden beide ministers, maar tegelijkertijd speelt België al jaren een Europese voortrekkersrol om het fenomeen van de Syriëstrijders aan te pakken.
Ruim een maand na de aanslagen op de luchthaven van Zaventem en in metrostation Maalbeek gaven minister van Binnenlandse Zaken Jambon en zijn collega van Justitie Koen Geens vandaag in de bevoegde commissie van het Europees Parlement tekst en uitleg bij de Belgische aanpak van het terrorisme.

"In de internationale pers is de voorbije maanden het beeld gecreëerd van een totaal inadequate en zwakke Belgische reactie op de toenemende dreiging. Dat beeld heeft niet enkel ons land beschadigd, het is ook een belediging voor het werk van vele mensen. Ik ga zeker niet zeggen dat er geen fouten zijn gemaakt, maar niemand kan zeggen dat België een oogje heeft dichtgeknepen wanneer het over foreign fighters ging", zo verklaarde Geens.

Beide ministers wezen erop dat België ruim een jaar voor de aanslag op het Joodse Museum in Brussel in mei 2014 alarm had geslagen over het ontluikende fenomeen van de Syriëstrijders en had aangedrongen op meer Europese samenwerking en gegevensuitwisseling. De dader was geen Belgische onderdaan of ingezetene en was niet via een Belgische grens Schengen binnengekomen. "Toch hebben we niet geprobeerd iemand te beschuldigen, we hebben gefocust op de reactie", aldus Geens.


HELDEN
Jambon wees er op zijn beurt op dat de Belgische veiligheidsdiensten in januari 2015 na de verijdelde aanslag in Verviers nog als "helden" werden bestempeld. Sindsdien heeft de regering dertig maatregelen genomen en 600 miljoen euro vrijgemaakt om de terreurdreiging op allerlei fronten het hoofd te bieden. Op Europees niveau blijft België volgens de N-VA-vicepremier een leidende rol spelen in de zogenaamde G11 van lidstaten die geconfronteerd worden met foreign fighters.
Jambon en Geens verzekerden de Europarlementsleden niettemin dat ons land aan "zelfkritiek" zal doen. "We zullen in België aan introspectie doen om de pijnpunten in onze veiligheidsstructuur bloot te leggen en waar nodig radicaal te verbeteren", zo verwees Jambon naar het werk dat de parlementaire onderzoekscommissie de komende maanden in alle transparantie moet verrichten.

Niet dat Jambon en Geens in de parlementscommissie onder een storm van kritiek werden bedolven. De meesten toonden zich erkentelijk dat de Belgische ministers naar de Europese wijk waren afgezakt. Bovendien waren zes van de tien sprekers Belgen en met uitzondering van Hugues Bayet (PS) behoorden ze allen tot partijen van de federale coalitie.  
Wel was er de opmerkelijke tussenkomst van Laura Ferrara van de Italiaanse Vijfsterrenbeweging, die bekende dat ze op de dag van de aanslagen ijlings in haar wagen was gesprongen en doodsbang naar Italië was teruggereden. Geens riep haar op tot redelijkheid. "U bent wat jonger dan ikzelf, maar ik ben de helft van mijn vakanties blijven doorbrengen in Italië, ondanks de Rode Brigades."
Geens nuanceerde ook de stelling dat de inlichtingendiensten te weinig inlichtingen uitwisselen, maar dat gebeurt nu eenmaal grotendeels buiten het kader van de Europese Unie. "Een debat over een Europese FBI heeft momenteel geen zin, gezien de huidige verdragen en de houding van de grote lidstaten", zo reageerde hij op pleidooien van Ivo Belet (CD&V) en Hilde Vautmans (Open Vld). Sander Loones (N-VA) was dan weer tevreden dat de regering op dat vlak niet aan "dagdromerij" doet.
Het slechtste wat we kunnen doen, is van de islam onze vijand maken

Opmerkelijk was ook de ontgoocheling bij Geens over het gebrek aan Europese daadkracht op het vlak van gegevensbewaring. Zo betreurde hij dat Europa geen initiatief nam om een nieuw wettelijk kader voor de opslag van telecomgegevens te scheppen en dat de Europarlementsleden jaren getalmd hebben om de veiligheidsdiensten toegang te geven tot de gegevensbestanden van vliegtuigpassagiers(PNR). "Dan voelen wij ons als Belgen niet echt geholpen."
       
