vendredi 8 avril 2016

Clerfayt sur le terrorisme: "M. Michel, votre aveuglement nous fait peur"


Le Soir
La carte blanche de Bernard Clerfayt, bourgmestre de Schaerbeek (DéFI).



Bernard Clerfayt (DéFI) ne décolère pas contre Charles Michel, mais aussi Jan Jambon.

Qui habitait dans quelle rue dans certains quartiers ? » Voilà en quelques mots comment le premier ministre tentait de résumer, lors de sa conférence de presse internationale de ce mercredi 6 avril, les failles des enquêteurs dans les affaires de terrorisme qui ont frappé la Belgique ces derniers temps ! Cette rhétorique, c’est la même que celle du Ministre de l’Intérieur, Jan jambon, qui depuis quelques mois se limite à dire qu’il va « nettoyer Molenbeek », et s’évertue à faire croire qu’il a mis en place un « Plan Canal » pour renforcer l’action des polices sur le territoire de quelques communes bruxelloises et d’une commune flamande (Vilvorde), spécialement touchées par la question du radicalisme violent !
Veut-on faire croire à la population que la lutte contre le terrorisme repose sur l’agent de quartier ? Quelle singulière simplification ! Quelle manière obtuse de détourner l’attention sur les vraies causes et les vrais enjeux ! Cela me fait peur !
En effet, que s’est-il passé dans ces horribles affaires des kamikazes qui ont commis les attentats de Paris ou de Bruxelles ? Il s’agit bien de jeunes, issus des communautés arabo-musulmanes de certains de nos quartiers bruxellois (et de quelques autres qui les ont accompagnés), qui ont été radicalisés par des réseaux de recrutement et sont partis en Syrie. Là, ils ont été plus encore endoctrinés et certainement formés au maniement des armes, à la préparation d’explosifs et l’organisation d’attentats, car il n’y a rien de spontané dans leurs entreprises mortifères.
Ensuite, depuis la Syrie, ils ont été renvoyés en Europe, en Belgique particulièrement, pour frapper de grandes capitales symboliques. Pour rentrer, ils ont pris de fausses identités, se sont dissimulés dans le flot de réfugiés rentrant en Europe pour certains, se sont systématiquement cachés, ont loué des maisons ou des appartements toujours sous de fausses identités, ont acheté ici des armes et du matériel propice à la fabrication de bombes, sans rien déclarer à personne et n’ont entretenu, semble-t-il (sauf dans le cas du retour et de la cache de Salah Abdeslam, après la commission de l’attentat de Paris) aucun contact avec leur voisinage, famille ou relations.
Et l’on voudrait nous faire croire que la lutte contre le terrorisme repose sur les seules épaules de l’agent de quartier ? Et de l’insuffisante connaissance de « qui habitait dans quelle rue dans certains quartiers » ! Vous vous trompez de cible, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de l’Intérieur ! Et que vous exposiez ainsi la situation démontre que vous n’avez rien compris des failles de la lutte contre le terrorisme. Et cela fait peur ! Car si vous n’avez rien compris, comment pouvez-vous nous rassurer sur les mesures que vous prenez ? Vous entendre ainsi vous exprimer me remplit d’effroi et d’inquiétudes pour l’avenir !
Quoi ? Ces jeunes étaient partis en Syrie, fichés comme « djihadistes » par nos services de renseignements et personne n’a pu savoir qu’ils rentraient en Belgique ? Ils ont été, pour certains contrôlés par des polices aux frontières, signalés par des services de renseignements étrangers, et personne n’a rien vu, ni rien su, ni rien pu ? Ils ont été, avant leur départ en Syrie, suivis et traités par notre système judiciaire, qui n’a pas pu empêcher leur radicalisation. Ils ont pris de fausses identités. Ils se sont systématiquement cachés. Ils ont confectionné leur arsenal et leurs bombes chez nous.
Et vous voudriez que l’agent de quartier soit au courant de toute personne, qui se cachant, loue un appartement pendant quelques semaines ou quelques jours « dans certaines rues de certains quartiers » ?Et l’aurait-il su, l’aurait-il découvert, quelle information vous aurait-il apporté ? Une fausse identité ? Savez-vous qu’il est impossible avant plusieurs semaines de découvrir qu’une identité européenne est fausse car les services fédéraux réclament un tel délai pour faire ces vérifications ? (en raison du morcellement européen des fichiers d’identités.) Pensez-vous, qu’une fois inscrits temporairement sous leurs fausses identités, ils seraient gentiment restés dans leur planque sans plus bouger attendant que la police mène sa longue enquête ? Et cette fausse identité, quelle attention vos services de renseignements auraient-ils pu en faire puisqu’elle n’est reliée à aucune personne fichée ? Et dans quels quartiers souhaitez-vous porter votre attention ? La découverte d’une cache à Auvelais, petite commune paisible, ne vous indique-t-il pas que l’on peut se cacher partout ?
Et puisque vous réclamez ce travail aux agents de quartier, savez-vous quels moyens vous accordez aux polices des grandes villes ? Savez-vous que vous financez plus et mieux les polices locales partout ailleurs dans le pays que dans les centres urbains ? Savez-vous que vous n’avez accordé aucune hausse des moyens aux polices des centres urbains alors que la population y a augmenté de 20 % en quinze ans ? Savez-vous qu’il n’y a, par rapport à la population résidente, pas plus de policiers en région bruxelloise que dans les autres villes du pays, alors que la pression y est plus forte et que la capitale accueille de nombreux navetteurs, visiteurs et événements nationaux et internationaux ?
La lutte contre le terrorisme international, car il s’agit bien de cela, mérite une meilleure réponse que celle de savoir « qui habitait dans quelle rue dans certains quartiers ». Elle mérite de réparer les erreurs du passé dans l’investissement insuffisant dans les services fédéraux d’enquête judiciaire dans la capitale, d’améliorer profondément l’échange d’information international sur les réseaux de « djihadistes », une lutte plus sérieuse contre le commerce international des armes, une recherche plus efficace des fabricants de faux papiers, et une meilleure interconnexion des banques de données internationales sur les terroristes et sur les identités.
Alors Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, votre volonté de rejeter la faute des échecs de la lutte contre le terrorisme sur l’agent de quartier est soit de l’aveuglement, soit du mépris. Votre mépris nous, votre aveuglement nous fait peur.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MONSIEUR LE BOURGMESTRE, VOUS ME FAITES PEUR

Vous le savez mieux que personne Monsieur le bourgmestre : des jeunes Schaerbeekois ont fait le voyage de Syrie et certains sont même revenus plus radicalisés que jamais. Ils l’ont été par la parole salafiste radicale qui recrute sur votre territoire communal. Des terroristes ont trouvé refuge dans des appartements à Schaerbeek. En êtes-vous responsables ? Pas du tout et sans doute beaucoup moins encore que votre ex collègue Philippe Moureaux, car vous ne pratiquez pas le communautarisme, ou à peine, et c’est tout en votre honneur.

Toutefois, Monsieur le bourgmestre, vous me faites peur quand vous ne daignez même pas rencontrer un musulman schaerbeekois, auteur d’un livre essentiel sur le Coran. Il a mis au point une méthode de déradicalisation simple et efficace : déconstruire le discours jihasiste par un contre discours inspiré de l’éthique du Coran. Il le connaît tellement bien, son texte fondateur qu’il est comme un Coran qui marche.
Mais peut-être vous raccrochez vous à un vieux  proverbe : nul n’est prophète en son pays


MG

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