mercredi 27 avril 2016

"On casse des élèves à la chaîne"

La Libre

ENTRETIEN ANNICK HOVINE
Pour l’économiste Jean Hindriks (UCL et Itinera), l’école ne joue pas son rôle dans le développement de la résilience. 


VOUS ÊTES TRÈS DUR VIS-À-VIS DE L’ÉCOLE.
Mais une école qui fait échouer la moitié de ses élèves ne développe pas du tout la confiance en soi des élèves : elle les casse. Et chez nous, on en casse à la chaîne. On a le taux d’échec le plus élevé de tout l’OCDE et j’inclus là-dedans des pays comme le Chili ou la Turquie… C’est dramatique. C’est invraisemblable cette espèce de machine à détruire des jeunes et le peu de confiance qu’ils ont à 15 ans. Quand on casse la confiance, on casse la résilience. L’école a un rôle central à jouer et elle ne le joue pas.
QUEL EST LE CŒUR DU PROBLÈME ?
J’ai mesuré l’inégalité entre établissements scolaires : elle est la plus grande chez nous de tous les pays de l’OCDE. Il y a une telle hiérarchie, une telle différence, dramatique, entre les écoles d’en haut, hyperperformantes, et les écoles d’en bas, où vous avez plutôt tendance à vous retrouver si vous venez d’un milieu défavorisé. Ce n’est plus possible de gravir les échelons : ils sont trop espacés. Au Canada, où il y a une très bonne mobilité sociale, ce genre d’écarts entre écoles est beaucoup moins grand. L’inégalité se trouve entre élèves forts et élèves faibles au sein de même établissement et il peut y avoir une dynamique positive.
L’ÉTUDE MONTRE QUE LA MOBILITÉ SOCIALE EST PLUS FORTE DANS LE RÉSEAU OFFICIEL QUE DANS LE RÉSEAU LIBRE. POURQUOI ?
Il y a une plus grande proportion d’élèves de milieux défavorisés dans le réseau officiel. Il y a moins d’écarts entre écoles. Ce n’est pas qu’un problème de mixité sociale mais aussi de niveaux d’élèves. Si on veut l’égalité des chances, il faudrait que les écoles aient une proportion égale d’élèves difficiles et faciles. Chez nous, ce qui se passe, c’est que les élèves à difficultés sont concentrés dans certaines écoles et les élèves faciles dans d’autres. On sait que le réseau libre a tendance à faire de l’écrémage, même si ce n’est pas volontaire. Les élèves qui ont plus de facilités sont davantage représentés dans ce réseau-là. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FORTE DUALISATION DES CONDITIONS DE VIE DE LA JEUNESSE BRUXELLOISE

Il y a une grande précarité sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement, de l’accès aux soins de santé…
Tout est dit. A terme, c’est absolument intenable. Reste à savoir ce que à terme signifie ? Cinq ans ? dix ou quinze ?  Ce qui est sûr c’est que la marmite qui bout finira par exploser. Elle explose déjà avec les départs en Syrie et les monstrueux attentats djihadistes.
En réalité, plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles avec des vies "en parallèle". "Elles se croisent peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquent pas le même type de mobilité, et n’ont ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi".
"il est nécessaire d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche".
C’est tout à fait exact mais comment procéder concrètement ? C’est l’école qui doit innover et surprendre par sa créativité. Le pacte d’excellence est une grand-messe médiatique dont il ne se dégage que des réformettes que devra mener à bien une Marie Martine Schyns sans charisme.
C’est carrément tragique.
Ils sont particulièrement sujets au chômage. Ils cumulent souvent plusieurs désavantages : sans diplôme, issu de l’immigration, vivant dans des quartiers précarisés, avec des parents eux-mêmes sans emploi. En 2014, le taux de chômage des jeunes actifs de 15 à 24 ans était de 39,5 %. Puis une nouvelle catégorie de jeunes émerge : les NEETs (Neither in employment nor in education and training) des jeunes qui ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail.
Ils sont où ceux-là ?  Dans la rue, la délinquance, le décrochage social ?
Vu la restriction croissante du droit aux allocations de chômage, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’aide sociale. La part de jeunes recevant une allocation d’aide sociale est d’ailleurs particulièrement élevée par rapport aux personnes relevant d’autres tranches d’âge.
« Le nombre de citoyens bénéficiaires du CPAS ne cesse d’augmenter à Schaerbeek. Ils étaient 1.750 à l’arrivée de Dominique Decoux à la présidence en 2000 : ils sont 6.550 aujourd’hui. » (Le Soir)
De plus en plus de jeunes en décrochage total font appel à cet expédient.
La géographie du taux de chômage montre une forte opposition centre-périphérie, avec des proportions très élevées de jeunes inscrits au chômage dans les espaces défavorisés du croissant pauvre (48 % à Saint-Josse contre 26,7 % à Woluwe-St-Pierre en 2012, par exemple).
C’est un problème d’une ampleur exceptionnelle qui devrait être la première priorité des autorités publiques car il offre un terreau fertile pour tous les vendeurs d’illusion qu’il s’agisse de la petite mafia des stupéfiants qui les fait glisser dans la délinquance ou de la grande mafia du Daesh qui les attire vers la barbarie. 
On en vient à se demander ce que font les pouvoirs publics et avec quel taux de réussite pour lutter contre ce fléau social qui prend des proportions terrifiantes et entraîne le renforcement des départs de la classe moyenne vers le périphérie et donc toujours moins de rentrées fiscales pour Bruxelles.
Mais nos responsables politique ont déjà tellement à faire avec la gestion (digestion) du piétonnier, des tunnels et forcément de la mobilité exécrable dans la région capitale…
MG 