De minister van Justitie beklemtoonde dat hij ook geen voorstander is van grootschalig toezicht, maar doelgerichte toegang tot gegevens op basis van een gerechtelijke beslissing is volgens hem van essentieel belang. "Laat ons in hemelsnaam niet overdrijven over privacy wanneer de veiligheid op het spel staat", vroeg Geens, die ook een lans brak voor een gemeenschappelijk Europees optreden om nieuwe providers als Whatsapp, Twitter en Facebook tot meer medewerking aan te zetten.
       
Jambon tenslotte kreeg applaus met een scherpe reactie op Vicky Maeijer, een Europarlementslid van de PVV van Geert Wilders die de rol van de islam in de huidige terreurgolf aan de kaak stelde. "Het slechtste wat we kunnen doen, is van de islam onze vijand maken (...) We moeten steunnetwerken detecteren en bikkelhard aanpakken, maar het overgrote deel van de moslims tot onze bondgenoot maken."



dimanche 24 avril 2016

Décret inscription: "Jusque quand devrons nous sécher les larmes de nos enfants?"

La Libre
CONTRIBUTION EXTERNE
Une opinion de José Fernandez. 


La problématique du décret inscription va - dès ce lundi - revenir sur le devant de la scène médiatique, avec le démarrage des inscriptions dites "chrono" pour les élèves sans écoles à Bruxelles (1287 enfants à l’heure actuelle).

