samedi 23 avril 2016

Le Danemark, terre d'accueil de la première mosquée dirigée par des femmes



C’est au pays des fjords, dans la froideur nordique du Danemark, que la première mosquée dirigée par des femmes a ouvert grand ses portes à Coppenhague, aspirant à faire fondre le poids des « structures patriarcales » de l’islam qui, comme le souligne avec insistance sa fondatrice et figure de proue, Sherin Khankan, pèse également lourdement sur nombre d’autres religions, notamment le christianisme et le judaïsme.
Dans cette enceinte sacrée à nulle autre pareille, créée par et pour les femmes mais qui accueille volontiers les hommes dans le cadre de toutes ses activités, les offices religieux sont tout naturellement conduits par des imams de sexe féminin, et les prières du vendredi sont exclusivement réservées à la gent féminine.


A la tête de la « mosquée Mariam » se trouve une figure connue du monde de l’édition et des médias locaux, en la personne de l’auteure danoise Sherin Khankan, fille d’un père musulman syrien et d’une mère chrétienne finlandaise, qui s’est réjouie auprès de l’AFP des réactions plutôt positives de la communauté musulmane en découvrant la vocation de son lieu de culte. Seule ombre au tableau, mais dont elle avait prévu l’inévitable apparition, les réticences, pour ne pas dire l’hostilité de certaines franges de fidèles, l’ont néanmoins agréablement surprise par leur « modération ».
Loin d’être déstabilisée par certaines critiques virulentes qu’elle attribue à l’ignorance, Sherin Khankan est confortée dans le bien-fondé de sa démarche progressiste par la longue tradition de femmes Imams dans l’Islam qu’elle ne fait, selon elle, que perpétuer.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C’EST ÇA L’INTERCULTUREL

Quand la fille d’un père musulman syrien et d’une mère chrétienne finlandaise ouvre et anime une mosquée au Danemark, on mesure toute la potentialité du métissage interculturel. On souhaite bonne chance à cette jeune femme téméraire qui brise plusieurs tabous par son geste audacieux : le dogme de l’inégalité des sexes, celui de l’incompatibilité de l’islam et du pays d’accueil, celui du caractère rétrograde de l’islam en Europe. Sherin Khankan propose et concrétise rien moins qu’un islam d’Europe.
En espérant que cette charmante hirondelle annonce un printemps islamique attendu de pied ferme mais constamment reporté aux calendes coraniques.
MG


«ETRE MUSULMAN N'EST EN RIEN UN GAGE DE COMPÉTENCE»

ENTRETIEN AVEC ALI DADDY

Auteur du livre «Le Coran contre l'intégrisme» (Labor, 2000).

ALI DADDY RENVOIE LES INTÉGRISTES À LEURS ÉTUDES.

LE TEXTE FONDATEUR DE L'ISLAM EST UN TEXTE DE PAIX ET D'AMOUR, SELON LUI.

LES JEUNES ISSUS DE L'IMMIGRATION ADHÈRENT-ILS, SELON VOUS, À CE CONCEPT DE SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE?
Oui. Le malaise n'est pas culturel mais social. Il vient de la ghettoïsation des populations immigrées. Un jeune en rupture scolaire, qui vit en marge du système économique et social, aura du mal à s'intégrer quelle que soit son origine. Il faut combattre cette idée d'une pseudo incompatibilité culturelle. La réalité nous montre que cette idée ne tient pas la route. Les jeunes, d'où qu'ils viennent, vont dans les mêmes écoles, écoutent la même musique, parlent la même langue. Les jeunes d'origine maghrébine ont la même culture que les autres, simplement ils ont une sensibilité propre.

VOUS ÊTES PARFOIS AMENÉ À TRAITER DE SUJETS RELIGIEUX DANS «REFLETS». QUELLE APPROCHE PRIVILÉGIEZ-VOUS?
Nous sommes partisans d'un islam européen qui s'intègre dans un cadre démocratique et institutionnel. En l'occurrence celui de l'Etat belge, qui reconnaît la religion musulmane.

VOUS QUI DÉFENDEZ UN ISLAM MODÉRÉ, CRAIGNEZ-VOUS LES EFFETS DES ATTENTATS ATTRIBUÉS AUX ISLAMISTES?
Oui. Je crains les amalgames. Il faut être clair: l'islam ne pose pas de problème en soi. L'islam de la spiritualité, que la majorité des musulmans pratiquent, n'a rien à voir avec l'islam politique des islamistes. Nous sommes pour le principe de la séparation des pouvoirs. Les attentats s'inscrivent dans une démarche politique, que leurs auteurs rattachent à l'islam.

C'EST QU'ILS Y TROUVENT QUAND MÊME DES ARGUMENTS EN LEUR FAVEUR?
A tort. Le Coran est un texte pacifique qui reconnaît la liberté religieuse et n'impose rien par la contrainte. Dans le Coran, la vie humaine est sacrée. Ce texte est même en avance sur son temps dans beaucoup de domaines. Il évoque par exemple le crime contre l'humanité et parle déjà de la dimension interculturelle. Le Coran dit ainsi clairement que tuer une vie c'est tuer toute l'humanité. Tout le contraire de ce que font les fondamentalistes.

COMMENT EXPLIQUER ALORS CETTE RÉCUPÉRATION?
Du fait que le Coran est un texte complexe. Je n'ai pas dit compliqué mais complexe. Or, les gens n'aiment pas la complexité. Beaucoup se contentent donc d'une lecture au premier degré du livre alors qu'il faut prendre en compte sa dimension métaphorique. Et tenir compte également de sa personnalité et du contexte historique.

CERTAINS, DONT ANNE-MARIE DELCAMBRE, DOCTEUR EN CIVILISATION ISLAMIQUE, NE SONT PAS DE VOTRE AVIS. ELLE AFFIRME QUE L'ISLAMISME TROUVE SES RACINES DANS LES TEXTES DE L'ISLAM...
Cette dame n'a pas lu le Coran. Etre musulman n'est en rien un gage de compétence, ni spirituelle, ni scientifique, ni d'honnêteté. C'est juste reconnaître qu'on accepte le message du Prophète. Après, il faut encore transformer sa vie en une épopée spirituelle, faire sien le «bel-agir». C'est le contraire de l'intégrisme, qui est la prétention auto-affirmée de détenir la vérité. Avec le danger de vouloir l'imposer à tous.


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