LA POPULATION BRUXELLOISE EST LA PLUS JEUNE DU PAYS, MAIS TRÈS DUALISÉE
CHRISTIAN LAPORTE  La Libre
Belgique

CE QUI DEVRAIT ÊTRE UN ATOUT SE CARACTÉRISE AUSSI PAR UNE FORTE DUALISATION.
La population bruxelloise est la plus jeune de Belgique. En 2015, les jeunes âgés de 12 à 24 ans y représentaient 15 % de l’ensemble. De quoi donner envie de faire une radiographie de cette catégorie de la population de plus en plus nombreuse à Bruxelles mais cela nécessita de faire une synthèse de la noria de travaux portant sur le sujet ! Le Brussels Studies Institute a rassemblé autour de la sociologue Muriel Sacco (l’ULB) une équipe mêlant des chercheurs francophones et néerlandophones.
La note produite, à l’initiative de la Fondation Bernheim en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin porte sur près de 200 travaux d’universités, fondations, institutions publiques, associations…
Des acteurs de terrain ont complété les informations récoltées et permis de mieux appréhender les enjeux du travail au sujet des jeunes. Il en est issu un portrait partiel et fragmenté de la jeunesse bruxelloise. A l’image du morcellement des institutions… notamment sur le plan communautaire.
Reste que la note de synthèse permet de dégager quelques constats partagés.
Un : l’importance numérique et la diversité croissante de la jeunesse en Région bruxelloise. Deux : le portrait est assez sombre. En effet, il y a une grande précarité sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement, de l’accès aux soins de santé…
PLUSIEURS JEUNESSES EN PARALLÈLE
La plupart des études concernent la jeunesse en difficulté ou défavorisée. Il en ressort une très forte dualisation des conditions de vie de la jeunesse bruxelloise.
En réalité, plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles avec des vies "en parallèle". "Elles se croisent peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquent pas le même type de mobilité, et n’ont ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi".
En outre, de nombreuses thématiques mériteraient d’être davantage étudiées. Ainsi on en sait peu sur la vie intime des jeunes, les déterminants du choix du partenaire amoureux, les goûts, les activités et les gestes de la vie quotidienne, ou les pratiques religieuses. Quelques rares analyses articulent la thématique du genre avec les relations sociales au sein de certaines communautés ethniques bruxelloises. La place des activités culturelles et sportives n’est que très partiellement connue.
IMPLIQUER AUSSI LES PREMIERS CONCERNÉS
Il y a donc pas mal de pain sur la planche. Beaucoup de ces connaissances viennent du canal scolaire. Il faut donc davantage mobiliser d’autres points d’entrée comme les loisirs et les espaces de la recherche d’emploi, de la formation, ainsi que les lieux de travail ou l’espace public. La conclusion coule de source : "il est nécessaire d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche".
NI À L’ÉCOLE, NI EN FORMATION, NI AU TRAVAIL
Les données sur l’accès des jeunes au marché du travail exposées dans la note sont interpellantes. On y apprend que si moins de 30 % des jeunes Bruxellois de 15 à 24 ans sont effectivement présents sur le marché de l’emploi, ils sont particulièrement sujets au chômage. Ils cumulent souvent plusieurs désavantages : sans diplôme, issu de l’immigration, vivant dans des quartiers précarisés, avec des parents eux-mêmes sans emploi. En 2014, le taux de chômage des jeunes actifs de 15 à 24 ans était de 39,5 %. Puis une nouvelle catégorie de jeunes émerge : les NEETs (Neither in employment nor in education and training) des jeunes qui ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail.
La géographie du taux de chômage montre une forte opposition centre-périphérie, avec des proportions très élevées de jeunes inscrits au chômage dans les espaces défavorisés du croissant pauvre (48 % à Saint-Josse contre 26,7 % à Woluwe-St-Pierre en 2012, par exemple). Ce taux élevé s’explique par le déficit de formation, de qualification et de connaissances des langues étrangères mais cela occulte l’insuffisance du nombre d’emplois disponibles et n’explique pas pourquoi à qualification égale les jeunes du croissant pauvre ont un taux de chômage plus élevé.
MOINS D’ALLOCATIONS DE CHÔMAGE, PLUS D’AIDES SOCIALES
Il y a donc un phénomène d’inégalité d’accès à l’emploi et de discrimination à l’embauche. La faible expérience professionnelle est pointée tout comme le manque de reconnaissance par les employeurs des compétences non attestées par des diplômes. Le phénomène de déqualification, par lequel des jeunes qualifiés, subissant eux aussi une certaine compétition dans la recherche d’un emploi, acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, renforce ces processus. Vu la restriction croissante du droit aux allocations de chômage, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’aide sociale. La part de jeunes recevant une allocation d’aide sociale est d’ailleurs particulièrement élevée par rapport aux personnes relevant d’autres tranches d’âge.

--> "Note de synthèse BSI. Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité" à lire dès ce lundi surwww.brusselsstudies.be





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