Le décret inscription : arme de destruction massive de la cohésion sociale.
Comme près de 1.200 familles, nous voilà à notre tour plongés dans les désatreuses conséquences du décret inscription. Notre fille cadette est à l’heure actuelle sans école. Notre histoire n’est pas très différente de celle de centaines de familles bruxelloises : nous avons fait un choix, il y a 9 ans déjà, de scolarité pour notre fille. C’est une élève brillante, motivée, disciplinée qui voudrait plus tard faire des études de médecine. Et elle ne pourra sans doute pas rejoindre l’établissement qui l’aurait préparée à ce cursus de la manière la plus favorable à nos yeux, établissement qui se trouve en face de son école primaire à Laeken, situé à 1 km de notre domicile dans la même commune.
Comme beaucoup d’autres familles, depuis quelques jours, les scénarii catastrophes se succèdent : comment faire face à la nécéssité de mettre notre fille dans une écolé de l’autre côté de la ville, lui faire prendre 3 trams à 12 ans pour 1h30 de trajet… Déménager ? Arrêter de travailler (alors que nous sommes indépendants) ?
L’opacité du décret et ses règles d’application font qu’il est très difficile d’anticiper quoi que ce soit. Nous étions convaincu que notre indice composite, de 5,669, lui permettrait sans doute d’y arriver. Las, la CIRI nous a communiqué la semaine dernière ses résultats : elle est en liste d’attente dans les deux écoles de son choix.
DÉCRET IDÉOLOGIQUE
Ce décret a été construit sur un dogme idéologique : celui qui veut que pour pallier à l’absence d’équité sociale dans le monde à l’extérieur, il fallait la “décréter” au sein des enceintes scolaires, microscome de notre société. Le PS l’a voulu et le cdH de Joëlle Milquet l’a docilement mis en oeuvre, en se révélant, malgré les promesses, incapable d’y intégrer un critère au demeurant prépondérant pour nos enfants, celui lié à la pédagogie.
Ce décret idéologique s’est fondé sur deux postulats intellectuellement faux : le premier, celui qu consiste à croire qu’un enfant est égal à un autre enfant. Quels que soient ses choix, envies, capacités ou rêves, le décret considère que nos enfants sont interchangeables comme des numéros dans un dossier administratif.
Le deuxième postulat tout aussi cynique, c’est celui qui voudrait qu’une école est égale à une autre école : quel que soit les choix, envies, capacités ou rêves de leurs directions, une école est égale à une école.
Les études le démontrent désormais, ce voeu pieux, au demeurant fort louable de mixité sociale est un échec : les études de la FWB montrent clairement que la mixité sociale n’a guère évoluée au sein des établissements. Au contraire, la prépondérance donnée au critère géographique a même renforcé les écoles-ghettos que l’on voulait pourtant degheottiser…
EFFETS PERVERS
Mais les effets du décret vont bien au delà de leur impact psychologique et logistique sur les familles. D’abord le décret a créé un véritable marketing de l’offre scolaire : une école complète est réputée “bonne”, une école “incomplète” et bien forcément, c’est qu’il y a un problème… Tout cela est parfaitement visible sur le site de la FWB. Le remède est pire que la maladie qu’il prétendait soigné.
Et surtout, et c’est sans doute cela le plus dramatique, le décret tue la solidarité et la cohésion sociale : les parents déploient des stratégies individualistes qui sont le fruit direct de la logique du décret : puisque liste il y a, il faut donc faire en sorte d’être “avant” les autres. On se replie sur son problème immédiat qui par définition mathématique se résoudra si celui de votre voisin s’accroît… D’ailleurs, le problème se pose tous les ans, mais avec des familles différentes, et donc il disparaît au bout de quelques mois…
ALORS, MADAME SCHYNS, QUE COMPTEZ-VOUS RÉELLEMENT FAIRE?
Jusque quand devrons-nous continuer à sécher les larmes de nos enfants déboussolés, perdus, qui vivent comme une injustice totale (“je travaille bien à l’école, mais mon voisin qui n’étudie jamais lui aura une place et moi pas”…) les conséquences de ce décret qu’ils ne comprennent pas (comme beaucoup de familles d’ailleurs)?
On peut malheureusement supposer que votre métier de femme politique vous pousse en premier lieu à résoudre les problèmes qui se traduisent en voix pour vos prochaines élections… Et quand on sait que l’essentiel des effets néfastes du décret se situent à Bruxelles – alors que vous êtes une élue verviétoise – on peut supposer que vous en ferez encore moins que votre désormais inculpée, mais néanmoins bruxelloise, prédécesseur à ce poste …
Et surtout, quand est-ce que nos femmes et hommes politiques vont-ils réellement faire preuve de vision stratégique ? La problématique démographique bruxelloise, singulièrement dans les communes du nord de la région n’est pas nouvelle : cela fait maintenant 10 ans que l’on nous prédit l’apocalyspe scolaire qui est train de se produire.
AMATEURISME POLITIQUE
En fonction des études et de leurs projections, on évalue entre 16.000 et plus de 30.000 places à créer dans l’enseignement bruxellois pour faire face à la demande. Il faut en moyenne 10 années pour faire sortir une école de terre (une vraie, pas un container de tôle mal isolé…).
A Laeken, plus que partout ailleurs, la situation est alarmante depuis 2008. Le manque de vision et d’anticipation à amener de manière absurde les politiques à construire – et c’est à leur honneur – de nombreux logements supplémentaires situés à Neder-over-Hembeek par exemple… Sans avoir anticipé que les familles qui viendraient s’y installer avait besoin d’écoles pour leurs enfants… Une telle inefficacité politique fait peur et ne peut être elle aussi que source de fracture de la cohésion, politique cette fois, entre une population qui n’en peut plus de constater l’amateurisme permanent de nos édiles politiques et la réalité de leur vie quotidienne.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RIEN QUE LE MEILLEUR ; RIEN DE PIRE

La meilleure école (et tant pis pour la mixité scolaire), le meilleur jeu (plutôt un jeu éducatif ennuyeux qu’un jeu vidéo amusant), le meilleur dessin animé (plutôt "Kirikou" que "Bob l’éponge"), le meilleur cours particulier… le meilleur "tout ce que vous voulez" pourvu que ce soit le meilleur… et que cela contribue à rendre son enfant encore meilleur… Tout faire pour son enfant, c’est aussi étouffer pour lui. Et ce n’est pas ce qui est attendu d’un parent. Les enfants ont, pour grandir et s’épanouir, un urgent besoin de parents qui respirent et prennent le temps de le faire. Pour cela, il n’est sans doute pas inutile de nos jours de leur rappeler qu’une éducation réussie prend le plus souvent la forme d’un savoureux cocktail constitué d’une juste mesure d’intérêt bienveillant, d’un zeste de délicatesse affective et d’une énorme dose de sérénité. 


LE SYNDROME D’HYPER-PARENTALITÉ 

La Libre
CONTRIBUTION EXTERNE


Certains parents très exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes ont décidé de mettre au monde non pas un enfant, mais un enfant heureux et destiné à le demeurer jusqu’à la fin de leur vie. Seulement tout faire pour son enfant, c’est aussi étouffer pour lui.

Une opinion de Bruno Humbeeck, psychopédagogue, formateur au centre de formation pour enseignants de l'université de Mons.


De l’enfant non voulu à l’enfant souhaité, tout un chemin avait déjà été parcouru par la grâce d’une contraception de mieux en mieux généralisée. De l’enfant désiré à l’enfant programmé, la route s’est encore de nos jours poursuivie faisant de la procréation un acte de mieux en mieux maîtrisé. Or, des enfants désirés et programmés, c’est exactement ce qu’il fallait pour mettre d’emblée sous pression ces parents nouveaux qui, parce qu’ils doivent maintenant assumer la responsabilité totale de la venue au monde de leur enfant, se sentent, du même coup, responsables de tout ce qui lui arrive comme de tout ce qui pourrait lui arriver. Et ces parents hyper-responsables deviendront rapidement des parents oppressés présentant un ensemble de symptômes que nous désignons à travers le concept d’hyper-parentalité.
L’hyper-parentalité n’est pas, à proprement parler, une maladie ni même un désordre. A priori, cette forme d’éducation parentale désigne seulement une tendance, celle de parents très exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes, qui ont décidé de mettre au monde non pas un enfant mais un enfant heureux et destiné à le demeurer jusqu’à la fin de leur vie.
Cette forme de parentalité hypertrophiée se manifeste généralement par l’apparition de trois symptômes qui ont tendance à se renforcer mutuellement en s’organisant en syndrome. Dans sa forme aggravée, l’hyper-parentalité fatigue l’enfant en même temps qu’il épuise son parent. Burn out parental et/ou de l’enfant, phobie scolaire, troubles de l’apprentissage multipliés par "dys" et tout le cortège des autres difficultés éducatives contemporaines comme l’hyperkinésie ou le haut potentiel viennent alors masquer le diagnostic en attirant l’attention sur un symptôme spectaculaire qui n’est en réalité que l’indice d’un trouble plus profond qui affecte la parentalité dès lors qu’elle met sous pression l’acte éducatif et ceux qu’il concerne.
Le paroxysme de cette symptomatologie est le plus souvent atteint à l’adolescence. L’adolescence exerce effectivement généralement sur le processus éducatif le même effet que la levure sur le pain. Elle gonfle tout. A bout de souffle, certains parents en viennent alors à consulter dans l’urgence pour une crise de l’adolescent qui, le plus souvent, demeure, il faut bien en convenir, essentiellement la leur.
LE "PARENT-HÉLICOPTÈRE"
Le premier de ces indices, en révélant la volonté du parent de contrôler tout ce qui se passe dans et autour de la vie de l’enfant, contribue à l’installation du symptôme que l’on identifie sous le vocable de "parent-hélicoptère". Dans cette forme de parentalité, l’occupation essentielle du parent consiste à se transformer en hélicoptère et à "tourner" de façon un peu "névrotique" autour de son enfant en manifestant à propos de tout ce qu’il vit une vigilance exacerbée et constante. "Que fais-tu ?", "Qu’est-ce que tu lis ?", "A quel jeu joues-tu ?", "Qui fréquentes-tu ?"… Le parent-hélicoptère se nourrit de ses propres contradictions chaque fois qu’il émet un certain nombre d’injonctions paradoxales du style "Ne t’éloigne pas de moi et sois autonome", "explore ton environnement pour apprendre tout en restant à mes côtés". Toutes ces injonctions parfois contradictoires invitent à favoriser le contrôle permanent de tout ce qui entoure l’enfant et s’avère susceptible de le menacer tout en promouvant en apparence son indépendance.
LE "PARENT-DRONE"
Le deuxième symptôme qui définit l’hyper-parentalité manifeste en quelque sorte une forme aggravée de "parentage-hélicoptère" : c’est une attitude qui est généralement désignée à travers le concept de "parent-drone". Ce trouble du comportement parental évoque l’attitude du parent qui ne tolère que ce qui lui semble, à ses yeux d’adulte, le meilleur pour son enfant sur le plan éducatif comme sur celui de son développement individuel. La meilleure école (et tant pis pour la mixité scolaire), le meilleur jeu (plutôt un jeu éducatif ennuyeux qu’un jeu vidéo amusant), le meilleur dessin animé (plutôt "Kirikou" que "Bob l’éponge"), le meilleur cours particulier… le meilleur "tout ce que vous voulez" pourvu que ce soit le meilleur… et que cela contribue à rendre son enfant encore meilleur…
Cette propension à ne concevoir pour l’enfant que ce qu’il y a de meilleur en toutes circonstances amène également le parent à ne tolérer chez le petit être en développement dont il a la charge que la recherche d’émotions positives (la joie) en évacuant tout le registre émotionnel qui s’en éloigne (tristesse, colère, peur, dégoût).
LE "PARENT-CURLING"
Enfin, le troisième symptôme de l’hyper-parentalité désigne la tendance névrotique à n’agir en permanence qu’en fonction du bonheur présent de l’enfant et de sa réussite future. Cette exigence que le parent se fixe à lui-même évoque un ensemble d’attitudes que l’on regroupe généralement sous le vocable de "parent-curling". La métaphore du curling est en effet particulièrement adaptée pour non seulement évoquer l’acte éducatif (celui-ci prend la forme d’un "lancer" harmonieux suivi d’un "lâcher" au bon moment susceptible de mettre celui que l’on éduque en position d’atteindre la cible) mais aussi suggérer ses dérives névrotiques (lorsque pour atteindre la cible les joueurs prennent le parti de balayer énergiquement devant le palais pour favoriser son évolution en direction de l’objectif)…
Ce balayage particulièrement spectaculaire et énergivore évoque ce que font les parents quand, obnubilés par l’idée de participer à la réalisation du bonheur de leur enfant, ils focalisent leur attention sur lui et concentrent l’essentiel de leurs activités sur l’accompagnement actif de son développement. Oublieux d’eux-mêmes, les parents-curling perdent alors souvent de vue que la réussite de l’acte éducatif dépend surtout de la qualité du lancer-lâcher initial et imaginent pouvoir exercer une influence déterminante sur la trajectoire de leur enfant, au-delà du mouvement premier, en balayant nerveusement devant lui tout au long de son développement. Ils consomment ainsi une énergie considérable pour ne retirer en définitive de leur action qu’une forme d’illusion de contrôle.
Evidemment, l’exercice de l’hyper-parentalité et l’expression de ses principaux symptômes ne sont pas sans risque. Pour le parent d’abord qui se donne des exigences excessives et s’épuise à remplir le cahier de charges démesuré qu’il s’est imposé. Pour l’enfant ensuite qui est soumis à une pression parentale souvent implicite mais néanmoins très forte. L’injonction qui lui est donnée de faire preuve d’une euphorie perpétuelle et de réaliser un parcours sans faute, contraint alors l’enfant à rassurer en permanence un parent rendu anxieux au plus petit échec, angoissé à la moindre difficulté et effrayé par tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un contretemps dans cette course au bonheur.
Tout faire pour son enfant, c’est aussi étouffer pour lui. Et ce n’est pas ce qui est attendu d’un parent. Les enfants ont, pour grandir et s’épanouir, un urgent besoin de parents qui respirent et prennent le temps de le faire. Pour cela, il n’est sans doute pas inutile de nos jours de leur rappeler qu’une éducation réussie prend le plus souvent la forme d’un savoureux cocktail constitué d’une juste mesure d’intérêt bienveillant, d’un zeste de délicatesse affective et d’une énorme dose de sérénité.
Bruno Humbeeck tiendra une conférence sur la question ce jeudi 28 avril à 20h à la salle W: halll Station du Centre culturel et de congrès de Woluwe-Saint-Pierre (93 avenue Charles Thielemans à 1150 Bruxelles).